Bibliographie commentée

 

La première vague participative a atteint, en France, son apogée entre 1975 et 1985. Les revues professionnelles lui consacrent alors de nombreux numéros spéciaux et articles . Plusieurs livres sur l’habitat participatif sont édités . Sans vouloir être exhaustive, la bibliographie ci-jointe fournit quelques repères utiles à la compréhension de cette période d’expérimentation.

1/ Les GAM : Correspondance municipale , dossier spécial de Novembre 1975 a été créé par Hubert Dubedout en 1963. La charte nationale des GAM date de 1971. En Novembre 1975 c’est un manifeste qui confirme et reformule les caractéristiques des GAM : Une démarche, de la vie quotidienne au choix de société ; Un large champ d’action , le cadre de vie : urbanisme , environnement, éducation, consommation, loisirs culture, collectivités locales ; Des objectifs tels que la démocratie participative et une pratique de l’autogestion.

2/ Le N°5 d’ « Habitat social », (Septembre-Octobre 1974 aborde le rôle de la vidéo et de la télédistribution , celui des équipements intégrés, mais également l’action des ateliers communautaires, « Une tonnelle dans un jardin ». Dans un colloque organisé à Dourdan en Février 1973 par le Ministère de l’aménagement du territoire ,de l’équipement, du logement et du tourisme, on trouve quelques perles : A propos d’un projet d’ouverture de centres d’information des habitants : « L’objectif essentiel assigné au centre, qui était de permettre un libre choix de l’habitat a-t-il été balayé par la constatation de l’absence de conditions de cette liberté lorsque la demande excède l’offre . L’information , dans ce cas précis, était donc non seulement illusoire , mais elle remplissait des fonctions d’occultation de la réalité ». Mais aussi : « On veut éviter les manques de goût de l’usager et on trouve choquant le linge qui sèche aux fenêtres, que l’on va pourtant photographier en vacances dans les contrées méridionales. C’est Voltaire qui a dit que le beau, pour le crapaud, c’est la crapaude. La compétence que l’on exige pour pouvoir intervenir n’est pas un argument suffisant : elle s’acquiert, et bien des gens qui ont le pouvoir de décider en sont dépourvus ; au reste, les techniques ne manquent pas de nos jours pour initier à toutes disciplines. Le vrai créateur doit savoir donner son souffle propre à une réalisation qui aura néanmoins été le fruit d’une recherche commune. C’est à un vaste apprentissage collectif que nous sommes ici conviés » . Un architecte X.Arséne-Henry propose de « soumettre le message irrationnel des artistes au choix de l’habitant, lui-même co-auteur de la mise en forme du cadre de vie . Cela supposerait, outre les actions pédagogiques appropriées, une assistance spécifique à la création ».

3/ Le N°12 la revue « Habitat et vie sociale » ( Janvier-Fèvrier 1976), présente deux projets participatifs , l’un sur l’appropriation de trois petits immeubles de deux ou trois étages construits par la SCIC au Val d’Yerres, l’autre sur la concertation avec la population locale dans l’aménagement d’un quartier neuf de Lille-Est. Un procédé constructif imaginé par l’ architecte Georges Maurios permet aux acquéreurs d’un logement aux « Marelles » de fixer le nombre des pièces , leur taille ainsi que l’emplacement des équipements : « Aux Marelles vous achetez des m2 et vous créez, vous-même, votre appartement ». Le coût du logement est de 1500 francs le M2. Aujourd’hui il a atteint 3500 …euros ; Sans commentaire. « L’usage de la vidéo, le travail en maquette et la présence de psychosociologue accompagnateurs cantonnés dans le rôle d’observateurs, permettent d’identifier les principales raisons du peu de succès de l’opération : manque d’information, architecture ostensiblement d’avant-garde avec ses façades aux couleurs d’arlequin, l’angoisse du néophyte coproducteur de son logements « On ne saura jamais, je ne suis pas un spécialiste… », enfin la difficulté à placer son mobilier dans un logement dépourvu de cloisons préétablies. Madeleine Garrigou-Lagrange , l’auteur de l’article, discerne l’émergence d’une typologie duale : Les appartements sont soit ouverts soit fermés. Dans le même article, la non-directivité extrême des accompagnateurs est perceptible. Leur seul rôle est de faire parler les habitants. Quelqu’ ait été l’échec relatif de cette expérimentation, l’architecture tramée des Marelles est un support de participation préférable au système constructif proposé en 1978 par Renzo Piano lors du concours du quartier Saint Christophe ( Cergy-Pontoise).

4/ La revue Technique et architecture (en Novembre 1976) se pose la question du logement : « Du rêve participationniste à la flexibilité ». La méthodologie de la SAR ( N.Habraken) est présentée et illustrée par la réalisation de la résidence universitaire de la Voluwée à Bruxelles dont l’architecte est Lucien Kroll, et par le projet Wilgendonk à Papendrecht de l’architecte Frans Van Der Werf . J.l.Cohen expose la méthodologie de « la SAR devant la ville ». Le N° suivant, le 312 , porte sur le deuxième volet de cette même question du logement : « Constituer l’espace ».François Chaslin rédige l’éditorial : «  Nous ne pensons pas que l’heure soit à crier « Assez d’architectes », mais au contraire à revendiquer plus d’architecture. ..Mais affirmer la nécessité de « constituer l’espace »ce n’est pas revendiquer pour les architectes le droit à l’arbitraire »….Il serait intéressant de se pencher …sur ce que disent les gens ou au moins sur ce qui peut nous en parvenir à travers les enquêtes »…C’est Rob Krier qui lance le message de ce numéro spécial : « il ne faut plus longtemps renoncer à l’architecture ». Paul Chemetov reprend la thèse de Riccardo Bofill : « Les cloisons sont aussi les murs de la ville », une conception qui, si elle devait se généraliser, ferait, à mon avis, l’erreur d’appliquer à l’ensemble de l’habitat urbain l’esthétique de l’espace public dont la monumentalité spécifique doit rester spécifique ; Pourquoi condamner tout le monde à vivre place Vendôme ou rue de Rivoli ? L’article de Bernard Hamburger est le plus lucide : «  La cellule n’est pas la brique de l’urbanisme ».Les deux numéros de la revue Techniques@Archiitecture ouvrent un débat extrêmement riche qui n’a aucun équivalent aujourd’hui. Dans l’actuel monde de la production ( Efficacité-rentabilité-rapidité) l’un des seuls lieux de réflexion subsistant sur l’architecture du logement est l’habitat participatif.

En Mai 1981, les pages 97 à 127 du N° 335 de Techniques@Architecture sont consacrées à l’habitat communautaire , du quartier de l’Alma-gare aux ateliers d’habitants de Chambéry et d’ Orsay, en passant par Meudon le Val, , le tout précédé d’un entretien avec Bernard Kohn : « De l’espace domestique à la ville, une succession d’appropriations ».

5/ En 1978, l’EPA de la ville nouvelle de Cergy Pontoise lance le concours des immeubles de ville. Il s’agit de « trouver des réponses architecturales à un urbanisme établi avec rigueur et précision ». Le N°47 de La revue AMC consacre plusieurs articles à la philosophie de ce concours tandis que le livre d’Emilio Tempia, « Pour une architecture urbaine » aux éditions du Moniteur, retrace l’histoire du concours, analyse les projets lauréats et fournit une appréciation des projets les plus significatifs parmi ceux qui ont été écartés par le jury, sans que l’on sache si celle-ci provient du jury ou de l’auteur du livre ; sans doute des deux à la fois. Trois projets participatifs son mentionnés, celui de Lucien Kroll, celui de Christian Hunziker et celui de l’atelier Piano&Rice qui constitue un exemple de maisons évolutives.

Il est reproché au premier de rejoindre le totalitarisme du « Mouvement moderne » des années trente auquel il s’oppose, en imposant une architecture soit-disant populaire.

Au second il est reproché d’opter pour une architecture sculpture ( en pâte à modeler) jugée primitive et sensée ouvrir le dialogue avec les futurs habitants. Enfin au troisième il est reproché de placer l’outil technique au cœur du projet. « Par delà les discours sur la participation des habitants à la construction de leur maison et à la conception du paysage urbain, il y a le rôle de l’architecte qui est à la fois compositeur et chef d’orchestre et qui est là pour imposer sa partition ( le mécano industrialisé) aux futurs habitants. Cette proposition a donc une allure technocratique beaucoup trop nette… ».

Le projet présenté par jean Nouvel en association avec l’association des ateliers communautaires préconise « L’élaboration conjointe ». Les architectes conçoivent un projet répondant aux contraintes urbaines définies par l’EPA . Le projet est conçu comme étant un support architectural fortement marqué qui sert de préalable aux expressions ultérieures des habitants. Emilio Tempia prend cette équipe à revers endossant les habits du militant d’extrême gauche : « Est-ce bien là de la participation ? N’est-ce pas une illusions ou une caricature de participation ? »  Du point de vue d’emilio Tempia, le projet relève du bricolage. Derrière ce rejet systématique pointent les appréhensions de l’institution, celle notamment de l’EPA qui doit vendre le terrain le plus vie possible : Il en va de sa propre survie. « Comment faire participer une population inexistante à la définition de son milieu de vie ? Comment assurer la gestion des terrains en attendant le projet ? Comment éviter les terrains vagues ? Comment rémunérer le temps de négociation des architectes qui n’ont pas tous l’élan missionnaire requis? » 

6/ En Mars 1979, le Plan Construction publie un N° spécial consacré à l’ Information sur : « L’.Habitat et formes d’intervention des habitants ». Albert Mollet aborde trois sujets : les quartiers neufs, la réhabilitation des grands ensembles et l’expérience à l’étranger. P. Lefèvre présente les activités des ateliers communautaires à Cergy-Pontoise : « Comment apprivoiser son quartier en ville nouvelle ».

7/ En Avril 1979, le Centre d’information sur les innovations sociales (CIIS) publie une enquête de Dominique Sainte Lagüe sur « l’Habitat Communautaire ».

8/ Le rapport de la commission « Qualité de l’habitat et de la vie quotidienne : être bien chez soi » est publié par l’Union des HLM dans le numéro 44 de la revue H, en Septembre 1979. Yves Delagausie tentera de s’appuyer sur ce rapport pour développer des projets participatifs dans le logement social. Le projet d’Yzeure sera le premier et …le dernier de ces projets.

9/ En fin 1981, Albert Mollet publie « Quand les habitants prennent la parole » aux éditions du Plan Construction Architecture ( Ministère de l’équipement) . Le propos d’A.Mollet porte essentiellement sur trois études de cas :

– La ZAC su Mont Hermé à Saint Brice les Courcelles,

– La réhabilitation du logement social à Nantes

– La concertation conflictuelle de l’Alma-gare à Roubaix.

10/ En novembre 1982, la revue H consacre son N°79 aux « espaces de l’un espaces de l’autre ». Jacques Bon , architecte du groupe autogéré de Meudon Le Val, s’emploie à décrire un vrai travail participatif « remettant en cause l’image traditionnelle de l’architecte » tandis qu’un article est consacré à la maison phénix conçue par Riccardo Bofill.

11/ Février 1984 : Histoires de participer, le N° 93 de la revue H, présente les réalisations du Buisson Saint Louis ; de l’habitat prémédité à la Hayette, du petit Séminaire à Marseille, de Saint Brice Courcelles etc… Les principaux articles portent sur : l’habitat groupé autogéré,( Gérard Courtois), Fontenay sous bois ( Lionel Guypon), Yzeure ( Bernard Kohn) , Chambéry (Daniel Bouchet , les Béalières (Véronique Fasquelle) , l’Alma-Gare et le Fresnoy (Michel Nizri et Serge Petre-Souchet) à Roubaix, d, Port de Bouc (l’OPAC des Bouches du Rhône) . Renzo Piano rédige un article intitulé « Participer : inventer de nouvelles méthodes de travail et de nouvelles maisons » ; Pierre Lefèvre dans un article sur « L’utopie participationniste » critique ce mécano de la générale ; Jens Freiberg regrette « un difficile dialogue architecte-client-usager » ; Jacques Bon nous gratifie d’un article sur « La participation mode d’emploi ». Le tout se conclue par un interview a contrario de Paul Chemetov. Ce N°spécial est édité à l’occasion de l’exposition qui a eu lieu à l’Institut Français de l’Architecture du 31 Janvier au 10 Mars 1984.

12/ Dans le dossier « Histoires d’habiter » constitué par le Plan Construction Habitat, dans le cadre de l’exposition, figurent des articles d’Albert Mollet et du Cerfise ( Marseille), ainsi qu’une présentation du « crayon informatique ».

13/ En Décembre 1985, Michèle Attar-Meyer remet à son commanditaire, l’Union Nationale des Fédérations d’Organismes d’HLM, une étude analysant une dizaine d’opérations participatives : recrutement, programmation, conception, budget, formule juridique, réalisation.

14/ 24 Octobre 1989 , L’Etablissement Public d’Aménagement de la ville nouvelle organise une réunion destinée à faire le bilan collectif des opérations dans lesquels aménageurs et habitants futurs ont pu coopérer, puis envisager les conditions grâce auxquelles ces relations pourront se développer et contribuer à la réussite du projet urbain . Pierre Lefèvre est chargé de rédiger un compte rendu qu’il oublia de diffuser.

Les collectivités locales qui ont succédé à l’EPA n’ont jamais jugé utile de donner suite à cette thématique.

15 / En 1993, N° 44 de la revue Recherche du Plan Construction et Architecture traite de « L’habitat évolutif, du mythe aux réalités ». Dans ce numéro spécial l’auteur, psychosociologue et architecte, Manuel Périanez, part des origines du mythe, pour évoquer l’évolution de l’habitat traditionnel japonais pour analyser les attendus et les réalisations contemporaines de la SAR ( Hollande) d’Alexander ( USA) et des quelques rares architectes français qui se sont préoccupés de l’habitat évolutif de 1975 à1993. Cette étude débouche sur une enquête auprès des repreneurs de logements personnalisés. Manuel Périanez avait analysé, en 1986, le déroulement et la problématique de l’atelier des habitants des Longues terres à Vauréal ( Cergy-Pontoise). Déjà bien avant, en Février 1972, Manuel Perianez avait étudié « les logements à plan adaptable de Montereau_surville » une opération de 36 logements construits entre 1957 et 1966 sur les plans des architectes Xavier&luc Arséne-Henry. Il s’agissait d’un immeuble expérimental dont les appartements resteraient libres de cloisons, celles-ci étant disposées à la volonté des locataires.

16/ En 1995, le N°358 de « Territoires », la revue des acteurs locaux, aborde la participation des habitants sous l’angle de l’atelier d’habitants conçu comme outil de contrepouvoir, notamment à la Grande Synthe et à l’Alma-Gare.

17/En 1998, « The Structure of Ordinary » N.J Habraken, l’initiateur de la SAR à Eidhoven, publie aux éditions du MIT, à Cambridge , USA, un livre passionnant sur la forme et la maîtrise de l’environnement construit, un concept « qui n’englobe pas seulement les bâtiments, les rues et les infrastructures, mais aussi les gens qui agissent sur eux. L’interaction incessante entre les gens et les formes qu’ils habitent est un aspect fondamental et fascinant du « Built Environment ». Il dénonce la tendance totalitaire de certains architectes qui voudraient à eux seuls et sans la population contrôler l’îlot , le logement et son mobilier. La plupart d’entre eux conçoivent l’architecture de l’habitat comme un objet singulier dont ils ont le monopole. Et pourtant « Vitruve ne s’est jamais intéressé à l’habitation ». Aux yeux d’Habraken le quartier et pas seulement l’immeuble, devrait être le support d’une participation collective. 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s