L’articulation du programme avec le projet

 

Les études de faisabilité urbanistique, financière, architecturale

La municipalité doit s’assurer que, sinon toutes, du moins l’essentiel des données urbaines concernant le terrain à bâtir ont été collectées de façon à pouvoir être portées à la connaissance des futurs habitants dès l’ouverture de l’atelier. Une présentation renseignée du terrain dans son environnement est indispensable. Les animateurs ne manquent pas d’être interrogés à chaque rendez-vous avec la population : Quelles sont les contraintes existantes : Règlement d’urbanisme, Schéma directeur d’aménagement, nombre de logements à l’hectare ? Quels sont les atouts du site choisi : emplacement, particularités paysagères , équipements scolaires, commerciaux, socio-culturels et moyens de transports publics disponibles à proximité, vie associative locale ? Ce travail de collecte des données locales peut être confié à l’équipe d’animation ou à l’équipe de conception architecturale lorsque celle-ci intervient suffisamment tôt avant l’ouverture de l’atelier des habitants.

La faisabilité financière

Plus le ou les critères de sélection des candidats attendus par la ville sont précis, plus il est facile aux candidats au logement de juger de l’intérêt des objectifs que s’est donnés la ville et de la fiabilité du projet auquel ils sont invités à participer. La faisabilité financière du projet se joue en trois temps : la charge foncière plus ou moins subventionnée ou allégée par la municipalité ; les revenus des candidats au logement ( location) ou les crédits obtenus (Accession) ; Les aides de la collectivité publique au financement du logement ( dont les modalités d’attribution changent tous les six mois) et la présence d’un économiste dans l’équipe d’ingénierie . Les critères de sélection des candidatures au projet de logement doivent être connus et communiqués le plus tôt possible dès lors que la campagne d’information est lancée. Le maître d’ouvrage doit indiquer dans quel cadre institutionnel et financier ( prêts, plafonds de revenus ) se fera le projet. Concernant les programmes sociaux bénéficiant des aides de l’état, des commissions spécifiques décident du mode d’attribution des logements à construire. Elles ne siègent qu’une fois le projet réalisé, ce qui évidemment est incompatible avec la participation des intéressés. Le projet des Planches à Orsay est, à ce titre, un contre exemple. Tant que l’état n’aura pas validé la procédure adéquate, la campagne d’information relèvera du pragmatisme et du soutien de la ville qui ne dispose que de son propre contingent, insuffisant et d’une mixité moindre. Il serait d’autant plus téméraire d’entrer dans le détail des procédures utilisées au début des années quatre vingt qu’avec le temps les pratiques administratives ont changé. Une seule chose n’a pas changé : l’absence de procédure adaptée institutionnelle à la participation des futurs habitants. La crise sociétale et le recours annoncé à une production massive de logements sont de mauvaise augure quant au déblocage des procédures traditionnelles. Va-t-on une fois de plus céder à l’urgence et recommencer à construire de nouveaux grands ensembles dépourvus d’humanité ?

La faisabilité architecturale

Le premier travail de l’architecte consiste à adapter les plans programmes au système constructif de son choix. Cela suppose qu’il ait anticipé sur les grandes lignes du plan masse et qu’il ait imaginé le plus tôt possible un parti constructif économiquement viable et suffisamment flexible pour absorber les particularismes des logements. La dialectique du support-apports est développée dans le chapitre P5 du livre, un chapitre consacré à la méthodologie.

Les candidats au logement s’interrogent sur leurs ressources mais aussi sur le coût du logement. Ils veulent le plus tôt possible s’assurer de l’adéquation entre les deux termes de l’équation. Lorsqu’il s’agit du logement social ( primo-accession et location) ce sont les modes de financement, les revenus et les apports personnels qui commandent la surface du logement et par voie de conséquence le coût de construction. Dans les projets décrits ici la personnalisation des logements s’est avérée compatible avec les modes de financement du logement social ( primo accession ou location). Dans ce contexte les participants comprennent très bien qu’il leur faille choisir entre une grande terrasse et une mezzanine, entre une porte fenêtre supplémentaire et un séjour plus spacieux… Toute participation induit une négociation. Celle-ci commence dans le travail d’atelier et se poursuit au fur et à mesure que les concepteurs dessinent et affinent le projet. Généralement ce sont les propositions de prix des entreprises qui entrainent les négociations les plus douloureuses.

La campagne d’information : le lieu, les enjeux, les délais

« C’est la phase la plus décisive et aussi la plus délicate… Il est d’autant plus difficile d’expliquer la démarche que l’information dans les médias est généralement de type commercial. Or le projet est à faire, pas à vendre. Il faut à la fois ouvrir le champ de la participation suffisamment pour faire rêver et susciter des candidatures sans pour autant laisser croire que chacun pourra faire ce qu’il veut dans des conditions financières exceptionnellement avantageuses. Le projet participatif propose une démarche, pas un produit, ce qui va à l’encontre des habitudes et de la traditionnelle défense du consommateur. Les techniciens chargés du montage du projet hésitent souvent entre deux attitudes : soit faire une présentation militante où la démarche collective risque d’être survalorisée au point de devenir dissuasive pour une majorité de candidats, soit se cantonner à une présentation trop banalisée où les intérêts économiques éveillés par une charge foncière maîtrisée et une localisation privilégiée vont compromettre à terme la démarche collective ». L’opportunisme immobilier qui se substituerait à la responsabilisation citoyenne peut être neutralisé en limitant des perspectives de spéculation. Les municipalités ont avantage à prévoir dans le cahier des charges signé par les candidats à la copropriété, des clauses empêchant toute revente rapide et ainsi toute spéculation abusive.

« En réalité un phénomène normal d’auto-sélection se produit au cours des ateliers de programmation. Les départs des participants restent possibles à tout moment de la programmation et sont normalement compensés par des arrivées de nouveaux candidats.

Le versement d’une inscription substantielle, à mi-parcours, ralentit d’éventuelles hémorragies. L’expérience prouve que les habitants font vite confiance à leurs interlocuteurs s’ils sentent qu’une véritable solidarité existe entre eux. Par contre le scepticisme conduit à un abandon rapide ; Les divergences ou des rapports conflictuels entre les partenaires institutionnels du projet ne manquent pas de provoquer des tensions entre habitants. Les habitants ne souhaitent pas assumer un conflit qui ne vient pas d’eux. Dernière difficulté majeure mettant en jeu la compétence des animateurs et leur capacité à faire cohabiter des gens ou des groupes venus dans le projet avec des objectifs différents… Le succès d’un projet de maîtrise d’œuvre collective dépend essentiellement des capacités de tolérance et de dialogue entre les partenaires autant chez les élus et les professionnels que chez les habitants ». L’habitant qui persiste à vouloir habiter une maison individuelle sur sa parcelle bien séparée de son voisinage n’a pas sa place dans le projet participatif. Ceux qui ont la fibre conviviale restent; ceux qui ont la fibre individualiste partent. De ce point de vue l’atelier des habitants a un caractère dissuasif participe de la lutte actuelle des urbanistes et des collectivités locales contre l’étalement urbain et sa principale cause : le lotissement. L’acceptation de la densité est un préalable incontournable.

Le succès de la campagne d’information dépend en grande partie du parrainage municipal d’un projet d’habitat participatif. La façon dont est présenté le projet participatif dans les réunions, au stand sur le marché et dans les articles de presse, peut s’avérer décisive quant au climat de confiance instauré entre les aménageurs et les candidats au logement. Les objectifs municipaux doivent être explicites. S’agit-il de mettre en place une opération à caractère social ou de réaliser une opération mixte capable de générer une convivialité entre plusieurs populations de revenus et de culture différentes? A Chambéry la ville avec le projet du Penney voulait acter la cogestion de la vie quotidienne dans un projet conforme à sa ligne politique. A Conflans Ste Honorine la politique municipale consistait à vouloir marier une vision autogestionnaire de l’habitat avec le réalisme économique le plus rigoureux. L’exercice c’est avéré périlleux. A Orsay l’enjeu partagé par la mairie et l’équipe d’architecte qu’elle avait choisie, était de concilier un projet architectural bien ordonnancé avec les aléas d’un processus participatif à la fois souhaité et institutionnellement inextricable. Au sein d’une même population les attentes peuvent varier elles aussi : Les uns attendent un logement relativement standard indépendant, peu dispendieux et situé dans un voisinage choisi. D’autres souhaitent partager des équipements communs favorisant des échanges de services et une solidarité de type communautaire. D’autres enfin sont séduits par l’opportunité qui leur est donnée de personnaliser leur logement.

Quelle plage de liberté ?

« La population doit être informée des principales plages de liberté laissées aux candidats au logement. Interviendront-t-ils sur l’implantation des bâtiments, la localisation de leur logement dans le plan masse et dans son groupe de voisinage , la distribution intérieure du logement , de ses ouvertures, des balcons et terrasses éventuelles ? Sur l’aménagement des espaces extérieurs, des circulations et des accès, la définition des espaces communs extérieurs, intérieurs à l’immeuble ? Il est tout à fait légitime que les candidats au logement se demandent si le projet vaut la peine qu’on lui consacre du temps ».

Les études de faisabilité doivent être faites pour l’essentiel avant l’appel à la population.

Une fois que le travail de l’atelier est engagé tout changement d’orientation ou de cadre sera interprété comme étant un signe d’irresponsabilité ou le résultat d’une faute professionnelle : Ne pas s ‘assurer des données et des règles du jeu du projet est interprété comme étant le signe d’un manque de sérieux. Les variations de densité qui adviennent en dernière minute quand l’opérateur a véritablement fait ses comptes, sont particulièrement redoutables vis à vis des candidats alors qu’elles sont courantes dans le monde de l’immobilier. Or l’expérience montre que certains acteurs, y compris certains services administratifs des collectivités territoriales peuvent ne pas avoir été consultés à l’origine du projet. Des informations communiquées trop tardivement sont susceptibles d’occasionner des retards, ce qui provoquera une modification du planning annoncé à l’origine et ne manquera pas d’occasionner le départ d’une grande partie des candidats.

Le stand sur la place publique, les rencontres avec l’équipe 

L’option des animateurs de l’atelier de Chambéry d’entrer en contact direct avec le public à l’occasion d’un stand sur le marché a permis de faire connaître le projet municipal à l’ensemble de la population. Le message du stand est particulièrement destiné aux candidats à la copropriété. Toutefois bien que les futurs locataires soient informés à partir des listings dont disposent les maîtres d’ouvrage sociaux, leur passage au stand est apprécié comme étant une source complémentaire d’information. Sur le stand, les conversations informelles sont riches d’enseignement tant sur les attentes que suscite le projet auprès des candidats au logement que sur l’idée que s’en font les différentes personnes qui ne sont pas directement concernées. Le passage d’élus municipaux au stand témoigne de l’engagement municipal. L’affichage de projets déjà réalisés ailleurs en participation dissipe les appréhensions d’ordre idéologique. Les conversations avec les passants intrigués et curieux enclenche un dialogue avec le quartier et anticipe sur la vie de voisinage recherchée. Une réunion d’information en mairie a une efficacité équivalente ; Les gens qui se sont déplacés font connaissance avec les différents partenaires du projet. Ils s’informent de l’implantation du projet, de son importance et de son impact sur le quartier. Le message est transmis au grand public par les réseaux socioculturels locaux et par la presse, elle aussi, intriguée par un attroupement autour d’un stand. Seul inconvénient : des passants se porteront candidats au logement pour découvrir quelques temps plus tard qu’ils n’y auront pas droit.

L’atelier des habitants

« L’habitat se résume à deux alternatives : soit le logement en immeuble pour les logements locatifs, soit le pavillonnaire pour l’habitat individuel en propriété. L’habitat participatif est la troisième alternative. Une population en provenance d’un habitat locatif de type HLM est très sensible à l’isolation phonique. Mais ce qui est tout aussi prépondérant est le désir d’échapper à un quartier plus ou moins sécurisant, un voisinage oppressant et non choisi.. Les participants sont invités à analyser au cours des toutes premières discussions certaines des raisons de leur désir de vivre dans un habitat groupé. Ressortent d’une façon récurrente la fuite de la promiscuité et la gêne due au manque d’isolation acoustique entre logements. D’autres motivations moins évidentes sont d’ordre symbolique. L’habitat est un mode d’expression identitaire. Or l’anonymat du logement social fait de chacun une personne interchangeable, réduite à un statut économique qui ne résume en rien la totalité d’une personne. L’inquiétude qui transparaît alors porte sur la contradiction apparente entre le désir de non répétitivité de la construction et les inquiétudes sur le prix de revient du logement personnalisé. Très vite les participants comprennent qu’en se côtoyant ils vont pouvoir s’intégrer à un groupe de voisinage convivial et rassurant. Beaucoup apprécient l’opportunité de quitter un milieu insécurisant (expériences personnelles ou rapportées de vols et d’agression) et un voisinage oppressant, non choisi. L’atelier participatif est vite perçu comme étant l’endroit où l’avis des futurs habitants sera pris en compte ». Les principaux axes de travail sont l’adaptation du futur logement au mode de vie de ses habitants, et la formation de plusieurs groupes de voisinage et l’insertion des habitants dans un projet de quartier.

La programmation se déroule en trois grandes étapes ponctuées chacune par une réunion de l’atelier des habitants et des membres du groupe de pilotage. La première partie de la programmation concerne le plan masse. Les habitants étudient plusieurs schémas d’implantation des groupes de voisinage sur le terrain. Des maquettes sont discutées. Lorsque comme dans le cas des Planches à Orsay le plan masse n’est pas vraiment négociable, la participation se reporte sur le nombre et l’emplacement des groupes de voisinage et de leurs locaux communs. Dans tous les cas, le choix du plan masse dans ses grandes lignes est fait à la majorité puis proposé au groupe de pilotage qui peut demander des modifications. L’ultime décision appartient au groupe des partenaires institutionnels. Cette première étape a une valeur pédagogique. Elle familiarise les participants avec les caractéristiques du terrain, son environnement et avec les outils de représentation (plans, maquettes, volumétrie, dimensionnement). Le groupe de pilotage écoute les propositions de l’atelier des habitants, pose des questions et entérine ou pas les travaux collectifs.

En début de programmation les animateurs demandent à chaque foyer de décrire son logement actuel et d’y situer son mobilier par des croquis descriptifs.

En fin de programmation, à Chambéry, Yves Delagausie chef de l’équipe d’animation souhaitait que les travaux effectués dans l’atelier des habitants aboutissent à des plans de logements les plus réalistes possibles. Dans cette première expérimentation dans le domaine du logement social, il fallait être convaincant en prouvant que les travaux de l’atelier pouvaient aboutir à des résultats tangibles et crédibles. Le dimensionnement du logement de chaque famille tenait précisément compte des revenus des futurs occupants. La répartition des pièces et leur taille étaient représentées sur un carton tramé qui s’ emboitait avec les plans des appartements voisins. Une fois le plan masse retenu, des plateaux en carton préparés par les animateurs, reproduisent à l’échelle de 2 cm par mètres les différents niveaux des immeubles projetés. Sur ces plateaux sont assemblés les plans programmes des logements.

Les locaux de voisinage et les espaces collectifs constituent un thème transversal qui influe à la fois sur le plan masse et sur les plans-programmes. Le dimensionnement et le nombre des locaux partagés a des implications évidentes sur le financement du projet. Aussi fait-il l’objet de débats dans le groupe de pilotage qui décide in fine du statut et de l’importance de ces locaux communs ouverts ou non sur le quartier, centralisés ou au contraire dispersés dans le projet.

L’alternance de travaux individuels et collectifs

Le travail en atelier alterne les exercices collectifs et individuels, des séquences de discussion, des séquences d’information et des séquences d’acculturation à la fois technique et architecturale. Les exercices proposés par les animateurs sont généralement bienvenus du point de vue des participants. La majorité d’entre eux découvrent un domaine à la fois familier, le logement, et inconnu tant du point de vue conceptuel que technico-économique. Les personnes ont, au départ, des difficultés certaines à lire un plan ou une maquette, à imaginer un volume. Faut-il comme le propose Vladimir Kalouguine distribuer des logiciels en 3 D permettant à chaque famille de jouer à l’architecte de retour chez elle après chaque séance d’atelier ? Au risque et péril de la conception architecturale….résultante. L’un des premiers exercices s’appuie sur la vie quotidienne de chaque famille à qui il est demandé de dessiner le plan de son logement actuel pour en faire ensuite la critique. A travers cette description qui est mise en commun dans de petits groupes, chaque famille fait connaissance avec les autres et commence à analyser son mode de vie et la polyvalence de chaque pièce. Certaines personnes qui ont tendance à craindre le jugement de l’architecte sur leurs dessins nous disent en souriant se retrouver dans la peau d’un enfant face à son institutrice. En fait l’exactitude du dessin importe peu ; c’est la description des activités qui compte. Il s’en dégage des informations essentielles sur le mode de vie des uns et des autres. Les exercices portent sur :

– Le récit du passé résidentiel vu par les adultes et les enfants,

– L’identification des activités qui, ne pouvant avoir lieu dans le logement actuel, ne pourraient se réaliser que dans un logement plus spacieux auquel ils ne peuvent accéder et qui, à défaut de place, pourraient s’effectuer dans des espaces communs (buanderie, bricolage, ping-pong …)

– La définition de l’environnement immédiat du logement projeté, ses accès, son emplacement dans le contexte urbain, sa desserte en transport en commun, sa proximité d’avec les commerces, les équipements, les espaces verts…

– Le portrait paysage : L’ indentification des espaces de bien-être se fait à partir du commentaire de paysages choisis. L’exercice s’inspire d’une approche bachelardienne de l’espace fondée sur le rapport aux cinq éléments : la lumière, le feu, l’air, l’eau et la terre.

Les locaux de voisinage intégrés au groupement

« Quelque soit la forme d’habitat adoptée, la question des espaces communs est soulevée, ne serait-ce que pour dimensionner les espaces extérieurs collectifs et définir les abords des logements, halls d’entrée, couloirs, escaliers, locaux de service ».

Les activités souhaitées dans l’habitat nécessitent généralement des surfaces disproportionnées par rapport à la surface d’un logement et justifient la création ici d’une salle de jeu pour les enfants pouvant servir lors de fêtes exceptionnelles (familiales ou collectives), là d’un petite salle de réunion pour la vie associative, plus loin d’un atelier de bricolage, ailleurs d’un local pour les vélos et les poussettes, d’une buanderie ,ou enfin d’ une chambre d’hôte pour un parent ou un ami de passage. Chaque groupe de voisinage doit dégager ses priorités.

« La crainte de certains habitants est que le coût du projet soit augmenté d’autant au détriment de la surface des logements. Or l’architecte sait qu’un habitat groupé en immeuble génère une économie substantielle sur la construction (coûts de la voirie, des toitures, des façades, des structures etc.). Cette économie permet d’agrandir les parties communes…Les activités désirées sont impossibles à réaliser dans la plupart des logements dont la surface est comptée. Parmi les demandes qui ressortent des discussions en atelier, on notera une salle de jeux pour les enfants, une salle polyvalente permettant d’organiser des fêtes familiales ou collectives et de tenir les réunions de l’association, une buanderie, une chambre d’amis, plus accessoirement un atelier de bricolage, un labo photo, un cellier, une cave…Il est évident que ces souhaits ne peuvent être tous satisfaits ; Des priorités doivent être dégagées. Le groupe fera ses arbitrages. Les souhaits irréalisables dans le cadre d’un groupe de voisinage donné peuvent l’être à l’échelle de l’immeuble ou du quartier…A partir de l’atelier des habitants la vie associative est amorcée. Il serait dommage qu’à l’achèvement de la construction les habitants perdent toute occasion de se réunir. La gestion, l’aménagement, l’animation des locaux communs sont la garantie que la vie associative se donne de perdurer ».

Le groupe de voisinage éprouve le besoin de se matérialiser autrement que par de simples mitoyennetés. La création d’un local spécifique est importante autant sur le plan symbolique que fonctionnel. Le local de voisinage matérialise la persistance d’une convivialité informelle et participe de la cogestion de l’ensemble du projet une fois que celui-ci est réalisé. Quand la co-propriété n’a que des couloirs à gérer, comment éviter qu’il n’y soit question que de propreté et de charge ? S’agissant d’une salle commune la conversation porte sur la vie de voisinage dans l’immeuble et son quartier.

L’étude du plan masse

Dans la quasi totalité des cas, la visite du terrain se fait en amont des séances d’atelier, ne serait-ce que pour convaincre les gens de la crédibilité du projet. Au retour de la visite peut commencer l’étude du plan masse. Quelque soit le caractère contraignant du schéma directeur d’urbanisme dont il est nécessaire de tenir compte, le fait d’associer les participants de l’atelier au tracé du plan masse est un préalable quasiment obligé qui témoigne de l’authenticité de l’approche participative proposée par la municipalité. Ce serait un contre sens que de vouloir faire entrer les gens dans un cadre strictement prédéfini. Ce contre sens peut être compris lorsque le site est enclavé ou contraint comme c’est le cas à Orsay avec le terrain des Planches. Même dans ce cas, l’implantation des locaux collectifs résidentiels par les habitants peut donner un caractère spécifique aux placettes qui structurent le projet urbain. D’une façon générale l’élaboration du plan masse est un moment privilégié de la construction des groupes de voisinage et de l’ensemble de la collectivité qui habitera le projet. L’étude du plan masse permet en parallèle de pousser plus avant la formation des groupes de voisinage et de préparer leur implantation dans le projet. La discussion sur l’emplacement et l’organisation de chaque groupe d’habitants est indissociable de la discussion sur le plan masse. Avant même d’approfondir l’étude de leur logement les habitants ont déjà conscience de leur environnement urbain. Dans un projet participatif les gens se côtoient suffisamment longtemps dans les réunions pour que les relations qui se tissent entre eux amorcent la dynamique collective autour de quelques groupes affichant des philosophies sensiblement différentes.

«  Dans le projet du faubourg Montmélian, à Chambéry, le projet de 60 logements répartis en deux immeubles principaux a donné lieu à trois ateliers successifs. Les animateurs ont demandés aux participants de se réunir en plusieurs groupes de voisinage pour élaborer chacun un plan masse en maquette. Le volume en pâte à modeler du programme quantitatif envisagé, avait été posé sur le socle du terrain à 5 mm/m… Pour éviter que les participants n‘individualisent trop leur logement et ne soient obnubilés par son positionnement sur le terrain, Il leur est demandé en premier lieu de répartir des grandes fonctionnalités sur des plans du terrain à 5 mm/m. Les espaces attribués aux équipements, aux parkings et aux immeubles résidentiels sont matérialisés par des blocs de pâte à modeler de couleurs différentes. Les premières maquettes sont fonctionnalistes ; les secondes qui intègrent l’étude des espaces extérieurs sont plus organiques et les troisièmes qui intègrent la localisation des groupes de voisinage et amorcent les processus d’appropriation sont postmodernes… La tendance naturelle d’un groupe en formation est de se replier sur soi. Les animateurs doivent veiller à créer des contacts avec les habitants riverains et avec des responsables d’équipements de quartier de façon à créer des liens entre les groupes intra-muros et le quartier environnant.

Les architectes de l’équipe d’animation font, dans un premier temps, la synthèse des débats et des maquettes confectionnées par chaque groupe d’habitants, en choisissant quatre puis trois plans masses. Ces alternatives ont fait l’objet d’un débat conclu par un vote de l’atelier. Le plan masse retenu est alors présenté aux membres du groupe de pilotage qui ont donné leur accord. Les principes du plan masse sont adoptés à l’issue de l’atelier des habitants. L’équipe de maîtrise d’œuvre a toute latitude pour les interpréter.

Même méthode aux longues terres, à Vauréal, où le plan définitif d’un ensemble de 40 maisons de ville a permis d’introduire un deuxième espace vert du côté opposé à l’espace libre triangulaire tracé par l’Etablissement Public d’Aménagement. La place centrale préconisée par l’Etablissement Public d’Aménagement a été minimisée sous la forme d’une placette plus étirée du Nord au Sud du projet. Néanmoins de nombreuses variantes étaient possibles et les habitants ont pu s’ approprier la leur.

A Cergy-Pontoise, le groupe d’habitat autogéré de la Hayette s’est figé sur l’ultime figure d’un ballet interactif des maisons qui a duré trois mois. Cette danse des maisons est restée avec la période de chantier l’un des deux moments les plus intenses de la vie de groupe. La succession des modes de groupement essayés suit la courbe des niveaux de crise ou de consolidation des relations entre les membres du groupe. On peut voir le groupe éclater ou se resserrer au fil des réunions.

Aux Vignes Blanches le plan masse s’est cristallisé d’autant plus rapidement que la forme et l’orientation du terrain ne laissait guère de choix.

Aux Basses Roches , à Conflans Ste Honorine, le plan issu de l’atelier combinait un groupement en deux grappes informelles de part et d’autre d’un espace public aux contours eux aussi informels et qui reliait les Basses et les Hautes roches par une coulée verte. Cette première esquisse encore informe et irréaliste parce que trop sommaire, n’a pas eu le temps de mûrir. La mairie a demandé à son urbaniste de projeter un plan différent fortement structuré en vue d’intégrer l’implantation des groupes de voisinage issus de l’atelier et celle des pavillons individuels ».

Ceci dit, à Chambéry, les architectes de Coopérim qui n’avaient pas participé à l’atelier d’habitants et qui étaient chargés de la maîtrise d’œuvre du projet ont protesté devant la précision de la maquette fabriquée avec les habitants ; ils jugeaient celle-ci prématurée et illégitime. La programmation n‘avait pas à empiéter ainsi sur la phase de conception architecturale. La volonté d’Yves Delagausie de vouloir prouver dans cette première expérience que l’atelier de programmation pouvait générer un projet suffisamment crédible l’a emporté sur toute autre considération.

Les plans programme

« Deux thèses peuvent étayer la démarche de déconstruction et d’analyse du logement en termes d’activités élémentaires plutôt qu’en termes de pièces. La déconstruction-reconstruction est nécessaire pour trouver des solutions plus personnelles…

– A partir d’une première description critique du plan du logement actuel, il est demandé aux participants de dessiner un organigramme où les espaces du futur logement sont représentés par des bulles vulgairement appelées patates mises en relation les unes avec les autres et où chacun inscrira les différentes activités devant s’y dérouler ; inscrira également les qualités souhaitées de chacune des bulles : lumière ou pénombre, silence ou animation, ouverture ou pas sur l’environnement extérieur…Cette description analytique est d’autant plus utile que certains participants ont des difficultés à dessiner correctement un plan sans devoir omettre ou éliminer des souhaits, pour la simple raison que l’habitant n’y trouve pas de solution géométrique adéquate, les variables à prendre en compte étant trop nombreuses.

– Dans l’autre approche du logement, les pièces constituent des modèles complexes qui fonctionnent sur plusieurs registres (fonctionnel, économique, symbolique). Ces modèles qui ont été forgés depuis longtemps font partie d’un bagage culturel qu’on ne change pas facilement, à moins qu’un mode de vie particulier ne l’impose. La déconstruction de ces pièces serait difficile à opérer. La démarche consisterait, pour cela , à analyser leurs différentes fonctions et les différents « coins » qui leur correspondent. On observe alors que chacun ne dispose pas les mêmes fonctions ni les mêmes coins dans la même pièce. Il est important de repérer toutes les fonctions élémentaires et leurs espaces associés qui se sont ajoutées aux fonctions traditionnelles des pièces telles que dormir, manger, se chauffer, cuisiner, recevoir…

L’un des risques de la participation ,lorsqu’un groupe d’habitants commence à exposer les premiers éléments susceptibles de caractériser son futur logement est que l’architecte qui n’a pas l’habitude de disposer d’autant d’informations se contente des premières indications et commence immédiatement à travailler et à figer des propositions. L’architecte plus expérimenté ne prend pas les premières doléances pour argent comptant et attend que celles-ci mûrissent pour constituer un programme véritablement fiable. La durée de la réflexion collective et individuelle et la collecte de références variées sont des facteurs importants pour la réussite de la programmation ».

Il ne faut pas sous estimer l’importance du travail en groupe sur la dé-construction des clichés.

Ce n’est pas un des moindres intérêts de l’atelier que de favoriser un climat d’ouverture au changement des représentations.

De la programmation à la conception

La deuxième étape est celle de l’interaction entre la programmation et le projet. Elle est centrée sur la conception du projet architectural et l’intégration des plans programmes individuels dans un groupement de voisinage. Plusieurs allers et retours sont organisés entre l’architecte et l’habitant de façon à passer progressivement du travail d’atelier à la conception des plans. Selon les cas cette transition sera plus ou moins longue.

Dans les groupements de petite taille, de 6 à 12 logements, l’architecte est présent du début de la programmation jusqu’à la remise des clefs. Au Faubourg Montmélian certains architectes de l’équipe de maîtrise d’œuvre ont reproché à leurs collègues de l’équipe d’animation d’être aller trop loin dans l’étude du projet. Malgré la présence d’un représentant de leur équipe dans les séances d’atelier de programmation, certains d’entre eux se sont sentis prisonniers des travaux effectués dans l’atelier. A vrai dire la participation place les animateurs et les concepteurs dans un processus d’interaction entre la programmation et la projetation. Il y a là matière à un jeu de rôle délicat à gérer et qui comporte une grande part d’improvisation « au feeling ». Cela n’empêche pas, bien au contraire, que les responsabilités des uns et des autres soient définies le plus en amont possible pour éviter les doubles emplois et la frustration des uns ou des autres. D’une façon générale le travail de programmation devrait probablement éviter toute formalisation spatiale excessive. Il serait abusif de considérer le travail de pré-conception comme étant une atteinte à l’architecte créateur. L’architecte Bernard Kohn n’a jamais perçu le travail de l’atelier comme étant un handicap : Il pense au contraire que le travail mené dans l’atelier des habitants démine le dialogue ultérieur de l’architecte avec les habitants ; il permet de gagner du temps dans le travail de conception. Le travail de synthèse opéré par le concepteur bouscule inévitablement certaines dispositions envisagées dans l’atelier de programmation. Il est préférable que l’architecte puisse recevoir chaque famille individuellement avant de présenter une première esquisse du projet à l’ensemble du groupe. C’est au moment de cette nouvelle donne que chaque habitant peut demander une dernière adaptation de son projet de logement, ce qui n’évitera pas des demandes récurrentes portant sur des détails, demandes qui, parfois, s’échelonneront jusqu’au dépôt du dossier de permis de construire. Pour couper cours à l’insatisfaction chronique de certaines familles, les architectes hollandais victimes d’un harcèlement de leur « clientèle » ont trouvé une parade qui s’est avérée acceptée de tous : Au delà d’un nombre prédéfini d’allers et retours entre l’architecte et l’habitant, toute nouvelle demande de modification est payante au tarif horaire et en proportion du temps passé par l’architecte.

A la suite du programme Sépia, dix ans après la recherche de 1984-85 j’ai ajouté le texte qui suit : Une séparation trop forte entre la phase de programmation et celle du projet est dangereuse, L’une ferait rêver sans tenir compte des contraintes, l’autre contraindrait sans faire rêver. L’exemple du projet de Conflans Ste Honorine où les habitants ont précisément choisi les architectes ayant participer à la première phase d’animation de l’atelier est instructif : Ils recherchent une continuité entre cette phase et les suivantes.

Le passage du programme au projet peut se faire de façon brutale par le départ des programmateurs et par la venue des concepteurs choisis par concours. On pourrait craindre que l’administration de la Communauté Européenne n’aille jusqu’à séparer la programmation et la conception du projet au point d’interdire à l’équipe de programmation de rencontrer l’équipe de maîtrise d’œuvre celle-ci une fois connue, ce qui casserait toute effort de coopération entre professionnels et habitants. Je plaisante à peine… Quelque soit le secteur d’activité considéré, l’obsession de l’Europe est de mettre à tout moment les professionnels en concurrence. Des architectes anglais engagés dans l’urbanisme participatif ont dû bénéficier de dérogations pour assurer la continuité entre la participation de la population concernée lors de la phase de diagnostic collectif et la mission d’urbaniste qui leur avait été confiée au départ du projet. Dans un tel cas de figure tout urbaniste qui consulte les habitants risque de se voir confisquer sa mission d’origine ! L’hyper libéralisme supplante l’humanisme jusqu’à l’absurdité.

Que faut-il craindre dans le passage de programmation à la conception architecturale, si ce n’est la perte d’information et l’appauvrissement du projet qui en découlera. La première façon de remédier à ce risque est d’ouvrir l’atelier de programmation participative au concepteur du projet architectural et d’ouvrir la conception du projet aux participants de l’atelier de programmation. Une période de recouvrement des deux phases de programmation et de conception architecturale est à prévoir. C’est le moment de l’agence ouverte. L’expérience prouve que la frustration des concepteurs de n’avoir pas participer à l’atelier des habitants disparaîtra vite au fil des rendez-vous que lui réclameront les familles. Personne n’empêchera un membre de l’équipe de concepteurs d’assister en tant qu’auditeur libre aux ateliers de programmation Dans le chapitre N°5 il sera question de la programmation générative, un concept initié par des chercheurs américains et expérimentée en France à l’initiative de Michel Conan, leader de l’équipe des sciences humaines au CSTB dans les années quatre vingt dix. Il est sur qu’appliquée à l’habitat participatif cette méthode très pragmatique serait bénéfique. Elle consiste à ajuster le projet d’architecture aux intentions du programme (voir le chapitre 5 ) .

L’agence ouverte

L’expérience prouve que le programme ne se précise véritablement que lors des rendez-vous avec l’architecte maître d’œuvre. Le principal intérêt du travail fait en amont dans la phase de programmation est celui de faciliter la finalisation du travail de coopération entre l’habitant et l’architecte maître d’œuvre au stade de la conception du projet architectural.

Pour s’assurer de la faisabilité des plans programme les participants sont invités à dimensionner les différentes pièces qui composent le logement. A Chambéry, toujours dans le cadre de la programmation, les animateurs de l’atelier ont esquissé des plans sur du papier tramé dont chaque maille représente une surface d’un m2. Ce mode de représentation permet, à tout moment, de vérifier si la surface finançable est respectée. Cette astreinte engendre un rééquilibrage des pièces entre elles et facilite l’assemblage des plans d’un même groupe de logements. Ces plans n’intègrent ni les contraintes constructives ni des les contraintes architecturales encore inconnues à ce stade du projet. Des contradictions apparaissent souvent entre mari et femme, entre adultes et adolescents. Aussi faut-il croiser, dans la phase de programmation, les réunions de groupe et les consultations individualisées, ce qui diminue, en phase de conception , le nombre de rendez-vous avec l’architecte du projet.

Lorsque les gens commencent à se connaître, les timidités des uns et les tentatives de prises de pouvoir des autres s’estompent. Aux Vignes Blanches comme aux Longues terres à Vauréal, les critiques et les corrections fusèrent à l’examen du dossier d’avant projet sommaire . Mais elles ne portaient presque exclusivement que sur des détails. La cohérence de l’ensemble n’était pas remise en cause.

Dans le cas du projet de Vauréal le psychosociologue du CSTB a constaté que chez les personnes qui vivaient leur première expérience participative, l’indécision ou l’idéalisme étaient source d’une insatisfaction chronique alors que des personnes ayant vécu dans plusieurs logements successifs et bénéficiant d’une expérience plus longue de la vie conjugale acceptaient avec plus de sérénité les compromis et les éventuelles frustrations qui pouvaient en résulter. Tout observateur d’un processus participatif est frappé par l’évolutivité des débats et des positions individuelles. On voit des gens de prime abord frileux, traditionnalistes et parfois autoritaires s’ouvrir à des propositions plus respectueuses des différentes personnes qui composent la famille. La sécurisation due au travail collectif emporte des adhésions individuelles. Des considérations nouvelles apparues au cours des débats suscitent des changements d’attitude. Comment démêler dans le dit et le non-dit la part des défenses, des conformismes et des autocensures dans les demandes les plus assurées ? Des outils restent à forger tant en ce qui concerne les techniques de représentation et de préfiguration du projet qu’en ce qui concerne les investigations des relations personnelles à l’espace. Tout en sachant bien que l’habitant n’est là ni pour être psychanalysé ni pour céder à une quelconque modernité ou technologie d’avant garde. Par contre il est sûr qu’aujourd’hui le travail de l’atelier favorise l’appropriation collective du développement durable.

L’agence ouverte consiste à inviter les familles dans l’agence d’architecture afin que celle-ci puisse demander ou non des corrections pour ensuite valider le plan du logement que l’architecte a dessiné . Lucien KROLL qui a réalisé la résidence des étudiants en médecine de la Voluwée, à Bruxelles avait été choisi par les étudiants lors des événements de 1968 en raison de sa philosophie participative. Lucien KROLL a joué un rôle de pionnier dans la pratique des projets participatifs. Il a plaidé pour la diversification de l’expression architecturale qui devait refléter les particularismes des groupes d’étudiants avec lesquels il travaillait. L’architecte a baptisé de « fasciste » la partie de la résidence qui loge les étudiants formatés et militants de l’ordre établi. Les groupes plus conviviaux ont été logés dans les « granges » assez grandes pour accueillir plusieurs couples et célibataires. Ces granges placées aux derniers étages de la résidence donnent une silhouette vivante à l’ensemble des bâtiments. D’autres étudiants en couple ou célibataires habitent dans les appartements aménagés à la carte .Sur une façade tramée s’appliquent des composants hétérogènes reflétant la diversité des cohabitants. L’idée même de programmation est insupportable à cet architecte libertaire qui a très tôt associé la participation aux trois écologies de Deleuze.

Le chantier

Comme tout maître d’ouvrage, l’association des habitants participe au suivi de chantier, ne serait-ce que symboliquement pour que le groupe ne se désagrège pas et continue à préparer le moment où il emménagera. La création de la future association des habitants , si elle n’a pas eu lieu pendant la phase de programmation, se concrétise par l’élaboration d’un règlement intérieur adapté au projet et qui ne soit pas comme c’est l’usage, une simple addition d’ d’interdits. L’association des habitants, une fois créée, délègue certains d’entre eux pour assister, en tant qu’observateur, aux réunions hebdomadaires de chantier. Le ou les délégués font un compte rendu au groupe. Ponctuellement l’expérience prouve qu’une réunion trimestrielle permet à tous les habitants qui le désirent de rencontrer les entreprises et l’ architecte et surtout de voir s’ériger le bâtiment et leur logement, aux principales étapes de sa construction. Dans certains cas de défaillance d’une ou plusieurs entreprises l’arbitrage du groupe de pilotage est nécessaire. Le groupe autogéré se trouve souvent démuni en cas d’arrêt intempestif du chantier. L’architecte peut jouer de son influence pour tenter de débloquer la situation mais seuls les habitants maîtres d’ouvrage ont la véritable responsabilité de gérer les éventuels contentieux. 

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