Une typologie diversitaire

 

A la Hayette N°1, Jean Nouvel était parti de six modèles de maison au choix pour engager le dialogue avec son client. A Vauréal, Manuel Périanez me demande, en 1986, quels pourraient être les modèles que nous aurions aimés développer à partir de nos entretiens avec les familles des Longues terres, en faisant abstraction des contraintes constructives dictées par l’ingénieur et l’entreprise bois. J’ai donc dessiné cinq types de maisons auxquels pouvaient correspondre les modes de vie et les aspirations des candidats avec lesquels nous avions travaillé à Vauréal.

La maison-tour

Mes deux confrères et moi sommes donc partis d’une famille qui voulait se protéger de l’extérieur côté rue comme côté jardin Nous sommes partis de leur projet de maison qui une fois adossée à une maison semblable créait un patio ouvert d’un seul côté. Par contre les espaces intérieurs du rez-de-chaussée communiquent largement entre eux, à l’exception de la chambre des parents placée à l’extrémité du séjour ; Cette grande chambre est dotée d’un petit cabinet de toilette et d’un petit escalier communiquant avec un bureau à l’étage. A l’étage il y a un grand pallier servant de salle de jeux et une chambre en longueur susceptible d’être séparée en deux chambres indépendantes. L’étage est équipé d’une une salle de bain située au dessus de la cuisine.

La maison-jardin

Une famille ( Enguel) insistait pour que la lumière et la végétation puissent pénétrer dans la maison. Nous avons donc imaginé une maison qui s’étale au sol. Au lieu d’être compactées dans une même boite, elle est fragmentée en petits volumes largement éclairés. La salle de bain compte comme une courette intérieure couverte d’une verrière distribuant la lumière du jour aux pièces riveraines ; La maison est desservie par une succession d’escaliers droits qui montent de demi-niveaux en demi-niveaux jusqu’à l’étage composé de deux chambres placées au dessus de la cuisine et de la chambre parentale. Bien entendu ce modèle aurait été jugé trop cher dans le cadre donné. Pourtant elle s’inspire plus d’une architecture vernaculaire habitée par la population modeste des villes minières du Nord que d’une villa luxueuse. Le moins que nous ayons pu obtenir a été d’adjoindre au modèle dit de la maison de campagne, une serre et une chambre débordant dans le jardin.

La maison pratique

Une famille (Bejar) a quatre enfants Le volume standard de la maison de campagne a donc dû être agrandi : La cuisine repousse ses limites hors du cadre de la caisse contreventée. La famille a besoin d’espace, tant au rez-de-chaussée qu’à l’étage avec deux salles d’eau et un Wc indépendant. Nous avons pensé au pavillon de banlieue le plus banal mais aussi le plus pratique. Le rez-de-chaussée est voué aux activités telles que lessive, bricolage, et au stationnement de l’auto, des vélos et des outils de jardin. La famille vit à l’étage d’où elle domine le jardin par un balcon qui prolonge le séjour. La Villa Savoye à Poissy est une version moderne et spacieuse de la maison pratique. Nous nous sommes contentés d’en dessiner une version économique et stylistiquement neutre. Sous le toit il ya le volume nécessaire à deux chambres tandis qu’en rez-de-chaussée nous trouvons les deux autres chambres ainsi que deux pièces de service : Il ne manque que la place de l’auto qui stationnera ailleurs sachant que la maison se situe en zone piétonnière.

La maison chalet

La construction bois était une des caractéristiques du projet. Pas étonnant donc que certains habitants aient imaginé leur future maison comme devant être un chalet. Or cette référence implique l’existence d’une grande toiture protectrice en charpente et d’un coin cheminée accueillant. Pour la famille Michaud la maison devait être un refuge d’un seul tenant avec un étage en mezzanine. Le couple aimait partir en montagne. Dans le projet de Vauréal ils eurent droit à un vide sur séjour. Nous avons voulu vérifier s’il ne serait pas possible de dessiner une maison qui, hors du cadre constructif et économique qui nous était alloué, aurait pu intégrer une plus grande part de la symbolique du chalet. Nous n’étions pas convaincu qu’une expérimentation parrainée par le PUCA et son programme « chantier libre » interdise définitivement aux habitants qui le désireraient d’installer un poêle au milieu du séjour. Le modèle du chalet consiste donc à créer un coin cheminée dans le salon avec un chauffage susceptible de réchauffer deux chambres, l’une au rez-de-chaussée l’autre à l’étage en mezzanine. Une troisième grande chambre sous le toit a une fenêtre sur le séjour qui puisse être ouverte ou fermée.

La maison de ville

Les quartiers construits sur le plateau de l’Hautil à Jouy le Moutier et à Vauréal ont été fondés sur le concept de la maisons de ville par opposition avec le pavillon de banlieue qui fait le vide autour de lui soit disant pour ne pas être gênés par des voisins bruyants. Dans l’esprit de l’urbaniste à l’origine du concept il s’agit de construire des espaces villageois, rue ou placette, à l’aide d’une continuité bâtie constituée de maisons hautes et mitoyennes. Cette vision urbaine de la maison individuelle méritait d’être saluée à partir d’une urbanité vécue par les habitants de la ville nouvelle. Dans les ateliers communautaires nous croisions des couples très engagés dans la vie associative locale. A de nombreuses occasions le rez-de-chaussée de leur maison se transformait en salle de réunion ou en salle des fêtes. Beaucoup de mouvement donc du séjour à la cuisine avec un bureau où discuter avec tel ou tel militant de passage ; Bref un rez-de-chaussée où vie publique et vie familiale se croisent. La distribution intérieure du rez-de-chaussée devait faciliter la circulation tout en ménageant des coins pour les a parte. Une circulation verticale est placée au centre de la maison et distribue les chambres situées en demi niveaux de façon à disposer d’une grande hauteur sous plafond dans le séjour et dans la chambre des parents qui se situent côté jardin. Côté rue un petit auvent permet aux amis de continuer la conversation à l’abri avant de se quitter.

Pour replacer cette essai de typologie dans son contexte , je m’étais intéressé, à partir de 1985 aux travaux du Centre de Communication Avancée qui avaient fait l’objet de plusieurs livres édités en 1985 : « Vous et les français ; Styles de vie, cartes et portraits ,puis Courants et scénarios ». Le CCA fondé par Bernard Cathelat et Gérard Mermet en 1973 s’était spécialisé dans l’étude des styles de vie dont il donnait la définition suivante : « La manière dont un individu se comporte à l’intérieur de la société ». Les progrès de l’informatique avaient permis d’établir des connexions entre les informations collectées lors d’enquêtes couvrant l’ensemble des aspects de la vie quotidienne : vêtements, alimentation, aménagement intérieur, loisirs, vie familiale, sensibilité politique, métier …et lieu d’habitation. De ces études ressortaient 14 styles de vie que le CCA avait regroupés en 5 familles : les activistes, les matérialistes, les rigoristes, les décalés et les égocentrés. Selon le CCA, les activistes habitent de préférence «  dans un appartement en centre ville, dans un immeuble bourgeois »; Les matérialistes dans « un appartement fonctionnel » toujours en centre ville ; Les rigoristes « dans une maison rustique en banlieue » ; Les décalés au sommet d’ « une tour ultra moderne » ; Les égocentrés « dans une vieille maison et son jardin éloignés de la ville ». Les styles de vie n’avaient pas de rapport avec les styles architecturaux. En me rapprochant de cette équipe je pensais pouvoir lui apporter une dimension architecturale inédite. La personne contactée considéra que les architectes devaient payer le CCA s’ils voulaient disposer des résultats d’enquête plus approfondis qui leur seraient utiles. Je doute qu’un un seul architecte eut été intéressé par un tel négoce. Ce dialogue de sourd ne pouvait aboutir. Je décidais alors de m’aventurer à mes risques et périls et sans matériel informatique dans un domaine qui avait retenu toute ma curiosité. Mon expérience circonscrite à la maison de ville me permettait d’énoncer quelques propositions que j’avais imaginées à l’occasion du projet des Longues Terres à Vauréal. J’ai trouvé a postériori, c’est à dire trente cinq ans plus tard quelques relations entre le chalet et le rigoriste, entre la tour et l’égocentré, entre la maison pratique et l’utilitariste, entre la maison de ville ( ou la maison avec pignon sur rue et l’activiste), entre la maison jardin ( ou la maison paysage) et le décalé.

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