L’autopromotion en ville

 

Dans le dernier chapitre du livre sont présentés trois réalisations qui illustrent l’élargissement en cours du choix du mode d’accès à l’habitat participatif. Le Grand Portail a bénéficié d’un cadre institutionnel favorable. Le projet a été lancé par la municipalité de Nanterre avec l’accord de l’Etablissement public d’aménagement de la Seine-Arche .La programmation du projet avec quinze familles d’accédants aidés s’est parfaitement bien déroulée. C’est au stade du chantier que le projet a déraillé. Les professionnels, architectes, entreprises, maitre d’ouvrage, n’ont pas su gérer le chantier, mettant financièrement en danger les familles modestes qui leur avaient fait confiance. Tous ces spécialistes se renvoient la balle. Après des reports successifs de délais, les habitants vont s’installer cet été 2014 …sauf nouvel imprévu et après cinq ans de mobilisation. Cette attente est comparable mais néanmoins inférieure à celle qu’ont connue les premiers candidats du Village Vertical, une opération menée par une poignée de précurseurs qui s’appuyaient sur la seule vie associative au départ, en 2005. Les habitants du Village Vertical ont emménagé en Septembre 2013, à Villeurbanne. L’association Habicoop a accompagné ce groupe de locataires jusqu’à ce qu’un bailleur social, la Coopérative Rhône-Alpes Habitat, réussisse à monter un programme mixte associant les dix familles de locataires du « Jardin de Jules » à 24 logements en accession et quatre studios de jeunes travailleurs.

Le chantier du projet K’Hutte, à Strasbourg, dans l’écoquartier Kronenburg s’est ouvert en février 2014, après une saga professionnelle qui a été le prix à payer par Bertrand Barrère pour former une équipe professionnelle aguerrie et engagée. L’appel aux habitants a porté ses fruits dès lors que les conditions matérielles s’ avéraient fiables . Cette nouvelle forme de promotion immobilière participative se retrouve à Montpellier avec le projet Mascobato auquel le promoteur Promologis est venu prêter main forte, ou avec l’AERA à Toulouse engagé dans une concertation à grande échelle avec les bailleurs sociaux . A terme, tôt ou tard, un nouveau secteur immobilier se développera en faveur de l’habitat participatif.

L’habitat participatif et l’écoquartier, l’exemple des Capuçins à Angers

A Angers, les deux projets d’autopromotion engagés dans l’écoquartier des Capuçins sont révélateurs de l’évolution actuelle des procédures de maîtrise d’ouvrage partagées qui se mettent en place : Pour la réussite de son projet, le groupe d’autopromotion est paradoxalement prêt à coopérer avec un promoteur local capable de fiabiliser son projet.

EQA, à l’origine le groupe qui s’était baptisé « Ecoquartier d’Anjou », a donné naissance à l’ « Ecoquartier des Près ». A l’initiative d’une annonce dans la presse en 2004, un noyau d’une dizaine de personnes s’est rassemblé pour élabores des projets d’habitats écologiques sur la région d’Angers. Ce groupe d’origine, baptisé EQA, s’est scindé en plusieurs projets, les uns souhaitant plutôt habiter à la campagne, et d’autres, plus près de la ville. C’est ainsi que sept familles se sont réunies pour définir leur futur habitat sur un terrain mis à leur disposition par la SARA sur le Plateau des Capucins à Angers. L’association « Ecoquartier les Prés » était créée. Pour contourner la difficulté de l’auto-promotion, l’association Ecoquartier des Prés a confié la maitrise d’ouvrage de 23 logements en accession au Val de Loire en juin 2008. Ce bailleur social a signé une convention de partenariat avec l’association qui participe à toutes les décisions. Simultanément, ils décident en commun de juxtaposer à ces logements une quarantaine d’appartements locatifs sociaux et obtiennent ainsi une mixité sociale…

Les premiers quarante et un locataires se sont installés dès Juin 2012 sur un des îlots du quartier des Capucins. L’autre partie du projet est en cours de construction sur le même site et sera livrée en Juin 2013. Ce deuxième ensemble porte sur 23 logements dont 16 en accession et 7 en location. Ces logements en location seront vendus ultérieurement par le Val de Loire. Le groupe de départ n’occupe qu’une partie des logements et recherche des futurs voisins. Actuellement se côtoient, entre autres, un célibataire, un couple avec bientôt trois enfants, quelques retraités et quelques couples en fin d’exercice professionnel. Le bâtiment du Sud n’a qu’un étage pour ne pas faire d’ombre à celui du Nord de quatre niveaux. Au rez-de-chaussée, un espace commun de 70 m2 se répartit entre une buanderie prévue pour plusieurs machines à laver et une salle de réunion divisible à terme pour aménager un atelier de bricolage.

Le projet d’Ecoquartier des Prés s’est implanté le long d’un espace libre naturalisé en forme de lanière qui traverse la ZAC des Capucins. Il respecte les performances exigées dans le cahier des charges de cette vaste zone, notamment les critères énergétiques de bâtiment à basse consommation d’énergie. Une chaufferie à granulats bois assure le chauffage de l’ensemble des 64 logements ainsi que l’eau chaude sanitaire. Les façades Sud et Nord sont en ossature bois avec une isolation en laine de bois. Les pignons Est et Ouest sont en béton pour donner de l’inertie au bâtiment et sont isolés par l’extérieur. Les menuiseries mixtes bois-métal sont fabriquées à Clisson, dans la région (bois intérieur et métal à l’extérieur). Les logements sont tous traversant. Pour la conception, le Val de Loire a accepté la proposition du groupe des futurs habitants en faisant appel au cabinet d’architecture « Matières d’espaces ». Madame Lhuillier, l’architecte, est accompagnée d’un thermicien et d’un architecte associé pour suivre le chantier.

– Dans le premier projet de projet de 41 logements locatifs, les habitants ont-ils participé à la conception de leur logement ? « Non, les logements HLM sont attribués par une commission départementale indépendante 3 mois avant la réception du chantier. Il n’était donc pas possible de connaitre les futurs locataires dès la conception ».

– Quelles ont été les motivations de base de Denis Héroguel, vous même, lorsque vous avez lancé le projet ? « Après le départ de nos trois enfants, nous trouvions notre maison trop vide et difficile à chauffer. L’idée d’une nouvelle habitation plus adaptée a vite fait son chemin, avec l’espoir de mieux respecter l’environnement et de vivre plus en harmonie avec nos voisins. Les trois critères principaux ont vite été définis au départ du groupe : Consommer le moins possible d’énergie fossile en privilégiant la construction bioclimatique, respecter notre santé en pariant sur des matériaux sains et favoriser les liens entre les habitants ».

L’écoconstruction

Les groupes d’autopromotion de la première décennie du vingt et unième millénaire ont fait de l’écoconstruction leur cible principale et revendiquent leur intégration en centre ville. En arrière plan c’est du développement durable et de ses quatre piliers, environnemental, sociétal, économique et culturel, dont il s’agit. Certes un certain nombre de groupes d’habitat autogéré des années quatre vingt avaient déjà intégré quelques éléments de l’architecture bioclimatique préconisés par une avant-garde de professionnels mais aussi et surtout spontanément revendiqués par les habitants soucieux d’orienter leur projet au Sud ou de cultiver leur jardins. A partir de 2005-2010 un passage de la sensibilité environnementale à une prise de conscience planétaire s’opère. Les groupes d’autopromotion partent à la conquête de la ville pour la transformer, au moins symboliquement dans un premier temps. L’exemple le plus illustre est celui du groupe strasbourgeois ECOLOLOGIS construit en 2009 et 2010 par une douzaine de familles, un groupe qui a impulsé une dynamique municipale spécifique développée page 145. Sur la quinzaine de réalisations que présente le récent et beau livre de Pascal Greboval « Vivre en habitat participatif » aux éditions Alternative , plus d’un tiers perpétuent la tradition du MHGA ( Mouvement de l’habitat groupé autogéré). Le livre « Habitat Groupé Participatif d’Yves Connan, aux éditions Ouest-France, présente, entre autres, le groupe ÉCOLLINE, dit la Belle de Saint Diè, qui construit en bois à la lisère de la forêt est devenu un véritable centre de formation où les initiateurs de nouveaux groupes viennent s’initier aux techniques de l’autoconstruction « durable » en bois et en paille.

« Construire un habitat à la fois en autopromotion et en autoconstruction était réputé impossible. C’est la raison pour laquelle nous avons entrepris notre projet » se plaît à dire Anne Burgeot.

Dans les années 1970, les apôtres de l’art urbain voulaient abattre les arbres de la place des Vosges de façon à mettre en valeur le patrimoine historique du centre ville . Désormais les nouvelles générations imaginent de multiplier les jardins potagers dans les moindres espaces libres subsistant en pleine ville, et de végétaliser les toits et les murs des grandes métropoles

( Les Nouveaux Paris, exposition du pavillon de l’Arsenal, Nicolas Michelin, Mars 2005).

Ce retour de la nature en ville n’empêche pas la perpétuation de nouveaux groupes d’habitat participatifs en banlieue et en milieu rural.

REGAIN

Chantal Ollivault se rappelle d’un week-end de Février 2007 où elle a décidé d’habiter dans un immeuble et d’y vieillir en toute sérénité dans un voisinage convivial et solidaire. Après avoir accompagner les derniers jours d’un de ses parents, elle a réfléchi au moment où elle n’exercerait plus son métier d’infirmière. Le lundi suivant elle prenait contact avec des professionnels de l’habitat pour évaluer la faisabilité de son projet. En 2008 elle avait réuni quatre autres familles. En début 2013 le groupe rassemble seize familles. Au fur et à mesure de sa formation, le groupe qui se veut multigénérationnel, a veillé à préserver un équilibre entre les couples de soixante ans ou plus et les couples avec de jeunes enfants. En 2012 les architectes de l’agence GOA obtiennent le permis de construire pour un immeuble de 29 logements situé en plein cœur de l’écoquartier des Capuçins, à quelques dizaines de mètres d’une station du futur tramway. Le chantier s’ouvre au printemps 2013. Plusieurs hypothèses sont envisagées : Si les douze ou treize familles manquantes ne prennent pas le train en marche au fur et à mesure de l’avancement des travaux, le groupe fera appel à un opérateur ; Quoiqu’il en soit, le groupe d’autopromotion actuel qui s’est constitué en Société civile immobilière gardera son autonomie.

L’immeuble de sept niveaux intègre 250 m2 de locaux communs, soit 14% de la surface habitée, qui se répartissent entre une salle polyvalente de 100 m2, une salle de gymnastique équipée d’un spa, un salon qui se prolonge par une terrasse de 250 m2 au quatrième étage, trois chambres d’amis et un atelier de bricolage. La salle polyvalente sera valorisée par des activités socioculturelles: exposition, activités périscolaires, cours de gymnastiques etc. Au rez-de-chaussée un espace de 90 m2 permettra d’accueillir un ostéopathe. En Février 2013 on saura qui paie la construction de ce local commercial. L’armée est présente à Angers. Elle cherche à loger son personnel. Mais elle hésite à faire construire un logement dans le projet. En général elle préfère louer. Dans le programme il est prévu de loger deux trisomiques et un aveugle. L’aménageur, la SARA, a consenti une baisse notable de la charte foncière pour soutenir la réalisation du projet REGAIN. L’association Regain a confié à Stéphane Singer la mission de réunir une douzaine d’habitants manquants et de boucler le montage financier du projet. Cette mission s’arrêtera dès qu’un bailleur social s’engagera dans le projet.

.Chantal Ollivault est sur le point de convaincre la municipalité d’Angers d’accueillir dans leur ville les prochaines rencontres nationales de l’Habitat Participatif. Cette manifestation pourrait permettre de trouver les dernières familles.

Aux dernières nouvelles les rencontres nationales de l’Habitat participatif ont été repoussées en 2014 ou plus et le projet Regain a dû être abandonné faute d’un nombre suffisant de candidats et faute d’un opérateur assez entreprenant. La prochaine promulgation de la loi ALUR permettra-t-elle d’éviter ce genre de fiasco ? Le remarquable projet REGAIN est resté malheureusement en stand by à Angers. Est-il trop ambitieux ? Avis aux maîtres d’ouvrage nationaux : Pourquoi ne pas tenter cette aventure ? REGAIN pourrait être un remarquable projet emblématique pour ce nouveau et prochain type de logement qu’est l’habitat participatif.

Je remercie Gaspard D’Allens, François Desrues et Pierre Yves Jan pour leur contribution à l’exposé et à la compréhension de la loi ALUR dans le dernier paragraphe du livre, de la page 224 à la page 237. 

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