Le partenariat avec les collectivités locales

 

Dans les paragraphes A68/A69, les différents protagonistes de l’habitat participatif d’aujourd’hui sont passés en revue : associations, collectivités locales, intervenants en A.M.O. opérateurs sociaux (Maîtres d’ouvrage délégués), et maîtres d’œuvre ( Architectes et ingénierie). Le fait le plus nouveau, sans doute l’un des plus déterminants, l’un des plus réjouissant aussi, est l’entrée en scène des collectivités locales. Vient en second le développement d’une vie associative ayant comme objet la promotion de l’Habitat Participatif.

Pour faire face aux sollicitations des groupes en formation et en recherche de terrain, des collectivités locales ont commencé à élaborer un cadre institutionnel répondant à l’ensemble de leurs administrés. A partir de 2009 plusieurs grandes villes ont emboité le pas à la ville de Strasbourg en lançant des appels à projet qui ont favorisé la cristallisation de groupes formation. Des terrains en « dent creuse » le plus souvent situés en centre ville ont été réservés à des groupes d’habitants dont le projet a été sélectionné ou refusé à partir de critères sociaux, environnementaux et économiques définis par des élus et des associations pionniers.

L’explosion des réseaux et de la vie associative

Dans le chapitre P61 du livre est esquissée la nouvelle géographie de l’habitat participatif. A l’exception du MHGA créé en 1977, les associations de promotion de l’habitat participatif sont apparues dans le sillage du Grenelle de l’Environnement. A partir de pôles urbains initiaux, le développement actuel est régional, à commencer par les régions Alsace, Ilde France, Bretagne-Pays de Loire, Languedoc Roussillon ; Rhône Alpes….

La vie associative joue un rôle essentiel dans la sensibilisation du grand public à l’habitat participatif.

A Grenoble ville précurseur en la matière et au milieu des années 1990, à l’occasion d’une étude avec l’équipe Sciences Humaines du CSTB, j’avais compté une seule association intéressée par l’environnement urbain : l’association des cyclistes. Les 39 autres présentes dans la maison des associations s’intéressaient exclusivement à la protection de la biodiversité en milieu alpin. Il faut dire que les comités de quartiers institués par R.Dubedout, Maire de Grenoble, s’occupaient déjà de la vie en ville. Plus de vingt ans après, la vie associative s’est développée en faveur du développement durable urbain dont elle décline les composantes : Participer à la définition des grands projets d’urbanisme ; Elaborer des formules économiques de propriété collective (gestion responsable) ; Favoriser la mixité sociale (éviter l’isolement et l’exclusion) et créer du lien social par des échanges de services ; Construire un habitat sain, en préconisant la bioconstruction, lutter contre la pollution et pour la biodiversité en milieu urbain.

La plupart des associations de promotion de l’habitat participatif n’interviennent pas comme prestataire de service dans l’accompagnement professionnel des groupes d’autopromotion. Par contre elles peuvent se voir confier des missions d’études par les collectivités territoriales. Ces associations qui, généralement, bénéficient de subventions publiques n’ont pas intérêt à restreindre leur objet au seul habitat participatif. Pour développer leur audience, elles ont intérêt à élargir leur champ d’intervention à tous les secteurs de la vie urbaine, les transports, les espaces naturels, la qualité de l’air, de l’eau, des espaces publics. Habiter en ville déborde du cadre du simple logement. Les associations ont un grand rôle à jouer en matière de sensibilisation des citadins aux enjeux du développement durable. Elles ont un rôle de médiation à jouer entre les citadins, les collectivités et les administrations locales, notamment dans les domaines de l’urbanisme et de la protection de l’environnement. En s’engageant dans l’accompagnement professionnel et ses techniques, elles entreraient dans le secteur des professions libérales et perdraient leur vocation culturelle et citoyenne. Les militants bénévoles qui souhaitent devenir des professionnels de l’Aide à la Maîtrise d’ouvrage doivent renoncer à leur statut de représentant de la population. Le changement de statut n’est pas condamnable ; c’est le cumul des statuts qui l’est. Par contre il serait bénéfique qu’en attendant que des instances de dialogue soient mises en place, des rencontres soient organisées qui puissent permettre aux professionnels de l’accompagnement de dialoguer avec les associations engagées dans la promotion de l’habitat participatif. Dans les années quatre vingt dix, bon nombre d’élus et de dirigeants de la technostructure reprochaient au mouvement associatif de bloquer les projets urbains de façon jugée irresponsable (mais leur laissait-on d’autres alternatives que le blocage?). Il leur est difficile aujourd’hui de reprocher au monde associatif sa volonté de participer positivement à la promotion d’un habitat durable.

LA RÉGION RHÔNE ALPES

Edith Novelli, conseillère régionale, qui habite les Béalières regrette que la réforme des compétences territoriales ne soit pas aboutie. Elle regrette que les rôles respectifs du Conseil Régional, du Conseil Départemental et des collectivités locales ne soient pas très bien délimités : « La Région Rhône-alpes dispose d’un observatoire Régional de l’habitat et du logement. En 2011 un axe « Habitat et solidarité » a été ajouté aux axes d’observation existant. L’observatoire organise des réunions avec les opérateurs institutionnels, l’Etat, les bailleurs sociaux, les associations locales, Habicoop et L’association des habiles qui sont nos partenaires et que le Conseil Régional soutient financièrement. Un premier travail a consisté à mieux définir les différents termes utilisés dans le domaine de l’habitat participatif. La réflexion porte sur les principaux aspects de l’habitat participatif : Quel mode d’accompagnement ? Quels opérateurs ? Quel accès au foncier (notamment dans le cas d’une coopérative) ? Quel cadre juridique et quels montages financiers. La Région s’intéresse à la dimension participative dans l’habitat social. Or, dans ce domaine, les groupes qui réunissent des personnes à faible revenu et qui tiennent la route sont encore rarissimes. L’objectif de la Région est de développer les innovations en matière d’habitat social et de rendre accessible l’habitat participatif au plus grand nombre. Par exemple, à l’instar d’une expérimentation londonienne, nous voulons rompre la boucle infernale qui exclue les jeunes travailleurs : pas de travail sans logement, pas de logement sans travail. Nous incitons un groupe de jeunes ouvriers du bâtiment à participer à la réalisation du second œuvre de leur projet d’habitat au Nord de l’Isère .En 2013 un livret sera disponible sur le site du Conseil Régional. Le Grand Lyon créera un fond d’investissement public auquel pourront postuler les groupes en formation. On sent une effervescence concernant l’habitat participatif dont l’utilité sociale apparaît de plus en plus évidente. Mixité, lien social et activités partagées, autant de moyens de faire société. Si nous tuons la capacité d’initiative et d’action des citadins, nous tuons la société … Or nous avons de plus en plus besoin de la société civile. Les habitants doivent être les acteurs et non les victimes de l’urbanisation. Nous venons de créer une chaire de l’habitat participatif dans l’université. Dans les appels à projet que nous avons lancés nous avons formulé cinq critères qui justifient le soutien d’une collectivité territoriale :

– le groupe est accompagné par une équipe d’A.M.O.

– Un maître d’ouvrage délégué est identifié

– L’accès au foncier est précisé sinon assuré

– Le cadre juridique doit être approprié et fiable

– Le financements doit être garanti par un ou plusieurs organismes financiers »

LA CHARTE DES VILLES

Les municipalités des grandes villes sont de plus souvent sollicitées par des groupes d’habitants qui sont en quête de terrains constructibles, insérés dans la ville, et dont la surface correspond à des petits projets de trois à douze logements. Ces projets n’intéressent pas les promoteurs nationaux. Ils intéressent de plus en plus les collectivités dont ils partagent les objectifs en matière d’habitat. Les groupes d’autopromotion veulent que leur habitat soit réalisé en éco construction. Ils veulent mutualiser un certain nombre d’espaces pour y développer des liens sociaux, entre eux et avec le quartier. Enfin ces groupes veulent accéder au logement dans des conditions économiques de location, de location vente ou d’accession aidée. Ils souhaitent également gérer leur habitat de façon responsable et donc économique. Certains d’entre eux prennent des dispositions pour éviter toute spéculation.

Le 24 Novembre 2011 une douzaine de villes et trois communautés urbaines signaient la charte de Grenoble après avoir créé un an plus tôt, lors d’un forum des écoquartiers organisé au Parlement Européen, un réseau national des collectivités engagées dans l’habitat participatif. Les éléments de définition de l’habitat participatif qui intéressent les collectivités sont :

– une alternative aux pratiques ordinaires de la promotion privées et du logement social

– L’association des habitants à la définition collective de leur habitat

– La nécessité d’un lien social renouvelé &d’une mixité tant intergénérationnelle qu’interculturelle

– La déclinaison d’un large éventail de formes allant de la copropriété classique à l’habitat coopératif non spéculatif

– L’apport d’une réelle valeur ajoutée à la maîtrise d’usage…avec l’objectif de qualité et de durabilité du logement

– L’intégration des valeurs écologiques et sociales plus ou moins marquées

L’objectif d’une priorisation d’échanges entre le réseau national des collectivités et le réseau national associatif vise avant tout à :

– Faciliter l’identification et l’échange…

– Respecter la diversité des démarches associatives existantes en matière d’habitat participatif

Veiller à ne pas privilégier l’une ou l’autre forme d’habitat participatif

– Mutualiser les forces et moyens pour favoriser l’émergence de formes variées d’habitat participatifs

– S’ouvrir aux professionnels actifs sur le sujet ou désireux de développer des prestations d’accompagnement des groupes…les encourager à se réunir dans le cadre d’un cercle national…

Le réseau se veut être un outil opérationnel :

– S’interrogeant sur la légitimité et la nature du soutien à apporter…et sur les niveaux d’aide publique à apporter selon les contextes et les types de projets

– Recherchant des montages opérationnels reproductibles favorisant une meilleure généralisation et stabilité des projets

– Mesurant l’intérêt de ces démarches par rapport aux baisses de coût de sortie des logements.

* Les Villes membres du réseau en 2011 sont : Rennes /Grand Lyon/ Grand Toulouse/ Toulouse/ Conseil Régional d’IDF/ Paris/ Strasbourg / Conseil Régional de Rhône Alpes/ Grenoble /Arras/ Lille/ Montreuil/ Besançon/ Saint Denis / Bordeaux. En fin 2012 le réseau réunit 30 collectivités. La charte d’orientation du réseau des collectivités s’est inspirée de l’expérience strasbourgeoise.

LA VILLE DE STRASBOURG

L’éco-logis

En 2009, un groupe de onze familles s’est inspiré de réalisations en Allemagne pour entreprendre en autopromotion la conception puis la réalisation d’un immeuble en habitat participatif. Le groupe a choisi comme architecte, Michael GIES qui a conçu les immeubles de deux baugruppen. Ces immeubles parmi les premiers à être construits dans le quartier Vauban à Fribourg, la ville pilote allemande sur les questions d’énergies renouvelables et de participation, sont très performants en matière d’économie d’énergie en énergie. En août 2012, après six années de travail, les 11 familles s’installaient dans un immeuble à ossature bois de deux étages + l’étage de deux duplex.

La politique de la ville

Le projet « Ecologis » a fait beaucoup parlé de lui dans la ville . L’adjoint à l’urbanisme est un vert qui convainc la Municipalité de lancer, en Juin 2009, un premier appel à projets intitulé :

« 10 TERRAINS POUR 10 IMMEUBLES DURABLES ». Le Sénateur Maire, Roland Ries, rédige l’éditorial de la plaquette de présentation de ce projet : « L’autopromotion, c’est en effet un peu se réapproprier la construction de son logement et donner forme à de nouveaux modes de vivre ensemble dans la ville…Je souhaite que cet exemple puisse désormais essaimer et être porteur d’un nouvel esprit d’urbanité, qui sait intégrer écologie et humanité, en relevant les défis du présent, tout en préservant les ressources pour les générations futures »..

Dix terrains

Le CAUE du Bas Rhin (Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement) voulait, de son côté, inciter les jeunes architectes strasbourgeois à faire preuve d’innovation architecturale en matière de conception d’immeuble collectif pour renouveler les modèles standardisés de la promotion immobilière dominante. La municipalité sollicitée à la fois par le CAUE et des groupes d’habitants auto entrepreneurs en quête de terrains, a décidé de concilier demande d’habitat participatif et exigence de qualité architecturale. La ville a demandé aux architectes et aux habitants de concevoir ensemble des projets sur dix petits terrains en « dents creuses » de 130 à 1600 m2 dont elle est propriétaire, situés pour la plupart d’entre eux en hyper-centre. Son appel s’est effectué en deux phases ; La ville a demandé aux candidats au logement de former des groupes, de choisir un des terrains proposés, et de concevoir avec l’architecte de leur choix une esquisse architecturale de qualité. 17 groupes se sont portés candidats sur 7 terrains, trois terrains n’ayant fait l’objet d’aucune proposition en adéquation avec le cahier des charges.

Cinq projets retenus

Ce premier appel s’est déroulé en deux phases ; Lors de la première il était demandé aux candidats de choisir une implantation, de définir un projet de vie et de fournir une esquisse du projet architectural. Les cinq projets retenus au terme d’une audition, en janvier 2010, ont été ensuite présentés aux conseils de quartier concernés en Automne 2010. Les permis de construire ont été attribués en hiver 2011. Chacun d’eux fait preuve d’une grande qualité architecturale tant en ce qui concerne son adéquation aux attentes des habitants qu’en ce qui concerne les qualités d’insertion urbaine. En 2012 le premier chantier est ouvert, celui de Greenobyl 002; Ce très beau projet vêtu de bardeaux en bois regroupe 4 logements, un atelier galerie, une salle commune et une toiture constituée d’une serre partagée. Le projet “Le gros poisson” regroupe sur cinq niveaux, 2 logements, un atelier d’architecture, un hall d’exposition, une salle de réunion et un potager sur le toit. Le ”Making Hof” rassemble 8 logements dont 2 logements sociaux, un gîte urbain et des locaux communs. Au rez-de-chaussée Le projet dégage un espace commun affecté à une terrasse à l’ombre d’un noyer préexistant et à une bande de jardins potagers. Construit sur deux niveaux ce projet adopte la typologie des maisons de ville avec des distributions intérieures identiques, ce qui est un paradoxe en matière de participation. Les deux autres projets ont été abandonnés depuis leur sélection, notamment à cause d’un manque avéré de faisabilité financière.

Un deuxième appel, en Novembre 2011

La ville a lancé un deuxième appel sur 7 autres terrains. L’élaboration des projets s’est déroulée en trois étapes de 5 mois chacune. La première est celle de la constitution du dossier de candidature sélectionné suivant cinq critères : la présentation du groupe, le projet de vie, la stratégie d’organisation, le préprogramme envisagé, la solidité financière du projet et la cohésion du groupe. Il n’est donc pas demandé d’esquisse architecturale à ce stade, celle-ci viendra plus tard. La deuxième est celle de la définition d’un programme et de sa faisabilité financière .La troisième et dernière phase est celle du travail sur le projet architectural jusqu’au dossier de permis de construire. Lors du premier appel à projet, les organisateurs ont constaté que les groupes avaient remis des programmes assez flous, ce qui avait obligé les architectes à revenir sur la programmation pour la préciser. Dans le deuxième appel à projet la ville a imposé aux groupes de faire appel, en deuxième phase, à une mission d’Assistance à la Maîtrise d’ouvrage ( A.M.O.) dont le coût est cofinancé par la ville qui en subventionne la moitié. Quatre lauréats ont été retenus pour la réalisation : Les Melting Potes ; Les Urbanhôtes ; les Porcs Epics ; L’Ecolkhoze.

Pour ce deuxième appel à projets, la ville s’est ,de plus, fait accompagnée par l’association Eco-Quartier avec laquelle elle a signé une convention qui porte sur trois missions : L’association participe à la campagne d’information : le témoignage de ceux qui ont vécu l’expérience d’un habitat groupé est précieux. Il donne plus de crédibilité à la proposition municipale. L’association est aussi chargée de gérer le site internet où les candidats à l’habitat participatif se manifestent. Ce suivi permet une meilleure répartition des groupes sur les différents terrains proposés par la mairie. Un groupe a plus de chance de succès s’il vise un terrain qui n’a pas été demandé que s’il s’ajoute à trois ou quatre groupes convoitant le même terrain. Ces candidats sont invités à participer à des ateliers de sensibilisation animés par l’association Ecoquartier et portant sur les questions financières, architecturales, juridiques et sur les modes de décision dans les groupes. Les candidats isolés ont ainsi l’occasion de se joindre à un groupe en formation. Pour finir l’ association Ecoquartier, a également eu une mission d’ingénierie sociale aux différentes étapes du développement des projets. Par contre, faisant partie du monde associatif, elle refuse de jouer un rôle d’assistant à maîtrise d’ouvrage qui relève du secteur professionnel.

De son côté, la ville a créé une mission d’accompagnement des projets au sein de ses services techniques. Une personne, Alain Kuntzmann, est chargée du développement de l’habitat participatif sur le territoire de la Ville et de son Agglomération. Une deuxième personne, Pierre Zimmermann, est chargée de la coordination générale du réseau des collectivités territoriales qui souscrivent à la Charte de l’Habitat Participatif signée à Grenoble. Il organise des rencontres bisannuelles qui tournent dans les grandes villes françaises, après Strasbourg, Grenoble, Montreuil, Rennes, Lille et Paris en 2013. Ce réseau est parti du forum des écoquartiers qui a eu lieu, en fin 2010, au Parlement européen et durant lequel une journée avait été consacrée à l’habitat participatif.

Un guide de l’autopromotion

Dans le deuxième appel à projets la ville a fourni un guide de l’habitat participatif et un cahier des charges qui encadre les dossiers de candidature. Ceux-ci doivent répondre à un questionnaire précis: Quelles sont les valeurs sociales exprimées dans la charte et les catégories sociales présentes dans le projet ? Comment est organisée la prise de décision à l’intérieur du groupe ? Comment se répartissent les responsabilités entre habitants de la conception à la gestion de l’immeuble ? Le groupe doit décrire le phasage des différentes étapes de la conception à la bonne fin d’achèvement du projet. Il doit indiquer quel est le montage juridico-financier du projet sachant que le choix de la structure juridique laissé par la ville se limite à deux alternatives : la SCIA (Société civile immobilière d’attribution) ou la SCCV ( société coopérative de construction-vente). Comment est gérée et où se situe la frontière entre l’espace individuel et l’espace collectif ? Il est également demandé au groupe candidat de formuler une charte qui indique ses objectifs et son mode de fonctionnement. Cette charte protégera le groupe des risques d’abandon de ses objectifs au fil du temps, ne serait-ce qu’au moment où de nouveaux habitants remplaceront les premiers habitants, les primoarrivants. Alors que dans son premier appel à projet la Ville demandait une esquisse architecturale, dans le deuxième appel cette demande a été abandonnée car elle obligeait les groupes à rémunérer l’architecte avant d’être assurée d’obtenir un terrain. Sur les 15 projets candidats, 4 projets seulement ont été retenus. Les Permis de construire seront délivrés d’ici l’été 2013. Le chantier du projet le plus avancé, “Melting Potes” démarre en fin 2013, début 2014

Un troisième appel, en 2013

Ni le premier ni le deuxième appel d’offre ne font appel à des bailleurs. Aussi la ville a-t-elle voulu réserver ce troisième appel à des opérateurs sociaux. En Alsace il n’existe pas de montage juridique en coopérative d’habitants. La ville s’est donc adressée aux opérateurs HLM intéressés. Avec eux, trois projets de 9 à 15 logements en accession aidée sont en cours de montage. La ville travaille également avec un opérateur capable de mener un projet en location sociale. Un projet mixte associant accession et location est envisagé avec un promoteur « alternatif » nommé Terra cités. D’autres projets vont se faire avec la SERS dans les écoquartiers que la société d’économie mixte met en place dans l’Agglomération strasbourgeoise. La SERS a retenu le cahier des charges adopté lors du deuxième appel : Il s’agit d’un habitat qui s’adresse à des familles dont le projet portera sur la résidence principale, avec interdiction de spéculation. Durant les cinq premières années, le logement ne pourra donc pas être vendu sauf en cas de force majeure (mutation professionnelle, divorce ou décès). Le prix de revente est alors fixé à partir du coût d’origine augmenté du seul indice du coût de la vie. Les candidats au logement qui s’adressent à la SERS doivent remplir le même questionnaire que celui de la ville. Les terrains commercialisés par la SERS ont moins de contraintes urbanistiques que des dents creuses en hypercentre.

On peut se demander si les groupes trouvent facilement un accompagnateur dans un domaine aussi nouveau. Il existe à Strasbourg plusieurs équipes de programmateurs. La Ville a demandé au CAUE du Bas Rhin de mettre en place avec ces AMO, l’ordre des architectes et l’association Eco Quartier une charte dédiée aux professionnels de la construction. Cette charte attire l’attention des professionnels sur les spécificités exigées dans le cadre d’un chantier d’habitat participatif. La Ville ne souhaitait pas que la mission d’AMO et de la Maitrise d’Oeuvre soit réalisées par un même professionnel, sur une même opération. Ce qui a fait l’objet de longues discussions ».A terme cette charte devrait également être étendue et proposée à d’autres acteurs professionnels du développement des projets participatifs comme les banquières et les notaires.

LA VILLE DE LILLE

En Juillet 2011 la ville de Lille lance un appel à projet pour cinq terrains.

« Construire des logements en grand nombre pour tous nécessite de faire appel majoritairement aux professionnels du logement que sont les promoteurs et les bailleurs sociaux. Pour autant, la ville de Lille souhaite également favoriser le développement d’initiatives de collectifs d’habitants. C’est forte de cette ambition de mixité sociale et de mieux vivre ensemble que la ville de Lille souhaite, aux cotés des aménageurs , développer des projets d’un nouveau genre qui associent pleinement des groupes d’habitants à la construction de leur ville : L’habitat participatif, aussi parfois appelé autopromotion….l’habitat participatif est une façon d’habiter dans tous les cas plus solidaire et plus conviviale, souvent plus qualitative, parfois plus économique et en tous les cas plus durable, de fabriquer la ville et un voisinage convivial et harmonieux ». La ville propose cinq terrains destinés à accueillir en tout une quarantaine de logements répartis en opérations de 3 à 12 logements. Celui du quartier Wazemmes par exemple est situé entre la mairie de quartier et la station de métro. Deux lots positionnés en vis à vis se situent dans la ZAC d’Arras-Europe, dans un secteur de renouvellement urbain. Enfin deux autres lots sont situés dans le quartier des Bois blancs, en bordure de la ZAC de la Haute Deule.

– En octobre 2011 la ville lance un appel aux groupes constitués en recherche de terrain, et aux professionnels intéressés.

– De la mi-Janvier au mois de Mai 2012 se déroule la campagne d’information en direction de toute personne souhaitant participer à un projet d’habitat participatif. Les demandes individuelles isolées se sont manifestées à cette occasion. Au même moment la ville a organisé cinq ateliers de sensibilisation auxquels de vingt à cinquante personnes ont participé. Deux ateliers sur l’architecture et l’urbanisme ont été organisés avec le CAUE. Bruno Parasote du groupe Ecologis a animé un atelier généraliste. Des juristes ont animé deux ateliers sur le montage juridique. Un atelier a été consacré aux coopératives. « Ces temps d’échanges avec des personnes impliquées dans des projets d’habitat participatif sont aussi des moments privilégiés de constitution ou consolidation des groupes de candidats ». La ville a diffusé, auprès des pré-candidats, la liste de toutes les personnes ayant répondu à son appel.

– Les équipes se constituent librement ou suite à la mise en relation de candidats individuels. Elles peuvent ou non se faire accompagner par un professionnel ( Association, AMO, architecte, bailleur, coopérative etc…)

– Elles définissent un projet commun sur l’un des terrains de leur choix

– Elles rédigent un dossier où elles expliquent leur projet, la méthode qu’elles envisagent ( montage financier et juridique), les moyens qu’elles peuvent réellement y consacrer ( apport personnel, prêts…) et leurs éventuels partenaires, qu’il s’agisse d’un opérateur social ou d’une aide à la maîtrise d’ouvrage ( AMO)..

– La ville reçoit les projets jusqu’en Mai 2012.

– De Mai à Juillet 2012 ont lieu les auditions et le choix des équipes. Une dizaine de groupes dont trois équipes de professionnels ont postulé. Il s’agissait de professionnels qui s’engageaient à mener un projet participatif.

Deux premiers projets ont été retenus pour le quartier des Bois Blancs, l’un d’environ 6 logements en loca-accession (secteur Saint Charles), l’autre de 12 logements (Quai de l’Ouest) , le long du canal de la Deule. Les futurs habitants du deuxième projet ont fait appel à un bailleur, de façon à faire cohabiter trois modes d’accès au logement différents : l’accession libre, l’accession aidée et la location sociale. Le jury a été sensible à cette recherche de mixité.

L’hypothèse d’un bail emphytéotique est à l’étude.

Concernant le site de la ZAC Arras-Europe et les deux sites qui sont en vis à vis, Un groupe constitué s’est désisté et recherche un terrain plus périphérique. L’autre candidat est une jeune équipe de maîtrise d’œuvre qui se spécialise dans la conduite de projets participatifs. CPA-CPC a fait ses premières armes à Montreuil en réalisant un immeuble nommé DIWAN. Pour finaliser son projet de petit immeuble, CPA-CPS sont en attente de réunir les futurs habitants.

Enfin les trois maisons anciennes situées au centre du quartier Wazemmes font l’objet d’une discussion pour savoir s’il est plus économique de démolir pour reconstruire ou de réhabiliter les maisons existantes, sachant que toute nouvelle construction serait astreinte à une réglementation plus contraignante. Le Jury est en attente d’une décision des trois familles intéressées. L’AMO et l’architecte auxquels elles ont fait appel finalisent une étude de faisabilité.

La période qui va de l’été à l’automne 2012 est consacrée au montage précis des projets : montage juridico-financier puis projet architectural. La ville travaille avec les équipes pour la mise au point des projets immobiliers. Dès son appel à projet la ville a bien précisé qu’elle ne réservait pas les terrains. Lorsque le jury ne retient pas de projet lauréat pour l’un des terrains proposés, la ville en récupère l’usage.

– Les terrains seront vendus après validation des projets. Si le projet n’est pas validé, une équipe suppléante sera désignée.

Cet échéancier ne s’éloigne guère de celui d’une opération immobilière « normale » mais il est réparti différemment. La phase de programmation participative est plus longue mais la phase de commercialisation est supprimée puisque les futurs habitants sont connus au plus tard à la fin de la programmation. A Lille l’échéancier s’étale sur quatre ans dont une année pour le choix des groupes et de leurs accompagnateurs. Dans l’immobilier marchand c’est la phase de commercialisation qui risque de durer plus longtemps et de coûter cher.

– Octobre-Novembre 2011 : Lancement de la campagne d’information

– Mi-Janvier 2012 ateliers de sensibilisation

– Mai 2012 réception des dossiers

– Eté 2012, auditions et choix des équipes. Dans les cas en attente le jury a été différé.

– Automne 2012 – Automne 2013 conception architecturale, montage juridique et financier

– Printemps 2014 : ouverture des premiers chantiers.

La ville de Lille s’est donné comme leitmotiv : Se poser les bonnes questions avant de sauter sur les réponses.

Les nouvelles ZAC sont dorénavant toutes aménagées sur la base des principes de l’écoquartier, à Lille comme dans la plupart des villes françaises. Dans la perspective du développement durable qui est institutionnellement acquise, les aménageurs auxquels les villes délèguent la maîtrise d’ouvrage ( Société d’économie mixte) ont, eux aussi, des raisons particulières de s’intéresser à l’habitat participatif. Par exemple, un agent de la SERM, à Montpellier et à propos de l’écoquartier des Grisettes dont la construction est en cours, déclarait : « Nous comptons sur les deux groupes d’habitat participatif que nous intégrons à la ZAC pour donner une nouvelle dynamique à un secteur d’activité plus soucieux de rentabilité que de qualité de vie ».

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