Chambéry, une autre attente d’habitat

 

Le premier projet d’immeuble locatif a été programmé par les habitants puis réalisé dans le faubourg Montmélian à Chambéry. La méthode de travail utilisée a consisté à transposer dans l’habitat social l’expérience des groupes d’accédants autogérés. Les candidats au logement ont été amenés à réfléchir interactivement à la conception du mode d’implantation des immeubles, à la définition de leur logement et du voisinage dans lequel il s’insère ainsi qu’un certain nombre de locaux communs. Quelques images rappellent les principaux aspects de cette approche nouvelle du logement social telle qu’elle est décrite de façon détaillée dans le livre : premières rencontres sur le terrain à l’occasion d’une première expression spontanée en maquette ; collage des plans individuels sur un support choisi à partir de plusieurs scénarios de plan masse ; dialogue avec les architectes ; puis réalisation ultérieure par le bailleur social, les architectes et les entreprises.

Extraits des premières séances d’atelier

Ce dialogue témoigne des préoccupations premières des participants à l’atelier de programmation participative.

« J’ai découvert comment je vivais en parlant de l’appartement. »

(M.Badak) L’espace vert manque à côté de chez nous ; Les gosses ne peuvent pas mettre le nez dehors . Sinon c’est un appartement bien conçu. Il y a du plancher partout. Je ne souhaite pas de lingerie collective : Le linge y est volé. Je ne veux pas la cuisine en face du séjour. L’évier doit être caché pour éviter qu’on voit la pile de vaisselle. Il n’y a pas assez de prises électriques dans la cuisine.

(M.Assas) Nous habitons place St Léger. La fontaine est sous la fenêtre. Dès 4 heures du matin elle coule et fait beaucoup de bruit. La présence de boutiques est source de bruit. L’appartement est très difficile à chauffer .La plomberie vibre. Nous habitons dans l’un des plus vieux immeubles de la ville. Il est mal isolé. La chaudière ne chauffe qu’une pièce. Il manque un balcon .Le loyer est trop cher.

( B.Porral ) Les voisins du dessus sont sans-gêne :Madame marche avec des talons aiguilles et les enfants jouent aux billes. C’est très agaçant. Nos WC sont trop petits .

(J.Wayr) J’habite Chambéry le Haut. La cuisine est trop petite. Nous y mangeons tous. Ma femme ne veut pas de télé à la maison. Une salle de télé collective serait un lieu de rencontre. On irait y voir un bon film. Nous voulons un logement pratique. J’aime trop les bêtes pour en avoir une à la maison. A l’extérieur les enfants et les bêtes fréquentent les mêmes lieux ; Le résultat est que les enfants rentrent couverts de crottes.

(J.C et M.F. Mongredien) Nous habitons dans la campagne au dessus d’Albertville, dans un bout de maison, sur plusieurs niveaux avec plusieurs orientations ; c’est très agréable. Nous attendons des enfants. Ce qui nous intéresse dans le projet : la possibilité de donner notre avis sur les plans et le caractère collectif du projet

(B.Penot)Ma cuisine et mon balcon sont trop petits. Je souhaite une salle de bain éclairée par la lumière du jour. Je ne veux pas manger dans le séjour, ce qui complique le nettoyage. J’aimerais un ascenseur pour monter les courses.

Nous mangeons dans une cuisine trop petite. Les pièces sont alignées le long d’un grand couloir.

( Ch.Ciles)Nous habitons dans un vieil immeuble. On est obligé de monter sur une chaise pour voir à l’extérieur ; Les fenêtres sont en hauteur comme dans une prison. De la cuisine on a besoin de voir les enfants lorsqu’ils appellent de dehors .L’environnement est très bien. Par contre nous avons beaucoup de placards , treize en tout. On y trouve de nombreux espaces verts, des boutiques ; Les enfants ont une grande variété d’occupations à la maison de l’enfance et au gymnase. M.Tererenoire : Le chauffage collectif est coupé en demie saison. Pas de réglage individuel .Le balcon donne une belle esthétique à l’extérieur mais il ne sert à rien avec ses 40cm de profondeur sur toute la longueur du séjour. Il faut enlever les rideaux pour ouvrir la porte fenêtre .Pas de volet dans les chambres. Les menuiseries en façades laissent passer l’air. On sent le froid au milieu du séjour.

Les chambres sont trop étroites : il est difficile de faire les lits. Les enfants n’ont pas la place d y jouer. J’habite une tour. La cage d’escalier n’a aucune vue ni sur le ciel ni sur le soleil ni sur la pluie. A chaque fois que quelqu’un appuie sur la minuterie en entrant, les 18 étages s’allument.

Caron : Ma chambre et ma cuisine donnent d’un côté sur une falaise et de l’autre sur la gare. Nous connaissons les horaires de train par cœur.

Les allèges des fenêtres sont très hautes (Cette particularité serait-elle caractéristique de l’architecture traditionnelle savoyarde?) . L’électricité est allumé toute la journée. L’installation électrique est déficiente. Nous habitons sous les toits : l’eau chaude ne remonte pas jusque dans nos radiateurs et le bâtiment est mal isolé. Les planchers creux font caisse de résonnance. La plomberie vibre à chaque fois qu’on ouvre un robinet.

M.C.Bardèche habite dans un immeuble ancien à la campagne : c’est le calme et le soleil toute la journée. Mais l’isolation phonique est mauvaise : on entend la radio des voisins. Il manque un balcon. Au dessus des voisins sans gêne marchent avec des hauts talons tandis qu’elle met ses pantoufles. Elle souhaite une machine à laver mise en commun.

Y.Viard : Je suis retraitée. Je n’aime pas les odeurs qui se répandent dans le séjour. Je veux une cuisine fermée. Je fleuris abondamment son balcon. J’étais couturière. Je lis et je sors beaucoup.

J.Rosaz : Je suis enseignant et je travaille dans le salon. Tout se passe dans le salon, la chaine audio, la bibliothèque et une table qui me sert de bureau et de table à manger lorsque nous recevons des amis. Nous vivons dans le salon parce que la cuisine est trop petite. Notre fille fait le va et vient entre sa chambre et le séjour. Nous avons une loggia mais qui ne sert pas car, pour y aller, il faut traverser la salle de bain.

Extraits d’une discussion sur le logement et la place des enfants dans le futur projet

M.Busca : J’ai deux enfants. Je suis également enseignant et je travaille dans ma chambre. ça n’empêche pas les gamins de venir y jouer quand j’y travaille. Ma femme travaille à mi-temps à la SNCF. Les enfants de 15 et 8 ans travaillent et jouent dans leurs chambres. Le plus grand, le garçon, écoute beaucoup de musique. Quant il occupe le salon pour sa musique, parfois jusqu’à minuit, les autres sont interdits de séjour. Ni ma femme ni moi n’avons de coin à nous. Si la chambre était plus grande elle pourrait être un lieu de travail pour ma femme. J’y travaille seul sauf lorsque ma fille vient lire. Si je suis dans la chambre, ma femme ne peut qu’être à la cuisine parce que le salon est pris par les enfants .Maintenant le plus grand aurait besoin d’un studio. La chambre est devenue trop petite.

La cuisine accueille des activités : les jeunes enfants y faisaient du coloriage ; on y joue encore aux cartes. Les enfants, une fois plus grand, y font leur devoirs.

M.Brassart : Habitant en rez de chaussée, mes enfants jouent souvent dehors à proximité : billes, bac à sable, vélo…Il y a un auvent sous lequel les enfants du voisinage jouent. Ils font aussi du patin sur la place du marché toute proche.

En face de chez nous il y a une famille de boulangers qui ne sont jamais là. Leurs enfants peu surveillés sont turbulents. Je m’en occupe l’hiver quand je ne suis pas au magasin. Dès qu’il fait beau ils sont dehors. Le tricycle va partout. Une salle commune pour ces gamins de douze ou treize ans, oui, mais qui surveillera les plus jeunes ? A quinze ans les jeunes invitent leurs copains dans leur piaule et organisent des surboums à la maison de quartier. Ils sont plus indépendants.

Y.Viard : Je passerai bien du temps avec les enfants, mais pas chez moi ; ils foueraient tout en l’air.

M.Busca : La salle commune pourrait servir aussi d’atelier de bricolage quand les enfants sont à l’école. C’est une pièce vide polyvalente. Il faut des règles : on nettoie , on range en partant. Pour le moment c’est l’ado qui nous impose son genre de vie : il considère que notre chaine audio est une casserole. Il voudrait la sienne. Mais de là à demander une pièce indépendante.. pas encore. Mais j’y pense , pas lui.

M.Brassart : Pour les plus jeunes un petit bosquet peut-être un terrain d’aventure. Je me souviens qu’au village les enfants jouaient dans la grange. Les gamins peuvent se cacher dans les arbres. Il faut prévoir de l’ombre pour les mères qui discutent pendant que les gosses jouent. C’est souvent en gardant les enfants que les femmes font connaissance…

Un participant tarde à s’intégrer à un groupe de voisinage :

« Pour poser leurs idées, qu’on le veuille ou non, les gens ont besoin d’un terrain et d’un plan masse. Le rapport du construit et du non-construit fera apparaître l’espace pour les enfants, pour les activités communes, l’ouverture sur le quartier et la place de l’Albane. Il faudrait que tous les groupements communiquent. »

Profitons des grandes vacances pour réfléchir au dimensionnement des pièces.

Les discussions internes à l’équipe d’animation

Dans le train je propose l’exercice du portait paysage pour la séance du lendemain. C’est la panique :Brigitte, Claude, Philippe ont la trouille que les participants jugent le portait-paysage totalement incompréhensible. « C’est parachuté , mille fois trop intellectuel. L’interprétation des dessins pose également problème. De quel droit faire son portait-paysage et si on le fait, à quoi cela sert ? On ne voit pas où ça mène. Faut-il réagir à la qualité de la photo ; à ce qu’elle représente ou à ce qu’elle suggère ? Comment introduire cet exercice. Il faut surtout éviter de l’intellectualiser. Comment présenter les incidences du portrait-paysage sur les décisions à prendre dans le projet d’habitat ou sur la conception architecturale ? » Certes il faut évoquer des incidences potentielles sans déflorer le sujet, sans trop en dire et compliquer les choses. J’insiste : On verra bien. En fin d’après midi les gens arrivent et parlent de leurs vacances. Je projette, à mon tour, quelques photos de vacances et je pose sur les tables une centaine de photos de paysages prises sur une vingtaine d’années. Super séduction de l’image appuyée d’un commentaire enlevé. Le tour est joué. Les gens s’emparent des photos, trois ou quatre par personnes hésitent à poser leur crayon sur le calque que je leur ai demandé de mettre sur l’image qu’ils ont choisie. « Je ne sais pas dessiner… Que doit-on faire exactement ? ». Je rassure : « C’est très simple : dessinez ce qui vous plaît dans le paysage de votre choix et imaginez le reste ». L’ambiance est bonne. Certains bossent à plusieurs avec rigolade collective. D’autres s’isolent et peaufinent leur dessin. Affichage des premiers dessins terminés tandis qu’un père de famille d’âge mûr s’amuse : L’atelier du Penney, c’est une nouvelle jeunesse. Brigitte me lance des fleurs : Tu réussiras à vendre des nouilles à des gens qui sortent de table ! Philippe abonde dans le même sens : Tu nous avais caché ta collection de diapos. Claude n’en reviens pas : Ton argumentation a marché. En quittant la séance, tous s’accordent sur une même conclusion : ça marche très bien mais les résultats sont décevants. Je crois que les recoupements avec les deux exercices à venir, celui de la maison d’enfance et celui de l’abri permettront d’y voir plus clair. Yves conclut : Tu as présenté tes diapos en disant moi-je. D’habitude l’animateur se cache derrière les potentialités qu’il suggère. Là, c’est plus clair. Chacun peut réagir et dire moi j’aime autre chose. Autre constat : Une inculture graphique extrême, ce qui n’est pas le cas dans les écoles d’art ou d’architecture. Pour la majorité des gens faire un trait est devenu difficile, alors que dans leur enfance quel est celui qui n’a pas dessiné ? 

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