La participation à la une

 

LA TUILERIE A YZEURE

Cette opération de 30 logements locatifs a été réalisée à 500 mètres de la mairie, en périphérie Est de Moulins. Le Député Maire d’Yzeure, J.P.Desgranges confie à l’architecte Bernard Kohn un projet d’habitat qu’il veut participatif :

« Ils faut que les logements répondent à trois critères essentiels à mes yeux :

– Intégrer harmonieusement le projet dans un cadre urbain agréable 

– présenter un caractère social d’un coût accessible

– être de bonne qualité qui réponde par leur conception aux besoins et goûts des futurs habitants 

La mise en place d’un atelier d’habitants vise à prouver que l’acte de bâtir est par essence œuvre collective. Penser un ensemble au cadre dans lequel on peut vivre pour s’y retrouver mieux ensemble demain, c’est faire confiance à l’imagination, à l’initiative, au réalisme, à la solidarité. Cette expérience originale dans notre région peut et doit réussir ».

Après une campagne d’information de cinq mois, un atelier des habitants s’est réuni deux fois par mois pendant quatre mois. L’architecte qui avait l’expérience du groupe autogéré parisien du Buisson Saint Louis à Belleville fréquentait le M.H.G.A. Il fait donc appel à Y.Delagausie pour réunir les futurs habitants et animer l’ateliers de programmation du plan masse et des plans programmes. Bernard Kohn a conçu le plan masse en répartissant les groupes de voisinage de part et d’autre d’un petit mail planté axé sur un projet de kiosque servant de local commun, en fond de perspective. Le permis de construire est déposé en Mai 1983. Le chantier est ouvert en début 1986 et achevé au début de l’été 1986. Le projet n’a qu’un étage. Une trame de 4×5 mètres permet de couvrir un séjour ou deux chambres. Cette trame se prolonge à l’extérieur par des portiques destinés à être recouverts de plantes grimpantes. Trente ans après l’installation des locataires, le mail n’a été planté que d’un seul côté et le local collectif résidentiel n’a pas été réalisé.

Le mail qui devait être un espace de jeux et de rencontre est occupé par un stationnement linéaire. Les habitations sont situées au dessus de leurs garages, ce qui leur permet de s’ouvrir largement sur des terrasses, et qui , en contre partie, plombe les façades sur rue .

Les duplex ont un séjour en rez-de-chaussée. Entre les cinq groupes d’habitations des petits espaces verts sont structurés par les portiques qui prolongent la trame architecturale et portent, dans le meilleur des cas des plantes grimpantes et augmentent ainsi la présence végétale. Pas de local collectif au bout du mail. L’architecte s’est heurté à l’inertie d’un Office départemental d’HLM de Moulins qui ne s’est pas du tout investi dans le projet. Trente ans après la construction, aucun travaux d’entretien n’a été fait. Et pourtant la loi fait obligation à toute société d’HLM de consacrer une part des loyers aux travaux de rénovation. On n’ose pas imaginer une automobile qui ait été négligée à ce point…La honte.

LES BÉALIÈRES A MEYLAN

Si le MHGA a été le principal promoteur, en France, de l’habitat participatif dans les années quatre vingt, il n’a pas été le seul comme en témoigne le projet des Béalières qui doit sa réputation à son caractère pionnier. Du milieu des années soixante dix jusqu’au milieu des années quatre vingt, l’habitat participatif correspondait à des attentes aussi bien militantes qu’institutionnelles. Le MHGA n’en avait pas l’exclusivité. Bon nombre de projets autogérés avaient été réalisés avant que ne soit créé le MHGA ; Par ailleurs un certain nombre de projets se sont réalisés sans l’intervention du MHGA comme ce fut le cas aux Béalières.

Les Béalières sont situées en limite Sud de la ville de Meylan, aux portes du Gévaudan à 5 km à l’Est de Grenoble. Du début des années soixante au début des années quatre vingt, la population de Meylan est passée de 5000 à 20 000 habitants au fur et à mesure de l’urbanisation de l’agglomération grenobloise. Des personnels de la ZIRST, une zone d’activités dédiée aux nouvelles technologies crée sur le territoire de Meylan et des universitaires travaillant sur le campus grenoblois de Saint Martin d’Hères, tout proche, s’installent à Meylan au pied du massif de la Chartreuse, sur une pente ensoleillée passant de 200 à 1200 mètres d’altitude et bénéficiant d’une belle vue sur la chaine de Belledonne qui lui fait face sur le versant opposé de la vallée de l’Isère.

Pour loger les populations qui arrivent à Meylan, la nouvelle municipalité issue des Groupes d’Action Municipale ( GAM) décide en 1978 de créer une Z.A.C. paysagée sur le site des Béalières. Ce site est traversé de ruisseaux provenant des sources qui abondent au pied du mont Saint Enard ( en Grande Chartreuse ) et irriguent les plantations de chanvre. Les Béalières étaient le nom des femmes qui y travaillaient le chanvre avant la guerre de 1914. La réalisation de la ZAC se déroulera sur 35 hectares, en quatre phases de 1980 à 1988. Dans le premier quartier , 530 logements ont été construit de 1982 à1984 sur 11 hectares. Les logements sont à 50% locatif et à 50% en accession à la propriété. Le maire, F.Gillet, qui est à l’origine de la ZAC des Béalières souhaitait associer l’ensemble de la population de la ville à son projet d’urbanisation. Pour animer et structurer la participation des futurs habitants il crée l’APU, un atelier public d’urbanisme qui deviendra l’APEUQ : Atelier Pour un Environnement Urbain de Qualité. « Le projet de ville neuve laissait planer une inquiétude dans la population existante: La ville de Grenoble allait-elle déverser ses « arabes » dans la ZAC ? Il a fallu écarter cette mauvaise image et ré-affirmer que la ZAC était destinée à tous les meylanais mais également aux personnels des entreprises venues s’installer à Meylan ». Gine Vagnozi qui a dirigé l’APEUQ après avoir été l’une des deux animateurs de l’APU raconte : 

« Trois commissions ont été créées ; l’une pour sur l’habitat, une autre sur l’environnement, et une troisième sur les équipements. La place de l’école a fait l’objet de nombreux débats. Nous avions organisé des voyages en Hollande pour visiter des cours urbaines. Certains imaginaient la place de l’école ronde, d’autres carrées, avec ou sans fontaine, d’autres enfin insistaient sur la présence de services de proximité…L’école a été implantée le long de l’axe piétonnier, dans un espace arboré. Un local destiné aux jeunes qui font de la musique a été intégré. Après une année de travail sur l’ensemble de la ZAC, une vingtaine d’esquisses de synthèse ont été dessinées puis exposées et intégrée au dossier remis à la municipalité et à l’urbaniste .Tout le monde voulait tout et son contraire. Cela nous a aidé à comprendre la complexité des enjeux. Un an avant l’ouverture du chantier bon nombre de logements étaient déjà attribués à des candidats venus d’un peu partout ».

Le projet d’urbanisme

Les Béalières étaient devenues des friches agricoles où ne subsistaient que quelques serres maraîchères. Selon Gine Vagnozi «  Les gens voulaient préserver les haies et les arbres existant et éviter ainsi l’envahissement du site par le béton. Tout le monde voulait protéger le milieu humide et végétalisé existant dont les parties les plus intéressantes ont été clôturées pour devenir par la suite les espaces verts de la ZAC. Le principe d’une trame verte a permis d’assurer la continuité des espaces libres et de maintenir la richesse de la flore comme de la faune pré-existantes. Le terme d’espace vert a été prohibé en raison de ses connotations d’espace aseptisé. L’urbaniste Charles Fourrey a été chargé d’imaginer un morceau de ville « noyé dans la nature ». En présentant une trame carrée dont la maille était de 75 x 75 mètres, Charle Fourrey a déclenché une polémique. N’allait-il pas réinventer la ville carcérale ? Cette trame reprenait la trame pré-existante des ruisseaux d’irrigation. Il a fallu six mois de débats contradictoires et de voyages à l’appui pour faire passer le message et pour que la trame finisse par s’imposer. Elle a été plus une règle du jeu qu’un plan masse.

Les élus ne voulaient pas que les gens ayant participé aux réunions de l’APU, soient déçus. L’urbaniste a fait des concessions. Il a dû, par exemple, abandonner l’idée de faire traverser la coulée verte nord-Sud par les voitures. La priorité devait être donnée aux piétons. Le trame verte a eu raison de la trame rouge, celle du réseau routier. Les opérations de construction les plus denses bordent un axe piétonnier Est-Ouest qui structure la moitié Est du premier quartier. La définition des espaces publics, le choix du mobilier urbain et celui des revêtements de sol a fait l’objet d’une étroite concertation avec les riverains et un groupe d’architectes qui s’étaient baptisés « Les arpenteurs ».Un axe Nord-Sud perpendiculaire au premier relie le quartier aux équipements urbains de Meylan , notamment au lycée voisin.

En Mars 2000 la ville de Meylan organisait des « Rencontres citoyennes pour le développement durable ». La ZAC des Béalières constituait au début des années quatre vingt une préfiguration de l’ écoquartier . A l’époque l’expérience des Béalières était unique en France : Toujours selon Gine Vagnozi « La trame verte a été dessinée dans l’herbe. Chaque dimanche des habitants venaient pique-niquer sur le futur emplacement de leur logement. Une fraternité de voisinage s’est mise en place pendant la période de gestation des projets. Les futurs habitants s’approprient le projet pour ensuite mieux le gérer. Ce processus favorise la cohabitation de populations variées en âge, en choix de vie, et en moyens selon qu’ils sont locataires ou propriétaires. Certains habitants souhaitaient une architecture bioclimatique. Deux groupes de 7 et de12 copropriétaires ont assuré la maîtrise d’ouvrage directe d’un petit immeuble intermédiaire et d’un groupement de maisons de ville ; Un troisième groupe de 13 locataires a pu lui aussi réalisé son immeuble ».

Le point de vue de l’urbaniste, Charles Fourrey

« Aux Béalières la circulation automobile est venue après la définition de la trame verte et du réseau des allées piétonnes qui lui correspondent. Les automobiles ne sont pas un problème : Elles accèdent là où elles sont indispensables C’est la trame verte qui a permis de positionner les activités et les programmes de construction. L’antinomie entre cette trame unitaire et la multiplicité des projets d’habitat dont l’architecture est diversifiée, fait le charme des Béalières . Une douzaine d’équipes d’architectes ont participé à la première tranche de la ZAC. Il leur était demandé de créer des séquences urbaines autour des espaces publics plutôt que des objets isolés. L’APU leur a demandé de s’abstenir de dessiner pendant un mois au moins et de prendre le temps de rencontrer les habitants et de s’imprégner du site. Cette lenteur relative a permis de croiser la prise en compte du patrimoine paysager du site et du patrimoine mental de la population. Les parcours de l’eau ont été respectés et les sources ré-ouvertes à la fin du chantier. Un étang et un parc urbain inaugurés en 1994 constituent aujourd’hui le cœur vert des Béalières . Lorsque les habitants s’associent au travail des urbanistes, cela pose des tas de problèmes : D’abord il est intéressant d’observer la façon dont les gens ont envie d’intervenir et à quel moment du processus. Les immigrés n’imaginent pas ce qui peut leur arriver au delà d’une quinzaine de jours. D’autres attendront, sans sourciller, deux ou trois ans un logement en accession pour lequel ils sont très motivés. Nous ne disposons pas assez de procédures participatives rapides. Les procédures devraient être diversifiées selon la nature des problèmes posés et les particularités de la population. Le mode d’attribution des logements devrait se faire en amont par des pré-attributions. Les plans de permis de construite qu’on nous demande sont trop précis, trop déterminés. Lorsque les gens participent les plans s’affinent, se modifient jusqu’à l’avant projet détaillé…. ». 

Les groupes d’habitat participatif

Le Maire a lancé un appel aux habitants qui fréquentaient l’APU : « Regroupez-vous ; Choisissez un architectes et concevez votre habitat. C’est ainsi que trois groupes se sont constitués et ont réalisé leur immeuble ; le groupe HELIX ( 7 foyers) et le groupe Le Saule (12 foyers) en accession et un groupe de 13 locataires : les Naïfs . Les trois immeubles de trois niveaux ( R+2) sont proches mais isolés les uns des autres par des bosquets opaques et des rideaux d ‘arbres. On y entre au Nord-Ouest, coté Chartreuse, tandis que coursives et balcons se tournent vers le soleil et le massif de Belledonne.

LE GROUPE HÉLIX

Hélix est un nom d’escargot, cet animal qui porte sa maison…en prenant son temps. C’est aussi le nom grec de la spirale, cette figure qui en tournant s‘éloigne de son point de départ. C’est enfin le nom d’un groupe de sept familles qui ont réalisé leur habitat aux Béalières. Pour répondre à l’appel de la municipalité un premier groupe de neuf familles, provenant en majeure partie de la Villeneuve de Grenoble, se réunit en fin 1978 , choisi l’emplacement de son projet d’habitat dans la trame de la ZAC et commence à définir son projet. L’un des futurs habitants, architecte salarié, construit une maquette entièrement démontable. Le temps passe et le montage financier s’avère difficile. Le groupe décide, en 1982, de déléguer la maîtrise d’ouvrage à l’OPAC 38 qui apporte sa garantie financière au projet moyennant des honoraires raisonnables (1,17% du coût d’objectif). D’un commun accord le groupe et l’OPAC choisissent un architecte extérieur, Jean Achard. Le premier dossier de permis de construire est refusé : la hauteur des gouttières dépasse légèrement ce qui est autorisé par la réglementation. Le cabinet d’architectes où travaille l’architecte salarié membre du groupe prend la suite des études. Trois familles quittent le projet. Une nouvelle famille arrive, celle du directeur de l’OPAC. C’est donc sept familles comptant vingt enfants qui prendront finalement possession de leur logement en été 1984. Le chantier s’est déroulé normalement : un seul remplacement d’entreprise à la suite de l’une d’entre elle. Le coût du projet se décompose en 71% de coût de construction, 18% de coût du terrain (les 12222 m2 au sol des bâtiments),11% de coût d’études, d’assurances et de frais de notaire. Prix du terrain : 135 euros/m2 ; coût du m2 habitable : A peine en dessous de 1000 euros. Il suffit de multiplier ces chiffres par trois pour se faire une idée des coûts d’aujourd’hui, en 2013.

Le plan d’ensemble du projet est en croissant ouvert vers le Sud. En rez-de-chaussée se trouve une salle commune attenante à l’entrée de l’immeuble , un studio permettant d’accueillir des hôtes, une chambre d’ami, un atelier de bricolage et un garage à vélos ; En tout 82 m2 de locaux communs. Les sept logements ont une surface moyenne de 120 m2 chacun. Les 2400 m2 d’espaces extérieurs ne sont pas privatisés. Il n’existe aucune limite de propriété : la commune est restée propriétaire de l’espace extérieur qui est loué aux habitants signataires d’un bail emphytéotique de 75 ans.

Six sur les sept familles d’origine vivent encore dans les lieux. Le jeune couple qui a remplacé la seule famille qui a quitté le groupe, a pleinement intégré le groupe, malgré les différences d’âge. L’association des copropriétaires continue à gérer les espaces communs. Les enfants qui ont quitté leurs parents pour fonder une famille sont restés en contact entre eux et viendront des quatre coins du monde, en 2014, fêter les trente ans du groupe. L’un d’entre eux travaille en Chine dans une région qu’il aime faire visiter à ses anciens camarades d’Hélix. Paul Giaume qui est un des fondateurs, pas le moindre, du groupe et de son projet est toujours prêt à envoyer ses documents financiers et juridiques aux groupes en cours de création.

Les LCR aux Béalières

Le premier local résidentiel a été construit pour accueillir les ouvriers du chantier de la ZAC. Il abritait une cantine et des douches. Il a été transformé en maison des associations. Cinq locaux communs résidentiels ont été construits dans la ZAC. Il s’agit de locaux d’environ 40 m2 qui ont été gérés par les associations riveraines pendant un certain nombre d’année puis rétrocédés à la municipalité à l’exception d’un local dont la gestion est assurée par un petit groupe de riverains particulièrement dévoués « Certains habitants méritent qu’on leur construise une statue ».L’urbaniste a placé au carrefour de quatre rues à l’entrée Nord des Béalières un kiosque destiné aux adolescents. Bien qu’il soit très fréquenté la position de ce kiosque au milieu d’un rond point spacieux évite toute incidence sonore sur le voisinage. Placer un tel local à la croisée des rues est d’autant plus pertinent qu’il correspond parfaitement au besoin qu’ont les jeunes adolescents de sortir de chez eux sans trop s’éloigner, tout en gardant la liberté de sortir facilement de leur quartier. Les groupes autogérés ont été dispensés de payer la surface réglementaire de m2 sociaux résidentiels puisqu’ils avaient financé des salles communes en principe mises à disposition du quartier sur demande.

Avec le recul du temps le quartier des Béalières s’est avéré être une réalisation pionnière à plusieurs titres : Ce quartier est une préfiguration du concept d’écoquartier tel qu’il a été mis en place à la suite des Agendas 21 dans une douzaine de villes avant d’être institutionnalisé à la suite du Grenelle de l’Environnement. Le quartier des Béalières à Meylan a également montré, dès le milieu des années soixante dix, que l’implantation de groupes autogérés, à l’échelle d’un voisinage, s’intégrait tout naturellement à la conception d’un quartier urbain durable.

LE GROUPE DES NAÏFS

Fin 1979 un groupe qui avait un projet d’habitat collectif, prenant connaissance de la création de la ZAC des Béalières à Meylan, se réunit régulièrement pour élaborer son projet d’habitat autogéré. Au fur et à mesure de la réflexion, une partie du groupe souhaitait vivre ensemble dans un habitat communautaire. L’autre partie souhaitait à la fois son espace familial avec une mise en commun d’espaces collectifs. C’est cette deuxième option que le groupe, élargi à 12 familles, va retenir.

Le choix de l’architecte se fait par connaissances d’un membre du groupe. Il amène ses conseils bénévolement dans un premier temps. Au moment de concevoir le projet, il est plébiscité par le groupe et adopté par la société HLM. Le groupe prend contact avec plusieurs bailleurs sociaux. Le choix se porte sur le SA d’HLM de Voiron, devenue PLURALIS .

Entre 1980 et 1984 le groupe travaille sur son projet en étroite relation avec la Mairie et la société HLM. Afin de se constituer des espaces collectifs il est décidé d’amputer chaque logement de 12% de la surface habitable et de les mutualiser.

Le Ministère du logement donne son accord pour que le coût des espaces communs soit intégré aux loyers de chacun. Fin 1984, une convention est signée entre le groupe constitué en association et la société HLM. Elle fixe les relations entre les deux parties pour la gestion des espaces communs et le mode de remplacement d’un locataire en cas de départ.

Le directeur de Pluralis a soutenu activement cette démarche pour surmonter les obstacles et créer des relations plus conviviales entre bailleurs sociaux et locataires. En Juin 1985 les douze familles auxquelles s’est adjoint un jeune adulte du groupe, s’installent dans un immeuble de treize appartements.

Les locaux communs

Les surfaces des parties communes ont été soustraites aux surfaces réglementaires des appartements selon un ratio de 12% de la surface habitable totale. Les locaux communs n’ont donc pas entrainer de surcoût.

A l’Ile d’Abeau, le groupe de la Viorne avait ajouté les locaux communs aux surfaces standard des logements, ce qui a généré un surcroît de charge. Le groupe a dû se dissoudre en 2003 parce que la moitié du groupe des locataires ne pouvait plus payer la part des loyers correspondant aux locaux communs.

Les locaux communs du groupe des Naïfs se répartissent entre une buanderie, une salle commune et sa cuisine qui servent pour les activités collectives ou familiales et une salle de jeux pour les enfants. « Un membre du groupe peut retenir la salle à titre personnel pour accueillir une activité ou une réunion de quartier. Mais le groupe ne gère que les usages internes. Vivre en collectif prend déjà du temps. La participation à la vie associative et de quartier relève de l’ engagement personnel  ».

La gestion

« Nous sommes des locataires en or ; nous avons tous refait notre logement. En trente ans il n’y a pas eu d’impayés. Nous gérons les parties communes de façon exemplaire. Le représentant de Pluralis vient une fois par an pour faire le point. Dans ses autres opérations il passe plus fréquemment. Périodiquement, nous organisons un week-end pour faire le ménage ensemble, et un autre week-end pour le jardinage et l’entretien des espaces verts. Ne viennent que ceux qui sont disponibles et motivés. Personne n’est contraint de participer. Souvent une famille qui n’a pas participé nous invite le midi pour un couscous. C’est bien comme ça ».

Dans les premières années le groupe se réunissait une fois par mois. Il y avait beaucoup à dire sur les défauts de finition. Il lui est arrivé de faire la grève des loyers. « Avec le temps nous nous sommes aperçus que nous pouvions prendre des initiatives sans pour autant que tout le groupe soit d’accord …Nous prenons les décisions à la majorité ou au consensus. Aujourd’hui le mode de décision a perdu de son importance. Les enjeux sont pacifiés. Nous souhaitions associer à nos discussions les enfants devenus adolescents ou adultes. C’est difficile parce qu’ils viennent, disparaissent puis reviennent. Ils sont pris par leur vie à l’extérieur du groupe ». Trois personnes se relaient pour assurer la gestion de l’association et la comptabilité et chacun, selon les périodes, trouve sa place en fonction de ses compétences et de sa motivation ( bricolage, jardinage, lien avec l’extérieur…)

Le renouvellement des locataires 

Quand une famille quitte l’immeuble, le groupe propose des remplaçants à Pluralis. Le bailleur se saisit de leur dossier pour vérifier que les revenus n’excédent pas les plafonds de la location sociale. Le groupe informe toute nouvelle famille de l’histoire du groupe et lui soumet la convention qu’elle doit respecter. Elle doit notamment accepter de payer le surplus de charges correspondant aux locaux communs. Quatre familles parmi celles qui ont été à l’origine du groupe vivent encore dans l’immeuble. Il y a eu une vingtaine de mouvements depuis 1985.Lorsqu’un logement se libère, une priorité est donnée à des mouvements internes pour permettre une adaptation du logement à d’éventuels changements de situation dans les familles.

L’ALMA GARE

A l’Alma Gare, il s’agit d’une lutte urbaine originale conduite par des syndicalistes du monde ouvrier, dans une banlieue industrielle sinistrée. Comme la plupart des luttes urbaines menées en Europe, à l’époque, par des populations menacées d’expulsion , elle commence par une révolte des habitants contre le scandale des courées dont les projets de réhabilitation puis de destruction n’ont cessé d’être reportés de 1965 à 1977 En 1974 les habitants, excédés, créent l’Atelier Public d’Urbanisme, l’APU qui s’insurge contre la menace d’une rénovation-bulldozer à laquelle il recherche une alternative. La résorption de l’habitat insalubre concerne un territoire de 15 hectares. En 1977 le nouveau Maire prends le problème à bras le corps et avec l’APU choisit une équipe d’architectes :Ausia (Verbiest et Benoit) dont les réalisations dans le Nord de la France avaient été remarquées. Aux yeux du couple de syndicalistes Mr&Me Léman, qui représentaient la population des courées auprès des institutions et de la presse, le choix d’un architecte  reconnu était, en soi, très valorisant, pour ne pas dire une victoire inespérée, plus que suffisante. Ils n’ont jamais revendiqué la participation des futurs habitants sans toutefois s’ opposer à l’intégration d’un groupe autogéré de 8 familles qui s’est doté de 100 m2 de locaux collectifs et qui s’est intégré au projet d’ensemble. A l’époque une équipe opérationnelle permanente de l’Alma-Gare, l’EOPAG, assure une coordination interpartenariale pour la réalisation d’un premier projet de 360 logements auquel s’ajoute 80 logements destinés aux personnes âgées qui seront dispersés dans le nouveau quartier. Le projet prévoit alors 2800 m2 de bureaux, une imprimerie, un atelier cuisine, une école « ouverte », celle de Fontenoy-Frasey. « Des pans entiers de l’organisation sociale actuelle sont interpellés par ce processus ». L’APU demande des crédits d’heure pour les délégués du quartier qui participent à la mise au point du projet d’ensemble et travaillent ainsi à l’élaboration du projet. Une critique de la programmation technocratique est faite : « Dans la majorité des opérations d’Urbanisme, c’est la logique techniciste qui prime. La concertation et la participation des usagers viennent, de toute évidence, déranger en faisant intervenir la logique d’usage…La concertation et la participation relativisent le savoir technique comme savoir partiel…le système de la participation fonctionne à l’Alma-gare et, jusqu’à présent se révèle d’une productivité bien meilleure que le système ancien, parce que la productivité devient globale. Mais cette productivité ne vient que parce que le politique à Roubaix aura une fonction essentielle : celle d’arbitrer. Le jeu de la participation n’est productif sur le plan opérationnel que si c’est un jeu à trois et s’il y a un arbitre, il paraît réaliste que l’arbitre soit le politique… »

LA ZAC DE BRICE LES COURCELLES

En 1978 la commune de Brice les Courcelles qui compte 2500 habitants se préparait à accueillir une population de 1200 habitants soit de la moitié de la population existante sur un tiers du territoire communal. Le maire, Jean Claude Fontalirand, souhaite alors responsabiliser les nouveaux habitants et mobiliser les anciens en les associant à la conception de la ZAC du Mont Hermé. Il veut réussir une greffe sociale entre l’ancien et le nouveau village et éviter la création de deux communautés qui s’ignorent. Pour cela, une méthode : La participation de tous à la création du nouveau quartier du Mont Hermé. « Les citoyens encadrés, fichés, surveillés, perdent chaque jour un peu plus le sens des responsabilités et se sont habitués à la démocratie de délégation en se contentant, quand ils le font, d’aller voter tous les cinq, six ou sept ans ». Le Maire regrette que la politique du logement soit réduite à une politique de la construction.

Le Maire crée une Commission Générale extra-municipale composée d’élus, de techniciens, et d’habitants. Cinquante personnes en tout se réunissent pour concevoir, en deux ans, un schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme ( SDAU). Les années suivantes, le rôle de la commission a été de coordonner tous les projets de la ZAC. Cette Commission est l’équivalent du groupe de pilotage préconisé par le MHGA dans l’habitat participatif social . « La concertation contribue à redéfinir le rôle de chacun, à affirmer le rôle principal des élus locaux et à faire apparaître un nouveau partenaire : les habitants ». L’urbanisation qui prévoit la construction de 450 logements et de leurs équipements s’échelonnera sur une dizaine d’années. Il s’agit bel et bien de sortir du registre de la production de masse pour rendre la participation possible. Les objectifs du Maire sont :

– une bonne intégration de la nouvelle population,

– une bonne qualité de l’urbanisme,

– une intégration des équipements publics,

– l’engagement de tous les intervenants

– une réflexion sur comment faire perdure l’esprit de participation.

Lors de sa première séance, en Décembre 1978, la commission générale extra-municipale n’avait réuni que douze personnes ; Le Maire a voulu sortir les anciens de leur torpeur, selon l’expression de l’instituteur qui figurait parmi les premiers à avoir répondu à l’appel municipal. Pour ce faire il a publié dans le journal de sa ville des images de barres et de tours qui ont provoqué un début de mobilisation. En Janvier 1979, 25 personnes étaient présentes ; En Avril elles étaient 40. Pendant deux ans la commission a réuni, en moyenne, une cinquantaine de personnes habitant le village préexistant, pour réfléchir au Schéma Directeur d’Aménagement et d’urbanisme (SDAU) du futur quartier du Mont Hermé.

Le SDAU esquissé par la commission dispose le nouveau village en partie Sud-Ouest du site tandis qu’au Nord les îlots urbains entourent un parc de 2,5 hectares. Le programme porte sur 450 logements dont 60% en location et 40% en accession. Des équipements de proximité tels qu’une bibliothèque, un restaurant et un groupe scolaires, un centre de loisirs et 1500 m2 de commerces, sont disposés autour d’une place centrale. Deux hectares de jardins familiaux sont prévus (70 parcelles de 150 à 280 m2) ainsi qu’un terrain d’aventure linéaire de 8000 m2 destinés à la jeunesse. Un axe de vue relie la ZAC à la cathédrale de Reims.

Des sous-commissions thématiques traitent de l’urbanisme, de la santé, de la jeunesse, de la place de l’automobile, du jardinage, de l’autoconstruction…L’aménageur, une fois choisi , approfondira l’étude du SDAU pour aboutir au plan masse de la ZAC. Ce plan masse achevé les services municipaux et les commissions commencent à recevoir les nouveaux habitants. Les locataires étaient désignés dès le démarrage de la conception d’une tranche de cinquante logements. Ils devaient répondre aux critères HLM et être volontaires pour participer à la conception et attendre trois ou quatre ans avant d’emménager. La municipalité diffuse alors un livret d’accueil, organise des expositions et des voyages d’étude.

Parce qu’elle voulait éviter la prévalence des critères de rentabilité financière, la Commission Générale extra municipale a attendu l’achèvement du SDAU et la rédaction d’une charte avant de choisir l’aménageur, l’Effort Rémois, connu dans la région pour son goût de l’innovation et son aptitude à prendre des risques. L’aménageur a accepté l’exigence de transparence comptable et le respect d’un cahier des charges qui précisait les relations contractuelles entre chacun des intervenants. L’aménageur a créé une équipe de maîtrise d’œuvre urbaine à laquelle participent les techniciens, les opérateurs et les habitants. Ainsi des représentants des habitants ont participé aux appels d’offre.

L’équipe d’architectes Borderioux-Di Legge-Renaud préconise une urbanisation en îlots regroupant chacun entre 40 à 50 logements. La Commission extra-municipale souhaite diversifier l’architecture en attribuant une douzaine de logements par équipe de maîtrise d’œuvre. Plusieurs groupes d’habitants et plusieurs architectes composent un même îlot. Ce fractionnement de la commande a favorisé le travail de groupe avec les habitants locataires ou accédants tout en s’inscrivant dans une typologie urbaine structurante. L’architecture urbaine du quartier s’apparente à celle du projet hors concours remis à l’Etablissement Public de Cergy-Pontoise en 1976 par les architectes de Mars 76 et les Ateliers communautaires. Humbert Di Legge et Gilles Borderioux faisaient alors partie de l’équipe de Mars 76. Le N°45 de la revue Créé (Décembre 1976) relate le concours de 1976 dans «  Maisons de ville hors concours pour Cergy-Pontoise ». Au Mont Hermé, la création d’îlots vient « corriger » le caractère informel du projet de Cergy-Pontoise. Ceci dit, les espaces publics sont moins cadrés au Mont Hermé qu’à Cergy-Pontoise.

La plaquette rédigée par François-Xavier Tassel reste très discrète sur le choix et le rôle des opérateurs et sur le mode d’attribution des logements en location.

. Une définition des nouveaux rapports institués entre maître d’ouvrage et habitant est toujours valable plus de trente ans après la réalisation du quartier du Mont Hermé : « L’organisme constructeur met au service des habitants sa compétence en matière technique, administrative et financière et leur transfère son pouvoir de décision pour ce qui relève de la conception individuelle et collective du bâti ».

Les urbanistes avaient esquissé un parcellaire indicatif tout en se donnant la liberté de l’adapter aux différents modes de regroupements des habitants qui vont de la maison individuelle sur sa parcelle aux appartements sur deux étages en immeuble. Chaque groupe d’habitants disposait de trois mois pour coopérer avec l’architecte à la conception de son habitat. Des architectes, notamment Humbert Di Legge, ont travaillé, chacun, avec une douzaine d’habitants. Deux groupes d’habitat autogéré, l’un de sept, l’autre de cinq familles se sont intégrés au quartier et ont été réalisés. Le parcellaire a été adapté à la taille des groupements et à leur densité. La typologie va de la maison de ville au petit immeuble de deux étages sur rez-de-chaussée. Humbert Di Legge a exprimé sa déception : « Les habitants ne sollicitent jamais une architecture différente qui aurait remis en cause les archétypes auxquels ils étaient attachés. L’activité des futurs habitants fut encore, à notre avis, trop centrée sur l’espace intérieur, faute d’une impulsion plus grande des maîtres d’œuvre pour replacer l’habitat dans un contexte plus large. Il est vrai que les délais d’étude et de travail avec les habitants furent généralement trop courts à notre gré et trop longs pour ceux qui n’avaient qu’une hâte : voir sa maison sortir de terre et l’aménager au plus vite. Il convient au travers d’une réflexion, d’une information voir d’une formation préalables, d’aider des usagers à sortir des schémas imposés par des images et des clichés tout faits ».Sans doute Humbert avait-il la nostalgie du concours des maisons de ville à Cergy-Pontoise où le mariage des architectes et des habitants avaient généré des architectures très diversifiées. Mais il ne s’agissait alors que de dessiner, pas encore de construire. J’ai personnellement reconduit dans le projet de Yapluka à la Hayette, cette volonté de favoriser cette diversification architecturale que nous étions plusieurs à attendre des processus participatifs de l’époque. Humbert Di Legge constate un fait paradoxal : Les locataires s’intéressent plus à la conception d’ensemble de la ZAC alors que les accédants plus individualiste se préoccupent de leur maison.

Les équipements du quartier du Mont Hermé ont eux aussi fait l’objet d’une approche participative. La commission Générale extra-municipale a mis en place une école maternelle ouverte située entre le parc public et les îlots d’habitation. Les relations entre l’école primaire préexistante, la maternelle, le centre de loisirs et le centre commercial ont été longuement discutées. Un restaurant communautaire partagé a été construit. Par ailleurs la mairie a décidé de porter à 1m 2 la surface prélevée au titre des locaux collectifs résidentiels à raison de 0,75m2 par logement selon la Loi Chalandon. La ville a préféré confier la gestion de ces espaces aux habitants du quartier. Au centre de chaque îlot un espace commun est été aménagé à partir d’un prélèvement de 5% des surfaces des parcelles riveraines.

« Comment urbaniser avec une population dont le rêve immédiat se caractérise par l’individualisme de ses projets, celui du pavillon isolé dans son terrain » ? Un voyage d’étude à la Voluwée à Bruxelles, puis des projections de cités jardins réalisées en début 20 ème siècle ont été organisées pour sensibiliser les participants au niveau du SDAU. « Toute la difficulté consiste à considérer les habitants comme des partenaires effectifs et non comme des gens dont il faut faire l’éducation architecturale ».

La première pierre est posée en Mai 1981. La ZAC se réalisera par étapes de 50 logements par an construits par plusieurs maîtres d’ouvrage. La réussite de ce projet est en grande partie due à la clarté du projet politique et à l’énoncé d’objectifs clairement définis, à la coordination effectuée par la Commission Générale et aux moyens donnés à tous de travailler. Le coût de l’approche participative a été évalué à 1% du bilan de ZAC.

Je remercie les interlocuteurs qui ont contribué à mon travail documentaire : Brigitte Bouvier ( Kolkhoze) ; Michel Broutin ( Eco-habitat-groupé) ;Michèle Drevet ( Les vignes blanches) ; Humbert Di Legge & Gilles Borderioux (architecte de la ZAC du Mont Hermé) ; Olivier Dugas ( architecte des Planches à Orsay) ;Christian Cochy (architecte de la bosse à St Nazaire) ; Daniel Jaunas ( La fonderie) ;Paul Jiaume ( Hélix, les Béalières) ;Bernard Kohn, architecte du Buisson St Louis)

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