Les groupes d’habitat autogérés

 

Trente ans de vie

Dans le livre et le journal du MHGA publiés au début des années quatre vingt, des descriptions sommaires mettent en avant la réussite de chaque projet. En 2009, à Montreuil, au moment de la refondation du mouvement , j’ai repris contact avec des groupes que j’avais rencontrés à l’occasion du tour de France du MHGA organisé en 1978,ou plus récemment. J’étais curieux de connaître l’évolution de leur groupe et ce qu’ils pensaient de leur habitat avec le recul du temps. Bon nombre des fondateurs sont partis. A ma connaissance aucun n’a participé à la création d’un autre groupe là où ils s’intallaient. Certains sont toujours là ; Ils ont nagé dans le bonheur du départ jusqu’à aujourd’hui: Le « kolkhose » à Saulx les Chartreux, le groupe Orange à Montreuil, le Buisson Saint Louis à Paris-Belleville… D’autres ont eu à surmonter des conflits en cours de réalisation. Ainsi à Chatenay Malabry , le groupe du Sarment des Bénards s’est scindé en deux, en cours de réalisation ; Toutefois les deux groupes ont réussi à cohabiter pacifiquement sur le même terrain. Des groupes homogènes d’une moyenne d’âge de 40 ans sont devenus des groupes multi-générationnels par le simple jeu des reventes aux nouveaux arrivants à la suite de départs à la retraite, de divorce ou de mutation professionnelle. Quelques jeunes couples chanceux cohabitent aujourd’hui avec les familles pionnières qui n’avaient pas de raison de quitter une habitation qui leur convenait si bien. A la Hayette, 30% des habitants d’origine vivent encore dans le groupe d’habitat créé trente ans plus tôt. A Sceaux les Chartreux les deux tiers des habitants originels n’ont pas quitté le Kolkhoze ; Les nouveaux venus proviennent du réseau d’amis que le groupe s’est constitué. Une partie des textes qui suivent trouvent leur origine dans un tour de France de l’Habitat groupé autogéré organisé en 1978. Une autre partie provient de rencontres ultérieures, de réunions et de conversations téléphoniques plus récentes, de 2009 à 2013. Je remercie les membres des groupes qui ont bien voulu contribuer à mon travail de documentation.

Les Jardies

A Meudon , en 1973 un groupe d’une quarantaine de personnes ,soit une dizaine de familles, issues pour une part du mouvement national des Groupes d’Action Municipale et pour une part du réseau Vie Nouvelle, un mouvement constitué de chrétiens de gauche , décident de concevoir un projet d’habitat dont elles seraient le maître d’ouvrage , puis le gestionnaire. Ayant trouvé un terrain sur le plateau de Meudon , desservi par une ruelle piétonne : le chemin des Jardies, le groupe travaille avec son architecte, Claude Guislain, également membre du groupe, sur la base d’un système constructif poteau-poutre permettant une appropriation à la carte. « Tous les plans de logement sont différents. Pour éviter le capharnaüm avec un projet trop diversifié, j’ai proposé à mes amis que le volume d’ensemble soit ponctué par des chapiteaux identiques et que les limites entre les propriétés de chacun disparaissent ». Les futurs habitants ont revendiqué une grand jardin commun et une salle polyvalente ouverte sur le chemin des Jardies et, au delà, sur le quartier. Le jeu de construction initialement conçu pour créer une « médina » entoure avec ses multiples décrochements et terrasses, sur trois côtés, un jardin où ont lieu les fêtes des adultes et les jeux des enfants. Un système de poteaux poutres coiffé d’un même modèle de chapiteau ponctue la volumétrie chahutée de l’ensemble desservi par de multiples coursives et escaliers extérieurs. La flexibilité du système constructif a permis des ventes de modules permettant à certains de réduire la surface de leur logement après le départ de leurs enfants et à d’autres d’augmenter la surface de leur logement pour accueillir un parent âgé ou un enfant devenu indépendant. La charte des Jardies stipulait le mode de fonctionnement des parties communes et interdisait leur privatisation à terme. Deux autres groupes d’habitat autogéré ont été réalisés à Meudon, dans les années qui suivirent.

Nantes Sainte Luce

Un premier entretien en 1982 a été réactualisé en 2013.

L’existence de ce groupe précède celle du MHGA. En 1976, une petite annonce est passée dans les journaux à l’initiative de Charlie Arguillères, professeur à l’école d’architecture de Nantes, en vue de rassembler quelques familles pour un projet d’habitat à concevoir avec une équipe d’étudiants architectes en fin d’études. Trois jeunes couples y répondent ; Ils habitent une cité nantaise où, en l’absence d’une cantine scolaire, ils se sont relayés pour assurer une cantine chez eux. La petite annonce les intéresse ; Ils commencent à rechercher un terrain. Trois autres familles le rejoignent. « Il nous a fallu six ans pour aboutir ; Un premier terrain a du être abandonné : La publicité faite autour du projet a provoqué un rejet. Dans les réunions publiques une rumeur circulait selon laquelle un groupe de gens allait vivre dans deux dortoirs, un pour les enfants, l’autre pour les adultes. Une anecdote : Nous recevions de bons amis qui se mettent à nous parler d’un groupe de farfelus qui cherche à s’installer dans la région. On les a laissé raconter. Stupéfaction finale : Ah, il s’agit de vous …Dès qu’on remet en cause le dogme de la maison individuelle en évoquant le caractère communautaire du projet, les imaginations s’échauffent. »

Lorsque le groupe trouve un second terrain, en 1979, il mène son projet dans la plus grande discrétion. Ce terrain de 6000 m2 accueille six habitations + une située sur une parcelle voisine. Dans un premier temps les étudiants auxquels Ch.Arguillères a confié le projet agitent la boite à idées avec comme intention première celle de faire rêver les gens. Après avoir joué le jeu pendant plusieurs mois le groupe s’impatiente et choisit l’architecte qui leur semble le plus fiable. Celui-ci en effet prend vite les choses en main : « Fini de rêver, maintenant il faut bosser ». Cet architecte, Le Fur, au nom de l’efficacité, prend une bonne partie des décisions sans consulter le groupe. Avec son professeur il définit quatre volumes avec lesquels il est possible de composer chacune des six habitations en projet. A partir de ces 4 modules par maison, l’architecte dessine un plan masse où deux groupes d’habitation se rangent de part et d’autre d’un espace collectif central de 2000 m2, plant et délimité par une allée circulaire au delà de laquelle commence les espaces privatifs non clos. A chaque maison sont adjoints des locaux de service, cellier, buanderie, garage qui, à la fois, séparent et solidarisent le groupement. Une maison se prolonge par un studio où la grand-mère a pu vivre de nombreuses années. Dans l’angle du groupement en L et en rez de haussée se trouve le local commun doté d’un préau. « Nous n’avons pas voulu nous substituer à la municipalité et réaliser un grand local polyvalent et froid, de type socio-culturel. Notre local reste à l’échelle d’une maison et de son séjour avec une cheminée qui lui donne une note d’intimité. Cette pièce sert aux réunions du groupe et aux repas pris en commun lors des journées mensuelles consacrées à l’entretien et l’aménagement des partis communes ; Elle est ponctuellement ouverte à la vie associative locale ». Au début du projet les familles consacraient un week-end sur deux à l’avancement du projet. Une fois les familles installées, un week-end par mois suffisait à la gestion et à l’entretien de la copropriété et de ses parties communes. «  Aujourd’hui ( en 2013) nous passons deux week-ends ensemble au Printemps, deux en automne et un en hiver. Nous entretenons le jardin et nous déjeunons ensemble ».

Rétrospectivement et lors du premier entretien, le groupe regrettait d’avoir subi deux situations extrêmes : celle du rêve sans réalisme, celle du réalisme sans discussion : « Nous n’avons peut-être pas fait beaucoup d’effort pour que l’architecte connaisse mieux les familles. Nous aurions pu l’inviter… » Au moment du chantier le groupe souhaitait être plus associé au travail de l’architecte qu’il ne l’a été : «  Pour les éléments modulaires, nous étions d’accord car ce système a permis de préfabriquer les huisseries en atelier et de baisser leurs coûts. Mais nous n’avons pas été associés au choix des matériaux. Nous étions capables de porter le dossier financier et administratif. Nous l’aurions été tout autant pour discuter des prestations des entreprises ». Lorsqu’il a constaté qu’il avait sous-estimé de 100 m2 les surfaces à couvrir, le plâtrier a arrêté le chantier. A ce moment là l’architecte a disparu. C’est le groupe qui a dû négocier pour régler le problème. Heureusement que nous avons toujours été solidaires et que parmi nous il y avait un comptable et un juriste ».

Le parcours du groupe n’a pas été simple : « Puisque nous n’étions pas des promoteurs, le crédit foncier nous refusait les prêts ; L’EDF nous refusait le branchement. Nous avions tellement mis d’énergie dans le projet que nous ne pouvions plus abandonner. C’eut été trop bête. La Direction de l’Equipement a commencé par refuser le permis de construire. La Mairie voulait nous faire payer la réfection d’une route contigüe. Ce sont le géomètre, la directrice d’une coopérative HLM locale et le notaire qui ont plaidé notre cause. Dès que le groupe s’est constitué en Société Civile Immobilière d’Attribution, le Ministère de l’équipement a déclenché les prêts à l’accession ».

Dans les années quatre vingt, le groupe de Nantes Sainte Luce regrettait d’entendre la presse nationale ne citer que toujours les mêmes groupes. «Cela donne une image faussée du mouvement ; Maintenant que nous habitons dans notre projet, nous avons envie de raconter et de conseiller d’autres groupes locaux en formation ». D’autres avis étaient plus réservés: « Nous avons consacré tout notre temps libre et toute notre énergie au projet durant plusieurs années. Il est temps de souffler et de vivre autre chose. Il n’y a pas que l’Habitat Groupé Autogéré dans la vie »

.Quarante ans après une seule famille d’origine habite toujours là. Les arrivées échelonnées des nouveaux habitants n’a pas mis en péril l’esprit du projet. L’arrivée d’un chien a donné lieu à un petit enclos en façade arrière, sans que soit compromise l’intégrité de l’espace libre central tant apprécié des enfants nouveaux venus : « Quand nous avons vu que nos enfants pouvait faire le tour du parc en vélo, nous avons signé… »

La Calaria , La Croix Falgarde ( Toulouse)

Le projet a été lancé au tout début des années soixante dix. Ce groupe précurseur s’est installé en fin 1972. Des représentants de ce groupe ont participé à la réunion fondatrice du MHGA de Novembre 1977. Au départ plus d’une dizaine de couples étaient intéressés par un projet d’habitat groupé. L’architecte Patrick Jonquez, enseignant à l’école d’architecture de Toulouse, a trouvé un terrain de 3500 m2 dans l’impasse Calaria à La Croix Falgarde sur lequel ont été construites six maisons. En 1972 le règlement d’urbanisme de la Croix Falgarde obligeait chacun des constructeurs de maisons individuelles à acquérir un terrain de 7000 m2. C’est l’architecte des bâtiments de France qui a convaincu la municipalité d’autoriser une densité plus forte. Il a fait prévaloir l’économie de voirie générée par un tel projet. Le groupe n’a acheté le terrain qu’après avoir obtenu le Permis de Construire. Chaque famille a acquis un terrain privatif de 450 m2 ; les 800 m2 restant sont communs. Voici l’interview de deux familles du groupe que j’avais réalisé à l’occasion du Tour de France du MHGA durant l’été 1978, soit six ans après leur installation.

«  L’architecte est un copain. Dès notre installation nous avons passé la plupart de notre temps libre à construire des annexes à chaque maison. C’est nous qui avons réalisé tous les appentis et toutes les terrasses ; Nous nous sommes donné un coup de main pour venir à bout de ce gros boulot dont nous aurions peut-être réduit l’importance s’il était à refaire aujourd’hui. A l’époque nous ne voulions pas dépasser 6 millions d’emprunt chacun (en ancien francs), soit 11 millions en tout par maison. Mais l’argent s’est si vite dévalué que nous aurions pu dépenser 4  à 5 millions de plus tout en ayant des remboursements encore très raisonnables. Nous avons aussi passé du temps à faire des plantations dans les espaces collectifs. Cette année nous avons beaucoup bossé ensemble. Les pentes engazonnées du terrain ne suffisaient pas à l’accès. Nous avons construit des murets, puis un escalier principal avec sa rampe.

L’an prochain nous nous attaquerons au local commun. Les terrassements sont réalisés, mais jusqu’à présent les travaux étaient bloqués par le refus d’une famille, celle dont la maison est la plus proche du projet. Mais la pression de nos ados pour organiser des boums s’accroît et je pense que l’an prochain nous nous y mettrons. Dans le groupe il y a quinze enfants dont l’âge s’échelonne de 7 à 15 ans. Ils prennent de plus en plus de poids dans la vie du groupe. Les décisions ont toujours été prises à l’unanimité. On y tient beaucoup pour qu’il y ait une bonne ambiance dans le groupe. Nous évoluons en ce moment : Nous nous rendons compte que cette unanimité n’est pas toujours nécessaire. Au départ nous avions de fortes motivations communes, tout au moins pour ceux qui se sont le plus battus pour que le projet aboutisse. A la longue nous nous rendons compte que derrière cette idéologie commune, il y avait des attentes différentes que nous ne pouvions pas deviner au départ. Certains d’entre nous se sont tournés vers le militantisme à l’extérieur et participent à l’action municipale. D’autres apprécient peut-être plus le fait d’avoir, à qualité égale, une maison moins chère que sur le marché . D’autres espèrent des relations communautaires plus resserrées. Très vite des mini-groupes se sont formés : nous nous fréquentons deux par deux. Dans les réunions, il y a souvent des blocages, par exemple sur le choix des arbres à planter. Les histoires de couple ont une incidence sur la vie du groupe. Deux couples se sont séparés et leurs histoires personnelles se sont parfois mélangées aux histoires du groupe. C’est le côté négatif. Le côté positif est que lorsqu’une famille a un pépin, tout le groupe se soude pour lui venir en aide.

Le fonctionnement du groupe évolue. Il y a eu une période de psychanalyse sauvage. Chacun y allait de son interprétation « Tiens elle a mis ses lunettes noires aujourd’hui ; Elle compense… ». Les initiatives étaient prises considérées comme autant de tentatives de prise de pouvoir. La groupe avait la hantise du chef ; Alors plus personne n’osait proposer quoi que ce soit. Au bout de quelques années, je crois que nous avons atteint une certaine maturité. Aujourd’hui nous acceptons de distribuer les responsabilités sans y voir une manœuvre dirigiste. Par exemple, je ne suis pas chargé de la coordination du chantier de l’escalier : tout le monde s’y est mis. Cela se passe très bien. Il reste des difficultés inévitables liées aux inégalités de salaire. Les écarts de revenus vont du simple au double. Un couple gagne 5000F mensuels alors qu’un individu gagne 10 000F à lui tout sel. Les situations changent ; Certaines restent stable d’autres montent. Evidemment quand un gosse du groupe a des bottes de 500F aux pieds, il y a quelques réflexions.

Au bout de quelques années, l’intégration dans le village s’est faite. La bande des gosses d’ici était mal vue quand elle débarquait dans le village : C’était la bande des gauchistes ou la bande des rouges. Maintenant les nouveaux arrivants sont les toulousains qui ont acheté dans le lotissement voisin en cours de construction. La plupart sont des intellectuels, des scientifiques. Nous avons de bonnes relations avec eux. Certaine d’entre eux trouvent que notre habitat est formidable, mais aucun ne pense en faire autant. Je me suis demandé pourquoi. Ils ont comme nous une certaine sécurité financière et une culture suffisante pour mener à bien un projet ; Ils ont des relations telles qu’il leur serait facile de se regrouper à plusieurs amis. Ce n’est pas non plus la générosité qui leur manque. Je connais une famille qui prête son bateau aux enfants du village. Ils sont souvent de tradition catholique. Je crois que ce qui les retient, c’est l’appréhension du collectif. Ils restent attachés au chez soi et à la propriété. Nous n’avons pas envie de faire du prosélytisme vis à vis d’eux.

Nous restons sur la position qui a été la nôtre lors de la réunion de Nantes. Faire un Mouvement de l’Habitat Groupé Autogéré nous paraissait typiquement français : Dès que quelque chose de chouette se fait, immédiatement on se croient obligé de mettre en place une structure pour le généraliser à la France toute entière. Notre groupe a eu une réaction anti-institutionnelle. Notre attitude n’est peut-être pas la bonne mais ici nous sommes déjà pris par le militantisme politique et l’action municipale

Ces temps-ci un voisin nous a invité à visiter sa maison où il vient de poser des cloisons pour individualiser les chambres des enfants. Le logement était conçu au départ de telle sorte que les espaces communiquent entre eux avec un minimum de portes et de cloisons. A l’usage nous avons différencié les espaces du séjour pour que chacun puisse recevoir ses amis sans perturber nécessairement les activités des autres. Par exemple nous avons monté le coin télé à l’étage sur le palier haut de l’escalier. Chacun peut suivre son émission sans s’accaparer tout le séjour ».

Après avoir pris quelques photos, je discute avec un autre voisin dont la maison était, dès l’origine, plus cloisonnée. Le palier de l’escalier est destiné à la couture et au bureau utilisé pour le travail scolaire des enfants .Marcel est agent technique dans une grosse boite de Toulouse. Conchita travaille à la maison. En partant je croise l’architecte qui, venu prendre son courrier à l’entrée du groupement, en limite du parking, discute avec un voisin. Scène d’amitié ou collaboration de classe ? L’humanité au quotidien. A la Calaria nous avons été bien reçu et nous regrettons de devoir partir si vite. En 2013 deux familles ont quitté le groupe, l’une à cause d’un divorce, l’autre à cause d’un décès. Le local commun de 45 m2 en projet lors de l’interview a été réalisé. Le groupe constitué en copropriété horizontale indivise se réunit deux ou trois fois par an pour le quitus et pour des fêtes de voisinage.

La Veuglotte à Quétigny

En 1977 une commission extra-municipale « urbanisme » réfléchit à l’aménagement d’un nouveau quartier et aux principes susceptibles de guider le développement de la commune : Pas de logements standard mais plutôt des logements individualisés au sein d’une petite collectivité. Des participants décident de participer à la définition de leur propre habitat.

Il a suffi de demander un terrain au Maire puisque la commune, une petite bourgade dans la périphérie de Dijon, avait la maîtrise foncière de cette bourgade située en périphérie de la ville de Dijon. Le groupe constitué en société coopérative immobilière a fait appel à un opérateur qui lui était recommandé par le Maire : le Crédit Immobilier populaire de la côte d’or. Le directeur de cet opérateur très intéressé par ce projet a rejoint le groupe en tant qu’habitant. Les douze familles candidates habitaient la commune de Quétigny dans un quartier récent et se sont rencontrées dans une vie associative intense. Le groupe se compose de 5 enseignants ( lycées, collège, institut rural, un cadre administratif, un médecin du travail, un Directeur de foyer de jeunes apprentis, un ingénieur thermicien, une secrétaire de la M.J.C., une employée de la sécurité sociale, une assistante sociale, un technicien CEA, un menuisier, une coiffeuse, un électro-mécanicien, un promoteur social. Chacun connaissait au préalable au moins une famille du groupe.

La typologie architecturale comporte 4 maisons en bande et six logements imbriquées dans un petit collectif de trois niveaux maximum. La moitié du terrain, soit 2000 m2 est affectée à une jardin commun. Le projet comporte deux groupements orientés Est-Ouest, l’un de six logements construits au Nord au dessus des garages , l’autre au Sud constitué de 4 maisons de ville sur deux niveaux. 180 m2 de locaux collectifs ont été prévus dans le projet : une salle de réunion dimensionnée pour accueillir un repas de 50 convives, un atelier de menuiserie qui a été dû être adapté quelques années plus tard aux nouveaux règlements de sécurité, une buanderie équipée de plusieurs machines à laver et une chambre d’hôte.

En Décembre 1978 le projet s’accélère : Au cours de ce même mois le groupe crée une Société Civile Immobilière, choisit un opérateur, le Crédit Immobilier Populaire de Côte d’or, un architecte, Jean Charles Jacques, et commence à élaborer son projet. Selon les périodes le groupe s’est réuni une fois par semaine ou seulement une fois par mois sur une durée d’un an et demi. Dans les réunions les points de vue qui revenaient le plus souvent étaient : La recherche d’un habitat adapté au mode de vie de chacun ; Le souhait de disposer d’espaces communs bâtis et non bâtis ; le projet d’un voisinage chaleureux. Se sont succédés un avant-projet, un premier puis un second projet, enfin le projet définitif. Les résultats de l’appel d’offre ayant dépassé de 15% les prix prévus, le local commun conçu de façon indépendante a été intégré au petit collectif. Il a fallu réduire les surfaces privées et collectives, notamment elles des circulations. Quatre familles ont alors quitté le groupe Quarante huit heures après leur départ quatre nouvelles familles étaient sélectionnées sur une liste d’attente dont celle du Directeur du Crédit Immobilier qui a voulu rejoindre le groupe. Deux autres familles ont quitté le groupe après quelques mois de vie dans le groupe. Le chantier commence en Juin 1981. Deux familles souhaitaient faire de l’autofinition mais le groupe leur a finalement demandé d’y renoncer : Le financement des Prêts à l’accession ( PAP) groupés serait devenu trop compliqué à gérer. En phase de construction, deux membres du groupe ont participé aux réunions hebdomadaires de chantier. Ils transmettaient les remarques des uns et des autres au promoteur qui était le seul à traiter avec les entreprises.

L’architecte, Jean Charles Jacques, avait été choisi par le groupe à partir de trois candidatures proposées par des familles ; Le groupe voulait un architecte qui les laisse s’exprimer. Il désirait une architecture différente, originale et bioclimatique. Le bâtiment en petit collectif est très fermé au Nord et s’ouvre au Sud avec un jeu de terrasses. Il est surélevé d’un niveau pour assurer des vues au Sud et loger en partie basse les locaux communs, les locaux techniques et les garages. La taille des logements va de 100 à 140 m2. A la Veuglotte, plusieurs familles ont abandonné la distinction classique entre partie nuit et partie jour. « Nous voulions isoler le domaine des enfants de celui des parents en plaçant les espaces de rencontre familiale entre les deux. Un autre principe a fait l’unanimité : tirer partir des jeux de demi-niveaux et laisser apparents les plafonds rampants suivant les pentes des toitures ». Les séjours sont fractionnés en plusieurs plateaux reliés entre eux par des emmarchements, ce qui est aujourd’hui proscrit par la réglementation liée aux handicaps.

Dans le premier plan masse, le local commun se situait à l’entrée de l’espace vert, à mi-chemin entre la bande de 4 pavillons et le petit collectif. Pour des raisons de prix, les locaux communs été intégrés au petit collectif : deux salles de réunion, un atelier, un préau, huit celliers et buanderies, une lingerie et une chambre d’ami.

Plus de trente ans après la livraison du projet, huit des adultes fondateurs du groupe à la fin des années soixante dix, vivent toujours à la Veuglotte, sur les 24 adultes présents aujourd’hui.

Les départs résultent de départs dans le Sud, de divorce ou de veuvage. On compte deux nouveaux couples dont les enfants ont l’âge de la maternelle et deux autres avec des adolescents. Chaque nouveau venu est accueilli par un repas. On lui remet la charte qui précise notamment que les locaux communs ne peuvent être utilisés pour des réunions politiques ou religieuses. Le groupe consacre deux week-ends aux travaux d’entretien des espaces collectifs : au printemps et en automne.

Plusieurs retraités sont venus de l’Oise pour s’installer à Quetigny et acheter les logements à vendre. Aucun des retraités n’a éprouvé le besoin de louer une partie de son grand logement : La plupart d’entre eux y reçoivent périodiquement leurs petits enfants . Ce texte a été rédigé en coopération avec Gislaine Chenu, du groupe de la Veuglotte, en Février 1982.

Calendrier

Novembre 1978 : 26 adultes se regroupent.

Novembre 1979 : Le groupe réunit 23 adultes.

Novembre 1980 : Après ouverture des plis, départ de 5 familles , remplacement rapide.

Novembre 1981- Juin 1982 : installation.

Meudon Le Val

Le groupe est né de la réunion de dix familles qui se connaissaient auparavant par le biais de la vie associative et des activités collectives auxquelles elles participaient à Meudon. Huit familles habitant à Meudon connaissaient l’expérience du groupe des Jardies. L’idée d’un projet analogue date de la fin 1977. En Avril 1978 le groupe fonde une S.C.I. La moyenne d’âge des adultes se situe alors entre 30 et 40 ans. Le groupe compte 17 adultes et 24 enfants. Les professions des adultes sont : 4 enseignants, 2 éducatrices, 4 ingénieurs, 2 employés de banque dont une femme. En Septembre 1978 le groupe trouve un terrain de 1300 m2 acheté à 646 F/m2, ce qui est déjà cher à l’époque. Le coefficient d’occupation du sol est de 1 . Le programme se compose de 3 appartements de 5 et 6 pièces ( de 160 m2 chacun), quatre appartements de 4 et 5 pièces (de 110 m2 chacun), quatre appartements de 3 et 4 pièces ( de 90 m2 chacun et d’un studio de 25 m2, soit un total de 1100 m2 auxquels s’ajoutent 235 m2 de locaux communs. Les surfaces excédent les ratios publics. Le terrain était occupé par un marchand de charbon.

Jacques Bon est choisi comme architecte à partir de 2 critères : ses réalisations antérieures et son aptitude au dialogue. Il veut ne rien avoir à proposer : Il assemblera les idées, les goûts de chacun en un ensemble homogène. Le projet favorisera une vie collective mais pas au détriment des logements individuels. Les deux premières demandes de permis de construire sont rejetées par le Direction Départementale de l’Equipement qui n’accepte pas le dépassement de la hauteur maximale autorisée. L’architecte doit finalement épaissir l’immeuble et obtenir une dérogation pour que le bâtiment soit collé à la rue du Val. Le permis est accordé en fin Novembre 1978.

L’étape la plus difficile a été celle de la définition des locaux communs. Le groupe souhaitait deux studios d’accueil (à l’origine pour des amis ou des parents) ; un atelier bruyant ( artisanat, jeux , coopérative d’achat) ; enfin une grande salle polyvalente de 60 m2. Malgré certains ragots courant sur une totale mésentente, les discussions ont plutôt resserré le groupe.

Les travaux sont confiés à une entreprise générale. Le chantier s’ouvre en Juillet 1979. Chaque semaine le groupe assiste à la réunion de chantier avec l’architecte. Les prêts cumulés se font avec un taux d’emprunt de 10% en moyenne qui a été réparti de façon égalitaire au sein du groupe. La première famille s’installe en Septembre 1980. La dernière s’installe en Décembre.

Le bâtiment est construit en ossature béton armé. Chacun a sa chaudière au gaz. Une chaudière commune correspond aux locaux communs. Le bâtiment équipé de double vitrage répond aux normes promotelec de l’époque. Quelques petites fuites dans les verrières hautes ont été vite réparées. Le coût du M2 privatif était de 5600 F/m2. En y intégrant le coût des locaux communs le coût passait à 6 285 F/m2 ( moins de 1000 euros valeur 2012). A l’époque le coût d’un appartement neuf était de 7500 F/m2. Le fait que le groupe ait pu être son propre promoteur a généré une économie de 25%, soit de 2 090 000F, c’est à dire supérieure au coût des locaux communs dont le montant était de 1 600 000 F.;

La réalisation répond aux quatre objectifs que s’était fixé le groupe à l’origine :

Les copropriétaires sont restés maîtres de l’opération et ont pris en charge tous les aspects de la fabrication de leur habitat. Les logements sont adaptés aux besoins et aux désirs des habitants. Certains logements communiquent entre eux. D’autres sont desservis par deux escaliers ce qui donne aux adolescents plus d’indépendance.

Le groupe participe à une vie sociale tant à l’intérieur qu’à l’extérieur grâce à la présence de locaux communs. Les statuts de l’association des co-propriétaires fixe les modalités de revente : Il ne doit pas y avoir de plus-value hormis le réajustement basé sur l’évolution de l ‘indice des prix de la construction sur la période considérée .Tout successeur doit être présenté au groupe et accepté par lui six mois avant son arrivée.

L’architecture du projet est remarquable à plus d’un titre : du côté de la rue du Val, les enduits minéraux d’une façade pauvre en percement s’intègrent aux maisons pré existantes datant du siècle passé, tandis que du côté jardin ( à l’Ouest) les façades résultent d’une assemblage bien proportionné de menuiseries en bois et de vitrages, rythmé par des coursives et des petites verrières en surplomb. Cette façade à la fois diversitaire et homogène ouvre les appartements sur l’aire de jeux des enfants aménagée à ses pieds et sur un environnement boisé et calme. A l’intérieur des appartements des espaces fluides lient les nombreux recoins d’un séjour protéiforme dont la cuisine à l’américaine constitue le plus important. Des plantes et de petits emmarchements scandent le parcours qui conduit à la partie Nuit des appartements dont, par contraste, les espaces individuels sont très fermés.

Le Buisson Saint Louis, Paris 19e, architecte Bernard Kohn (1979-1985)

A Paris, dans le quartier de Belleville, une demie douzaine de familles achètent, en 1979, un lavoir à l’abandon de 1400 m2, situé en fond de cour d’immeuble. L’architecte, Bernard Kohn, a scindé le volume charpenté d’un grand hangar préexistant, en deux volumes de grande hauteur dont chacun est divisible en deux niveaux. Le groupe s’élargit à une douzaine de familles : des enseignants, un psychiatre, un ingénieur de Dassault, des cadres administratifs. Un patio médian fait entrer la lumière dans les futurs appartements dont la forte proportion de baies vitrées a permis de distribuer une abondante lumière. L’étroite collaboration entre le groupe et l’architecte a généré une architecture exceptionnelle qui allie le bois, le verre et la brique. La nature de la construction existante a nécessité une adaptation permanente entre le travail sur plan et le travail des entreprises confrontées aux irrégularités du bâtiment préexistant. Pendant le chantier l’architecte a installé son bureau sur place durant toute l’année 1983. Conscient de cet effort exceptionnel le groupe exprime sa gratitude à son architecte ; mais aussi parce Bernard Kohn les a , très en amont, invités à réfléchir à ce que deviendraient leurs grands appartements lorsque leurs enfants les quitteraient. La plupart des appartements ont donc été conçus pour être divisibles en deux logements plus petits disposant chacun d’une entrée indépendante. Le résultat est qu’aucun propriétaire n’est parti, trente ans après leur installation, mais que de nouveaux locataires sont arrivés, faisant passer le nombre de foyers de 12 à 16. Le groupe a aménagé une grande salle commune dotée d’une cuisine, en rez-de-chaussée, pour se réunir et pour s’ouvrir à la vie de quartier. Des fêtes y sont organisées. Un cours d’alphabétisation a été assuré au fil des années par les copropriétaires à destination des immigrants arrivés depuis peu dans les rues voisines. Un habitat véritablement urbain, dans sa conception comme dans son usage. Bernard Kohn est pédagogue dans l’âme. Après avoir fondé une école en Inde, il a participé au lancement de l’antenne pédagogique de Cergy-Pontoise. Trente ans plus tard, après avoir réalisé le nouveau palais de justice de Montpellier il a ouvert un atelier public en vue de réhabiliter la Villeneuvette , à deux pas de Clermont l’Hérault. « Pour moi une architecture homogène exprime la spiritualité tandis qu’une architecture hétérogène exprime la chaleur, la gaité de ce qui est constitue un groupe. Je ne tiens pas à une conception d’ensemble mais à une notion de volumes imbriqués et diversifiés selon les usages et les individus. Les différences doivent être apparentes et soulignées. La référence aux bâtiments de la Mémé de Lucien Kroll est significative de ce que je voudrais voir se réaliser au Buisson Saint Louis ».

Le groupe « Couleur d’orange  » à Montreuil

D’autres exemples comme celui de « Couleur d’orange » sont significatifs du besoin concomitant d’isolement et de rencontre. En Décembre 1986, entre la Croix de Chavaux et le périphérique parisien, sur le territoire de la ville de Montreuil, quatorze familles achètent un vieil entrepôt pour y réaliser un ensemble d’appartements. Quelques travées de l’entrepôt sont démolies pour créer un jardin commun. Le reste est réhabilité sur deux niveaux et regroupe deux ateliers d’artistes et 12 appartements. Les habitants s’y sont installés en 1988. Le coût de la reconversion en logements coûte 1100 euros le m2 (charge foncière et construction) pour les appartements et 750 euros pour la rénovation des entrepôts en locaux professionnels. Une quinzaine d’années plus tard, deux ménages ont déménagé. Un départ est dû à une séparation, l’autre est dû à des raisons professionnelles. Le deuxième garde l’appartement qu’il loue. Le groupe a le souvenir des 16 musiciens cubains qui y logèrent quelque temps, remplacés par un groupe d’iraniens intégristes ! Le groupe a fréquenté le MHGA, mais s’est très vite organisé par lui-même et avec son architecte L.Barré. La salle commune dont s’est doté le groupe est surtout utilisée par des associations du quartier auxquelles participent activement l’un ou l’autre des 20 adultes qui composent aujourd’hui le groupe. La vie communautaire qui avait culminé au moment de la réalisation du projet se limite maintenant à quelques fêtes annuelles. Par contre cet engagement citoyen s ‘est développé dans les associations de parents d’élèves et dans les associations de quartier qui ont leur mot à dire sur l’évolution de la ville de Montreuil.

La Fonderie à Vanves

En 1981, une quinzaine de personnes regroupées autour d’anciens élèves du lycée Bergson dans le dix neuvième arrondissement de Paris décident de réaliser, ensemble, un projet d’habitat à Paris même, à l’intérieur du périphérique. Après plus d’une année de recherches vaines, certains commencent à regarder au-delà du périphérique. Un terrain, à Vanves, a capté l’attention d’un médecin très entreprenant. La moitié du groupe du groupe quitte le projet ; Vivre à Vanves ne leur convient pas ; c’est trop loin du 19e, ou tout simplement ils se sentent incapables maintenant d’investir. C’est là, en 1983, à Vanves, en première couronne, au Sud de Paris que commence l’histoire de la Fonderie. Le site était occupé par La Fonderie, une petite entreprise de bronze ( Le groupe a échappé de peu à l’appellation « Le bronze intégral » !). Marc indique au vendeur son intérêt pour le terrain, l’objet du projet et ses doutes sur le nombre de personnes qui vont suivre. Il faudrait de 8 à 10 familles pour optimiser ce terrain. Le vendeur lui donne le contact d’un groupe qui a un projet analogue. Ce sont des militants de « Vie nouvelle ». Les deux groupes fusionnent quelque temps, mais finalement seule une famille de ce groupe reste. Les autres créeront quelques temps plus tard un habitat groupé à Chaville. Simultanément contact est pris avec le MHGA où deux familles sont intéressées et disponibles pour le projet. On peut signer la promesse de vente. Un collègue d’une de ces familles rejoint le groupe. Pour compléter, une annonce est publiée dans Télérama et le journal Libération. Le groupe a reçu plus de quarante réponses parmi lesquelles il a retenu trois candidatures dont celle de Daniel Jaunas qui a, ainsi, été le dernier à rejoindre le groupe. La vente du terrain est signée à la mi-janvier 1984.

Entre les deux rendez-vous chez le notaire, le groupe s’était mis en quête d’un architecte et contacte Bernard Kohn encore trop marqué par l’expérience du Buisson Saint Louis pour s’embarquer dans une deuxième aventure aussi prenante. Il oriente le groupe vers Dominique Girard qui devient l’architecte du projet de la Fonderie. D.Girard a pour compagne une sociologue qui passe une journée avec chaque famille pour mieux cerner leur mode de vie. Les personnes du groupe qui ne lisent pas les plans insistent auprès de l’architecte pour obtenir une maquette en trois dimensions. Le projet architectural est jugé satisfaisant. Le chantier s’ouvre en 1985.

Le groupe est constituée de fortes personnalités dont le passé militant suscite des débats animés : Ce qui aurait été difficile dans les années soixante dix, faire cohabiter d’anciens trotskistes et d’anciens maoïstes était maintenant réalisable. Le parcours de Daniel est significatif de toute une génération de militants. Après le bac, il commence à travailler comme facteur, puis monte dans la hiérarchie après être passé par l’ENA. Il rejoint les verts à l’instar de ce qui se passé en Allemagne où le mouvement des verts est fondé par les maoistes. Il milite dans le réseau de l’économie sociale et solidaire. A partir de 2009 Daniel se rapproche du mouvement de l’Ecohabitat groupé dont il devient un des animateurs avec l’intention de dépasser les clivages locaux pour rassembler les groupes à l’échelle de la Région Ile de France. Dans le groupe de la Fonderie, on trouve aussi un industriel producteur d’éoliennes adaptées aux pays tropicaux ;Il voyage dans le monde entier et ne séjourne à la Fonderie que quelques jours, deux ou trois fois par an. Mais son épouse se partage entre Orléans et Vanves.

La passion du médecin pour l’architecture et le suivi du chantier étaient tels qu’ils ont généré un incident avec l’architecte qui lui reprocha violemment son implication, déclenchant, après deux ans sans heurts, une première crise. Après un mois de discussions, le groupe a admis qu’il fallait nécessairement passer par l’architecte pour que celui-ci puisse effectivement assumer ses responsabilités professionnelles. L’architecte est revenu mais ce conflit a laissé des traces : « L’architecte n’a même pas été invité à l’inauguration… je fais partie de ceux qui l’ont regretté. L’architecte était devenu un ami ».

Deux habitants travaillaient à l’agence française de la maîtrise de l’énergie située à Vanves. Cela a généré de nombreuses discussions sur les questions de chauffage. L’architecte nous proposant un procédé innovant, suédois, à énergie électrique. Les salariés de l’AFME préféraient le gaz. Le groupe a finalement laissé à chacun le choix de son système. Daniel a a choisi le système suédois qui chauffait sans laisser l’impression de chaleur. Finalement ce système rendis l’âme au bout de vingt ans.Au départ le groupe souhaitait un bâtiment en structure bois, mais il dû y renoncer, le marché n’étant pas encore organisé.

L’immeuble de la Fonderie est construit en arrière de la rue Jean Bleuzen. Il regroupe des duplex sur trois niveaux auxquels s’ajoutent quelques pièces en sous-toiture. L’orientation Est- Ouest fait que l’ensoleillement passe d’une façade à l’autre selon les heures de la journée. Au premier étage une coursive dessert les logements. Côté jardin les façades sont revêtues de bois. Le local commun a été placé au Rez de Chaussée, de plein pied avec un petit jardin collectif, là où personne ne voulait habiter. Avec la création de deux chambres d’ami, d’une cave et d’un atelier, le local commun et ses dépendances occupent l’équivalent d’un appartement d’ environ 90 m2. Dans les années quatre vingt dix la salle commune était très utilisée par les habitants et leur famille. Aujourd’hui elle sert de salle de réunion à la vie associative.

Le renouvellement du groupe est resté marginal. Certes les logements sont grands, de 100 à 140 m2 avec une moyenne de 120 m2 mais les habitants qui sont, presque tous, devenus retraités n’ont pas besoin d’en louer une partie. Sur huit familles propriétaires la seule évolution a été l’arrivée de deux nouveaux conjoints, suite à deux divorces Il n’y a qu’un cas de revente récent. Le vendeur pensait revendre 10% au delà du prix du marché, mais le marché en a décidé autrement. C’est au prix moyen du marché local que la transaction s’est faite. Après tout, ces appartements nous étaient revenus à 10% au dessous du prix du marché.

Ce qui motive Daniel, c’est le mode de décision par consensus qui est généralement pratiqué dans les groupes autogérés. En façade d’entrée l’architecte a construit une cage vide en prévision d’un ascenseur. Vingt cinq années plus tard, celui-ci n’est toujours pas installé. « Nous n’arrivons pas à obtenir un consensus sur les règles de répartition de la dépense ».

Le groupe n’a pas rédigé de charte comme le voulait le MHGA.

Les copropriétaires de la Fonderie se sont réunis au sein d’une Société coopérative civile de construction : SCCC. Le règlement est passe partout. Personne n’y prête attention. Avec le temps, une partie de l’esprit coopératif est resté, une partie des pratiques coopératives s’en est allé. Dans les faits, ce qui mine le projet, ce sont les départs de retraités en bord de mer ou au soleil pour la bonne saison, limitant nos assemblées à une fréquence trop faible pour maintenir correctement nos règles de vie. Un jeune couple s’est installé. Il amène un nouveau dynamisme. Un autre appartement est à vendre. Nous attendons de voir qui, l’appartement et l’habitat groupé en général va intéresser !

Le Sarment des Bénards à Chatenay Malabry

En 1986, Michel et trois autres familles de Bagneux des anciens du 14 ème arrondissement trouvent un terrain à Bagneux pour construire ensemble .Un « méchant promoteur » le leur souffle. La ville de Chatenay-Malabry décide de réaliser une ZAC de 1000 logements entre la Butte rouge et le parc de Sceaux avec un ratio de 50% de logements sociaux. Elle accepte de d’accueillir le groupe dans la ZAC des Hussières. L’occasion est trop belle d’élargir le groupe à 12 familles qui déposent leur Le permis de construire en 1989, et en Mai1990 ,achètent le terrain de 1320 m2, rue Lafforgue, en bordure du parc.. Le groupe achète le terrain en Mai 1990. L’architecte proposé par Michel est adopté par l’équipe a dessiné un projet en construction bois dont la construction s’avère plus chère que prévu. L’entreprise de menuiserie fait faillite et part avec les avances qui lui avaient été imprudemment consenties par l’architecte. Les relations entre le groupe et l’architecte se dégradent au point que celui-ci démissionne. Le groupe se scinde alors en deux groupes l’un de quatre et l’autre de sept familles. Chacun crée sa propre société coopérative immobilière. Le terrain est partagé en deux. De nouveaux architectes sont appelés :Claude Bouvier travaille pour le plus petit groupe tandis que Bruno Vialle est choisi par le second groupe, le plus important. B.Vialle réduit la présence du bois et simplifie un projet qui était trop compliqué. Par exemple un logement montait sur trois niveaux…La salle commune du rez-de-chaussée est transformée en un petit logement qui sera vendu à la fin du chantier pour réduire le coût de l’immeuble. Un divorce a entrainé la division d’un duplex en deux étages indépendants. Le processus de scission s’étendait…. Quelques années plus tard l’escalier qui reliait les deux niveaux a été reconstruit après que le couple se soit reformé. En 2012 le groupe des quatre fête ses 21 ans de vie. Les sept voisins n’ont pas répondu à l’invitation qui leur a été faite et pourtant les deux groupes viennent de signer la convention qui entérine l’usage commun du jardin situé entre les deux immeubles. Michel ne regrette pas les aléas du projet : « Malgré beaucoup d’échanges, nous n’avons pas évité la violence des réactions, le découragement ou la déprime. En pourtant, il se pourrait que le mot de «solidarité ait pris un sens autrement plus dense et profond que l’art de vivre évoqué aux premiers jours. Les enfant une fois partis, certains projettent d’aller vivre ailleurs…dans un nouvel habitat groupé ». Michel pense quitter son logement devenu trop grand. Mais il n’a plus l‘énergie de remonter un nouveau groupe autogéré ailleurs.

La Bosse à Saint Nazaire

Le désir d’une vie plus collective a conduit neuf familles et un architecte à créer ensemble, à la fin des années soixante dix, un immeuble collectif de conception bioclimatique passive. Certains vivaient en maison individuelle, d’autres, la plupart, en HLM. Aucune de ces deux solutions n’étaient jugées satisfaisantes parce qu’isolées ou mal conçues. Pour en avoir parlé autour d’eux, ils découvrirent qu’ils n’étaient pas les seuls à penser de la sorte. Ils décidèrent de se réunir en 1978. D’où naquit le noyau du groupe actuel. Au rythme d’une rencontre hebdomadaire le groupe et son architecte abordèrent la conception même de l’immeuble et les questions foncières, juridiques et financières. Les dix huit adultes créèrent une société civile, prirent contact avec la ville et les organismes de prêt et, en Janvier 1979, achetèrent un terrain de 4 100 m2 dans une ZAC urbaine.

Entre temps, le programme s’est précisé quant au type de logement, à leur mode de groupement et quant à la conception solaire passive de l’immeuble projeté. Chaque logement a été conçu sur mesure. Ont suivi de nombreuses esquisses, plans et maquettes puis l’obtention rapide du permis de construire. Sont venus ensuite les plans d’exécution et l’appel d’offres. Les travaux de terrassement ont commencé en Juin 1980. Tous les logements ont été livrés en fin Juin 1981 au prix convenu. Un léger dépassement du coût prévisionnel a conduit à un sérieux programme d’économies : suppression de garage et prise en charge par le groupe de petits travaux de finition. L’architecte, Christian Cochy a tenu bon « pour garder les coursives que certains voulaient supprimer . Le prix de revient d’un logement et de sa part d’espaces communs équivalait au coût de construction d’une maison individuelle traditionnelle de même surface dans un lotissement classique. Le surcoût solaire difficile à cerner puisque faisant partie intégrante de l’immeuble a pu être néanmoins estimé à 15% du prix total de la construction.

Les locaux communs représentent environ 30% de la surface totale : une salle commune de 56 m2) au centre de l’immeuble , une salle de télé (14m2), un garage à vélos, une laverie, un local poubelle, un séchoir ( 106 m2) au centre Est de l’immeuble, et en extrémité Ouest de l’immeuble un ensemble de locaux (75 m2) répartis entre une salle de jeux pour les enfants ( 32m2), un atelier bricolage (15m2), et un atelier photo en comble, une cave et un cellier ; Non compris les coursives qui relient chaque niveau de chaque logement forment un tampon thermique en façade rue au Nord. Elles ne sont pas chauffées en hiver. Trente ans après leur installation les enfants sont partis et plus personne ne développe ses photos à domicile. Les deux locaux correspondants ont été privatisés.

La situation, la forme et la composition de chaque logement individuel ont été déterminées en tenant compte des exigences de chaque famille. Les logements sont en général construits sur deux niveaux et se composent d’un ensemble cuisine/repas/séjour décloisonné et ouvert au Sud, les chambres étant généralement à l’étage. Chaque logement dispose d’environ 30 m2 de vitrage exposé au Sud, munis de stores extérieurs en toile. Chaque logement s’inscrit dans une trame de 7 mètres et ses sous-multiples.

L’isolation par l’extérieur est constituée soit d’un bardage ardoise sur isolation en laine de verre soit d’un enduit sur polystyrène. Les questions d’inertie thermique et d’isolation phonique ont conduit à construire des murs en béton de 21 cm entre logements et de 15cm à l’intérieur d’un même logement. Les planchers sont également en béton avec dalle flottante sur un total de 30 cm d’épaisseur. Par un mouvement de terrain, l’immeuble se trouve partiellement enterré du côté des vents dominants venant d’Ouest. D’importantes toitures au Nord et aux extrémités de l’immeuble constituent un bouclier qui limite les déperditions dues aux vents du Nord. L’utilisation de diagrammes solaires a permis d’ajuster la conception des toitures pour respecter le droit au soleil des riverains. Les grandes baies des séjours sont orientées au Sud, avec un léger angle de 15° vers l’Est. Une économie de chauffage de 50% est escomptée. Le chauffage est assuré par des chaudières à gaz individuelles (radiateurs et production d’eau chaude). Chaque logement dispose d’auvents sur lesquels pourront être ultérieurement installés des capteurs solaires pour l’eau chaude solaire.

Un des neuf logements a éclaté en deux petits logements en raison d’un divorce advenu au cours du projet. Trente deux ans après leur installation cinq logements sont toujours occupés par les habitants d’origine. Sur les cinq familles qui sont parties, quatre ont divorcé dans les années qui ont suivie leur emménagement et une famille est paris à Rennes pour des raisons professionnelles. En 2012, à la demande du groupe, l’architecte a fait installer un monte-personne (ascenseur lent) qui dessert les quatre niveaux dont ceux des coursives. Le suivi des consommations en énergie gaz fait de 2001 à 2008 indique que le chauffage et l’eau chaude consomment 65,5 Kwh/m2/an ce qui correspond au BBC d’aujourd’hui auxquels viennent s’ajouter les consommations d’électricité.

Le Kolkhoze, le groupe de Sceaux les Chartreux, est présenté dans les pages 87-90 du livre.

Les Vignes Blanches, un des deux groupes de Cergy-Pontoise est présenté dans les pages 82-86 du livre.

Je remercie Michel Broutin , Daniel Jaunas, Brigitte Bouvier et Michèle Drevet ainsi que les interlocuteurs qui ont bien voulu répondre à mes questions depuis le tour de France du MHGA de 1978 jusqu’à aujourd’hui.

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