Les accompagnateurs et les opérateurs

 

HABICOOP

A l’origine de la création en novembre 2005 d’Habicoop : la rencontre entre une élue des verts, Maguite Chichereau-Dinguirard, le maire de Vaulx en Velin, Maurice Charrier, le Directeur de l’URSCOOP, Michel Rohart, tous revenant impressionnés, qui par les réalisations de la CODHA à Genève, qui par celles du quartier Vauban à Fribourg, qui par celles des coopératives québécoises. Trois références qui reviennent dans chacune des rencontres nationales organisée chaque année en coproduction avec Habicoop. Jusqu’en 2010, l’équipe d’habicoop composée de deux salariés et d’un stagiaire était installée dans les bureaux de l’URSCOP, la fédération régionale des 300 coopératives de la Région Rhône-Alpes.

Chaque année depuis sa création, Habicoop a organisé des rencontres à l’intention d’un public en recherche de projet coopératif dans le secteur du logement. Les rencontres se sont succédées à Lyon (Mars 2007) Toulouse ( Nov. 2007 ; à Bordeaux ( Octobre 2008), à Nantes, à Strasbourg ( nov.2010) et à Grenoble (Nov. 2012). Le site internet d’Habicoop est très clair : Habicoop a pour objectif de développer des coopératives d’habitants en France. Elle accompagne des groupes d’habitants, travaille sur le montage juridique et financier de leurs projets. Depuis 2010 avec d’autres partenaires associatifs Habicoop structure un réseau national ( Coordin’action) et prépare les rencontres nationales annuelles de l’habitat participatif.

L’équipe d’Habicoop accompagne la création de coopératives dites à capitalisation individuelle qui s’inspirent du modèle suisse de la coDHA. Chaque locataire paye des parts sociales qu’il récupère s’il doit quitter le projet. Mais à la différence de la coDHA , les coopératives développées par Habicoop sont totalement indépendantes et de petite taille, ce qui ne les empêchent pas de se fédérer en réseau : « Plus l’échelle d’une coopérative est grande, moins la participation des coopérateurs est effective ». Habicoop dont l’objet est de militer pour la renaissance des coopératives d’habitat, part d’un constat impitoyable : La spéculation immobilière exclut les populations modestes ainsi qu’une partie croissante des classes moyennes, du centre des grandes villes. Aucune solution intermédiaire entre le logement social et le logement privé n’existe. Dans le secteur de l’habitat social l’irresponsabilité et l’individualisme des habitants engendrent une dégradation des liens sociaux et du cadre de vie. Dans le secteur privé chacun s’enferme dans sa propriété privée. Face à ce constat la coopérative d’habitants offre une alternative pour les personnes exclues du marché immobilier. Habicoop préconise un nouveau type de rapport à la propriété et des solidarités de voisinage. En ce début 2013, elle accompagne de nombreux groupes de projet :

– Le groupe CHAMAREL les Barges, à Vaulx en Velin,

– Le groupe de la coopérative EN GERM qui lancé en 2009 s’est dédoublé ; Une partie développe son projet à Saint Germain en Monts d’or à l’Ouest de Lyon, un autre à Grigny au sud de Lyon.

– La GARGOUSSE. Six familles entreprennent la réhabilitation d’un immeuble ancien du quartier de La Guillotière, à Lyon.

– HACONOVI , un projet voisin du Village vertical, au Nord de Villeurbanne .

D’autres projets se mettent en place : La JEUNE POUSSE à Toulouse dans un écoquartier ; A Bordeaux le groupe HNORD envisage de réhabiliter un îlot d’une ancienne friche industrielle avec un programme de 25 logements et d’une surface de 700 m2 d’activités. Le groupe BOBOYAKA voudraient s’installer dans l’arrière pays bordelais. Le site internet d’Habicoop donne la liste des projets en gestation dans toute la France.

Les valeurs fondamentales d’habicoop sont : La propriété collective; la sortie du système spéculatif; la démocratie (une personne = une voix ) . A cela s’ajoutent une vocation écologique et sociale, une gestion transparente et une responsabilisation des coopérateurs, la recherche d’une solidarité intergénérationnelle et l’accès au logement des catégories sociales défavorisées. Les groupes refusent la spéculation et questionnent la notion de propriété. Ils veulent trouver des alternatives à la pleine propriété telles que les baux emphytéotiques. Ils revendiquent des allégements de la charge foncière (Ecoquatiers) pour réaliser, en ville, des projets sociaux en location. L’association travaille sur ces questions en relation avec la Fédération des coopératives d’HLM. A partir de Janvier 2013, Habicoop a été invitée à participer aux ateliers organisés par le Ministère du logement, principalement pour donner un statut, jusqu’à maintenant inexistant, à la propriété collective. Actuellement la revente des parts sociales d’une coopérative d’habitat est assimilée au monde de l’entreprise et ne bénéficie pas du statut de résidence principale.

ROBINS DES VILLES

A la suite d’une grève provoquée par une xième réforme de l’enseignement de l’architecture, un petit groupe d’étudiants lyonnais engage une réflexion sur le repositionnement de l’architecte dans les métiers de la ville. En 1996 il organise, à Vaulx en Velin, une manifestation sur la diversification des métiers de l’architecture ; Celle-ci mobilise un millier de personnes : responsables de la vie associative, universitaires, géographes, urbanistes, sociologues et architectes. Tous constatent qu’aucun mouvement d’éducation populaire ne s’intéresse à l’architecture ou à l’urbanisme. En 1997 ils décident de pallier à ce manque en créant l’association des Robins des Villes. En 1999 Robin des Villes organise trois journées de rencontres autour d’une question : Comment aller vers des villes conviviales ? Le terme de convivialité a été popularisé par les écrits de Yvan Illich. Il désigne « L’ensemble des rapports sociaux autonomes et créateurs entre les personnes d’une part et entre les personnes et leur environnement d’autre part ».Ces journées comme celles qui les suivront les années suivantes, réunissent des personnes de tous âges avec des élus, des associations et des artistes qui donnent un caractère festif à la manifestation. Au cours des parcours insolites. Les urbanistes se mêlent aux habitants . Un parcours en péniche, un autre en vélo font découvrir la ville autrement. Des débats publics créent des moments de réflexion collective. L’objectif est double : sensibiliser les citadins à la culture urbaine et architecturale, faire entendre aux professionnels de la ville la parole des habitants. Des trois journées organisées en 2002 sur le thème « retrouver un regard d’enfant pour rêver la ville » rassemble 4500 personnes. Expositions de photos prises dans le quartier, danse verticale ( combinaison d’alpinisme et de danse) et contes africains, café littéraire, atelier d’architecture en sucre, musique arabo-andalouse, bivouac théâtral, les artistes sont à la conquête de la ville. Des parcours focalisés sur l’environnement sont organisés le long des lignes ferroviaires de l’Est lyonnais, dans la presqu’île ou dans le quartier de la soie. Au fur et à mesure que l’association Robins des Bois commence à être connue, les comités de quartier prennent l’habitude de faire appel à elle pour les aider à analyser tout nouveau projet urbain qui les concerne. Les institutions,( Directions de l’architecture, de l’action culturelle, CERTU, collectivité locale) lui font également appel pour mieux percevoir les réactions des populations affectées par tel ou tel aménagement programmé. L’Education nationale et les centres socio-culturels leur demandent de sensibiliser la jeunesse au développement durable de la ville et de former des enseignants, des animateurs ou des éducateurs intéressés par la diffusion d’une culture urbaine. L’association se pose en relais citoyen au service d’une ville conviviale. Elle s’engage en faveur de « l’implication de tous dans l’aménagement du cadre de vie ». Elle multiplie « les échanges entre les différents acteurs de la ville et en faveur d’u meilleur partage des décisions ».

L’association intervient en trois temps :

– La première phase consiste à déambuler dans le site en mutation. La ballade est organisée sur un parcours convenu en étroite coopération avec le comité de quartier, avec les associations et les personnes les plus motivées. Les habitants accompagnés par une équipe pluridisciplinaire de professionnels de l’urbanisme sont invités à faire part de leurs réactions aux endroits marquant du parcours. A partir des avis collectés une « cartographie sensible » est dessinée puis diffusée. Lors de ces ballades les habitants sont considérés comme des personnes ressources qui contribuent à la connaissance du quartier sous des angles qui échappent généralement aux urbanistes. Les habitants se révèlent être des experts du quotidien, les promoteurs de la maîtrise d’usage.

– La deuxième phase se passe en atelier. Les participants sont invités à faire un diagnostic partagé sur les qualités et les handicaps du quartier. Ils peuvent, si le sujet s’y prête, faire des propositions par croquis ou textes.

– La troisième phase est celle de la restitution des acquis des phases antérieures à l’ensemble de la population concernée. Cette restitution donne lieu à des réunions publiques où se côtoient des professionnels, des représentants institutionnels et des habitants.

L’association joue un rôle de médiation entre ceux qui ont un projet à vendre et ceux qui ont un projet de vie. Elle se situe à l’interface des deux approches « Up to down » et « Down to top ». Ses activités se développent dans trois secteurs : la sensibilisation, la concertation et l’éducation. Robins des villes reçoit en moyenne chaque mois une vingtaine de demandes de formation. Elle intervient une centaine de fois par an en milieu scolaire (une valise pédagogique a été conçus à cet effet). Enfin elle répond aux collectivités locales qui ont entrepris des projets auxquels la population est très sensible. Elle a ainsi travaillé avec l’association des parents d’élèves et le comité de quartier au réaménagement de la place de l ‘école dans le quartier Jouhaux à Grenoble qui faisait l’objet de nombreux disfonctionnements.

Les rencontres de 2007 ont été organisées sur le thème de recyclopolis dans une friche industrielle du quartier de la soie, à Vaulx en Velin. Elles se sont tenues dans l’usine TASE qui date du tout début du 20 ème siècle. 3000 canuts y travaillaient jusqu’en 1960. L’aménageur souhaitait démolir ce bâtiment industriel imposant alors que les associations riveraines militaient en faveur d’une reconversion. A l’issue de ces rencontres, l’aménageur et le maire de Vaulx en Velin décidèrent de conserver le bâtiment au titre de la conservation d’un patrimoine industriel témoin de l’histoire de la ville. De l’action de sensibilisation à l’aménagement opérationnel des ponts se créent qui ont incité l’association Robins des Villes a participer plus directement à la fabrication de la ville. Pour être présent localement tout en répondant à des appels nationaux l’association Robins des villes a dû créé deux antennes, l’une en région PACA, l’autre en région parisienne.

Le siège de l’ antenne du Nord est à Cergy-Pontoise. CUAD, est intervenue dans le projet du grand Portail. Elle accompagne les projets d’habitat participatif et participe, le cas échéant, à des missions d’urbanisme soit en assistance à maîtrise d’ouvrage soit en association avec une équipe de concepteurs.

CUADD Conseil

CUADD Conseil est une société créée en 2006, par des architectes-urbanistes et membres fondateurs de l’association « Robins des Villes », née à Lyon en 1996, avec la volonté de mettre à profit la quinzaine d’années de retours d’expérience des projets d’éducation, de sensibilisation et de concertation, pour prolonger sa professionnalisation sous une forme de bureau d’études spécialisé dans l’ingénierie de la concertation pour un développement urbain durable. Les démarches d’urbanisme participatif et d’habitat participatif se rejoignent car organiser des balades urbaines  ou un atelier d’habitants relèvent d’une même philosophie. Les méthodes d’approche participatives gagnent à être développées aux différentes échelles territoriales et menées en synergie. CUADD Conseil se positionne en Assistance à Maîtrise d’Ouvrage pour l’accompagnement des habitants et des usagers que ce soit dans le cadre de projets en urbanisme ou en architecture avec des ambitions fortes en matière de concertation, jusqu’à la coproduction, voir la codécision.

CUADD se distingue par sa capacité à proposer des méthodes pragmatiques et éprouvées en utilisant des outils de terrain pour mobiliser et créer les conditions d’une participation accrue des habitants, des usagers, des acteurs socioéconomiques, des « sans-voix ou habitants invisibles » à savoir les catégories classiquement sous-représentées (femmes, enfants, immigrés…), pour tendre vers une co-production de la ville la plus exhaustive possible. Le processus d’apprentissage est dynamique et concerne tous les acteurs (habitants, techniciens, élus). Chaque projet est l’occasion de témoigner qu’un autre mode de gouvernance peut être une réussite partagée avec une valeur ajoutée significative pour le projet, qu’il soit urbain, territorial ou architectural.

Le plus souvent l’équipe de CUADD est sollicité par des collectivités, des aménageurs, ou encore des bailleurs qui veulent expérimenter des démarches innovantes, tout en minimisant les risques et les délais liés au processus même d’une réelle démarche de concertation. . Aujourd’hui, la crédibilité de notre démarche, démontre qu’elle est transposable grâce au large spectre de projets menés, notamment au niveau de leur échelle (ville, quartier, cité, habitat, équipement et espace public…) et leur objectifs (schéma directeur, GUP, PLU, Habitat participatif…) et que son succès est dû tout autant à l’implication des différentes parties prenantes qu’au savoir-faire de l’équipe.

Pour CUADD Conseil, la force et l’enjeu de l’habitat participatif est la possibilité de placer la participation des futurs habitants comme un préalable du processus de conception et de construction de la ville, en favorisant une implication très fortes de ceux-ci, en tant que premiers bénéficiaires et utilisateurs.

L’AERA , la Société civile d’accession progressive à la propriété

L’AERA (Actions, Etudes, Recherches sur l’Architecture, l’Habitat, la Ville) est une association loi 1901, à but non lucratif, qui intervient « aujourd’hui en Assistance à Maîtrise d’Ouvrage (AMO) auprès des aménageurs et des opérateurs pour le montage d’opérations participatives, sur les plans juridiques et économiques, ainsi que pour la médiation et l’accompagnement des futurs habitants dans les phases de programmation. Elle assure le suivi des programmes et l’accompagnement de la maîtrise d’œuvre sur le plan architectural et technique ». Stéphane Gruet, architecte et philosophe, a créé l’AERA en 1991 avec comme objectif premier de promouvoir dans le cadre d’une animation culturelle locale, une réflexion et un débat transdisciplinaire et transculturel de niveau européen autour de l’architecture et de la ville (Conférences, expositions, séminaires, revue et éditions Poïesis) suivi par la création, à Toulouse, en Janvier 2000 du Centre Méridional de l’Architecture et de la ville dédié à la participation de tous à l’architecture et à la ville. En 2002 l’AERA s’engage dans l’action et l’innovation dans le domaine du développement social urbain et en 2003 dans l’habitat participatif ). Il lui aura fallu une quinzaine d’années de travaux et d’études pour mettre au point les méthodologies et les montages de l’accession très sociale et pour les mettre en œuvre avec les collectivités, les aménageurs et les opérateurs qui lui ont fait confiance.

Depuis le début de sa démarche Stéphane Gruet plaide en faveur d’un fort engagement pour un développement social durable. L’AERA n’est pas un producteur de logement. Son objectif est de proposer de nouvelles façons de faire du logement et d’entraîner les habitants et les acteurs de l’habitat et de la ville. Aux yeux de Stéphane Gruet l’entrée sociale est essentielle; Elle commande les questions économiques et environnementales. Stéphane Gruet a pris le contrepied des premiers écoquartiers européens qui ont eu tendance à s’adresser à une clientèle de classe moyenne supérieure . Les premiers écoquartiers européens se focalisent sur 15% de la demande de logements.

L’AERA a travaillé à la mise au point juridique, financière, sociale et opérationnelle de coopératives en accession sociale progressive à la propriété ( SCIAPP) qui s’inscrivent dans la perspective d’une économie sociale et solidaire. L’AERA dont le siège se trouve à Toulouse a réussi à réunir un partenariat opérationnel ( aménageurs et opérateurs sociaux) et à convaincre des municipalités d’associer à leur programme de Zone d’Aménagement Concerté, une partie de leurs futurs habitants.

Plusieurs projets sont en cours dans l’agglomération toulousaine :

32 logements à Balma-gramont ( projet en cours ),

100 logements en accession sociale progressive dans une opération de 300 logements, à Ramonville ( chantier en cours)

95 logements en accession dont la moitié en accession sociale participative (PSLA et SCI APP), à Bellefontaine (permis déposé)

10 à 15% des 3000 logements de l’écoquartier de la Cartoucherie ( en cours de montage).

Dans chaque programme entre un tiers et une moitié des logements ont le statut de la SCIAPP.

Dans de ces projets l’AERA propose aux futurs habitants de mutualiser un certain nombre de locaux. La programmation d’une salle de réunion est indispensable à la vie associative. Cette salle peut-être polyvalente pour plusieurs usages simultanés à partir du moment où sa surface est suffisamment grande pour être divisible. C’est au groupe d’habitants de décider des activités et des équipements qu’ils veulent mettre en commun : une buanderie, une cave, un atelier de bricolage, une chambre d’ami, un potager…Les intentions peuvent être finançables par les habitants en proportion de la surface de chacun des logements ou à la carte selon la demande et l’usage. La taille des espaces mutualisés dépend du nombre d’habitants concernés.

La programmation avec les habitants donne lieu à un rapport écrit qui est communiqué à l’architecte et au maître d’ouvrage ; l’architecte avec l’AERA étudient le système structurel qui correspond le mieux au programme écrit et au contexte urbain dans lequel sera construit le projet. Le système fixe une trame et un système constructif comprenant les gaines de distribution verticales des fluides (eau, électricité, chauffage collectif, gaz). Les demandes spécifiques font que chaque plan a une distribution originale tout en s’inscrivant dans le système structurel commun. Le système structurel est conçu pour s’adapter aux demandes des habitants. Dans l’architecture de l’immeuble cohabitent les éléments différents et des éléments communs.

L’AERA demande aux candidats au logement d’élaborer et de signer une charte qui énonce les principes de l’habitat participatif. A partir de cette charte, l’AERA travaille avec les futurs copropriétaires à l’élaboration des règles d’usage qu’ils s’engagent mutuellement à respecter dans la gestion quotidienne de leur immeuble.

L’appel à candidature se fait sur internet, dans les journaux municipaux locaux et lors de manifestations architecturales. Le fait que chaque opération se fasse avec le soutien des municipalités, des aménageurs et opérateurs concernés, met en confiance les candidats au logement. « Nous ne sommes qu’au début de l’habitat social participatif ; Notre but est de promouvoir le développement et de démocratiser l’accès à l’habitat participatif, et en particulier de l’ouvrir aux plus modestes qui peuvent ainsi accéder par leur coopération aux avantages jusqu’alors réservés aux plus aisés : choisir son habitat et son environnement social, accéder progressivement à la propriété, maîtriser ses dépenses d’énergie, soit multiplier les bénéfices sociaux, économiques et environnementaux de tout ce qui gagne à être mis en commun ».

L’AMO INDÉPENDANT

Interview de Stéphane Singer

– En 2010, lors Des rencontres de l’Habitat Participatif de Strasbourg, tu as initié avec d’autres le Réseau National des Acteurs Professionnels de l’Habitat Participatif, le RAHP. Comment définis-tu ce qu’on désigne aujourd’hui comme étant l’accompagnateurs professionnel ?

– Mon rôle est d’aider un groupe d’habitants à assumer son rôle de maître d’ouvrage. C’est un métier hybride qui relève de l’ingénierie sociale et de l’ingénierie immobilière. Je ne suis pas le maître d’ouvrage. Ma mission se limite à l’AMO. Mon intervention est transversale ; Elle va de la dynamique de groupe à la fiscalité en passant par le montage juridique. Je suis souvent appelé en urgence par un groupe qui a peur d’éclater pour une raison ou une autre, souvent à cause des reports de délais d’autant plus pesants que le groupe a déjà une longue histoire derrière lui. Au début je joue les pompiers.

– Quelles sont les attentes du groupe ?

– Il m’attend comme le sauveur mais en même temps il a peur de perdre la maîtrise du projet. Pour sortir de ce piège tous mes efforts consistent à responsabiliser chaque membre du groupe. C’est la raison pour laquelle j’insiste : Le maître d’ouvrage c’est le groupe, pas moi. Je suis là pour mettre de la rigueur dans le management du projet. Je passe en revue les interlocuteurs du projet : la collectivité qui fixe des règles, le banquier qui fiabilise les budgets, l’architecte qui donne un cadre au logement. Et je responsabilise les différents membres du groupe en fonction de leurs compétences de leurs envies et de leur disponibilité. Je forme ainsi un petit groupe de pilotage. Je me charge des démarches que celui-ci n’a pas le temps de faire ou pour lesquelles il manque de compétence. Le groupe de pilotage doit restituer au groupe l’état d’avancement de ses démarches et rendre compte des questions qui doivent faire l’objet d’un débat et d’une décision collective. Un groupe qui décide de tout, cela ne signifie pas qu’il fasse tout. Je suis là pour le décharger des tâches qu’il n’a pas le temps de mener à bien.

Actuellement j’accompagne le projet REGAIN à Angers. Ce groupe avait imaginé un projet architectural de 30 logements dans un îlot urbain remarquablement bien situé au centre de l’écoquartier des Capuçins à dix mètres d’une station de tramway. Le projet architectural est ficelé mais il est conçu pour accueillir deux fois plus d’habitants qu’il n’y a de candidats ; Le groupe a obtenu le Permis de construire alors qu’il lui manque encore la moitié de ses membres. Ma première intervention consiste donc à lancer une grande campagne d’information et à expliquer le projet aux nouveaux venus. Il ne faut pas aller plus vite que la musique. Il faut respecter les étapes. Je cherche un bailleur qui accepte de se joindre au groupe pour réaliser une demi douzaine de logements en location. Le projet prévoit la présence de 300 m2 de locaux communs, soit 13% de la surface constructible. La salle commune s’ouvre sur une terrasse au quatrième étage. Le financement des locaux communs doit faire l’objet d’une étude spécifique.

– Dans le cas de l’appel à projet lancé par la SERM aux Grisettes, un écoquartier en construction dans la partie Sud-Ouest de Montpellier, comment as-tu réussi à monter un projet qui a été retenu par l’aménageur ?

– A Montpellier comme dans d’autres villes j’organise périodiquement des réunions de sensibilisation à l’habitat participatif qui ont suscité des initiatives. Un groupe en formation projetait de s’installer dans une partie d’un ancien lycée. Faute d’aboutir ce groupe s’était scindé en deux groupes l’un de douze l’autre de 14 familles, tous deux en quête de terrain. Je leur ai proposé de candidater aux Grisettes, là où l’aménageur envisage d’accueillir un groupement participatif d’une douzaine de logements. A partir d’un noyau de six familles neuf familles se sont portées candidates. Nous en attendons trois autres pour commencer à travailler sur le projet. La SERM nous demande de déposer le dossier de permis de construire avant les grandes vacances de 2013.

LE RHAP : RÉSEAU NATIONAL DES ACTEURS PROFESSIONNELS DE L’HP

Le RHAP regroupe des prestataires de service indépendants et d’associations soutenant des projets locaux d’habitat participatif. En préparation à l’issue des rencontres de Strasbourg en 2011 Le Réseau National des Acteurs Professionnels de l’Habitat Participatif, le RAHP est créé en juin 2011. En préambule de son engagement le Rhap déclare : « L’habitat participatif place les usagers, collectivement, au cœur de la réalisation de leur habitat et de leur cadre de vie afin de favoriser l’épanouissement individuel, les solidarités quotidiennes et les comportements responsables ». Il situe les compétences des accompagnateurs à la confluence des trois domaines de l’ingénierie sociale, de l’ingénierie de l’immobilier et de la conduite d’opération. Les accompagnateurs insistent sur le fait qu’il n’est pas question pour eux d’endosser la maîtrise d’ouvrage à la place du groupe d’autopromotion. Mise à part ce préalable partagé par la quasi totalité des membres du RAPH, il est encore trop tôt pour récolter les premiers fruits d’une réflexion collective. On observe par exemple que les propositions de formation au métier d’accompagnateur restent le fait d’initiatives individuelles dispersées aux quatre coins du pays. Lors des rencontres de Grenoble de 2012, les animateurs de l’atelier confrontés à un public de candidats à l’habitat participatif se sont contentés d’énumérer les missions de la maîtrise d’œuvre aux différents stades d’avancement du projet architectural. Les missions spécifiques de l’accompagnateur n’ont pas été abordées alors que dans la pratique on observe qu’elles commencent à être négociées en quelque sorte à la carte avec les groupes d’habitants et leurs éventuels opérateurs. La mission d’accompagnateur varie selon les attentes spécifiques des groupes. Il s’agit ou non de rechercher des candidats selon que le groupe est complet ou pas. Il s’agit ou non de monter des dossiers financiers selon qu’un organisme bancaire ou qu’un maître d’ouvrage délégué s’en charge ou pas. Il s’agit d’évaluer le temps de recouvrement entre le travail de programmation et celui de la conception architecturale du projet. Il s’agit d’inclure ou non une mission de conduite d’opération. Les responsabilités afférentes à ces missions ne sont pas toujours explicites. L’AMO fait l’objet d’une contractualisation générale qui ne répond pas toujours aux spécificités de l’habitat participatif. Bref le jeune syndical a de quoi faire pour les années à avenir.

LES BAILLEURS SOCIAUX

Le mouvement coopératif international

La première journée des rencontres grenobloises a été consacrée aux différentes formes de coopératives. Le Président de l’ACI (International cooperative alliance / housing) est venu de Londres nous dire l’importance du mouvement coopératif dans trente pays du monde . Le secteur du logement emploie 100 000 personnes dans 3000 coopératives dont le chiffre d’affaires global est l’équivalent du P.I.B. Canadien. L’année 2012 est l’année des coopératives. Celles-ci ont engagé quatre actions :

– signaler par une banderolle fixée dans leurs établissements, les coopératives existantes

– s’engager à ne travailler qu’avec des matériaux durables exploités conformément aux critères du développement durable

– souscrire à une charte de la bonne gouvernance (sur site : icahousing.coop)

– Développer les coopératives 22 pays de la Communauté Européenne, notamment grâce au European liaison committee for social housing qui a adopté quatre objectifs spécifiques : l’habitat durable, l’habitat pour tous, une politique urbaine facteur de cohésion sociale, un cadre juridique légal. Une recommandation européenne N°193 signée par la France fait la promotion de tout type de coopératives ; Elle devrait permettre de neutraliser la législation française dite Loi Chalandon qui aligne le fonctionnement des coopératives sur celui des Offices d’HLM.

Les GRT de Montréal ont envoyé une délégation aux rencontres de Grenoble. Habicoop est en relation avec ces GRT depuis Le forum de Toulouse de 2007. Il s’agit des groupes de ressources techniques qui aident les habitants les plus modestes habitant les quartiers pauvres de Montréal à se constituer en coopératives pour réhabiliter ou construire leur habitat. Ces GRT génèrent leurs propres revenus en tant qu’intervenant comme bureau d’études sociales et techniques dans chacun des projets d’habitat qu’ils ont initiés. Par ailleurs ces projets coopératifs sont subventionnés par des fonds publics nationaux et locaux. Chaque coopérative d’habitat est propriétaire des logements qui sont loués à chacun de ses membres. A Montréal il existe vingt quatre GRT, soit environ 200 intervenants . Chaque équipe doit être polyvalente pour gérer des problèmes sociaux, financiers, juridiques et de construction.(site internet : agrtq@agrtq.qc.ca). Depuis 1997 l’association des GRT a participé à la réalisation de 10 000 logements, dans 70 municipalités. Habicoop présente le Village Vertical qui est en cours de réalisation à Villeurbanne sur un terrain qui fait l’objet d’un bail de 70 ans. Dans ce projet cohabite l’accession aidée et la location sociale. Habicoop accompagne la création de coopératives à capitalisation individuelle : Chaque locataire achète des parts sociales qu’il peut revendre s’il doit quitter son appartement.

La Fédération Nationale des Sociétés Coopératives d’HLM

Interview de M. Lourier

L.P : Le livre que vous avez co-écrit et qui a été édité en Octobre 1998 par le Plan Urbanisme Construction et architecture, le parcours historique des coopératives dans le secteur de l’habitat est très précisément décrit. Les coopératives ont connu un développement exceptionnel dans les années soixante, notamment grâce à la formule de la location vente. En 1960 les coopératives d’habitat ont réalisé 60 000 logements en location vente, une formule qui s’apparente à celle de la CODHA, cette coopérative suisse qui, aujourd’hui, fait référence auprès des candidats à l’autopromotion. Des dirigeants de sociétés coopératives affichaient leur ambition de construire le quart des logements sociaux produits chaque année. Grâce notamment à une politique d’industrialisation de la construction l’époque se prêtait aux records de production. La préfabrication supplantait la participation.

V.L : A l’origine la scoop est une coopérative de consommateurs, liée à un projet unique. Le mouvement coopératif n’est pas à confondre avec l’habitat participatif. Dans la période d’après guerre, les sociétés coopératives avaient pour objectif de rendre la propriété accessible au plus grand nombre de gens, c’est à dire à une population aux moyens modestes. L’accession sociale à la propriété a toujours été l’objectif premier des sociétés coopératives. Aujourd’hui encore la majorité des programmes réalisés par les sociétés coopératives concernent l’accession à la propriété.

Durant les trente glorieuses, les scoop ont acquis un technicité et un savoir faire qui les ont incitées à créer des scoop de production capables de construire de très importantes opérations. La société Baticoop, par exemple, réalisait de 5 à 10 000 logements par an. l’importance et le nombre grandissant des programmes a fait porter des responsabilités de plus en plus lourdes sur les coopérateurs qui , dans le même temps, devenaient trop nombreux pour réellement participer aux décisions, tout en restant statutairement responsables : Non décideurs mais responsables. Le coopérateur endossait le risque d’être redevable en cas de faillite de sa société coopérative, sans vraiment en avoir conscience.

PL : La loi Chalandon de Juillet 1971 a mis un point d’arrêt à cette montée en puissance des scoops.

M.L : Albin Chalandon voulait éradiquer les coopératives. La Fédération s’est battue pour que le mouvement coopératif survive dans un cadre plus restrictif et juridiquement plus clair. La coopérative des accédants, dite de consommation, a été différenciée et séparée de la coopérative de construction dite de production, seule responsable de la construction des logements. A partir de 1971 et sur une période d’environ 15 ans, des scoops de production dont le champ d’intervention se limitait à un territoire donné (ville, département, région) ont réalisé autant de projets qu’il y avait de Sociétés coopératives civiles de construction. Chaque SCCC est unique : Elle regroupe les futurs acquéreurs, collecte les fonds et gère un projet localisé et bien défini. En 1983 les sociétés coopératives de production travaillent en Vente en état d’achèvement ( VEFA) .

PL : Au début des années quatre vingt il y a eu des contacts entre le MHGA et la Fédération Nationale des Scops. Quels en ont été les résultats ?

M.L : La Fédération et le MHGA avaient prévu qu’une douzaine de coopératives réalisent un total de 300 logements en accession participative. Deux projets ont été réalisés, à la Forgerie et à Montmélian. Ces deux projets ont pris beaucoup de temps pour se concrétiser, environ sept ans chacun. Sur une période aussi longue des familles ont quittés le projet. La personnalisation des logements n’avait pas de limite. En cas de changement de candidat, il fallait reprendre les études à zéro.

L’Habitat Participatif et la coopérative font référence à des réalités différentes. Concernant l’habitat participatif, c’est le groupe des futurs habitants qui est promoteur. C’est le principe de l’autopromotion. Le groupe qui fait appel à une coopérative reste co-maître d’ouvrage. La Fédération des coopératives n’aspire pas à avoir le monopole de la participation, mais le fait est de les coopératives sont de plus en plus sollicitées par des groupes d’habitants. De son côté le milieu des HLM a évolué : Dans les opérations de réhabilitation de leur patrimoine les sociétés d’HLM ont appris à parler avec les habitants. Le dialogue avec les locataires a transformé les rapports entre le bailleur et ses locataires.

P.L : En Février 2011 la Fédération a publié un guide de l’habitat participatif.

V.L : Le FNC/HLM n’affiche plus ses ambitions en terme de part de marché. Le positionnement de la fédération et des sociétés d’HLM consiste à éviter le face à face direct avec un groupe d’habitants. Ce n’est pas le rôle d’une société d’HLM de gérer la relation avec des groupes d’autopromotion. Il est nécessaire de faire appel à un tiers qui accompagnera le groupe et en sera le maître de l’horloge. L’opérateur HLM n’assume pas le travail d’accompagnement en tant que tel ; Mais il peut assurer une maîtrise d’ouvrage déléguée, ce qui crédibilise le projet aux yeux des candidats à l’habitat participatif et rassure la collectivité locale quant à la bonne fin d’achèvement du projet. Si la plupart des collectivités locales intéressées demandent au groupe d’autopromotion de rédiger et d’adopter une charte, c’est pour mieux l’inciter à devenir véritablement le maître d’ouvrage de son projet. Pour assumer son projet en auto promotion, le groupe d’habitants doit savoir ce qu’il attend du projet. De son côté le maître d’ouvrage délégué doit partager la philosophie du groupe. Sinon il est préférable qu’il s’abstienne. Il y a une part de militantisme dans ce type de projet. Chacun sait que la coopérative Rhône-Saône a participé à de très nombreuses réunions, sans avoir été rémunérée pour cela. Elle a apporté au groupe du Village Vertical toutes les garanties financières nécessaires. La confiance vient avec l’expérience. Les GRT québécois ont gagné la confiance des institutions et de la population au fur et à mesure de leurs réalisations. C’est à partir de leur militantisme que les GRT ont joué un rôle d’accompagnateurs de plus en plus important.

PL : La Ministre du Logement, Cécile DUFLOT, a invité les membres de la Coordin’action a participer à quatre ateliers de travail en vue de préparer une loi cadre intégrant une troisième voie, celle de l’habitat participatif. A votre avis quels sont les principaux obstacles à lever pour que l’habitat participatif se développe ?

V.L : D’abord les blocages juridiques :

– Une structure associative ne peut pas acheter un terrain…

– Les banques sont-elles prêtes à accorder aux groupes d’habitants les garanties de financements qu’elles accordent aux individus ? L’habitat participatif va-t-il bénéficier de financements spécifiques pour construire des locaux communs ?

– Quelle sera la fiscalité en cas de dissolution de la Scop d’attribution ? Quels droits devront être à acquittés en cas de départ du coopérateur ? Comment gérer la sortie de la société coopérative ? Comment faire avaliser par le fisc la vente des parts sociales sans plus-value ?

– Comment identifier les futurs habitants en amont de la conception d’un projet ? Comment revoir le cadre général de l’attribution du logement social, sans devoir passer par un système dérogatoire ? La volonté de la Ministre est de faire la preuve qu’il est possible de développer l’Habitat participatif dans l’habitat social.

P.L : La Fédération Nationale des Scop a-t-elle mobilisé des sociétés coopératives prêtes à se lancer dans l’habitat participatif ?

V.L : Sur les cinquante projets d’Habitat participatif identifiés aujourd’hui environ la moitié travaille en partenariat avec une société coopérative HLM.

Un groupe de travail a été créé et animé par Hugues Sibille, Vice Président du Crédit Coopératif. Ce groupe a décidé de lancer une démarche collective d’innovation ( DCI) . 13 projets d’habitat participatifs ont été retenus.

LA CODHA

Cette coopérative de l’habitat associatif est « née en 1994 du rassemblement de plusieurs groupes de personnes qui avaient, chacun de leur côté, le projet de construire ou d’acheter un immeuble pour vivre leur logement autrement. Devant le constat de la difficulté et de la longueur du processus, il a été décidé de créer un instrument unique et ouvert à tous : la coDHA regroupant les aspirations de chacun à mener différents projets afin de proposer, enfin, une offre en matière de logement associatif à Genève ». Des membres de ces groupes avaient eu connaissance du MHGA et prirent contact notamment avec Daniel Bouchet , un des architectes de l’îlot du Penney à Chambéry.

C’est à la suite d’un squat qu’une équipe de jeunes genevois a décidé de s’organiser pour se loger de façon économique. La CODHA commença par l’achat et la réhabilitation d’un ancien hôtel désaffecté. A Genève l’immobilier est très cher. Il n’était pas raisonnable de vouloir monter des groupes d’habitat en accession. Il fallait donc inventer un montage spécifique pour permettre à des locataires de vivre dans « un autre type d’habitat, une autre qualité de vie, un autre rapport au logement basé sur la participation, la convivialité et la solidarité. La coDHA réalise ses projets par la participation active des habitants ; Les buts de la coDHA sont :

– Sortir des immeubles du marché immobilier

– Les remettre en gestion aux habitants sous forme de bail associatif

– Garantir aux habitants un loyer correspondant aux coûts réels de l’immeuble.

La coDHA a été créée pour mettre en commun l’expérience et les compétences de chacun et ainsi gagner en efficacité et en crédibilité. Cette mise en commun permet d’éviter les difficultés que rencontrent individuellement les petites coopératives d’habitation : Etablir des statuts, concevoir un projet, réunir les fonds nécessaires, obtenir un financement bancaire, effectuer les démarches administratives sont autant d’obstacles qui sont souvent décourageants. C’est donc pour réaliser plus rapidement des projets au bénéfice de toutes les personnes intéressées que la CoDHA a été créée au printemps 1994 ». La coDHA fait partie de l’association des coopératives de Suisse.

La coDHA s’appuie sur ses membres coopérateurs qui étaient 900 en 2010 et qui sont 1500 en 2013. En fonction des opportunités foncières et des attentes des membres coopérateurs la coDHA lance des projets qui trouvent facilement leurs futurs habitants parmi ses membres. Les projets se trouvent tous à Genève ou dans sa banlieue. Chaque membre coopérateur acquiert une part sociale de100 € au moment de son adhésion à la coDHA. Lorsqu’il s’engage dans un projet précis il verse un apport de 5% du coût de construction du projet (environ 5000 €). Jusqu’à maintenant la coDHA avait réussi à diminuer le coût d’un immeuble en contractant un bail emphytéotique de 99 ans plutôt qu’en achetant le terrain. Aujourd’hui les taux d’intérêt ont baissé ( 2%) de sorte que l’écart se réduit entre le coût de la charge foncière et les mensualités du bail emphytéotique. La coDHA envisage, si la tendance se confirme, d’acheter les terrains les moins chers mis sur le marché.

La coopérative coDHA dite coopérative faîtière est propriétaire des immeubles. Elle reste responsable de la gestion générale de chaque opération ( achat, crédits bancaires, travaux…) Les habitants de chaque opération sont réunis en association. Celle-ci loue l’usage de l’immeuble à la coDHA qui perçoit mensuellement l’équivalent d’un loyer. Chaque membre coopérateur dispose d’une voix lors de l’Assemblée générale annuelle de la coDHA. L’association collecte les loyers, comptabilise les charges et assure la gestion courante.

Depuis 1994 plus d’une douzaine d’opérations ont été réalisées et deux cents coopérateurs logés. La première opération fut la réhabilitation d’un immeuble genevois avec la création de 12 appartements. La deuxième opération, celle des Ouches, porte sur deux immeubles de cinq niveaux conçus et construits de 2002 à 2004 selon des critères environnementaux ambitieux. Les deux immeubles ont été les premiers bâtiments, en Suisse, à recevoir le label Minergie

(qui se rapproche du BBC français) et à avoir fait l’objet d’un bail associatif. Cette réalisation respecte trois principes : économie, écologie et confort. Les futurs habitants ont participé à la conception du projet sur la base d’un avant-projet élaboré par les architectes (collectif d’architectes+H.de Giovannini) et adopté par la coDHA. La présence de 12 duplex génère deux larges coursives sur l’une des deux façades de chaque immeuble. « Les coursives, d’une profondeur de 2,70 m constituent autant d’accès des logements que les terrasses des coopérateurs ». Les duplex s’apparentent à des maisons superposées plus qu’à des appartements. La première séance d’information a réuni une cinquantaine de membres coopérateurs parmi lesquelles les 27 logements trouvèrent leurs habitants. Le groupe des « futurs habitants était au complet en Avril 2003. C’est donc collectivement que les habitants ont défini les choix constructifs, les équipements et la qualité des finitions ».

La cinquième réalisation, l’immeuble des Voirets (commune de Plan Les Ouates, en banlieue genevoise) , est la plus connue et fait périodiquement l’objet de visites de nombreux groupes de français venant plus particulièrement de la Région Rhône Alpes. Il s’agit de dix appartements de 3 à 6 pièces conçus par ATBA et Stéphane Fuchs et construits en ossature bois. Les habitants avaient créé l’association Mill’O en 2001. Huit familles et deux célibataires s’y sont installés en 2006. Cet immeubles a reçu le prix cantonal du Développement durable en 2007.Il dispose de nombreux espaces communs : une salle commune avec cuisine, une chambre d’amis, un atelier de bricolage, un bloc sanitaire, un local vélos, une cave et un jardin. Cent m2 de capteurs photo-voltaïques sont posés en toiture et assurent le tiers des consommations d’énergie. Le chauffage collectif est assuré par une chaufferie à granulés de bois. La chaleur est diffusée par les planchers chauffant des séjours et des radiateurs dans les chambres. De larges coursives font communiquer les appartements entre eux tout en prolongeant chaque séjour.

Un des projets actuellement en cours se trouve en France. L’opérateur Haute Savoie Habitat a fait appel à la coDHA pour monter un projet participatif à Viry (74). La codDHA a accepté à condition de se voir confiée la construction de 10 logements dans un programme global de 47 logements. Il reste quelques appartements disponibles en Janvier 2013. La fin des travaux est prévue pour le printemps 2013.Les appartements possèdent chacun deux orientations et de nombreuses ouvertures. Le regroupement des équipements sanitaires et de cuisines est à la fois source d’économie et de confort puisque les activités bruyantes sont regroupées au centre du bâtiment tandis que les pièces calmes ouvrent en façade sur un environnement paysager.

L’ARCHITECTE ET SON INGÉNIERIE

L’agence ouverte

Dans le nouveau partenariat l’architecte se recentre sur son rôle spécifique. Il est le concepteur du projet architectural ; Il n’intervient plus ni dans le montage du projet ni dans sa programmation. Le jeu de rôle obéit à la règle générale qui régit la commande publique : l’architecte programmateur ne peut pas être l’architecte concepteur. L’architecte doit choisir l’un des deux rôles. A Chambéry comme à Nanterre, l’architecte, qu’il soit choisi en fin ou en début de programmation, tient à participer, autant de fois qu’il en a la disponibilité, aux réunions de l’atelier de programmation, en qualité d’observateur. Lors des premières rencontres il apprécie le discours des clients sur la qualité d’usage de leur futur habitat, un discours qu’il n’a pas l’habitude d’entendre dans la bouche des promoteurs classiques essentiellement préoccupés par les questions de délais et de coûts. De fait la conception architecturale se nourrit du processus participatif et le prolonge. L’architecte maître d’œuvre d’un habitat participatif n’est pas coupé des habitants. La règle de l’anonymat prévaut dans les concours d’architecture et empêche tout dialogue entre le programmateur, les futurs utilisateurs, les membres du jury et l’architecte. Une fois que le projet lauréat est choisi, l’architecte est en droit d’exiger que son projet soit réalisé tel qu’il l’a dessiné, sauf en cas d’un important changement du programme. Si la méthode de la programmation générative est traitée dans cette étude de l’Habitat participatif ( P52+A54), c’est bien dans l’espoir qu’un dispositif de dialogue puisse être instauré au moment de la mise au point d’un projet. Dans l’habitat participatif, tout naturellement, lorsque l’architecte présente ses plans aux futurs habitants, le dialogue engagé au stade de la programmation se poursuit dans « l’agence ouverte ». Chaque famille discute sur plans, avec l’architecte ou son collaborateur. Le passage du programme au projet s’étale sur une période suffisamment longue pour que ni le client ni l’architecte ne se sentent frustrés. C’est au bout de la énième proposition du maître d’œuvre que le report répété de la validation de son travail met en cause le respect des délais convenus au départ. L’architecte hollandais Van der Werf, un professionnel de la conception participative a trouvé la parade : Au terme de la programmation, chaque client a droit à deux allers et retours entre lui et l’agence. A partir du troisième, le rendez-vous individualisé est tarifé, ce qui fait réfléchir les indécis chroniques.

L’architecte concepteur

La normalisation de la procédure participative peut avoir des effets nouveaux sur le profil et le comportement des architectes que le groupe sera de moins en moins seul à choisir. L’architecte pourra aussi bien être recommandé voir imposé par l’un des nombreux partenaires du projet. Au delà d’une première rencontre aimable et débordante de bonnes intentions , le cours du travail peut s’avérer décevant, pour les uns comme pour les autres, chacun restant prisonnier de son propre milieu. L’attachement de l’architecte à sa propre approche du projet, les critères de rentabilité remis sur la table de façon récurrente, le manque de pratique dans le domaine de la dynamique de groupe, tous ces paramètres peuvent aboutir à une participation non seulement formelle mais éprouvante et enfin de compte dissuasive. Les habitants peuvent découvrir avec amertume que l’architecte avec lequel ils ont contractés n’est pas celui qui dessine le projet, que l’architecte qui a dessiné le projet n’est pas celui qui suivra le chantier, sans compter le turn over interne à l’agence : L’architecte qui « décroche l’affaire » n’est pas toujours celui qui va la traiter. Il arrive que tel collaborateur ouvert au dialogue quitte le projet à la demande de son patron, pour travailler sur un concours pour on a besoin de lui. Ce jeu de rôle désoriente et inquiète les habitants. Raison de plus pour que la mission d’accompagnateur se prolonge , le plus longtemps possible. L’accompagnateur est le seul à garantir une certaine continuité au projet. Il a une fonction précieuse, celle d’être l’avocat des habitants vis à vis des autres décideurs. Si l’accompagnateur quitte la scène dès la fin de la programmation, la suite du processus participatif devient très aléatoire. Aujourd’hui, nous sommes bien loin du projet du Buisson Saint Louis à Belleville où l’architecte Bernard Kohn, dessinait in situ et couchait sur le chantier. Il y a longtemps que l’ère du militantisme s’est achevée.

L’architecte accompagnateur

Dans l’après 1968, les syndicats d’architectes proclamaient, en chœur avec l’administration, l’objectif d’une diversification des profils d’intervention des architectes. J’avais la naïveté, à l’époque, de penser que le profil de l’architecte animateur pouvait être utile à la fois à la population et à la profession. En réalité le mythe du grand architecte faiseur de villes et de monuments n’a cessé de peser dans les esprits, notamment dans l’enseignement qui est un secteur où j’ai exercé plusieurs décennies. Ce qui explique que des années soixante dix au début des années deux mille, les pratiques professionnels participatives soient restées foncièrement marginales. Même les Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement (CAUE) dont la vocation était prioritairement pédagogique ont été, sauf exceptions ponctuelles, instrumentalisés par les collectivités locales en quête d’études préalables « gratuites » et… non participatives. Le développement des projets d’habitat participatif relance la question d’une diversification des profils professionnels. La profession d’architecte accompagnateur a un bel avenir si elle sait s’entourer de consultants et se mettre en réseau avec des psycho-sociologues, l’ingénierie de l’écoconstruction, et des juristes créatifs. L’architecte superman des groupes autogérés des années quatre vingt a cédé la place à deux profils d’intervention qui devraient travailler en relation étroite de façon à s’insérer dans un partenariat étendu à l’ensemble institutionnel qui régie l’urbanisme et la construction et auquel s’ajoute l’appui d’un groupe d’habitants. Il importe que dans l’équipe chargée de la programmation une majorité d’intervenants ait une formation en architecture, ne serait-ce que pour bénéficier d’une certaine autorité vis à vis de collègues praticiens. L’habitat participatif permet de construire à la fois un bâtiment et un groupe social.

La co-production du plan masse

Les enjeux de la participation diffèrent selon l’échelle du territoire considéré. A la Hayette la densité est de l’ordre de 20 maisons à l’hectare. La composition du plan masse résulte d’une implantation satisfaisante à la fois pour chaque famille et pour l’ensemble du groupe. Trois mois de réunions hebdomadaires sont généralement nécessaires à l’obtention d’un équilibre consensuel qui n’a rien à voir avec la géométrie d’un tracé abstrait. Cet équilibre procède d’une succession d’ajustements progressifs qui au lieu de se produire sur plusieurs siècles lorsqu’il s’agissait d’un village traditionnel, s’opère en trois mois de tâtonnements, d’essais, d’erreurs, de changements d’orientation, de voisinage fluctuant et de négociations menées tout au long de l’atelier participatif. Les particularismes l’emportent sur la géométrie, ce qui génère une organisation vivante issue d’une sorte de biogénèse humaine. Le charme des anciens hameaux procède d’un jeu d’adaptations au fil des générations. Dans le projet de Vauréal comme dans celui des Basses Roches ( chapitre 3 et 4) le concept de maison de ville correspond à une densité plus forte autour de 25 logements à l’hectare. L’espace public est structuré par des alignements de maisons, des placettes et des espaces verts bien délimités. Les habitants ont encore le choix de leur voisinage et de leur emplacement. A Vauréal ils ont eu le choix d’une variante à partir de plusieurs propositions des architectes.

L’espace de la citoyenneté

Dans l’îlot du Penney, à Chambéry, les habitants ont également choisi un plan masse parmi ceux que les architectes avaient représenté en maquette à l’issue des ateliers de programmation. La mise en place d’immeubles de quatre ou cinq étages permet d’atteindre et de dépasser, le cas échéant, une densité d’environ 40 logements à l’hectare. Dans tous les projets cités dans cet ouvrage, la mise en discussion du plan masse a eu une part essentielle dans la constitution du groupe des habitants. Le fait de commencer le travail de l’atelier des habitants par l’étude de plan masse donne une primauté à la dimension collective de l’habitat. Les candidats au logement discutaient d’abord de leur place dans la vie de quartier et des relations de voisinage qu’ils souhaitaient vivre. Cela évitait que chacun ne s’enferme trop vite dans l’étude de son propre appartement.

Aujourd’hui les projets d’autopromotion s’inscrivent quasiment tous dans un cadre urbain dense. Dans le cas de parcelles résiduelles, le volume habitable est prédéterminé pour l’essentiel , ne laissant que peu de marges de liberté. La programmation se joue plus sur la multifonctionnalité recherchée et le positionnement des habitants entre eux et par rapport à elle. La configuration du projet se joue dans la verticalité plus dans l’horizontalité du terrain. L’architecte n’en a que plus de responsabilités : La richesse du projet dépendra de la qualité du support qu’il propose aux habitants. Le support qu’il conçoit peut ou non neutraliser les attentes individuelles en les enserrant dans un système plus ou moins contraignant. Plus l’habitat participatif s’inscrit dans un milieu dense, plus les marges d’expression architecturale se réduisent. Reste alors à jouer sur la distribution intérieure des logements et sur les relations à l’environnement immédiat. L’appropriation verticale, notamment dans les duplex, peut être complétée par d’éventuelles adjonctions horizontales (balcons ou boites accolées). Tout le talent de l’architecte consistera à concevoir un support constructif économique capable d’accueillir des apports les plus diversifiés. Je pense pour ma part que, dans le contexte de la densification du milieu urbain, on en viendra, un jour ou l’autre, à devoir intégrer verticalement une part de l’espace vide qui existait dans l’habitat urbain traditionnel, ne serait-ce qu’en cœur d’îlot ou dans le jardin qui fait le tour du pavillon. Le traditionnel atelier d’artiste joue ce rôle d’espace de respiration. Aux yeux des professionnels de l’immobilier et au moment où la surface des logements a une forte tendance à diminuer, mon propos peut paraître utopique. Mais lorsque les coopératives auront pris l’habitude de gérer leur propre comptabilité en toute transparence, elles seront libres d’utiliser leur budget comme elles l’entendent, notamment pour se donner de l’espace libre en terrasse ou en doubles hauteurs. La façon la plus simple de respirer consiste, pour le moment, à vouloir aménager des jardins sur les toits, là où des promoteurs préfèrent y construire des maisons commercialisées à prix d’or.

Les nouveaux métiers d’accompagnateurs

L’intervention d’une équipe d’animation chargée de mettre en œuvre une pédagogie de l’habitat est en réalité complémentaire de la mission d’une maîtrise d’ouvrage déléguée capable de pré-financer la construction et d’en garantir la bonne fin d’achèvement. L’expérience montre que la plupart des maîtres d’ouvrage délégué refusent de se confronter directement et dans la durée à un groupe d’habitants. C’est notamment la position de la Fédération Nationale des coopératives d’HLM ; à plus forte raison la position des sociétés anonymes d’HLM Dans tout projet important, à plus forte raison en cas de mixité programmatique, l’accompagnement est nécessaire. L’accompagnateur travaille le plus souvent en équipe ou en réseau avec des consultants spécialisés. Jusqu’à présent il est chargé de la programmation mais il doit veiller au passage du programme au projet. Vis à vis de l’architecte maître d’œuvre, il défend les requêtes des habitants. Le maître d’œuvre a tôt fait d’écarter une demande sous prétexte qu’elle est trop coûteuse, inesthétique ou inconstructible. L’accompagnateur lorsqu’il est architecte est capable d’argumenter la fiabilité d’un programme ; Dans un processus d’élaboration d’un projet d’habitat il est logique que l’accompagnateur soit un architecte. Son savoir est irremplaçable pour accomplir la mission de médiation entre les habitants et les professionnels de l’architecture et de la construction. A l’inverse le concepteur, parce qu’il est partie prenante, n’est pas en position de jouer le rôle de médiateur. La médiation fait aussi appel à des compétences concernant la conduite et la régulation de groupe, concernant également les procédures de montage d’un projet d’habitat et les règles juridico-financières à respecter. La fonction d’accompagnateur est pluridisciplinaire. Elle se pratique donc soit en réseau soit en équipe. Elle constitue un nouveau métier.

Lors des discussions préalables à la rédaction de la loi, l’Ordre des Architectes insistait pour que l’architecte concepteur du projet soit aussi l’accompagnateur du groupe des habitants. Il est vrai qu’au sortir de l’école d’architecture le détenteur de l’habilitation à la maîtrise d’œuvre (HMO) est, en principe, effectivement jugé apte à concevoir indifféremment une petite cuillère ou un plan d’aménagement du territoire. Le doctorat, lui, enclenche la spécialisation, sans compter les formations complémentaires suivies par certains étudiants pour approfondir tel ou tel secteur de connaissance. S’agissant de l’exercice professionnel proprement dit, l’expérience est nécessaire. Personne ne songerait confier la planification d’un écoquartier à un concepteur de petite cuillère (appelé communément designer plutôt qu’architecte). La définition interscalaire de l’architecte concepteur à laquelle s’attache l’Ordre des architectes limite en réalité la diversification des profils d’exercice. Chaque mode d’intervention a ses responsabilités et ses compétences spécifiques. Or la position de l’ordre des architectes n’admet pas que l’habitat participatif puisse donner lieu à des formes d’intervention autres que celle du concepteur Cela revient à confondre les rôles du concepteur et du programmateur, du juge et de l’avocat, du chef d’orchestre et du premier violon, de l’architecte et de l’urbaniste.

Dans nos sociétés complexes d’aujourd’hui le travail collectif en partenariat est la règle. Certes un même architecte peut dessiner tout aussi bien le plan d’un écoquartier et le plan d’un habitat participatif. Il n’empêche que, dans la réalité, l’aménageur fait appel à un urbaniste pour planifier le nouvel ensemble urbain , tandis que l’opérateur, qu’il soit bailleur public ou promoteur privé, s’adresse à un architecte pour concevoir l’opération immobilière , et à un paysagiste qui sera chargé de dessiner le paysage. Le fait que tous aient une même formation d’architecte ne change rien à cette démultiplication des missions. L’aménageur chargera une équipe d’ingénierie de mettre en place un cahier des charges techniques tandis que l’opérateur immobilier missionnera une autre équipe d’ingénierie qui décidera des dispositifs qui le respectent. Dans la période difficile que le pays traverse, ne régressons pas à l’ère de l’ecole nationale des beaux arts lorsque l’architecte, prix de Rome, acceptait de dessiner un plan de ville pour mieux faire main basse sur son architecture.

L’Ordre des architectes, comme trop souvent, navigue en position défensive, au plus prés des objectifs de ses mandants et tente de nous convaincre que, parce qu’il est un généraliste, l’architecte doit tout faire, du schéma directeur d’urbanisme au design de la petite cuillère et de la table où elle est posée. L’ordre des architectes a une excuse : aucun de ses membres n’a jamais pratiqué la moindre approche participative du projet. S’il disposait d’un minimum d’expérience, l’architecte de projet aurait déjà compris qu’à vouloir accompagner un groupe d’habitants des mois voir des années durant, il aurait tout à perdre, à commencer par son agence dont la survie économique serait mise en péril. Si l’ordre des architectes s’était véritablement intéressé aux différents modes d’exercice de la profession, il aurait constaté que de nombreux jeunes architectes exercent déjà le métier d’accompagnateur de groupes d’habitants. Au lieu d’octroyer l’ensemble des missions au seul architecte de projet, il devrait défendre une véritable diversification des profils et des modes d’intervention pour le plus grand développement de la profession qu’il dessert en croyant la défendre. Vive l’architecte accompagnateur d’habitat participatif qui devrait travailler avec son collègue architecte maître d’œuvre d’autant plus facilement que tous deux partagent la même formation. Certes la règle du non-cumul des missions a, comme toute règle, ses exceptions : Lorsque le groupe d’habitant se limite à trois ou quatre familles dont celle de l’architecte à la fois habitant maître d’ouvrage et maître d’oeuvre, le recours à une mission d’AMO peut être superflue. Mais en quoi ces mini-groupes justifient-ils un soutien de la collectivité ? En se gardant bien d’être accompagnateur d’un groupe important en nombre, l’architecte peut pratiquer ou devrait pratiquer « l’agence ouverte » qui consiste, au moment de passer de la programmation à la conception du projet, à recevoir chaque famille ou foyer afin d’ajuster au mieux les plans à leurs ultimes doléances. La note de complexité devrait rendre compte des spécificités de la procédure participative adoptée. Quoiqu’il en soit, dès qu’un groupe excède la dizaine d’associés, à plus forte raison lorsqu’il atteint plusieurs dizaines de logements, la mission d’AMO s’impose. Ce qui n’empêche pas l’ architecte de reprendre, par engagement personnel, la partie conclusive du travail de programmation effectué avant son intervention. L’architecte n’a pas à recommencer, mais seulement a finaliser en termes de projet les plans programmés qui lui sont remis par le programmateur-accompagnateur. La note de complexité est faite pour rémunérer ce qu’on appelle le temps d’ « agence ouverte » tandis que l’atelier des habitants relève de mission de programmation.

Note de bas de page : Il faut savoir que dans les appels à concours publics il est interdit de se présenter comme architecte de projet dès lors que l’on est missionné pour la programmation.(Voir la loi sur l’ingénierie de 1983 adaptée à la loi européenne sur la concurrence de 1990).

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