Les écoquartiers

A LA SUITE DES AGENDAS 21

Les Agendas 21 qui se sont succédés à partir de 1997 en France ont répercuté localement les directives du 2ème sommet de la terre, celui de Rio en 1992. Les dirigeants des 192 pays réunis à Rio ont convenu que pour lutter contre toutes les formes de pollution et d’atteinte aux ressources de la planète, il ne suffisait pas de légiférer au niveau de chaque nation. Ils ont estimé qu’aucune politique de développement durable ne pourrait réellement aboutir sans un changement général des comportements des citoyens. Or ce sont les collectivités locales qui étant au contact direct avec la population, sont à même de provoquer une telle mutation comportementale. Il a donc été décidé à l’issue du sommet de Rio d’encourager les collectivités à élaborer un agenda 21 dont l’objectif est de sensibiliser les populations aux objectifs du développement durable et de promouvoir les bonnes pratiques environnementales. Pas de véritable A21 sans la mobilisation de toutes les composantes de la société civile. La mise en place d’un A21 se fait en trois phases. Celle du diagnostic consiste à dégager les déficiences environnementale d’une ville à partir d’une large consultation des populations sur une série de thèmes communs tels que la biodiversité, les transports, l’état du patrimoine bâti, la qualité de l’eau, les écarts de revenus, la santé des citadins, le niveau de formation de la jeunesse. Les spécificités des réalités locales sont identifiées avec la coopération des industriels, agriculteurs, des commerçants, des enseignants, des professions libérales, des professions médicales, des associations, des représentants des différentes classes d’âge… Après en avoir débattu avec la population, les élus des collectivités territoriales dégagent des priorités et définissent un plan d’action ainsi qu’un calendrier de mise en œuvre. En France les premiers A21 ont permis aux municipalités les plus sensibles au développement durable d’affiner les travaux engagés antérieurement dans des chartes d’écologie urbaine et de repenser leur planification urbanistique. Les quatorze écoquartiers lancés avant le Grenelle de l’environnement sont nés d’une volonté municipale d’appliquer aux projets urbains les directives issues de leur engagement environnemental. En France, les premiers écoquartiers sont les héritiers directs des A21.

Les entretiens du Grenelle de l’Environnement ont permis, par représentants interposés, à des populations de se parler plutôt qu’à s’opposer systématiquement. Des commissions opérationnelles ( COMOP) ont ouvert un dialogue, mais cette fois-ci à la française, c’est à dire au niveau national ce qui a eu un effet accélérateur sur la prise de conscience environnementale dans tout le pays mais qui, en contrepartie, a marqué la fin de la mobilisation locale et le retour à une médiatisation centralisée, au dépens de l’action collective et citoyenne . Le schéma centralisé allant de haut en bas a vite été rétabli. Le Service ministériel chargé du suivi des écoquartiers de l’après Grenelle de l’environnement a créé un label national fondé sur le respect de la loi et de la réglementation. La participation du citoyen n’est plus nécessaire.

Les élus et les urbanistes ont pris conscience d’une menace nouvelle : En se répandant dans les campagnes urbaines, la ville peu dense risque de consommer une part croissante des terres cultivées et des paysages péri-urbains déjà envahis par des entreprises de logistique et des centres commerciaux. Des géographes canadiens, William Rees et Mathis Wackernagel, ont démontré que l’addition des « empreintes écologiques » des grandes villes outrepasseraient, dans les prochaines années, les ressources de la planète au fur et à mesure que les pays émergents accèdent au mode de vie occidental. Pour que toutes les nations puissent bénéficier du niveau de vie du consommateur américain ou canadien, quatre planètes terre, cinq selon certains experts, seraient nécessaires. Au moment où la démographie de la planète va passer de 7 à 9 milliards d’individus en un temps record, il devient nécessaire d’économiser les ressources naturelles disponibles, notamment en préservant les terres agricoles en milieu péri-urbain. La ville doit se construire en majeure partie sur elle-même grâce à une densification maîtrisée. Tel est l’objectif majeur des écoquartiers même si de nombreuses municipalités collent l’étiquette d’écoquartier sur des projets d’extension en pleine campagne. Cette pratique mensongère n’est pas nouvelle : Les promoteurs ont coutume de baptiser leurs opérations immobilières du nom des morceaux de nature qu’ils ont détruits : le parc, le bois, la prairie… La construction d’un écoquartier est une occasion à saisir pour mobiliser la collectivité sur la question des nouvelles pratiques de l’habitat ; La technostructure se contente de planter un grand panneau publicitaire qui cache un chantier interdit.

Références bibliographiques

– « Leicester première ville durable anglaise » dans : « Voyages dans l’Europe des villes durables » Edit.CERTU-PUCA 2008.

– « Notre empreinte écologique » edit. Ecosociété. Mathis Wackernagel et William Rees.1996.)

– « L’empreinte écologique « edit La Découverte 2009, A ;Boutaud& N.Gondran.

– « Les écoquartiers » édit. Apogée . Février 2009.

A partir de 2007 et à la suite du forum du Grenelle, la prise en compte en amont des exigences environnementales dans l’urbanisation a donné lieu à la mise en œuvre de plusieurs centaines de projets d’écoquartiers en France (de 2007 à 2012). Le Ministère (MEEDDM) a lancé un premier appel à projet au printemps 2009 et organisé une conférence nationale en Novembre 2009. Le MEEDDM a lancé un second appel à projets en fin début 2011. Le Grenelle de l’Environnement prévoyait un projet d’écoquartier par commune à l’échéance 2020. Malheureusement rares sont parmi ces centaines de ville, celles qui ont entrepris et mener à bien leur Agenda 21 dont l’écoquartier aurait dû être le prolongement. C’est pourquoi il est utile de revenir aux sources même du concept d’écoquartier.

En 2009 le livre Les Écoqartiers que j’ai publié avec Michel Sabard aux éditions Apogée, se conclut par un « Manifeste de la coproduction participative ». Voici quelques extraits de ce texte : « Depuis 2005, on observe une renaissance pour ne pas dire une explosion nouvelle de projets d’habitat groupé ( Je parle des projets , pas des réalisations…) dans de nombreuses agglomérations urbaines, aux quatre coins de la France ; Ces groupes porteurs d’un habitat alternatif se heurtent encore aux mêmes obstacles institutionnels qu’à la fin des années soixante dix …Le paradoxe français serait que les projets d’ habitat respectueux des équilibres écologiques et créateurs de liens sociaux continuent d’être exclus de l’urbanisation en cours et que dans le même temps les collectivités locales se plaignent d’un manque de mobilisation des populations urbaines en faveur d’un développement urbain durable…Avec la mise en place des écoquartiers, le temps n’était-il pas venu de mettre fin à cette schizophrénie sociétale ? Ne serait-il pas absurde en effet de continuer à exclure les militants de l’habitat participatif durable, notamment dans les quartiers que l’on nous présente comme respectant les principes du développement durable ? Depuis le Grenelle de l’environnement, le discours politiquement correct ne manque pas de faire appel à l’éco-responsabilisation des citadins. Mais sur le terrain que proposent les opérateurs aux citoyens qui réclament une place dans la coproduction de leur habitat ? Or la quasi totalité des groupes dit d’autopromotion d’habitat souhaitent réaliser leur habitat en ville et s’engager dans l’écoconstruction, favoriser l’accession des ménages modestes au logement, recourir aux déplacements alternatifs, mutualiser des micro-équipements intégrés, et faire appel à l’écoconstruction. Allait-on assister à une mise à l’écart de ces projets d’habitat participatif et les laisser se fracasser contre toutes les rigidités d’une société de consommation au hahali alors que la collectivité dépenserait beaucoup d’énergie à convaincre une population indifférente, individualiste et peu économe, de participer à une gestion durable de l’écoquartier ? A contrario la présence au cœur de l’écoquartier d’un écohabitat groupé témoignera, auprès de l’ensemble de sa population, de la vraisemblance et le bien fondé des nouveaux comportements correspondant à une gestion économe et solidaire de la ville »

En début 2008, Philippe Madec, me fait lire sa « Contribution à une conception éco-responsable de l’urbanisme » qu’il s’apprête à remettre dans le cadre du Comité Opérationnel (Comop) « Urbanisme » du Grenelle de l’environnement. Il y ajoute, en partie N°3 affectée aux écoquartiers, le paragraphe que j’ai rédigé à son intention intitulé « L’habitat coopératif, une chance et une condition pour les écoquartiers ».

Pour que la construction d’un quartier relève du concept d’écoquartier, il ne suffit pas de l’assujettir aux nouvelles réglementations thermiques ni aux technologies alternatives de l’écoconstruction. Sur le plan social il ne suffit pas non plus de produire globalement un à deux tiers de logements aidés. Encore faut-il créer une vie sociale solidaire en s’appuyant sur la vie associative, certes, mais aussi et surtout sur les initiatives de groupes d’habitants engagés à la fois dans la qualification environnementale de leur cadre de vie et dans la vie collective. Au lendemain du Grenelle de l’environnement, le Ministère recommandait aux collectivités territoriales de joindre un plan PARTICIPATION au dossier d’écoquartier. Des bonnes intentions aux actes il reste encore un écart incommensurable.

Des élus et des aménageurs ont compris l’intérêt d’associer la population à la mise en œuvre de l’écoquartier ; Pas tous, loin s’en faut, comme en témoignent une recherche universitaire datant de 2010. Ces travaux de recherche évoquent le climat d’hostilité ou d’indifférence auquel se heurte le développement de l’habitat participatif. Ils pointent quelques uns des obstacles qui freinent l’essor de l’H.P. dans le cadre des écoquartiers qui, a priori devraient l’accueillir, ne serait-ce que pour donner corps à des concepts inhérents au développement durable : le principe de la subsidiarité et le principe de la responsabilisation citoyenne ; Le pilier sociétal du développement durable est ramené à la seule question des pourcentages de logements sociaux réalisés. La responsabilisation citoyenne, à quelques très rares exceptions, est laissée de côté, bien qu’elle soit indissociable de l’éco-construction dans sa période de maintenance. Avec une population d’habitants réduits au statut de consommateurs passifs, les dispositifs de gestion économe des ressources sont en partie voués à l’échec, ne serait-ce que par le manque de maîtrise d’usage. Certes, la France a l’avantage de la centralisation politique qui lui a permis, avec les écoquartiers, de rattraper une partie du temps perdu. L’actuelle généralisation de ce concept est un cas unique en Europe. Elle procède du haut. Elle n’est pas portée par la population. La France reste néanmoins en retard sur le fond, c’est à dire sur la dimension durablement humaine des projets, notamment, bien entendu sur le principe de subsidiarité. Elle freine toute gestion associative du cadre de vie. Les grands groupes immobiliers internationaux, plus puissants que les élus, ne pensent qu’à produire. Les écoquartiers à la française par leur nombre et leur taille leur offrent des opportunités qui ne les laissent pas indifférents. Si les élus ne parviennent pas à imposer des cahiers des charges intégrant l’exercice collectif de l’éco responsabilisation volontaire, une bonne partie des écoquartiers ratera, à terme, l’objectif d’un véritable développement durable.

Heureusement la réalisation d’un écoquartier s’étale sur une vingtaine d’années, ce qui permettra à la collectivité, si elle le décide et s’il n’est pas déjà trop tard, de corriger les abus de productivisme et le manque de responsabilité des habitants usagers. L’ambiance techno-providentielle du Forum des écoquartiers, montre que dans la banlieue rouge, la folie des grandeurs l’emporte plus que jamais. Les futurs grands ensembles de logements sociaux seront « Beaux » et BBC à la fois, mais rien ne nous laisse présager de leur efficience en termes de développement durable .

LE FORUM DES ÉCOQUARTIERS

Ile Saint Denis ; 17&18 Octobre 2012

Les analyses qui se veulent scientifiques sont une chose ; Les pratiques opérationnelles sont d’ un autre monde. En pénétrant dans le centre sportif de l’Ile de Vannes où a lieu le forum, Le public traverse une salle d’exposition où figurent les stands installés par les principaux et des plus importants groupes de constructeurs et d’aménageurs de la Région parisienne et d’Europe . Je cherche des yeux des projets d’écoquartier. Un stand répond à ma curiosité, celui de l’écoquartier des docks projeté sur le quart du territoire de Saint Ouen, soit 100 hectares libérés avec le départ de la société TOTAL. Au vue du stand transformé par SÉQUANO en barnum j’éclate de rire : L’ écoquartier est présenté comme étant le premier et LE PLUS GRAND des écoquartiers. Sonnez trompettes et résonnez musettes. S’agit-il d’un projet lauréat d’une compétition nationale ? Non, car comme dans le forum précédent à Bayonne, n’est présenté que le projet d’écoquartier de la ville d’accueil ; Aucun autre projet concurrent ou alternatif. Au Parti Communiste Français personne n’a l’habitude de discuter. Je dois donc me contenter du projet des docks dont le contexte et les performances annoncées se veulent déjà en soi très impressionnantes : La ville de Saint Ouen appartient à la communauté d’agglomération de la Plaine Saint Denis qui « compte plus de 350 000 habitants, 13 000 entreprises, 160 000 emplois, 2 Universités, 43 000 étudiants…A une échelle plus large, ce sont enfin les projets de transport et de développement économique liés au Grand Paris qui font de Saint Ouen un site d’exception : notamment la création, autour de la future gare TGV à Pleyel, d’un pôle d’excellence lié aux industries de la création et de l’image, qui constitue un nouvel atout , à l’image de la cité du cinéma de Luc Besson qui a ouvert ses portes en Septembre 2012 ». Dans un prospectus la Maire dit avoir « travaillé avec les promoteurs sur la base de la charte à l’œuvre dans la ville depuis 2005…Face à des contraintes financières et réglementaires…Nous avons mené d’âpres négociations avec nos partenaires… Ils vendent 10% en dessous des prix du marché et réservent une période de commercialisation aux audoniens, à des prix attractifs…ce sont plus de 300 habitants de la ville qui ont acheté leur logement…C’est comme cela qu’on créera du lien entre les docks et le reste de la ville… »

La préfiguration en vue aérienne du projet est époustouflante : un parc de 12 hectares s’ouvre au Sud jusqu’aux quais de Seine. Il est placé en angle et pas au centre du nouveau quartier de façon à être autant fréquenté par les habitants de la ville existante que par ceux du projet. Parfait . Au programme : 4000 logements dont 40% seront sociaux, 311 000 m2 de bureaux, 66 000m2 de commerces en rez de chaussée d’immeubles, 19 000 m2 l’équipements publics (écoles , crèches, parkings…), 52 000 m2 d’équipements collectifs. Tous les logements seront traités en immeubles à basse consommation d’énergie ( BBC) . Certains équipements publics seront des bâtiments à énergie positive ( BEPOS).Au centre Ouest du futur quartier subsiste une zone d’activités industrielles qui prolonge un ensemble existant le long d’une ligne ferroviaire. L’aménageur, Sequano-Aménagement présidé par le maire d’Aulnay et conseiller général de la Seine-saint-denis, étend son emprise sur la moitié Nord de la Région parisienne, de Montmorency à Montreuil. Il intervient dans 34 villes et dans 70 opérations ; Il prévoit de livrer 4 500 Logements d’ici à 2014. Il a signé les promesses de vente avec les promoteurs Eiffage, Bouygues immobilier, sodearif et Cogedim pour la construction de 1000 logements dont 40% de logements sociaux ainsi que la réalisation de 450 places de parkings publics et d’un gymnase… La brochure de présentation de Sequano décline les comptes d’exploitation, les produits d’exploitation , les actionnaires, le capital social. Sont pris en charge le développement durable, les approches environnementales de l’urbanisme, la labellisation BBC, la certification HQE. Quoi demander de plus si ce n’est la participation des habitants qui elle n’est jamais citée comme faisant partie du développement durable. « Le budget d’exploitation 2012 vise, comme en 2011, un résultat positif malgré les effets de crise économique et financière ». Nous voilà rassurés.

Les débats du forum

Laurent Lagié-Defrance, l’organisateur du forum, jubile : A Dunkerque en 2009, à Grenoble en 2010 puis à Bayonne en 2011 où j’avais été invité, le forum n’avait rassemblé qu’une puis deux puis trois centaines de participants. Aujourd’hui ils sont 800 à participer aux journées du 17 et 18 Octobre 2012. La séance d’ouverture du forum place d’emblée le public face à des projets monumentaux : trois écoquartiers sont programmés à Saint Denis Confluence, à l’Ile Saint Denis et aux docks de saint Ouen. La maire de Saint Ouen, Jacqueline Rouillon, nous souhaite la bienvenue : « L’enjeu majeur de ce nouveau morceau de ville consiste à contribuer au bien-être des habitants en leur permettant une appropriation facilitée du territoire…Saint Ouen, ville en première couronne de Paris est confrontée à une pression foncière caractéristiques des milieux urbains denses qui pourrait faire négliger la qualité du cadre de vie. Dans ce contexte de tension extrême du marché immobilier, la politique volontariste de Saint Ouen se révéle audacieuse : maîtriser les prix tout en confortant l’idée d’une ville pour tous, solidaire et accueillante. Sur l’ensemble de notre territoire, nous portons une attention particulière à la mixité sociale (135 nationalités sur le territoire de la Plaine Saint Denis), l’environnement et le développement économique ; trois piliers indispensables à la ville durable de demain … ». Les interventions se suivent et se ressemblent.

-« Il nous fallait soigner ces terrains industriels meurtris. Nous voici sorti de l’utopie. Nous en avions rêvé. On le fait ».

– Ces écoquartiers permettront aux classes moyennes d’habiter en première couronne de Paris.

– Comment mener la concertation et dans quelles limites ?

L’Adjoint au Maire de Saint Ouen sensible à la « dimension humaine de tels projets » souhaite mettre en place un pôle citoyen. Il s’interroge: « Il ne faudrait pas que cela devienne un endroit où se cristalliseront les oppositions systématiques ». D’une façon générale la démocratie a une fâcheuse tendance à favoriser toute forme d’opposition.

Sur le plan technique les innovations abondent : collecte des déchets ménagers par réseau pneumatique ; usine de traitement des déchets servant d’usine de production de chaleur ; réseau de chaleur exploitant la température des eaux de la Seine…

Patrick Braouzec qui préside l’association des communes de la périphérie de Paris, a mis le processus participatif au cœur de Paris Métropole en programmant 30 débats publics sur la gouvernance. Mais « Sur un site où il n’y a rien, vous consultez qui ? » Phrase tant de fois entendue, d’une mauvaise foi d’autant plus stupéfiante que nous sommes au centre de la région parisienne, alors même qu’à Saint Ouen les premières attributions sont connues et que le projet, nous dit-on, s’adresse en partie à la population existante. P.Braouzec une fois sa généreuse prestation accomplie replonge dans un roman qu’il feuillète pendant le reste de la table ronde :

– « La participation c’est compliqué, mais c’est indispensable. Pour parvenir à un projet partagé Il existe des dispositifs appropriés tels que les ballades urbaines. Au Conseil Régional, nous ne voulons plus de quartiers livrés clef en main et qui ne soient pas évolutifs. Ce qui rend crédible un projet aux yeux de la population, c’est sa capacité à évoluer. Concevoir la ville ce n’est pas concevoir des projets finis ». Le propos du Conseiller régional, Alain Amadro, sera le seul durant les deux journées à s’aventurer que les trois questions de la participation des habitants , de l’évolution d’un quartier dans le temps de sa mise en place et de la révolution comportementale et culturelle qu’implique le concept d’écoquartier. Le Conseil Régional a retenu 24 projets urbains (d’une superficie variant de 5 à 200 hectares) qui seront suivis par un club des villes durables d’Ile de France ; Les élus y réfléchiront à l’efficience des politiques publiques.

– Nous sommes dans une période de transition. Nous n’avons pas la vérité de l’écoquartier. Nous sommes dans le chemin-faisant. L’évaluation est nécessaire. Nous savons que tout ce qui concerne la technique relève de l’obsolescence. Prenons le temps de faire une pose pour un premier bilan ; revisiter nos outils, adapter l’ensemble des outils juridiques, financiers et de planification.

– Les écoquartiers sont des laboratoires socio-culturels ; Les fonctionnalités urbaines se transforment. Quelques exemples : Avec le développement des AMAP une nouvelle consommation collaborative émerge. Se mettent en place des plate-formes de télétravail, des jardins partagés, de nouvelles formes de commerce et de service. Pour que les 30 à 50 % d’économie d’énergie attendues soit effectives, une nouvelle intelligence des usages est nécessaire.

– P.Braouzec sort la tête de son roman : « Il faut secouer la culture des services techniques. Comment faciliter ce passage d’une époque à une autre ? …Il faut pendre les banquiers et ramasser les billets qu’ils ont dans les poches. 50% du budget social de nos municipalités de la banlieue nord sont affectées au règlement des facturations d’EDF ». Que ne l’a-t-il déjà fait, lui le politicien au long cours ?

– Le SDRIF traduira aux différentes échelles du grand Paris, trois objectifs : assurer la cohésion sociale ; prendre en compte la mutation climatique et énergétique ; favoriser la dynamique économique de l’Ile de France. Une version en 3D est à l’étude. Le nouveau Schéma directeur de la région ile de France devrait être voté en Octobre 2012. Il procéde de sept axes de réflexion : les quartiers, les connexions, les centralités, habiter près de la nature, profiter du fleuve, se repérer, s’approprier la métropole.

– Le représentant du Ministère du logement, un jeune ingénieur des Ponts et Chaussée à qui les anciens du corps des Ponts a remis la clef des écoquartiers, réitère son message plus longuement développé lors du précédent forum de Bayonne : Si l’ensemble des lois et réglementations de l’urbanisme sont respectées, tout nouveau quartier est nécessairement un quartier durable. A quoi sert donc de militer puis qu’il suffit d’obéir. A vos ordres, chef. Le ministère est là pour capitaliser et diffuser les bonnes pratiques. Créé en 2010 un club réunit aujourd’hui 2000 élus, urbanistes, aménageurs et experts qui s’acheminent vers un label « écoquartier ». A la fin de son intervention l’administrateur des écoquartiers distribue une dizaine de brochures au premier rang de la salle de conférence. Le Ministère n’a pas les moyens d’une grande diffusion contrairement aux opérateurs depuis leurs stand inondent le public de publicité.

– J’assiste à un atelier où la question de la mobilisation des habitants est abordée, sont citées quelques exemples concrets : Les docks de Ris-Orangis, l’extension de Saint Cyr en Arthie ( 200 habitants), Tremblay sur Mauldre…Dans tous les cas il a fallu convaincre les habitants du bien fondé de la densification du pavillonnaire. On évoque des effets de levier !

La projection d’un quartier végétalisé illustre un projet d’installation de serres sur les toits des immeubles d’une cité de Romainville.

L’architecte du Président (de tous les présidents anciennement militants et férocement anti-verts) participe , entre deux avions, à la table ronde conclusive : « La principale durabilité d’un quartier c’est la beauté…Il est important qu’un bâtiment tende la main à son voisin » ( la version architecturale du lien social) … Comme à San Géminiano, il faut une bataille de tours à l’échelle parisienne. Ces quartiers gentillés à R+3, remplis d’arbres, m’angoissent… Chaque écoquartier doit affirmer sa singularité. J.Nouvel parlait des 1000 et une postures. C’est ça qu’il faut trouver : On habite là et pas ailleurs ». Je me lève face à mon ancien collègue ; Je ne dispose que de quelques secondes : « Pour vivre demain, l’écoquartier a besoin des groupes d’habitat participatif. Les assises de l’habitat participatif ont lieu très bientôt à Grenoble. Il est important d’y participer, nombreux. Il ne faudrait pas que ces habitants là manquent aux écoquartiers.

Quant à la notion du beau, elle nous ramène au temps de l’académie des beaux arts. Je suis de ceux qui espèrent que dans l’écoquartier la mutation des usages comptera plus que les effets de façade ».

Vers une urbanité durable

Le mouvement de l’art urbain issu du début des années soixante dix a fait prendre conscience aux élus de l’importance des espaces publics en ville. Tel était le point positif de cette tendance qui a régné chez les urbanistes et les architectes français vingt années durant. Allié au Post-modernisme, l’art urbain s’est englué dans une approche esthétique. Faute de s’appuyer sur un mouvement social et faute d’avoir accordé à l’écologie et à l’architecture bioclimatique le moindre crédit certains architectes de renom, jadis militants de l’extrême gauche, en arrivent aujourd’hui à privilégier l’art du beau, réhabilitant la tradition académique de l’Ecole Nationale des beaux arts d’avant les événements de 68. Sous les concepteurs aux grands opérateurs nationaux eux-mêmes adossés aux multinationales du secteur du bâtiment se traduit par l’annonce d’une floraison de tours à la chinoise, dans la ville européenne dont l’espace public est identifié à la monumentalité. Comme à son habitude la modernité mise au service des affaires fait l’amalgame entre les lieux de vie et les lieux de travail et tourne le dos aux attentes des habitants en matière d’habitat. L’écoquartier est en train, à son tour, de se transformer en grand ensemble.

Aujourd’hui, sous l’effet de la désocialisation d’une partie précarisée de la population urbaine, le mouvement de l’habitat participatif tente de responsabiliser un corps sociétal inerte, passif, voir politiquement désinvesti après un demi siècle d’individualisation outrancière de la société consumériste d’après guerre. On sait que l’absence de lien social conduit à l’intolérance et à la violence. Menacée par des phénomènes de désintégration sociétale la collectivité a tout intérêt à favoriser toute forme de responsabilisation citoyenne et de cohésion sociale.

AVIS DE RECHERCHE

Un rapport de recherche diffusé en Mai 2011

Neuf organismes (listés en fin de paragraphe), participent à cette étude qui a consisté à « effectuer une évaluation constructive des projets en cours de réalisations ou achevés qui ont été qualifiés d’écoquartiers ou de quartiers durables en France, en se focalisant sur leur dimension participative . Alors que la collaboration des habitants est aujourd’hui reconnue comme étant une dimension essentielle de la durabilité des aménagements urbains, il s’agit d’analyser comment cet enjeu a été perçu et mis en œuvre par les différents acteurs locaux. La recherche sera l’occasion d’expliciter les liens qui ont été ou non établis entre participation citoyenne et objectifs environnementaux…La question de l’intégration de démarches participatives tendant vers la coproduction dans les procès de programmation-conception et dans la mise au point de dispositifs de gestion urbaine partagés est au centre ce cette réflexion ». De Mai à Juillet 2010, deux questionnaires ont été envoyés aux chefs de projets opérationnels et des acteurs politiques et techniques. Un premier questionnaire portant sur la définition et la fabrication des écoquartiers d’une façon générale a concerné 120 opérations avec un taux de retours de 72,5%. Le deuxième questionnaire centré sur la thématique de la participation citoyenne a été envoyé à 77 villes avec un taux de retour de 65%. Un paragraphe intitulé « difficultés rencontrées » dresse un inventaire des obstacles à la mise en place de processus de participation :

– « L’écoquartier est un objet aux contours incertains…Certains projets identifiés comme tels avaient pris cette évaluation tardivement…

– Les chefs de projet qui étaient en poste à l’origine de l’opération ne l’étaient plus au moment de l’enquête et leurs successeurs n’avaient qu’une mémoire partielle des projets … les chefs de projet que nous avons contactés nous ont régulièrement fait part de leur surcharge de travail et de leur difficultés à répondre aux questionnaires ». (Selon les chercheurs, le fait que l’enquête soit lancée …par le Ministre a certainement contribué au taux de retours relativement élevé ).

– La responsabilité de l’organisation de la démarche participative n’est pas toujours clairement identifiée. Nous avons été ballotés de services en services…Certains de nos interlocuteurs ont montré leur embarras vis à vis de ce sujet …A partir d’autres sources de la réalisation de certains projets…nous avons pu constater que la reconstruction des faits pouvait tantôt aller dans le sens d’une survalorisation des dispositifs participatifs et leurs effets, tantôt dans celui d’une sous-estimation du rôle moteur et décisif qu’avaient pu avoir des associations d’habitants dans l’introduction d’objectifs ambitieux en termes de développement durable .

– Les cadres réglementaires de référence dans le domaine de l’urbanisme ne sont pas forcément d’un grand recours voire même contribuent à entretenir certaines confusions entre concertation et consultation, concertation et information…dans ce contexte comment questionner les acteurs politiques et techniques sans cultiver des malentendus ?…Dans le premier questionnaire 77 sur 87 ont fait valoir une implication substantielle des habitants à l’élaboration du projet…or seuls 50 questionnaires ont été retournés dans l’enquête plus centrée sur la participation…Lors des relances téléphoniques… ( les chefs de projet) , à la vue des questions énoncées pour essayer de préciser les modalités de l’implication des habitants dans leur projet qui donnaient en quelque sorte un « univers des possibles », ont finalement considéré que leur opération n’était pas éligible à cette seconde enquête ».

Autre constat des équipes de recherche associées : « Dans la plupart des cas les questions sociales sont abordées séparément des questions environnementales ». A contrario, dans les premiers quartiers durables européens, elles constatent : « des prises de conscience successives sur les dommages écologiques subis par la planète et la nécessité d’y remédier, c’est à dire de construire des modes de vie « durables ».

Il est fait allusion dans cette recherche aux études en vogue au Plan Construction et Architecture dans la fin des années quatre vingt dix. Au moment où les premiers écoquartiers européens commençaient à être mis en place ( L’écoquartier du Kronsberg a été construit dans le cadre de l’exposition universelle de Hanovre, en l’an 2000), Geneviève Dubois-Taine impulsait une critique du concept de quartier qualifié de ringard, et n’hésitait pas à faire l’ apologie de la mobilité automobile et de ses corollaires : l’implantation de nouvelles centralités commerciales et de loisirs en périphérie des grandes villes françaises. Après avoir pointer du doigt :

« l’existence de forces de délocalisation de la modernité qui ont non seulement fragmenté les collectivités locales, mais aussi les formes de vie locale » la nouvelle génération de chercheurs parait se résoudre au concept de quartier « qui semble porteur d’une valeur syncrétique, du fait de sa capacité à faire dialoguer les différentes dimensions (mobilité, mixité fonctionnelle et sociale, démocratie de proximité…) qui participent à la notion de développement durable ».

Parmi les conclusions de l’enquête qui se dessinent dans le rapport intermédiaire du 25 Mai 2011, est relevée la prégnance récurrente du terme de concertation « Les chefs de projets que nous avons interrogés assimilent davantage la concertation avec les habitants à des niveaux et dispositifs d’information voire de consultation… ». L’équipe rappelle très justement que le terme de concertation s’est d’abord appliqué au travail entre les représentants de l’état et les corps constitués bien identifiés, notamment à l’occasion de la création des ZAC, Zones d’aménagement concerté, à partir de 1967… « Il est manifeste que la concertation ne renvoie pas alors à une quelconque velléité de mobilisation des citoyens…Elle traduit une culture politico-administrative basée sur une vision et une pratique assez hiérarchisée et descendante de l’action publique ».Le terme de participation faisait référence, à l’époque, « à des mouvements plutôt ascendants qui émergent dans le cadre de luttes urbaines engagées d’une part contre les opérations de rénovation urbaine brutales, ou d’autre part en faveur d’une amélioration du cadre de vie dans les nouveaux quartiers périphériques ». Les auteurs du rapport intermédiaire sont bien naturellement mis au contact des chefs de projet réunis par le Ministère pour convenir d’une définition commune de ce qu’est l’écoquartier nouvellement nommé « Quartier durable ». Le terme d’écologie continue, sans doute, à irriter une partie des décideurs, tout comme le terme anglo-saxon de « soutenable » qui conduit à qualifier certains décisions ou actions d’insoutenables . Le remplacer par le terme de durabilité est préférable car il entretient l ‘ambigüité avec le conservatisme des hommes et des institutions qui ont une tendance naturelle à se croire sinon éternels, du moins, durables. Dans une période de profonde mutation, ce qualificatif rassure. Toujours en matière de sémantique, le rapport fait état du remplacement du terme de concertation par celui d’appropriation. « Faire adhérer à un projet en quelque sorte offert par les élus et les techniciens aux habitant et pour cela le faire comprendre » .Ce retour récurrent au modèle de l’instruction publique consiste à vouloir « apprendre aux habitants à adopter de nouveaux comportements…mais plus radicalement encore à leur apprendre a habiter ».Cette démarche condescendante est due au fait observé par les chercheurs qu’ « un nombre important de professionnels relativisent le rôle que pourraient avoir les habitants pour contribuer à satisfaire les objectifs du développement durable ».

Ce rapport de recherche pour répondre aux attentes du Ministère a dû aborder la question de la participation par le haut en ne s’adressant qu‘exclusivement, ou presque, aux chefs de projet. Ce rapport de type institutionnel a le mérite de la lucidité et de l’objectivité. Ses conclusions ne sont guère réjouissantes et ne font que confirmer ce que les praticiens de la participation ont appris au travers de leur engagement : Si une action de formation à l’urbanisme et à l’habitat participatif s’impose aujourd’hui c’est aux professionnels et aux techniciens de l’aménagement qu’elle doit s’adresser en priorité. Le principe de la « pédagogie réciproque » forgé dans les années quatre vingt est le principe fondateur de l’action d’éducation populaire qu’il est aujourd’hui nécessaire de redéployer.

(*) Programme CDE. Lab’Urba ;J.Zetlaoui-Léger. L.Héland, G.Faburel,

Labo Espaces Travail. Ensa Paris La Villette. L’Institut Supérieure d’Architecture de la Communauté Française. La Cambre.SCET Groupe SNI filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations. 4D Association. L.Ermisse. Robins des villes

Réseau activités et métiers de l’architecture et de l’urbanisme

Bureau de la Recherhe Architecturale. E.Macaire

Experts C.Emilianoff, Kl.Hathermann-Niesse, P.Femenias

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