La Hayette n°2

 

Le groupe « Des murs un toit »

Le projet du premier groupe de la Hayette baptisé «  Habitat Prémédité  est présenté dans le livre. Une fois le premier groupe de neufs maison en bonne voie, un nouvel appel à la population a été lancé afin de réunir un deuxième groupe équivalent au premier et occuper ainsi l’autre moitié du terrain réservé par l’E.P.A. Le projet d’un deuxième groupe baptisé « Des murs, un toit » est présenté dans cette annexe. En Juin 1981, un deuxième groupe de candidats à l’accession à la propriété en maison de ville se constitue donc autour de quelques amis du premier groupe auxquels s’ajoutent de nouveaux candidats au logement. De petites annonces, des articles de presse, un panneau sur le terrain, enfin un stand à la foire Saint Martin, une fête locale très fréquentée, permettent de réunir une trentaine de familles intéressées dont une vingtaine ont abandonné le projet en cours d’étude pour les raisons suivantes : 4 départs à cause de la situation du terrain ( éloignement habitat-travail) ; 5 départs à cause des délais trop longs d’attente ( opportunité financière de brève durée ou logement actuel trop inconfortable) ; 3 départs à cause de difficultés d’emprunts ; 4 départs en raison de désaccord familial ; 2 départs à cause d’un changement de situation professionnelle ( mutation ou chômage temporaire) ; 2 départs à cause du caractère jugé insuffisamment communautaire du projet ( préférence pour un autre groupe en formation aux Vignes Blanches et prévoyant l’insertion de locaux communs dans leur projet fort plus proche d’un immeuble intermédiaire que d’un programme de maisons de ville) ). Ces deux phases d’information puis de confirmation des candidatures sont assez significatives de tout processus participatif. La formation puis l’itinéraire du groupe s’est avéré plus laborieux. Cette expérience a montré qu’un projet de responsabilisation collective d’un groupe d’habitants peut intéresser des accédants « ordinaires » mais entraine une grande proportion d’abandons. Face aux difficultés financières et institutionnelles rencontrées, la démarche collective reste une aventure d’autant plus grande que les familles ne disposent que de moyens modestes ; A l’époque le coût d’une maison individuelle était, en moyenne, de 450 000 francs (70 000 €) dont 300 000 ( 50 000€) pour la construction de la maison et 150 000 francs ( 25 000€) pour l’achat du terrain, sa viabilisation et les études techniques.

Fort de l’expérience acquise et de ma présence sur le site, j’avais endossé le rôle d’architecte coordinateur chargé d’accompagner le groupe depuis sa formation jusqu’à la conception générale du plan masse. Quatre habitants m’ont confié la conception architecturale de leur maison. Trois autres architectes participèrent au projet. Les deux dernières parcelles situées le long du boulevard du Vast sont restées un long moment sans acquéreur. L’une d’elles a finalement été attribuée à une société coopérative HLM locale choisie par l’E.P.A. Un dernier candidat au logement a acheté la dernière parcelle « participative » restante, à l’entrée du terrain, alors que le groupe avait déjà obtenu son permis de construire. La société HLM et le dernier arrivant ont mené leur propre chantier indépendamment du groupe.

Le groupe, au moment de se constituer en association, en 1981, se définissait ainsi : « Le groupe Des murs, un toit  recherche une nouvelle définition de son habitat, basée sur la participation très active des familles dans la conception du plan masse et dans la création de relations de voisinage beaucoup plus favorables à une vie de quartier plus intense. Chaque famille conçoit avec son architecte l’organisation intérieure de sa maison tandis que le travail en équipe avec les architectes et les constructeurs permettra une meilleure intégration des maisons les unes par rapport aux autres tout en conservant leur propre identité ». Que de belles intentions pour une réalisation au cours de laquelle l’individualisme eu trop souvent gain de cause.

L’histoire du plan masse

Mai 1981

Quatre plans masses ont été tour à tour proposés par les architectes soucieux de véritablement construire un plan d’ensemble structuré. Chaque tentative a été neutralisée soit par l’EPA soit par le groupe. L’urbaniste de la ville nouvelle a refusé le regroupement des parkings à l’angle Sud-Est du terrain. Les habitants ont refusé de rapprocher les maisons pour en faire véritablement des maisons de ville. En retrouvant ces plans dans mes archives je regrette encore de n’avoir pas su avec mes collègues imposer ni au groupe d’habitants ni à l’Etablissement public, un plan masse plus conforme à l’esprit de convivialité villageoise du nouveau quartier. Les six projets débattus successivement sont des variations sur trois principes communs :

1/ Une mise en relation du premier groupement construit et du deuxième groupe en projet. Un parcours piétonnier part de la placette du local commun pour aboutir à une seconde placette plus au Sud autour de laquelle le second groupe, de prime abord, souhaitait s’implanter.

2/ Les parkings sont regroupés à l’angle Sud-Est du terrain pour éviter la présence de l’automobile au cœur du groupement de maisons.

3/ Les maisons sont, en majorité, attenantes deux par deux. Les deux tiers des maisons participent à la définition d’espaces communs. Les plans n°3 et N°4 permettent de créer un grand espace vert prolongeant la bande boisée qui borde le terrain sur son coté Ouest.

En Septembre 1981, dans le plan N°4, trois familles acceptent de se placer le long de l’avenue du Vast, avec une façade plein Sud, assez en retrait pour se ménager un jardin privatif substantiel. Un débat s’ouvre entre les partisans de maisons hautes sur deux étages désignées comme étant les maisons-pâtés et les partisans de maison basses appelées maisons-nouilles . Il est convenu que les maisons horizontales seraient placées parallèlement à la bande boisée plantée le long du boulevard de l’Oise, à l’Ouest, et que les maisons hautes viendraient en second rang avec une façade sur la placette. Le plan N°4 proposé par les architectes organise les maisons de ville autour de la placette. Le long du boulevard de l’Oise un espace collectif de 40×20 mètres parallèle à l’écran boisé planté par l’E.P.A est destiné aux jeux des enfants.

En Décembre 1981, la valse hésitation de quelques familles est entretenue par des désistements périodiques. Autant d’imprévus qui allongent les délais et découragent les architectes. Face à cette hémorragie, les architectes finissent par se résigner au laisser faire d’un lotissement ordinaire. Dans le plan définitif, la plupart des maisons évitent de se toucher autrement qu’en angle et seulement pour trois d’entre elles. Une voie en impasse remplace la placette prévue initialement. Elle répond à la demande des familles les plus modestes d’intégrer une place de parking dans leur maison et une place de stationnement au plus prés de chez eux. La logique sécuritaire s’est ajoutée au souhait de l’EPA de desservir la Hayette N°2 par une impasse parallèle au Boulevard du Vast .Trois maisons se succèdent sur le côté Est du terrain, en limite du parking du groupe Nord. Quatre autres emplacements sont alignés le long du boulevard du Vast Tandis que les espaces collectifs piétonniers se sont rétrécis à un chemin reliant la Hayette N°2 à la Hayette N°1, les parcelles privatives augmentent jusqu’à 350 et 400 m2 soit le double de la taille de celles du premier groupe. La Hayette N°2 manque d’autant plus d’espace commun que chaque parcelle a eu tôt fait d’être clôturée une fois les habitants installés. Certains habitants de ce deuxième groupe sont aller jusqu’à enclore des segments de la bande boisée dont la communauté urbaine est propriétaire. Cette bande ne sera mise en vente par la ville aux riverains qu’en 2014. Bref l’individualisme est revenu en force, et cela malgré la résistance d’une partie des habitants plus engagée dans le projet collectif. Le plan masse définitif peut choquer par son manque d’urbanité.

Le groupe de la Hayette N°2 a voulu disposer de sa propre placette tout en acceptant de participer au financement du local commun et de sa placette , tous deux aménagés par le premier groupe. Dans le plan définitif la placette située au centre du deuxième groupe sera réduite à un simple élargissement d’un chemin piétonnier Nord-Sud reliant les deux groupes. Cet élargissement devait permettre de réaliser un four à pain qui ne verra jamais le jour.

Le travail collectif a fait émerger une somme d’intérêts contradictoires qui ont fini par fissurer l’unité du groupe. Les cinq maisons de la partie Nord du terrain se rapprochent du groupe du Nord et de son local commun tandis que quatre autres maisons de la partie Sud du terrain s’alignent le long du boulevard du Vast. L’architecture du premier sous-groupe est soignée voir recherchée comme en témoigne la maison construite par Dominique Zimbacca : une adaptation économique et néanmoins créative d’une maison de F.L.Wright. Par contre les accédants propriétaires des parcelles alignées le long de l’avenue du Vast ne voient pas l’intérêt de concevoir leur maison avec un architecte et s’en sépareront dès le permis de construire obtenu, n’hésitant pas, pour l’un d’entre eux, à modifier sa maison sur les conseils des constructeurs peu scrupuleux auxquels il s’adressera après avoir mis fin à la mission de son architecte.

Un collectif mouvementé

Fort heureusement la vie de voisinage a adouci le fossé culturel existant entre les familles du Sud venus dans le projet par pur opportunisme financier et les familles du Nord porteuses d’un projet groupé autogéré. Implantée au centre de la Hayette N°2, la famille du Directeur de foyer des jeunes travailleurs de Pontoise, engagé dans la vie associative locale, a joué un très grand rôle dans les échanges de service entre habitants. Elle a, entre autre, facilité l’intégration d’une famille de maliens locataires de la société HLM. Elle a rendu de nombreux services à un ingénieur du voisinage atteint d’une maladie célibataire handicapante. Lucien et Jacqueline jouèrent un rôle essentiel dans la vie de voisinage au sein du groupe « Des murs, un toit ». Par contre la relation en externe avec la Hayette N°1 échoua malgré quelques tentatives. Une invitation à un repas commun lancée par le groupe de la Hayette N°2 ne fut suivie d’aucune invitation en retour de la part du groupe de la Hayette N°1. Les deux maisons qui se faisaient face au Nord et à l’Ouest de la placette du local commun étaient habitées par des familles qui ne s’entendaient pas. Le chef de famille habitant en limite sud du premier groupe ( à proximité du local commun) bondissait hors de chez lui, furieux, à chaque fois que sa voisine du coté Ouest garait sa voiture sur la placette pour décharger ses provisions. La placette au lieu d’être un espace de convivialité entre les deux groupes était devenu un espace de tension. Le courant passait décidemment mal entre les habitants du Nord et ceux du Sud. Je ne l’ai appris, plusieurs décennies plus tard, une fois que la famille sourcilleuse eut quitté Cergy-Pontoise.

Aux différents qui ont très vite scindé le groupe de la Hayette N°2 en deux sous-groupes, correspond une polémique qui opposait les architectes entre eux. J’avais pris l’initiative d’inviter un architecte qui n’était pas membre de Mars 76 mais dont j’appréciais l’architecture « wrightienne » ( Frank Loyd Wright est fondateur du courant organique de l’architecture américaine au début du 20ème siècle). Il devait travailler pour deux familles qui l’avaient choisi. Son intransigeance et la haute idée qu’il avait de sa mission lui ont fait perdre un de ses deux clients : « Argument : «  – Je sais ce qu’il vous faut ; Réponse : – Je sais que c’est moi qui vous paie et que vous ne m’ écoutez pas ». Un autre habitant avait souhaité choisir son architecte, Jacquelin, un ami qui n’avait rien à voir avec le Mouvements Mars 76. Nous étions donc quatre architectes pour concevoir neuf maisons. Dès le début du printemps 1980, le président de l’association « des toits un mur » s’inquiète des retards dus au manque de coopération entre les architectes. La plupart des familles demandent un Prêt à l’Accession à la Propriété groupé qui excède notablement le PAP diffus. Mais pour bénéficier du PAP groupé il fallait confier la gestion du projet à une société coopérative. Le Président de l’association avait donc contacté un maître d’ouvrage, la Coopérative de Persan-Beaumont, en vue de lui confier la maîtrise d’ouvrage de l’ensemble du groupement. Son architecte abondait d’autant plus dans ce sens qu’il se portait candidat à la fonction de coordinateur du projet.

Dans une lettre adressée au Président du groupe, un des architectes, Dominique Renaud, dresse un bilan désastreux : « …Après un an de rencontres la cohésion du groupe ne s’est pas réalisée…tant sur le plan de la conception du projet que sur le plan de l’organisation matérielle…Le habitants font fi de la vie commune…sont-ils intéressés uniquement par le projet individuel ?…Et les architectes ? Ils ont appris à se connaître …mais là où il devait y avoir complémentarité entre les différentes personnalités au bénéfice du projet, il y a eu opposition des convictions au détriment du projet…et apparition de deux groupes d’architectes qui vont jusqu’à s’opposer face aux habitants… Pour l’avenir du projet il devient vital de faire un choix définitif de l’un ou de l’autre des deux groupes d’architectes pour mener l’ensemble du projet de l’esquisse au chantier… ».

A mon tour j’alerte le groupe par écrit :

« Il est intéressant de voir comment un processus participatif allié à un gestion coopérative permettra d’aboutir à une réalisation originale d’où la personnalisation architecturale n’est pas systématiquement gommée. L’assistance financière et administrative est aussi légitime que l’assistance architecturale. Mais les contacts pris à ce jour indiquent un décalage entre les propos tenus dans un premier entretien et ceux d’une deuxième rencontre avec le Directeur de la coopérative. Ce décalage montre qu’il est de la plus haute importance de préciser ensemble quel est le rôle et le pouvoir de chaque partenaire. Le groupe doit rester le maître d’ouvrage. Or sur ce point vous donnez l’impression d’être les demandeurs inconditionnels vis à vis de la coopérative et d’être, a priori, soupçonneux vis à vis des architectes. D’un côté vous semblez prêts à épouser voir à durcir les positions dirigistes de la coopérative et d’un autre coté vous mettez systématiquement en doute les estimations des architectes…Ceux qui vous ont consacré le plus de temps sont ceux que vous soupçonnez le plus de vous fournir de fausses informations. Votre rôle est de promouvoir votre projet, de créer une association et de rencontrer les interlocuteurs de la Direction de l’Equipement ( DDE), de la ville nouvelle (EPA) le notaire, la banque etc.. Or à ce jour, rien de tout cela n’est fait. Vous n’êtes pas un syndicat de défense des copropriétaires. Vous semblez fuir vos responsabilités en cherchant à reporter la charge globale du projet sur un organisme de promotion alors qu’au départ, vous ne recherchiez qu’une mission d’assistance technique et financière. Le moment est venu d’entreprendre avec tous les membres du groupe, des démarches qui permettront au groupe de se consolider. Au lieu de cela je vois se développer un climat d’inquiétude qui gagne les nouveaux venus et décourage les initiatives….C’est pour rompre votre isolement que j’ai pris l’initiative d’organiser une rencontre entre les deux groupes de la Hayette 1 et 2. J’ai regretté que vous n’ayez pas ressenti le besoin de cette rencontre. Vous agissez comme si le premier groupe n’existait pa . Lors de la réunion vous n’avez posé aucune question, ce qui explique en partie la perplexité du groupe qui a l’expérience d’un projet mené à bon terme ».

A vrai dire je prenais conscience que pratiquement tout le boulot devait être fait pour que la coopérative daigne s’approprier le dossier. Or Dominique Zimbacca tardait à contacter des entreprises capables de réaliser son petit chef d’œuvre. Ayant pris sa suite auprès d’un de ses clients mécontents je dois, le plus vite possible, dessiner un nouveau projet. Mais par ailleurs, au printemps 1980, en tant que membre de l’équipe du paysagiste Bernard Lassus, je suis occupé de dessiner un projet dans le cadre du concours pour le parc de la Villette. Le temps me manque. Le groupe de la Hayette s’impatiente : les entreprises locales tardent à répondre à l’appel d’offre lancé en juillet. A la rentrée de Septembre il faut les relancer pour calculer le coût exact des maisons. La société Coopérative de Persan Beaumont réclame un dossier incluant un chiffrage détaillé alors que je ne disposais pas encore des devis d’entreprises, ainsi que des documents relevant de sa propre mission de maître d’ouvrage ( assurances, sondages de sol etc). Ne les ayant pas obtenus, en Août, le Directeur de la coopérative menace de ne pas donner suite, et se désengage en Septembre. Le 5 Septembre j’écris au groupe pour lui annoncer ma démission du rôle de coordinateur. Chaque famille traitera séparément aves les entreprises de son choix et assurera son suivi de chantier. Chaque famille gérera son dossier de demande de prêts. La part d’utopie présente dans le premier groupe s’est réduite au profit d’un retour du lotissement traditionnel dans lequel une moitié des accédants a eu tendance à se retrancher dans son chez-soi.

Calendrier 

Printemps 1981 : Formation du groupe

Avril 1982 : promesse de vente du terrain.

Du 15 Avril au 15 Mai dessin des plans d’exécution.

Juillet 1982 : Lancement des appels d’offre aux entreprises locales.

Septembre – Octobre : réception et analyse des propositions des entreprises

L’obtention des permis de construire est attendue en Juin, acquise en Septembre 1982.

La durée du chantier est d’une année, de Septembre 1982 à Septembre 1983.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s