L’unité de vie du Faubourg Marcel

 

Le projet du SIVU

En 1991, Richard Quetel est chargé par le CCAS de Saint Claude de mettre en place des petites unités de vie permettant aux personnes âgées devenues dépendantes de finir leurs jours sans avoir à quitter leur environnement familier. Dans le cadre du SIVU (syndicat d’Action, de Prévention et de Développement du Haut Jura) R.Quetel assure la mise en place d’une demi douzaine d’unités de vie. Son intervention vise à pallier au déficit en capacité d’accueil sur le bassin d’hébergement de Saint Claude : le ratio est de 25 lits pour mille personnes âgées alors qu’il est de 68 lits au plan national. Le concept de MARPA développée par la Mutuelle Sociale Agricole depuis 1986 est celui qui se rapproche le plus du concept souhaité par les élus: la personne âgée devenue dépendante est accueillie dans une unité de vie de type familial (15 logements) dont la médicalisation relève des médecins locaux en exercice libéral, le résident pouvant prolonger son suivi médical avec son médecin personnel. A l’origine du projet en 1990, le Docteur Fleuriel, Adjoint aux affaires sociales de la ville de Saint Claude, refuse de créer une ou plusieurs maisons de retraite traditionnelles. Il veut en priorité aider les personnes à rester chez elles le plus longtemps possible. Il s’agit de prendre en charge les personnes âgées, de l’aide à domicile jusqu’à l’hospitalisation, de la retraite jusqu’à la fin de vie. Pour cela, le SIVU doit mettre en place un partenariat entre les différentes administrations concernées : La Direction de l’action sociale, le Conseil Général, l’hôpital , la municipalité de Saint Claude chef lieu de canton, les associations familiales et les futurs directeurs d’établissement dès qu’ils sont connus. Il s’agit de développer à la fois les soins à domicile et la création de petites unités de vie insérées dans leur milieu de façon à pouvoir accueillir les personnes âgées sont lorsqu’elles ne peuvent plus vivre chez elles, sans qu’elles soient pour autant obligées de quitter ni leur village ni leur quartier. Dans chaque commune d’un des trois cantons concernés est constitué un groupe « amitié » chargé d’organiser des activités et d’aider les P.A au maintien à domicile.

Le groupe de pilotage du projet adopte une formule de maison d’accueil du type cantou destinée aux personnes en perte d’autonomie. Lorsqu’au printemps 1991, à la suite d’un débat sur le concept de cantou, à Rueil Malmaison, Richard Quetel me contacte. Je suis enthousiasmé par le projet. J’espère alors que ce qui ne pouvait se faire à Cusset allait pouvoir se faire dans trois cantons du Jura-Sud.

Une étude pré-opérationnelle

Mon interlocuteur est très intéressé par « la programmation générative » qui permet une conception conjointe du projet de vie et du projet d’architecture. Je lui suggère d’associer à cette forme participative de programmation générative , les architectes qui seront retenus pour construire les sept petites unités de vie, et cela le plus tôt possible, en amont de l’élaboration des dossiers de permis de construire. Bref nous réfléchissons à la « procédure la plus appropriée à une démarche expérimentale …privilégiant les facultés d’écoute et de dialogue au détriment des capacités à convaincre et à séduire ». Je rédige une note d’intention portant sur une étude pré-opérationnelle en trois parties : une analyse critique des sites potentiels, un diagnostic sur l’habitat existant , la mise en place de groupes locaux de concertation et la rédaction d’un pré-cahier des charges . Tous les partenaires du projet global devraient pouvoir coopérer à la rédaction d’un même cahier des charges décrivant les tâches à accomplir, de façon à éviter une autonomisation des projets et un effritement des exigences en termes de projet de vie. Ce cahier des charges donnerait au SIVU les moyens d’une coordination permanente entre les cinq puis les sept petites unités de vies programmées.

Un rendez-vous est pris avec un représentant du Ministère de l’Equipement qui donne son accord de principe à la seule condition que la Municipalité de Saint Claude participe au co-financement de l’étude, ce qui est acquis. Mais cela était sans compter avec le représentant de la Direction Départementale de l’Equipement qui s’interpose entre le représentant du Ministère et le SIVU : La DDE est à la fois prestataire de service et gestionnaire des subventions publiques. Ma proposition d’étude lui fait directement concurrence. Or les projets du SIVU sont tous tributaires de la subvention départementale … Le projet d’étude pré-opérationnelle est donc abandonné. La négociation avec la Direction de la Construction dans le cadre du SÉPIA tourne court. J’apprendrai plus tard que le SIVU s’était alors adressé aux instances européennes dont il recevra une subvention, plus tard, trop tard.

Un mémento reprenant les sept thèmes de transaction de la programmation générative est diffusé aux équipes d’architectes par le SIVU. Aucune trace écrite ne laisse supposer l’existence d’éventuels groupes de transaction locaux dont je m ‘étais fait l’avocat. La DDE produit un programme classique énumérant les surfaces à construire pour une unité de vie standard, suivi des « spécifications techniques détaillées » copiées-collées comme à l’habitude. Le SIVU me demande, en urgence, un avis sur les cinq premiers sites et projets en cours de conception. L’étude pré-opérationnelle n’ayant pas abouti, il sera fait appel au CAUE ( Conseil d’architecture d’urbanisme et d’environnement ) pour vérifier la pertinence des sites retenus. Mes quelques remarques sont entérinées, concernant les quatre premiers sites, notamment à Saint Claude, où je préconise d’abandonner l’un des sites au bénéfice de celui de la place Saint Christin. En Avril 1992. La Direction Départementale de l’Equipement, le SIVU et son groupe de pilotage organisent la consultation des équipes d’architectes locaux en vue de réaliser cinq unités dont quatre dispersées en milieu rural et une à Saint Claude: Les sites des Bouchoux, de Molinges, de Septmoncel, de longchaumois et place Saint Christin à Saint Claude. En Mai-Juin, la Municipalité de Saint Claude et le SIVU décident de construire deux autres unités de vie à Saint Claude. Un architecte de Saint Claude est chargé de réaliser une unité de vie dans une friche industrielle située en partie haute de la ville dans les locaux des anciens établissements Jeantet David fabricants de pipes. Ce site surplombe la vallée de la Bienne. Richard Quetel me suggère de candidater pour l’étude d’une septième petite unité de vie du Faubourg Marcel, en partie basse de Saint Claude.

L’insertion d’une unité de vie dans le faubourg Marcel

Ma candidature à la maîtrise d’œuvre de la septième unité de vie projetée à Saint Claude est retenue par le jury du SIVU. La construction de cette petite unité de vie devait participer de la réhabilitation d’un habitat insalubre, au faubourg Marcel. Le site constitue l’entrée Ouest du faubourg. Il longe la Bienne, une rivière tranquille en période estivale qui se transforme en torrent en demi saison. Je prends alors conscience que la ville de Saint Claude est scindée, géographiquement et socialement, en deux parties : La ville du haut rassemble autour de l’abbatiale les équipements administratifs, dont la Mairie, la rue commerçante et ses principales enseignes ; la ville du bas, sur les rives du Tacon et de la Bienne, constitue la partie ouvrière de la ville avec ses sites industriels (en partie abandonnés) en bord de rivière. Je plaide en faveur d’une réhabilitation rapide du faubourg qui pourrait devenir un lieu attractif où les touristes devraient trouver des restaurants et une animation nocturne inexistante dans le haut de St Claude.

A partir de l’été 1992 sont organisées les premières réunions d’information dans une salle du quartier Saint Marcel. Des contacts personnels sont pris avec les habitants du site : un imprimeur, un cafetier, quelques habitants proches. La visite de l’unité de vie de Simard ( proche de Louhans) provoque la formation d’un groupe de transaction et le lancement d’une programmation générative allégée. Une liste des dispositions techniques est établie. Une première étude de la distribution intérieure d’un logement individuel de type T1bis d’environ 30 m2 est faite. Les premiers croquis d’intention circulent. Le Directeur des services techniques de la ville de St Claude et R.Quetel m’orientent sur le Foyer Jurassien une société anonyme d’HLM dont le siège est à Champagnolle. Je réunis une équipe d’ingénierie composée de bureaux d’étude locaux. En Octobre 1992 je remets le dossier de permis de construire au Foyer Jurassien. Les pratiques locales veulent que les « Spécifications techniques détaillées » figurent dans le dossier. Le listing des surfaces et des évaluations économiques sont bouclées.

Le projet architectural

Le terrain sur lequel est projeté la réalisation d’une petite unité de vie, a de nombreux atouts : il jouxte la place des Serves qui constitue l’entrée Sud de la ville ; il longe la rivière de la Bienne sur sa rive gauche et offre des vues sur la montagne et la ville haute de Saint Claude. A l’opposé de la rivière et parallèlement à elle le terrain est délimité par la rue principale qui traverse et dessert le faubourg. La place des serves est un lieu de rencontres informelles. Les enfants y jouent au ballon et les adultes y jouent à la pétanque à l’ombre de deux alignements d’arbres taillés. Des bornes empêchent les voitures de s’emparer de la place.

Le programme est mixte comme doit l’être tout projet véritablement urbain, et à taille humaine. L’unité de vie est dimensionnée à l’échelle du cantou. Implantée en légèrement au dessus du niveau de la rue du Faubourg, cette unité de vie occupe la totalité d’un rez-de-chaussée qui a été surélevé de 50 cm au dessus de la côte maximale d’inondabilité. L’unité de vie se compose de 4 chambres de 15 m2 chacune, mais aussi et surtout d’une majorité de petits logements de 13 logements de 30m2 chacun, comprenant un séjour, un coin lit avec une salle d’eau adjointe, une cuisine et un coin repas. De plus le programme de l’unité de vie prévoit trois logements de 46m2 chacun auxquels s’ajoute un logement de fonction pour la maîtresse de maison. Au rez-de-chaussée, les parties communes, le séjour et la salle à manger collectifs, couvrent un total de 268 m2 avec une cuisine, une salle d’activités de 47 m2 et un bureau pour la maîtresse de maison. L’imprimerie existant dans les immeubles anciens est relogée dans un espace de 86 m2 ouvert sur la rue du faubourg Marcel. Le café lui aussi existant est relogé dans un espace de 70m2, en façade Sud, qui s’ouvre sur la place des Serves. Un atelier des arts plastiques relevant de la vie associative, trouve place dans des combles de 50m2 habitables. Les activités occupent un total de 221 m2. Les deux étages accueillent une trentaine de logements sociaux permettant de reloger ,entre autres, des familles installées dans certains immeubles vétustes du Faubourg destinés à être démolis. Leur taille va du T4 ( 80m2) au T1 Bis ( 36 m2). A un moment donné la mairie envisage la présence de quelques studios destinés à des apprentis en stage ( IUT de plasturgie ) à Saint Claude. Le Foyer Jurassien abandonne rapidement cette dernière idée qu’il juge irréaliste sur le plan financier.

Sous la terrasse portée par des piliers, un parking de 40 places est aménageable au niveau des berges de la Bienne. Il est admis que ce parking sera vidé de ses voitures lors des quelques jours par an où une inondation est à craindre. Le projet s’inspire de la volumétrie pré-existante dont le caractère pittoresque me semble s’intégrer au mieux à la configuration du Faubourg. Les logements sont disposés le long de la rue du Faubourg Marcel et le long de la Bienne. Entre les deux bâtiments qui en résultent, je place la salle à manger que j’oriente au Sud. Dans son prolongement je dessine une terrasse utilisable en période estivale. Celle-ci s’ouvre en balcon sur la rivière à un niveau supérieur d’un demi mètre à celui des pires inondations de la Bienne. J’éclaire par une verrière zénithale la salle à manger qui accueille une trentaine de résidents. La salle d’activités est elle aussi en balcon sur la Bienne. Puisque la place des Serves est inondable, je propose de la protéger des crues par une digue aménagée en promenade surélevée au dessus de la rivière. Cette digue se prolonge par un escalier qui permet d’accéder aux ateliers d’arts qui devaient être aménagés au dessus des logements pour personnes âgées. Cet espace d’activité animé par une association accueillerait des expositions d’art.

Une entaille dans cet îlot urbain devait tenir lieu de parvis légèrement pentu, permettant aux personnes venant du Faubourg (au Nord) et du Pont du Faubourg d’accéder à l’équipement. La desserte du parking se fait par la place des Serves, sous la terrasse du café. L’escalier desservant les logements sociaux s’éclaire largement sur la rue du faubourg Marcel. La mise au point du projet s’échelonne sur toute l’année 1992. Le dossier de permis de construire énonce des spécifications techniques qui permettent de procéder à une évaluation économique fiable.

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