Bibliographie commentée

 

La première vague participative a atteint, en France, son apogée entre 1975 et 1985. Les revues professionnelles lui consacrent alors de nombreux numéros spéciaux et articles . Plusieurs livres sur l’habitat participatif sont édités . Sans vouloir être exhaustive, la bibliographie ci-jointe fournit quelques repères utiles à la compréhension de cette période d’expérimentation.

1/ Les GAM : Correspondance municipale , dossier spécial de Novembre 1975 a été créé par Hubert Dubedout en 1963. La charte nationale des GAM date de 1971. En Novembre 1975 c’est un manifeste qui confirme et reformule les caractéristiques des GAM : Une démarche, de la vie quotidienne au choix de société ; Un large champ d’action , le cadre de vie : urbanisme , environnement, éducation, consommation, loisirs culture, collectivités locales ; Des objectifs tels que la démocratie participative et une pratique de l’autogestion.

2/ Le N°5 d’ « Habitat social », (Septembre-Octobre 1974 aborde le rôle de la vidéo et de la télédistribution , celui des équipements intégrés, mais également l’action des ateliers communautaires, « Une tonnelle dans un jardin ». Dans un colloque organisé à Dourdan en Février 1973 par le Ministère de l’aménagement du territoire ,de l’équipement, du logement et du tourisme, on trouve quelques perles : A propos d’un projet d’ouverture de centres d’information des habitants : « L’objectif essentiel assigné au centre, qui était de permettre un libre choix de l’habitat a-t-il été balayé par la constatation de l’absence de conditions de cette liberté lorsque la demande excède l’offre . L’information , dans ce cas précis, était donc non seulement illusoire , mais elle remplissait des fonctions d’occultation de la réalité ». Mais aussi : « On veut éviter les manques de goût de l’usager et on trouve choquant le linge qui sèche aux fenêtres, que l’on va pourtant photographier en vacances dans les contrées méridionales. C’est Voltaire qui a dit que le beau, pour le crapaud, c’est la crapaude. La compétence que l’on exige pour pouvoir intervenir n’est pas un argument suffisant : elle s’acquiert, et bien des gens qui ont le pouvoir de décider en sont dépourvus ; au reste, les techniques ne manquent pas de nos jours pour initier à toutes disciplines. Le vrai créateur doit savoir donner son souffle propre à une réalisation qui aura néanmoins été le fruit d’une recherche commune. C’est à un vaste apprentissage collectif que nous sommes ici conviés » . Un architecte X.Arséne-Henry propose de « soumettre le message irrationnel des artistes au choix de l’habitant, lui-même co-auteur de la mise en forme du cadre de vie . Cela supposerait, outre les actions pédagogiques appropriées, une assistance spécifique à la création ».

3/ Le N°12 la revue « Habitat et vie sociale » ( Janvier-Fèvrier 1976), présente deux projets participatifs , l’un sur l’appropriation de trois petits immeubles de deux ou trois étages construits par la SCIC au Val d’Yerres, l’autre sur la concertation avec la population locale dans l’aménagement d’un quartier neuf de Lille-Est. Un procédé constructif imaginé par l’ architecte Georges Maurios permet aux acquéreurs d’un logement aux « Marelles » de fixer le nombre des pièces , leur taille ainsi que l’emplacement des équipements : « Aux Marelles vous achetez des m2 et vous créez, vous-même, votre appartement ». Le coût du logement est de 1500 francs le M2. Aujourd’hui il a atteint 3500 …euros ; Sans commentaire. « L’usage de la vidéo, le travail en maquette et la présence de psychosociologue accompagnateurs cantonnés dans le rôle d’observateurs, permettent d’identifier les principales raisons du peu de succès de l’opération : manque d’information, architecture ostensiblement d’avant-garde avec ses façades aux couleurs d’arlequin, l’angoisse du néophyte coproducteur de son logements « On ne saura jamais, je ne suis pas un spécialiste… », enfin la difficulté à placer son mobilier dans un logement dépourvu de cloisons préétablies. Madeleine Garrigou-Lagrange , l’auteur de l’article, discerne l’émergence d’une typologie duale : Les appartements sont soit ouverts soit fermés. Dans le même article, la non-directivité extrême des accompagnateurs est perceptible. Leur seul rôle est de faire parler les habitants. Quelqu’ ait été l’échec relatif de cette expérimentation, l’architecture tramée des Marelles est un support de participation préférable au système constructif proposé en 1978 par Renzo Piano lors du concours du quartier Saint Christophe ( Cergy-Pontoise).

4/ La revue Technique et architecture (en Novembre 1976) se pose la question du logement : « Du rêve participationniste à la flexibilité ». La méthodologie de la SAR ( N.Habraken) est présentée et illustrée par la réalisation de la résidence universitaire de la Voluwée à Bruxelles dont l’architecte est Lucien Kroll, et par le projet Wilgendonk à Papendrecht de l’architecte Frans Van Der Werf . J.l.Cohen expose la méthodologie de « la SAR devant la ville ». Le N° suivant, le 312 , porte sur le deuxième volet de cette même question du logement : « Constituer l’espace ».François Chaslin rédige l’éditorial : «  Nous ne pensons pas que l’heure soit à crier « Assez d’architectes », mais au contraire à revendiquer plus d’architecture. ..Mais affirmer la nécessité de « constituer l’espace »ce n’est pas revendiquer pour les architectes le droit à l’arbitraire »….Il serait intéressant de se pencher …sur ce que disent les gens ou au moins sur ce qui peut nous en parvenir à travers les enquêtes »…C’est Rob Krier qui lance le message de ce numéro spécial : « il ne faut plus longtemps renoncer à l’architecture ». Paul Chemetov reprend la thèse de Riccardo Bofill : « Les cloisons sont aussi les murs de la ville », une conception qui, si elle devait se généraliser, ferait, à mon avis, l’erreur d’appliquer à l’ensemble de l’habitat urbain l’esthétique de l’espace public dont la monumentalité spécifique doit rester spécifique ; Pourquoi condamner tout le monde à vivre place Vendôme ou rue de Rivoli ? L’article de Bernard Hamburger est le plus lucide : «  La cellule n’est pas la brique de l’urbanisme ».Les deux numéros de la revue Techniques@Archiitecture ouvrent un débat extrêmement riche qui n’a aucun équivalent aujourd’hui. Dans l’actuel monde de la production ( Efficacité-rentabilité-rapidité) l’un des seuls lieux de réflexion subsistant sur l’architecture du logement est l’habitat participatif.

En Mai 1981, les pages 97 à 127 du N° 335 de Techniques@Architecture sont consacrées à l’habitat communautaire , du quartier de l’Alma-gare aux ateliers d’habitants de Chambéry et d’ Orsay, en passant par Meudon le Val, , le tout précédé d’un entretien avec Bernard Kohn : « De l’espace domestique à la ville, une succession d’appropriations ».

5/ En 1978, l’EPA de la ville nouvelle de Cergy Pontoise lance le concours des immeubles de ville. Il s’agit de « trouver des réponses architecturales à un urbanisme établi avec rigueur et précision ». Le N°47 de La revue AMC consacre plusieurs articles à la philosophie de ce concours tandis que le livre d’Emilio Tempia, « Pour une architecture urbaine » aux éditions du Moniteur, retrace l’histoire du concours, analyse les projets lauréats et fournit une appréciation des projets les plus significatifs parmi ceux qui ont été écartés par le jury, sans que l’on sache si celle-ci provient du jury ou de l’auteur du livre ; sans doute des deux à la fois. Trois projets participatifs son mentionnés, celui de Lucien Kroll, celui de Christian Hunziker et celui de l’atelier Piano&Rice qui constitue un exemple de maisons évolutives.

Il est reproché au premier de rejoindre le totalitarisme du « Mouvement moderne » des années trente auquel il s’oppose, en imposant une architecture soit-disant populaire.

Au second il est reproché d’opter pour une architecture sculpture ( en pâte à modeler) jugée primitive et sensée ouvrir le dialogue avec les futurs habitants. Enfin au troisième il est reproché de placer l’outil technique au cœur du projet. « Par delà les discours sur la participation des habitants à la construction de leur maison et à la conception du paysage urbain, il y a le rôle de l’architecte qui est à la fois compositeur et chef d’orchestre et qui est là pour imposer sa partition ( le mécano industrialisé) aux futurs habitants. Cette proposition a donc une allure technocratique beaucoup trop nette… ».

Le projet présenté par jean Nouvel en association avec l’association des ateliers communautaires préconise « L’élaboration conjointe ». Les architectes conçoivent un projet répondant aux contraintes urbaines définies par l’EPA . Le projet est conçu comme étant un support architectural fortement marqué qui sert de préalable aux expressions ultérieures des habitants. Emilio Tempia prend cette équipe à revers endossant les habits du militant d’extrême gauche : « Est-ce bien là de la participation ? N’est-ce pas une illusions ou une caricature de participation ? »  Du point de vue d’emilio Tempia, le projet relève du bricolage. Derrière ce rejet systématique pointent les appréhensions de l’institution, celle notamment de l’EPA qui doit vendre le terrain le plus vie possible : Il en va de sa propre survie. « Comment faire participer une population inexistante à la définition de son milieu de vie ? Comment assurer la gestion des terrains en attendant le projet ? Comment éviter les terrains vagues ? Comment rémunérer le temps de négociation des architectes qui n’ont pas tous l’élan missionnaire requis? » 

6/ En Mars 1979, le Plan Construction publie un N° spécial consacré à l’ Information sur : « L’.Habitat et formes d’intervention des habitants ». Albert Mollet aborde trois sujets : les quartiers neufs, la réhabilitation des grands ensembles et l’expérience à l’étranger. P. Lefèvre présente les activités des ateliers communautaires à Cergy-Pontoise : « Comment apprivoiser son quartier en ville nouvelle ».

7/ En Avril 1979, le Centre d’information sur les innovations sociales (CIIS) publie une enquête de Dominique Sainte Lagüe sur « l’Habitat Communautaire ».

8/ Le rapport de la commission « Qualité de l’habitat et de la vie quotidienne : être bien chez soi » est publié par l’Union des HLM dans le numéro 44 de la revue H, en Septembre 1979. Yves Delagausie tentera de s’appuyer sur ce rapport pour développer des projets participatifs dans le logement social. Le projet d’Yzeure sera le premier et …le dernier de ces projets.

9/ En fin 1981, Albert Mollet publie « Quand les habitants prennent la parole » aux éditions du Plan Construction Architecture ( Ministère de l’équipement) . Le propos d’A.Mollet porte essentiellement sur trois études de cas :

– La ZAC su Mont Hermé à Saint Brice les Courcelles,

– La réhabilitation du logement social à Nantes

– La concertation conflictuelle de l’Alma-gare à Roubaix.

10/ En novembre 1982, la revue H consacre son N°79 aux « espaces de l’un espaces de l’autre ». Jacques Bon , architecte du groupe autogéré de Meudon Le Val, s’emploie à décrire un vrai travail participatif « remettant en cause l’image traditionnelle de l’architecte » tandis qu’un article est consacré à la maison phénix conçue par Riccardo Bofill.

11/ Février 1984 : Histoires de participer, le N° 93 de la revue H, présente les réalisations du Buisson Saint Louis ; de l’habitat prémédité à la Hayette, du petit Séminaire à Marseille, de Saint Brice Courcelles etc… Les principaux articles portent sur : l’habitat groupé autogéré,( Gérard Courtois), Fontenay sous bois ( Lionel Guypon), Yzeure ( Bernard Kohn) , Chambéry (Daniel Bouchet , les Béalières (Véronique Fasquelle) , l’Alma-Gare et le Fresnoy (Michel Nizri et Serge Petre-Souchet) à Roubaix, d, Port de Bouc (l’OPAC des Bouches du Rhône) . Renzo Piano rédige un article intitulé « Participer : inventer de nouvelles méthodes de travail et de nouvelles maisons » ; Pierre Lefèvre dans un article sur « L’utopie participationniste » critique ce mécano de la générale ; Jens Freiberg regrette « un difficile dialogue architecte-client-usager » ; Jacques Bon nous gratifie d’un article sur « La participation mode d’emploi ». Le tout se conclue par un interview a contrario de Paul Chemetov. Ce N°spécial est édité à l’occasion de l’exposition qui a eu lieu à l’Institut Français de l’Architecture du 31 Janvier au 10 Mars 1984.

12/ Dans le dossier « Histoires d’habiter » constitué par le Plan Construction Habitat, dans le cadre de l’exposition, figurent des articles d’Albert Mollet et du Cerfise ( Marseille), ainsi qu’une présentation du « crayon informatique ».

13/ En Décembre 1985, Michèle Attar-Meyer remet à son commanditaire, l’Union Nationale des Fédérations d’Organismes d’HLM, une étude analysant une dizaine d’opérations participatives : recrutement, programmation, conception, budget, formule juridique, réalisation.

14/ 24 Octobre 1989 , L’Etablissement Public d’Aménagement de la ville nouvelle organise une réunion destinée à faire le bilan collectif des opérations dans lesquels aménageurs et habitants futurs ont pu coopérer, puis envisager les conditions grâce auxquelles ces relations pourront se développer et contribuer à la réussite du projet urbain . Pierre Lefèvre est chargé de rédiger un compte rendu qu’il oublia de diffuser.

Les collectivités locales qui ont succédé à l’EPA n’ont jamais jugé utile de donner suite à cette thématique.

15 / En 1993, N° 44 de la revue Recherche du Plan Construction et Architecture traite de « L’habitat évolutif, du mythe aux réalités ». Dans ce numéro spécial l’auteur, psychosociologue et architecte, Manuel Périanez, part des origines du mythe, pour évoquer l’évolution de l’habitat traditionnel japonais pour analyser les attendus et les réalisations contemporaines de la SAR ( Hollande) d’Alexander ( USA) et des quelques rares architectes français qui se sont préoccupés de l’habitat évolutif de 1975 à1993. Cette étude débouche sur une enquête auprès des repreneurs de logements personnalisés. Manuel Périanez avait analysé, en 1986, le déroulement et la problématique de l’atelier des habitants des Longues terres à Vauréal ( Cergy-Pontoise). Déjà bien avant, en Février 1972, Manuel Perianez avait étudié « les logements à plan adaptable de Montereau_surville » une opération de 36 logements construits entre 1957 et 1966 sur les plans des architectes Xavier&luc Arséne-Henry. Il s’agissait d’un immeuble expérimental dont les appartements resteraient libres de cloisons, celles-ci étant disposées à la volonté des locataires.

16/ En 1995, le N°358 de « Territoires », la revue des acteurs locaux, aborde la participation des habitants sous l’angle de l’atelier d’habitants conçu comme outil de contrepouvoir, notamment à la Grande Synthe et à l’Alma-Gare.

17/En 1998, « The Structure of Ordinary » N.J Habraken, l’initiateur de la SAR à Eidhoven, publie aux éditions du MIT, à Cambridge , USA, un livre passionnant sur la forme et la maîtrise de l’environnement construit, un concept « qui n’englobe pas seulement les bâtiments, les rues et les infrastructures, mais aussi les gens qui agissent sur eux. L’interaction incessante entre les gens et les formes qu’ils habitent est un aspect fondamental et fascinant du « Built Environment ». Il dénonce la tendance totalitaire de certains architectes qui voudraient à eux seuls et sans la population contrôler l’îlot , le logement et son mobilier. La plupart d’entre eux conçoivent l’architecture de l’habitat comme un objet singulier dont ils ont le monopole. Et pourtant « Vitruve ne s’est jamais intéressé à l’habitation ». Aux yeux d’Habraken le quartier et pas seulement l’immeuble, devrait être le support d’une participation collective. 

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La participation à la une

 

LA TUILERIE A YZEURE

Cette opération de 30 logements locatifs a été réalisée à 500 mètres de la mairie, en périphérie Est de Moulins. Le Député Maire d’Yzeure, J.P.Desgranges confie à l’architecte Bernard Kohn un projet d’habitat qu’il veut participatif :

« Ils faut que les logements répondent à trois critères essentiels à mes yeux :

– Intégrer harmonieusement le projet dans un cadre urbain agréable 

– présenter un caractère social d’un coût accessible

– être de bonne qualité qui réponde par leur conception aux besoins et goûts des futurs habitants 

La mise en place d’un atelier d’habitants vise à prouver que l’acte de bâtir est par essence œuvre collective. Penser un ensemble au cadre dans lequel on peut vivre pour s’y retrouver mieux ensemble demain, c’est faire confiance à l’imagination, à l’initiative, au réalisme, à la solidarité. Cette expérience originale dans notre région peut et doit réussir ».

Après une campagne d’information de cinq mois, un atelier des habitants s’est réuni deux fois par mois pendant quatre mois. L’architecte qui avait l’expérience du groupe autogéré parisien du Buisson Saint Louis à Belleville fréquentait le M.H.G.A. Il fait donc appel à Y.Delagausie pour réunir les futurs habitants et animer l’ateliers de programmation du plan masse et des plans programmes. Bernard Kohn a conçu le plan masse en répartissant les groupes de voisinage de part et d’autre d’un petit mail planté axé sur un projet de kiosque servant de local commun, en fond de perspective. Le permis de construire est déposé en Mai 1983. Le chantier est ouvert en début 1986 et achevé au début de l’été 1986. Le projet n’a qu’un étage. Une trame de 4×5 mètres permet de couvrir un séjour ou deux chambres. Cette trame se prolonge à l’extérieur par des portiques destinés à être recouverts de plantes grimpantes. Trente ans après l’installation des locataires, le mail n’a été planté que d’un seul côté et le local collectif résidentiel n’a pas été réalisé.

Le mail qui devait être un espace de jeux et de rencontre est occupé par un stationnement linéaire. Les habitations sont situées au dessus de leurs garages, ce qui leur permet de s’ouvrir largement sur des terrasses, et qui , en contre partie, plombe les façades sur rue .

Les duplex ont un séjour en rez-de-chaussée. Entre les cinq groupes d’habitations des petits espaces verts sont structurés par les portiques qui prolongent la trame architecturale et portent, dans le meilleur des cas des plantes grimpantes et augmentent ainsi la présence végétale. Pas de local collectif au bout du mail. L’architecte s’est heurté à l’inertie d’un Office départemental d’HLM de Moulins qui ne s’est pas du tout investi dans le projet. Trente ans après la construction, aucun travaux d’entretien n’a été fait. Et pourtant la loi fait obligation à toute société d’HLM de consacrer une part des loyers aux travaux de rénovation. On n’ose pas imaginer une automobile qui ait été négligée à ce point…La honte.

LES BÉALIÈRES A MEYLAN

Si le MHGA a été le principal promoteur, en France, de l’habitat participatif dans les années quatre vingt, il n’a pas été le seul comme en témoigne le projet des Béalières qui doit sa réputation à son caractère pionnier. Du milieu des années soixante dix jusqu’au milieu des années quatre vingt, l’habitat participatif correspondait à des attentes aussi bien militantes qu’institutionnelles. Le MHGA n’en avait pas l’exclusivité. Bon nombre de projets autogérés avaient été réalisés avant que ne soit créé le MHGA ; Par ailleurs un certain nombre de projets se sont réalisés sans l’intervention du MHGA comme ce fut le cas aux Béalières.

Les Béalières sont situées en limite Sud de la ville de Meylan, aux portes du Gévaudan à 5 km à l’Est de Grenoble. Du début des années soixante au début des années quatre vingt, la population de Meylan est passée de 5000 à 20 000 habitants au fur et à mesure de l’urbanisation de l’agglomération grenobloise. Des personnels de la ZIRST, une zone d’activités dédiée aux nouvelles technologies crée sur le territoire de Meylan et des universitaires travaillant sur le campus grenoblois de Saint Martin d’Hères, tout proche, s’installent à Meylan au pied du massif de la Chartreuse, sur une pente ensoleillée passant de 200 à 1200 mètres d’altitude et bénéficiant d’une belle vue sur la chaine de Belledonne qui lui fait face sur le versant opposé de la vallée de l’Isère.

Pour loger les populations qui arrivent à Meylan, la nouvelle municipalité issue des Groupes d’Action Municipale ( GAM) décide en 1978 de créer une Z.A.C. paysagée sur le site des Béalières. Ce site est traversé de ruisseaux provenant des sources qui abondent au pied du mont Saint Enard ( en Grande Chartreuse ) et irriguent les plantations de chanvre. Les Béalières étaient le nom des femmes qui y travaillaient le chanvre avant la guerre de 1914. La réalisation de la ZAC se déroulera sur 35 hectares, en quatre phases de 1980 à 1988. Dans le premier quartier , 530 logements ont été construit de 1982 à1984 sur 11 hectares. Les logements sont à 50% locatif et à 50% en accession à la propriété. Le maire, F.Gillet, qui est à l’origine de la ZAC des Béalières souhaitait associer l’ensemble de la population de la ville à son projet d’urbanisation. Pour animer et structurer la participation des futurs habitants il crée l’APU, un atelier public d’urbanisme qui deviendra l’APEUQ : Atelier Pour un Environnement Urbain de Qualité. « Le projet de ville neuve laissait planer une inquiétude dans la population existante: La ville de Grenoble allait-elle déverser ses « arabes » dans la ZAC ? Il a fallu écarter cette mauvaise image et ré-affirmer que la ZAC était destinée à tous les meylanais mais également aux personnels des entreprises venues s’installer à Meylan ». Gine Vagnozi qui a dirigé l’APEUQ après avoir été l’une des deux animateurs de l’APU raconte : 

« Trois commissions ont été créées ; l’une pour sur l’habitat, une autre sur l’environnement, et une troisième sur les équipements. La place de l’école a fait l’objet de nombreux débats. Nous avions organisé des voyages en Hollande pour visiter des cours urbaines. Certains imaginaient la place de l’école ronde, d’autres carrées, avec ou sans fontaine, d’autres enfin insistaient sur la présence de services de proximité…L’école a été implantée le long de l’axe piétonnier, dans un espace arboré. Un local destiné aux jeunes qui font de la musique a été intégré. Après une année de travail sur l’ensemble de la ZAC, une vingtaine d’esquisses de synthèse ont été dessinées puis exposées et intégrée au dossier remis à la municipalité et à l’urbaniste .Tout le monde voulait tout et son contraire. Cela nous a aidé à comprendre la complexité des enjeux. Un an avant l’ouverture du chantier bon nombre de logements étaient déjà attribués à des candidats venus d’un peu partout ».

Le projet d’urbanisme

Les Béalières étaient devenues des friches agricoles où ne subsistaient que quelques serres maraîchères. Selon Gine Vagnozi «  Les gens voulaient préserver les haies et les arbres existant et éviter ainsi l’envahissement du site par le béton. Tout le monde voulait protéger le milieu humide et végétalisé existant dont les parties les plus intéressantes ont été clôturées pour devenir par la suite les espaces verts de la ZAC. Le principe d’une trame verte a permis d’assurer la continuité des espaces libres et de maintenir la richesse de la flore comme de la faune pré-existantes. Le terme d’espace vert a été prohibé en raison de ses connotations d’espace aseptisé. L’urbaniste Charles Fourrey a été chargé d’imaginer un morceau de ville « noyé dans la nature ». En présentant une trame carrée dont la maille était de 75 x 75 mètres, Charle Fourrey a déclenché une polémique. N’allait-il pas réinventer la ville carcérale ? Cette trame reprenait la trame pré-existante des ruisseaux d’irrigation. Il a fallu six mois de débats contradictoires et de voyages à l’appui pour faire passer le message et pour que la trame finisse par s’imposer. Elle a été plus une règle du jeu qu’un plan masse.

Les élus ne voulaient pas que les gens ayant participé aux réunions de l’APU, soient déçus. L’urbaniste a fait des concessions. Il a dû, par exemple, abandonner l’idée de faire traverser la coulée verte nord-Sud par les voitures. La priorité devait être donnée aux piétons. Le trame verte a eu raison de la trame rouge, celle du réseau routier. Les opérations de construction les plus denses bordent un axe piétonnier Est-Ouest qui structure la moitié Est du premier quartier. La définition des espaces publics, le choix du mobilier urbain et celui des revêtements de sol a fait l’objet d’une étroite concertation avec les riverains et un groupe d’architectes qui s’étaient baptisés « Les arpenteurs ».Un axe Nord-Sud perpendiculaire au premier relie le quartier aux équipements urbains de Meylan , notamment au lycée voisin.

En Mars 2000 la ville de Meylan organisait des « Rencontres citoyennes pour le développement durable ». La ZAC des Béalières constituait au début des années quatre vingt une préfiguration de l’ écoquartier . A l’époque l’expérience des Béalières était unique en France : Toujours selon Gine Vagnozi « La trame verte a été dessinée dans l’herbe. Chaque dimanche des habitants venaient pique-niquer sur le futur emplacement de leur logement. Une fraternité de voisinage s’est mise en place pendant la période de gestation des projets. Les futurs habitants s’approprient le projet pour ensuite mieux le gérer. Ce processus favorise la cohabitation de populations variées en âge, en choix de vie, et en moyens selon qu’ils sont locataires ou propriétaires. Certains habitants souhaitaient une architecture bioclimatique. Deux groupes de 7 et de12 copropriétaires ont assuré la maîtrise d’ouvrage directe d’un petit immeuble intermédiaire et d’un groupement de maisons de ville ; Un troisième groupe de 13 locataires a pu lui aussi réalisé son immeuble ».

Le point de vue de l’urbaniste, Charles Fourrey

« Aux Béalières la circulation automobile est venue après la définition de la trame verte et du réseau des allées piétonnes qui lui correspondent. Les automobiles ne sont pas un problème : Elles accèdent là où elles sont indispensables C’est la trame verte qui a permis de positionner les activités et les programmes de construction. L’antinomie entre cette trame unitaire et la multiplicité des projets d’habitat dont l’architecture est diversifiée, fait le charme des Béalières . Une douzaine d’équipes d’architectes ont participé à la première tranche de la ZAC. Il leur était demandé de créer des séquences urbaines autour des espaces publics plutôt que des objets isolés. L’APU leur a demandé de s’abstenir de dessiner pendant un mois au moins et de prendre le temps de rencontrer les habitants et de s’imprégner du site. Cette lenteur relative a permis de croiser la prise en compte du patrimoine paysager du site et du patrimoine mental de la population. Les parcours de l’eau ont été respectés et les sources ré-ouvertes à la fin du chantier. Un étang et un parc urbain inaugurés en 1994 constituent aujourd’hui le cœur vert des Béalières . Lorsque les habitants s’associent au travail des urbanistes, cela pose des tas de problèmes : D’abord il est intéressant d’observer la façon dont les gens ont envie d’intervenir et à quel moment du processus. Les immigrés n’imaginent pas ce qui peut leur arriver au delà d’une quinzaine de jours. D’autres attendront, sans sourciller, deux ou trois ans un logement en accession pour lequel ils sont très motivés. Nous ne disposons pas assez de procédures participatives rapides. Les procédures devraient être diversifiées selon la nature des problèmes posés et les particularités de la population. Le mode d’attribution des logements devrait se faire en amont par des pré-attributions. Les plans de permis de construite qu’on nous demande sont trop précis, trop déterminés. Lorsque les gens participent les plans s’affinent, se modifient jusqu’à l’avant projet détaillé…. ». 

Les groupes d’habitat participatif

Le Maire a lancé un appel aux habitants qui fréquentaient l’APU : « Regroupez-vous ; Choisissez un architectes et concevez votre habitat. C’est ainsi que trois groupes se sont constitués et ont réalisé leur immeuble ; le groupe HELIX ( 7 foyers) et le groupe Le Saule (12 foyers) en accession et un groupe de 13 locataires : les Naïfs . Les trois immeubles de trois niveaux ( R+2) sont proches mais isolés les uns des autres par des bosquets opaques et des rideaux d ‘arbres. On y entre au Nord-Ouest, coté Chartreuse, tandis que coursives et balcons se tournent vers le soleil et le massif de Belledonne.

LE GROUPE HÉLIX

Hélix est un nom d’escargot, cet animal qui porte sa maison…en prenant son temps. C’est aussi le nom grec de la spirale, cette figure qui en tournant s‘éloigne de son point de départ. C’est enfin le nom d’un groupe de sept familles qui ont réalisé leur habitat aux Béalières. Pour répondre à l’appel de la municipalité un premier groupe de neuf familles, provenant en majeure partie de la Villeneuve de Grenoble, se réunit en fin 1978 , choisi l’emplacement de son projet d’habitat dans la trame de la ZAC et commence à définir son projet. L’un des futurs habitants, architecte salarié, construit une maquette entièrement démontable. Le temps passe et le montage financier s’avère difficile. Le groupe décide, en 1982, de déléguer la maîtrise d’ouvrage à l’OPAC 38 qui apporte sa garantie financière au projet moyennant des honoraires raisonnables (1,17% du coût d’objectif). D’un commun accord le groupe et l’OPAC choisissent un architecte extérieur, Jean Achard. Le premier dossier de permis de construire est refusé : la hauteur des gouttières dépasse légèrement ce qui est autorisé par la réglementation. Le cabinet d’architectes où travaille l’architecte salarié membre du groupe prend la suite des études. Trois familles quittent le projet. Une nouvelle famille arrive, celle du directeur de l’OPAC. C’est donc sept familles comptant vingt enfants qui prendront finalement possession de leur logement en été 1984. Le chantier s’est déroulé normalement : un seul remplacement d’entreprise à la suite de l’une d’entre elle. Le coût du projet se décompose en 71% de coût de construction, 18% de coût du terrain (les 12222 m2 au sol des bâtiments),11% de coût d’études, d’assurances et de frais de notaire. Prix du terrain : 135 euros/m2 ; coût du m2 habitable : A peine en dessous de 1000 euros. Il suffit de multiplier ces chiffres par trois pour se faire une idée des coûts d’aujourd’hui, en 2013.

Le plan d’ensemble du projet est en croissant ouvert vers le Sud. En rez-de-chaussée se trouve une salle commune attenante à l’entrée de l’immeuble , un studio permettant d’accueillir des hôtes, une chambre d’ami, un atelier de bricolage et un garage à vélos ; En tout 82 m2 de locaux communs. Les sept logements ont une surface moyenne de 120 m2 chacun. Les 2400 m2 d’espaces extérieurs ne sont pas privatisés. Il n’existe aucune limite de propriété : la commune est restée propriétaire de l’espace extérieur qui est loué aux habitants signataires d’un bail emphytéotique de 75 ans.

Six sur les sept familles d’origine vivent encore dans les lieux. Le jeune couple qui a remplacé la seule famille qui a quitté le groupe, a pleinement intégré le groupe, malgré les différences d’âge. L’association des copropriétaires continue à gérer les espaces communs. Les enfants qui ont quitté leurs parents pour fonder une famille sont restés en contact entre eux et viendront des quatre coins du monde, en 2014, fêter les trente ans du groupe. L’un d’entre eux travaille en Chine dans une région qu’il aime faire visiter à ses anciens camarades d’Hélix. Paul Giaume qui est un des fondateurs, pas le moindre, du groupe et de son projet est toujours prêt à envoyer ses documents financiers et juridiques aux groupes en cours de création.

Les LCR aux Béalières

Le premier local résidentiel a été construit pour accueillir les ouvriers du chantier de la ZAC. Il abritait une cantine et des douches. Il a été transformé en maison des associations. Cinq locaux communs résidentiels ont été construits dans la ZAC. Il s’agit de locaux d’environ 40 m2 qui ont été gérés par les associations riveraines pendant un certain nombre d’année puis rétrocédés à la municipalité à l’exception d’un local dont la gestion est assurée par un petit groupe de riverains particulièrement dévoués « Certains habitants méritent qu’on leur construise une statue ».L’urbaniste a placé au carrefour de quatre rues à l’entrée Nord des Béalières un kiosque destiné aux adolescents. Bien qu’il soit très fréquenté la position de ce kiosque au milieu d’un rond point spacieux évite toute incidence sonore sur le voisinage. Placer un tel local à la croisée des rues est d’autant plus pertinent qu’il correspond parfaitement au besoin qu’ont les jeunes adolescents de sortir de chez eux sans trop s’éloigner, tout en gardant la liberté de sortir facilement de leur quartier. Les groupes autogérés ont été dispensés de payer la surface réglementaire de m2 sociaux résidentiels puisqu’ils avaient financé des salles communes en principe mises à disposition du quartier sur demande.

Avec le recul du temps le quartier des Béalières s’est avéré être une réalisation pionnière à plusieurs titres : Ce quartier est une préfiguration du concept d’écoquartier tel qu’il a été mis en place à la suite des Agendas 21 dans une douzaine de villes avant d’être institutionnalisé à la suite du Grenelle de l’Environnement. Le quartier des Béalières à Meylan a également montré, dès le milieu des années soixante dix, que l’implantation de groupes autogérés, à l’échelle d’un voisinage, s’intégrait tout naturellement à la conception d’un quartier urbain durable.

LE GROUPE DES NAÏFS

Fin 1979 un groupe qui avait un projet d’habitat collectif, prenant connaissance de la création de la ZAC des Béalières à Meylan, se réunit régulièrement pour élaborer son projet d’habitat autogéré. Au fur et à mesure de la réflexion, une partie du groupe souhaitait vivre ensemble dans un habitat communautaire. L’autre partie souhaitait à la fois son espace familial avec une mise en commun d’espaces collectifs. C’est cette deuxième option que le groupe, élargi à 12 familles, va retenir.

Le choix de l’architecte se fait par connaissances d’un membre du groupe. Il amène ses conseils bénévolement dans un premier temps. Au moment de concevoir le projet, il est plébiscité par le groupe et adopté par la société HLM. Le groupe prend contact avec plusieurs bailleurs sociaux. Le choix se porte sur le SA d’HLM de Voiron, devenue PLURALIS .

Entre 1980 et 1984 le groupe travaille sur son projet en étroite relation avec la Mairie et la société HLM. Afin de se constituer des espaces collectifs il est décidé d’amputer chaque logement de 12% de la surface habitable et de les mutualiser.

Le Ministère du logement donne son accord pour que le coût des espaces communs soit intégré aux loyers de chacun. Fin 1984, une convention est signée entre le groupe constitué en association et la société HLM. Elle fixe les relations entre les deux parties pour la gestion des espaces communs et le mode de remplacement d’un locataire en cas de départ.

Le directeur de Pluralis a soutenu activement cette démarche pour surmonter les obstacles et créer des relations plus conviviales entre bailleurs sociaux et locataires. En Juin 1985 les douze familles auxquelles s’est adjoint un jeune adulte du groupe, s’installent dans un immeuble de treize appartements.

Les locaux communs

Les surfaces des parties communes ont été soustraites aux surfaces réglementaires des appartements selon un ratio de 12% de la surface habitable totale. Les locaux communs n’ont donc pas entrainer de surcoût.

A l’Ile d’Abeau, le groupe de la Viorne avait ajouté les locaux communs aux surfaces standard des logements, ce qui a généré un surcroît de charge. Le groupe a dû se dissoudre en 2003 parce que la moitié du groupe des locataires ne pouvait plus payer la part des loyers correspondant aux locaux communs.

Les locaux communs du groupe des Naïfs se répartissent entre une buanderie, une salle commune et sa cuisine qui servent pour les activités collectives ou familiales et une salle de jeux pour les enfants. « Un membre du groupe peut retenir la salle à titre personnel pour accueillir une activité ou une réunion de quartier. Mais le groupe ne gère que les usages internes. Vivre en collectif prend déjà du temps. La participation à la vie associative et de quartier relève de l’ engagement personnel  ».

La gestion

« Nous sommes des locataires en or ; nous avons tous refait notre logement. En trente ans il n’y a pas eu d’impayés. Nous gérons les parties communes de façon exemplaire. Le représentant de Pluralis vient une fois par an pour faire le point. Dans ses autres opérations il passe plus fréquemment. Périodiquement, nous organisons un week-end pour faire le ménage ensemble, et un autre week-end pour le jardinage et l’entretien des espaces verts. Ne viennent que ceux qui sont disponibles et motivés. Personne n’est contraint de participer. Souvent une famille qui n’a pas participé nous invite le midi pour un couscous. C’est bien comme ça ».

Dans les premières années le groupe se réunissait une fois par mois. Il y avait beaucoup à dire sur les défauts de finition. Il lui est arrivé de faire la grève des loyers. « Avec le temps nous nous sommes aperçus que nous pouvions prendre des initiatives sans pour autant que tout le groupe soit d’accord …Nous prenons les décisions à la majorité ou au consensus. Aujourd’hui le mode de décision a perdu de son importance. Les enjeux sont pacifiés. Nous souhaitions associer à nos discussions les enfants devenus adolescents ou adultes. C’est difficile parce qu’ils viennent, disparaissent puis reviennent. Ils sont pris par leur vie à l’extérieur du groupe ». Trois personnes se relaient pour assurer la gestion de l’association et la comptabilité et chacun, selon les périodes, trouve sa place en fonction de ses compétences et de sa motivation ( bricolage, jardinage, lien avec l’extérieur…)

Le renouvellement des locataires 

Quand une famille quitte l’immeuble, le groupe propose des remplaçants à Pluralis. Le bailleur se saisit de leur dossier pour vérifier que les revenus n’excédent pas les plafonds de la location sociale. Le groupe informe toute nouvelle famille de l’histoire du groupe et lui soumet la convention qu’elle doit respecter. Elle doit notamment accepter de payer le surplus de charges correspondant aux locaux communs. Quatre familles parmi celles qui ont été à l’origine du groupe vivent encore dans l’immeuble. Il y a eu une vingtaine de mouvements depuis 1985.Lorsqu’un logement se libère, une priorité est donnée à des mouvements internes pour permettre une adaptation du logement à d’éventuels changements de situation dans les familles.

L’ALMA GARE

A l’Alma Gare, il s’agit d’une lutte urbaine originale conduite par des syndicalistes du monde ouvrier, dans une banlieue industrielle sinistrée. Comme la plupart des luttes urbaines menées en Europe, à l’époque, par des populations menacées d’expulsion , elle commence par une révolte des habitants contre le scandale des courées dont les projets de réhabilitation puis de destruction n’ont cessé d’être reportés de 1965 à 1977 En 1974 les habitants, excédés, créent l’Atelier Public d’Urbanisme, l’APU qui s’insurge contre la menace d’une rénovation-bulldozer à laquelle il recherche une alternative. La résorption de l’habitat insalubre concerne un territoire de 15 hectares. En 1977 le nouveau Maire prends le problème à bras le corps et avec l’APU choisit une équipe d’architectes :Ausia (Verbiest et Benoit) dont les réalisations dans le Nord de la France avaient été remarquées. Aux yeux du couple de syndicalistes Mr&Me Léman, qui représentaient la population des courées auprès des institutions et de la presse, le choix d’un architecte  reconnu était, en soi, très valorisant, pour ne pas dire une victoire inespérée, plus que suffisante. Ils n’ont jamais revendiqué la participation des futurs habitants sans toutefois s’ opposer à l’intégration d’un groupe autogéré de 8 familles qui s’est doté de 100 m2 de locaux collectifs et qui s’est intégré au projet d’ensemble. A l’époque une équipe opérationnelle permanente de l’Alma-Gare, l’EOPAG, assure une coordination interpartenariale pour la réalisation d’un premier projet de 360 logements auquel s’ajoute 80 logements destinés aux personnes âgées qui seront dispersés dans le nouveau quartier. Le projet prévoit alors 2800 m2 de bureaux, une imprimerie, un atelier cuisine, une école « ouverte », celle de Fontenoy-Frasey. « Des pans entiers de l’organisation sociale actuelle sont interpellés par ce processus ». L’APU demande des crédits d’heure pour les délégués du quartier qui participent à la mise au point du projet d’ensemble et travaillent ainsi à l’élaboration du projet. Une critique de la programmation technocratique est faite : « Dans la majorité des opérations d’Urbanisme, c’est la logique techniciste qui prime. La concertation et la participation des usagers viennent, de toute évidence, déranger en faisant intervenir la logique d’usage…La concertation et la participation relativisent le savoir technique comme savoir partiel…le système de la participation fonctionne à l’Alma-gare et, jusqu’à présent se révèle d’une productivité bien meilleure que le système ancien, parce que la productivité devient globale. Mais cette productivité ne vient que parce que le politique à Roubaix aura une fonction essentielle : celle d’arbitrer. Le jeu de la participation n’est productif sur le plan opérationnel que si c’est un jeu à trois et s’il y a un arbitre, il paraît réaliste que l’arbitre soit le politique… »

LA ZAC DE BRICE LES COURCELLES

En 1978 la commune de Brice les Courcelles qui compte 2500 habitants se préparait à accueillir une population de 1200 habitants soit de la moitié de la population existante sur un tiers du territoire communal. Le maire, Jean Claude Fontalirand, souhaite alors responsabiliser les nouveaux habitants et mobiliser les anciens en les associant à la conception de la ZAC du Mont Hermé. Il veut réussir une greffe sociale entre l’ancien et le nouveau village et éviter la création de deux communautés qui s’ignorent. Pour cela, une méthode : La participation de tous à la création du nouveau quartier du Mont Hermé. « Les citoyens encadrés, fichés, surveillés, perdent chaque jour un peu plus le sens des responsabilités et se sont habitués à la démocratie de délégation en se contentant, quand ils le font, d’aller voter tous les cinq, six ou sept ans ». Le Maire regrette que la politique du logement soit réduite à une politique de la construction.

Le Maire crée une Commission Générale extra-municipale composée d’élus, de techniciens, et d’habitants. Cinquante personnes en tout se réunissent pour concevoir, en deux ans, un schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme ( SDAU). Les années suivantes, le rôle de la commission a été de coordonner tous les projets de la ZAC. Cette Commission est l’équivalent du groupe de pilotage préconisé par le MHGA dans l’habitat participatif social . « La concertation contribue à redéfinir le rôle de chacun, à affirmer le rôle principal des élus locaux et à faire apparaître un nouveau partenaire : les habitants ». L’urbanisation qui prévoit la construction de 450 logements et de leurs équipements s’échelonnera sur une dizaine d’années. Il s’agit bel et bien de sortir du registre de la production de masse pour rendre la participation possible. Les objectifs du Maire sont :

– une bonne intégration de la nouvelle population,

– une bonne qualité de l’urbanisme,

– une intégration des équipements publics,

– l’engagement de tous les intervenants

– une réflexion sur comment faire perdure l’esprit de participation.

Lors de sa première séance, en Décembre 1978, la commission générale extra-municipale n’avait réuni que douze personnes ; Le Maire a voulu sortir les anciens de leur torpeur, selon l’expression de l’instituteur qui figurait parmi les premiers à avoir répondu à l’appel municipal. Pour ce faire il a publié dans le journal de sa ville des images de barres et de tours qui ont provoqué un début de mobilisation. En Janvier 1979, 25 personnes étaient présentes ; En Avril elles étaient 40. Pendant deux ans la commission a réuni, en moyenne, une cinquantaine de personnes habitant le village préexistant, pour réfléchir au Schéma Directeur d’Aménagement et d’urbanisme (SDAU) du futur quartier du Mont Hermé.

Le SDAU esquissé par la commission dispose le nouveau village en partie Sud-Ouest du site tandis qu’au Nord les îlots urbains entourent un parc de 2,5 hectares. Le programme porte sur 450 logements dont 60% en location et 40% en accession. Des équipements de proximité tels qu’une bibliothèque, un restaurant et un groupe scolaires, un centre de loisirs et 1500 m2 de commerces, sont disposés autour d’une place centrale. Deux hectares de jardins familiaux sont prévus (70 parcelles de 150 à 280 m2) ainsi qu’un terrain d’aventure linéaire de 8000 m2 destinés à la jeunesse. Un axe de vue relie la ZAC à la cathédrale de Reims.

Des sous-commissions thématiques traitent de l’urbanisme, de la santé, de la jeunesse, de la place de l’automobile, du jardinage, de l’autoconstruction…L’aménageur, une fois choisi , approfondira l’étude du SDAU pour aboutir au plan masse de la ZAC. Ce plan masse achevé les services municipaux et les commissions commencent à recevoir les nouveaux habitants. Les locataires étaient désignés dès le démarrage de la conception d’une tranche de cinquante logements. Ils devaient répondre aux critères HLM et être volontaires pour participer à la conception et attendre trois ou quatre ans avant d’emménager. La municipalité diffuse alors un livret d’accueil, organise des expositions et des voyages d’étude.

Parce qu’elle voulait éviter la prévalence des critères de rentabilité financière, la Commission Générale extra municipale a attendu l’achèvement du SDAU et la rédaction d’une charte avant de choisir l’aménageur, l’Effort Rémois, connu dans la région pour son goût de l’innovation et son aptitude à prendre des risques. L’aménageur a accepté l’exigence de transparence comptable et le respect d’un cahier des charges qui précisait les relations contractuelles entre chacun des intervenants. L’aménageur a créé une équipe de maîtrise d’œuvre urbaine à laquelle participent les techniciens, les opérateurs et les habitants. Ainsi des représentants des habitants ont participé aux appels d’offre.

L’équipe d’architectes Borderioux-Di Legge-Renaud préconise une urbanisation en îlots regroupant chacun entre 40 à 50 logements. La Commission extra-municipale souhaite diversifier l’architecture en attribuant une douzaine de logements par équipe de maîtrise d’œuvre. Plusieurs groupes d’habitants et plusieurs architectes composent un même îlot. Ce fractionnement de la commande a favorisé le travail de groupe avec les habitants locataires ou accédants tout en s’inscrivant dans une typologie urbaine structurante. L’architecture urbaine du quartier s’apparente à celle du projet hors concours remis à l’Etablissement Public de Cergy-Pontoise en 1976 par les architectes de Mars 76 et les Ateliers communautaires. Humbert Di Legge et Gilles Borderioux faisaient alors partie de l’équipe de Mars 76. Le N°45 de la revue Créé (Décembre 1976) relate le concours de 1976 dans «  Maisons de ville hors concours pour Cergy-Pontoise ». Au Mont Hermé, la création d’îlots vient « corriger » le caractère informel du projet de Cergy-Pontoise. Ceci dit, les espaces publics sont moins cadrés au Mont Hermé qu’à Cergy-Pontoise.

La plaquette rédigée par François-Xavier Tassel reste très discrète sur le choix et le rôle des opérateurs et sur le mode d’attribution des logements en location.

. Une définition des nouveaux rapports institués entre maître d’ouvrage et habitant est toujours valable plus de trente ans après la réalisation du quartier du Mont Hermé : « L’organisme constructeur met au service des habitants sa compétence en matière technique, administrative et financière et leur transfère son pouvoir de décision pour ce qui relève de la conception individuelle et collective du bâti ».

Les urbanistes avaient esquissé un parcellaire indicatif tout en se donnant la liberté de l’adapter aux différents modes de regroupements des habitants qui vont de la maison individuelle sur sa parcelle aux appartements sur deux étages en immeuble. Chaque groupe d’habitants disposait de trois mois pour coopérer avec l’architecte à la conception de son habitat. Des architectes, notamment Humbert Di Legge, ont travaillé, chacun, avec une douzaine d’habitants. Deux groupes d’habitat autogéré, l’un de sept, l’autre de cinq familles se sont intégrés au quartier et ont été réalisés. Le parcellaire a été adapté à la taille des groupements et à leur densité. La typologie va de la maison de ville au petit immeuble de deux étages sur rez-de-chaussée. Humbert Di Legge a exprimé sa déception : « Les habitants ne sollicitent jamais une architecture différente qui aurait remis en cause les archétypes auxquels ils étaient attachés. L’activité des futurs habitants fut encore, à notre avis, trop centrée sur l’espace intérieur, faute d’une impulsion plus grande des maîtres d’œuvre pour replacer l’habitat dans un contexte plus large. Il est vrai que les délais d’étude et de travail avec les habitants furent généralement trop courts à notre gré et trop longs pour ceux qui n’avaient qu’une hâte : voir sa maison sortir de terre et l’aménager au plus vite. Il convient au travers d’une réflexion, d’une information voir d’une formation préalables, d’aider des usagers à sortir des schémas imposés par des images et des clichés tout faits ».Sans doute Humbert avait-il la nostalgie du concours des maisons de ville à Cergy-Pontoise où le mariage des architectes et des habitants avaient généré des architectures très diversifiées. Mais il ne s’agissait alors que de dessiner, pas encore de construire. J’ai personnellement reconduit dans le projet de Yapluka à la Hayette, cette volonté de favoriser cette diversification architecturale que nous étions plusieurs à attendre des processus participatifs de l’époque. Humbert Di Legge constate un fait paradoxal : Les locataires s’intéressent plus à la conception d’ensemble de la ZAC alors que les accédants plus individualiste se préoccupent de leur maison.

Les équipements du quartier du Mont Hermé ont eux aussi fait l’objet d’une approche participative. La commission Générale extra-municipale a mis en place une école maternelle ouverte située entre le parc public et les îlots d’habitation. Les relations entre l’école primaire préexistante, la maternelle, le centre de loisirs et le centre commercial ont été longuement discutées. Un restaurant communautaire partagé a été construit. Par ailleurs la mairie a décidé de porter à 1m 2 la surface prélevée au titre des locaux collectifs résidentiels à raison de 0,75m2 par logement selon la Loi Chalandon. La ville a préféré confier la gestion de ces espaces aux habitants du quartier. Au centre de chaque îlot un espace commun est été aménagé à partir d’un prélèvement de 5% des surfaces des parcelles riveraines.

« Comment urbaniser avec une population dont le rêve immédiat se caractérise par l’individualisme de ses projets, celui du pavillon isolé dans son terrain » ? Un voyage d’étude à la Voluwée à Bruxelles, puis des projections de cités jardins réalisées en début 20 ème siècle ont été organisées pour sensibiliser les participants au niveau du SDAU. « Toute la difficulté consiste à considérer les habitants comme des partenaires effectifs et non comme des gens dont il faut faire l’éducation architecturale ».

La première pierre est posée en Mai 1981. La ZAC se réalisera par étapes de 50 logements par an construits par plusieurs maîtres d’ouvrage. La réussite de ce projet est en grande partie due à la clarté du projet politique et à l’énoncé d’objectifs clairement définis, à la coordination effectuée par la Commission Générale et aux moyens donnés à tous de travailler. Le coût de l’approche participative a été évalué à 1% du bilan de ZAC.

Je remercie les interlocuteurs qui ont contribué à mon travail documentaire : Brigitte Bouvier ( Kolkhoze) ; Michel Broutin ( Eco-habitat-groupé) ;Michèle Drevet ( Les vignes blanches) ; Humbert Di Legge & Gilles Borderioux (architecte de la ZAC du Mont Hermé) ; Olivier Dugas ( architecte des Planches à Orsay) ;Christian Cochy (architecte de la bosse à St Nazaire) ; Daniel Jaunas ( La fonderie) ;Paul Jiaume ( Hélix, les Béalières) ;Bernard Kohn, architecte du Buisson St Louis)

L’architecte animateur

 

Extraits d’une lettre adressée à Albert Mollet, en Avril 1980

A.Mollet était chargé de suivre, au Ministère de l’Equipement, le bon déroulement des projets qui bénéficiaient d’un crédit de recherche au titre de l’expérimentation architecturale.

« Tous les architectes s’accordent à dire que le champ de l’architecture va de l’aménagement du territoire à la conception de la petite cuillère. Encore faut-il que certains architectes acceptent de se consacrer à la conception des petites cuillères, et plus particulièrement à celles qui permettront aux habitants d’ajouter leur grain de sel à la cuisine architecturale.

Une dizaine d’années de pratiques architecturales au service de la vie associative m’amène à faire le point sur des animations culturelles souvent aussi attractives qu’éphémères, à la ville Neuve de Grenoble Echirolles ; Dans une période de préfiguration de la maison de la Culture d’Angers ; A Hérouville Saint Clair, dans la nouvelle maison de quartier. Avec la mise en place des ateliers Communautaires de Cergy-Pontoise, j’exerce de 1973 à 1976 la fonction d’animateur salarié à mi-temps d’une association d’habitants. En 1976, je participe au concours « Maisons de ville » avec des collègues du mouvement Mars 76. De 1978 à 1983, je mets en place deux projets de neuf maisons chacun, sur un terrain réservé par l’Etablissement Public de la ville nouvelle. Dans le compte rendu de la démarche collective, j’analyse quelques unes des difficultés qui compliquent les relations entre les architectes et leurs clients. En 1978, dans le cadre du concours « Immeubles de ville » je m’associe à l’atelier de Jean Nouvel pour proposer plusieurs niveaux d’articulations entre le projet urbain et son appropriation par les habitants. Le jury très influencé par les nouvelles théories réductrices du post-modernisme élimine les vingt projets participationnistes de ce troisième quartier de la ville nouvelle. Il s’extasie devant les cages d’escalier des immeubles sociaux joliment traitées en colonnade. En 1977 je participe à la fondation du Mouvement de l’Habitat Groupé Autogéré à Nantes. En 1980 le MHGA ouvre un atelier des habitants pour élaborer la programmation d’une cinquantaine de logements sociaux au faubourg Montmélian à Chambéry. Je rejoins l’équipe réunie par Yves Delagausie , Urbaforum afin de mettre en place un atelier d’habitants.

Tous ces travaux ont un même objet qui est d’aider les habitants à définir leur habitat. Le fichier du CCI ( datant, comme ma lettre, du début des années quatre vingt) inventorie les expériences participatives françaises dans le contexte européen où de très nombreux travaux analogues existent qui appellent de nouveaux comportements professionnels. Dans la mesure où ce qui aujourd’hui apparaît comme autant d’expériences exceptionnelles et dispersées est amené à se développer, il est raisonnable de penser qu’un nouveau profil d’intervention professionnelle se fait jour. C’est tout au moins la thèse que je défend dans cette lettre.

.Le terme d’architecte animateur vient de l’idée qu’un architecte puisse être chargé d’organiser en amont du projet les meilleures conditions de participation des habitants à la conception de leur habitat. Son objet consiste à donner la possibilité aux habitants qui le désirent, de s’impliquer dans l’élaboration d’un projet d’architecture les concernant. La traditionnelle enquête sociologique sur la nature présumée des besoins laisse place à l’expression directe de la demande ; une demande qui n’est plus figée dans l’interprétation qu’en fait un sondage, mais, au contraire, qui évolue en fonction d’une dynamique de groupe que l’animateur à la responsabilité d’amorcer et de renforcer par un travail collectif, au contact des représentants institutionnels intervenant dans le projet.

. Dans un atelier d’habitants l’individu n’est plus isolé dans l’effet miroir du questionnaire qui le renvoie à ses propres interrogations et l’incite à se rabattre sur des idées reçues et des conditionnements normatifs. Au contraire, face à l’animateur qui lui expose un projet d’innovation sociale, l’habitat réagit en fonction de ses propres envies d’innovation. En intervenant à l’origine d’un projet l’animateur donne crédibilité à un projet ouvert à partir de quelques orientations générales données par les intervenants institutionnels qui lui font appel…

L’animateur architecte travaille avec les habitants pendant leur temps de loisir alors que l’architecte de projet évolue dans un monde de professionnels dont le travail est de construire. Jusqu’à présent cette différence de contexte n’a pas été estimée à sa juste mesure. La plupart des « méthodologies » de la participatives  ont été élaborées par des architectes dont la profession est centrée sur la problématique de la production architecturale. Ces premières méthodes relèvent de l’agence ouverte. Sont absentes les « techniques » de bien être ou d’épanouissement susceptibles d’intéresser les habitants par leur caractère récréatif. J’en veux pour preuve les théories participatives existantes : La combinatoire mathématique de Yona Friedman, les patterns de Ch.Alexander ou les technologies flexibilistes de type mécano appartiennent plus au monde de l’architecte concepteur qu’à celui de l’habitant pendant son temps disponible.

Sans s’en rendre compte l’architecte de projet a tendance à inviter l’habitant à partager son métier, ce qui n’est aucunement l’objet de la participation. L’architecte animateur prend ses distances avec le monde de la construction sans en ignorer les contraintes. Il sert à l’occasion de garde-fou mais sa fonction première consiste à encourager l’habitant à apporter sa contribution spécifique… Grâce au soutien de l’architecte animateur, l’habitant hésite moins à marquer son espace de vie. Par ailleurs il découvre le contexte socio-économique de la production de l’habitat. En rencontrant les différents intervenants d’un projet il accède à une véritable citoyenneté.

Le travail d’architecte animateur n’échappe pas aux critiques qui frappent toutes les formes d’assistance sociale. Il a au moins le mérite d’attirer l’attention sur un manque de participation qui n’est pas un signe de bonne santé ni sociale, ni architecturale. Manifestement ni la critique gauchiste de la société de consommation, ni les systèmes D des technologies alternatives ne libèrent les interventions d’une population dans l’aménagement de son cadre de vie. Les raisons en sont multiples :

– La négation des désirs non conformes aux modèles sociaux dominants.

– L’affaiblissement du MOI dans une société de plus en plus structurée.

– La disparition des cultures communautaires causée par les déracinements successifs d’une population souvent incitée à la mobilité et par la ségrégation fonctionnaliste des générations.

– La peur d’agir pour soi dans une société de services programmés où l’estime de soi est dévalorisée au bénéfice du spécialiste.

L’architecte animateur a un rôle de médiateur entre les professionnels de l’habitat et les préoccupations des candidats au logement… On constate, notamment, l’impuissance de l’administration à contenir le « mitage » de l’habitat pavillonnaire. On constate l’impuissance de l’EDF à contrôler un usage économe de l’énergie. La techno-structure a du mal à expliquer que le petit appareil de chauffage d’appoint branché aux heures de pointe risque de provoquer la panne des réseaux de distribution. Dans l’habitat social institué on constate la désertion et les disfonctionnements des locaux collectifs résidentiels. Quelques exemples entre mille où la responsabilisation des habitants est nécessaire…Elle ne s’opérera pas par le miracle de la spontanéité vantée par des groupes ou des individus extrémistes. Paul Chemetov n’est pas le seul à penser que la participation n’est légitime que lorsqu’elle est revendiquée par la population. Il estime que comme le pouvoir la participation ne se donne pas, elle se prend. Nous risquons d’attendre longtemps.

L’architecte concepteur forme des espaces constructibles ; L’architecte animateur forme des groupes de citoyens capables de participer à la définition de leur cadre de vie. Pour mieux exercer ce nouveau profil d’architecte, il importe de s’informer des techniques préconisées par les sciences humaines qui s’intéressent à la pédagogie, ce que j’ai fait à partir de 1974 en contactant les enseignants du Département des Sciences de l’Education de Vincennes à Saint Denis. Avec Rémi Hess, Lucette Colin Jean Marie Lemaître nous avons présenté en 1975 ( et sans succès) un projet de recherche au CORDA qui consistait à inventorier les techniques d’implication issues du courant psychodramatique, de la dynamique de groupe, du courant du potentiel humain ( Bio-énergie,gestalt, groupes de rencontres) . Il ne s’agit pas pour autant de sombrer dans une psychosociologie de bistrot et de perdre de vue l’objectif architectural. «  Il existe une structuration de chaque individu à l’espace qui s’enracine dans les désirs multiples contradictoires que ne cherche, en aucune manière à démêler l’architecte. On évite cette démarche au nom d’arguments réalistes comme si ces désirs que l’habitant projette sur un lieu de vie n’existaient pas ou n’avaient pas de réelle importance ». Il est clair que les processus d’auto-invalidation renforcés par des processus de normalisation sociétale ne peuvent être ni abordés ni débloqués par un recours « magique » à une technologie constructive, quelle qu’elle soit. L’habitat n’a de rapport au béton armé que dans l’esprit du constructeur. L’habitant préfèrera choisir un papier peint ou accrocher un tableau au mur, un mur dont le matériau lui importe peu. Mes travaux concernant le portrait-paysage consistent à proposer des exercices d’expression faisant la médiation entre l’architecture et les attentes individuelles des habitants vis à vis de l’espace physique dans lequel ils vivent. Certains recherchent un espace très ouvert sur l’extérieur. D’autres au contraire souhaitent vivre dans un espace protégé plus fermé. Certains préfèrent la fluidité et la continuité spatiale, d’autres préfèrent le cloisonnement … Il s’agit d’explorer avec les habitants leurs rapports à leur espace de vie ». Fin du courrier.

L’architecte animateur est attachée à l’idée que la création ne doit pas être exclusivement réservée à une élite de spécialistes mais qu’elle peut se manifester d’une façon diffuse à des degrés divers dans l’ensemble d’une collectivité.

Dans l’ECHO N°19 de la revue des Conseils d’architecture et de l’environnement

( les CAUE) , en Décembre 1980, je suis interviewé sur le thème de l’architecte animateur. Je rappelle que dans les commissions de réforme de l’enseignement lancées par André Malraux et poursuivies par Max Querrien, la volonté générale était de vouloir tremper la population dans un bain de bonne architecture et réciproquement, de tremper l’architecture dans un bain de participation populaire. Depuis lors je me suis efforcé de passer de l’utopie au professionnalisme. Pas si simple. En 1980 il était bien trop tôt pour envisager une formation nouvelle à un nouveau métier. Trente ans après, cela devient souhaitable et possible.

Les locaux collectifs résidentiels

 

Les Planches à Orsay

83 logements. O. Dugas & Van Bellinghen architectes + Habitat-groupé conseil animation

En 1979 la municipalité accueillait les journées nationales du MHGA. Les terrains rares et les loyers chers obligent les orcéens aux revenus modestes à partir dans la ZUP des Ulis. La municipalité décide alors de construire le premier programme d’HLM d’Orsay et souhaite y associer les futurs habitants à condition que cela ne retarde pas la réalisation. Lorsque l’équipe d’animation menée par Y. Delagausie les difficultés surgissent de tous côtés : Qui faut-il informer et de quoi ? Parmi les cent trente familles candidates en mairie, soixante habitent Orsay dont beaucoup s’apprêtaient à quitter la ville sans attendre l’échéance du nouveau projet. Le stand sur le marché sert paradoxalement à décourager une majorité de gens très intéressés mais trop aisés pour avoir droit à un logement HLM. Des employés de mairie, face à l’afflux de nouveaux candidats sont inquiets de voir le projet annoncé sur la place publique et craignent de perdre leur priorité au relogement. Des rumeurs circulent alors selon lesquelles le projet ne se fera pas ou qu’il sera dangereusement « communautaire ». Il faut constater que la négociation des terrains se révèle incertaine. Des permis de construire récents enclavent le terrain affecté au projet municipal aux alentours duquel des projets privés sont en cours que les architectes s’ingénient à englober dans leur programme. Un terrain appartient à deux frères ennemis dont l’un refuse de vendre lorsque l’autre accepte et vice-versa. Un autre partie du terrain appartient à l’association de la paroisse qui approuve le caractère social du projet mais le rend inaccessible en s’alignant sur le prix du marché. Le maître d’ouvrage, la SCIC, attend avec un scepticisme bienveillant que la situation se dénoue en sa faveur tout en rappelant que sur un premier projet de 80 logements, 32 iront aux entreprises par le 1% patronal, 24 à la Préfecture et 16 seulement à la mairie qui désire garder les mains libres pour ses attributions prioritaires et les cas sociaux brusquement à la rue. C’est bel et bien cette situation inextricable qu’il faut expliquer aux habitants venus dans les réunions d’information. Leur réaction consiste à demander des garanties à la municipalité et aux architectes qui n’ont en guise de certitude que leur propre énergie à gagner la partie et qui finalement la gagnent. Au moment où la municipalité obtient le contingent de la préfecture et où les architectes tracent le périmètre définitif du terrain, l’atelier des habitants, lui aussi achève son travail de programmation ; Car l’incroyable a eu lieu : A partir de la liste municipale à laquelle se sont ajoutées de nouvelles candidatures collectées lors de la campagne d’information, soit 145+38, plus de trente familles ont accepté de travailler ensemble une soirée par semaine, pendant quatre mois pour participer à un projet dont ils n’avaient aucune assurance d’être les bénéficiaires. Parmi eux 17 employés, 5 ouvriers du bâtiment ,5 techniciens, 11 enseignants, 9 chômeurs et retraités, 6 cadres, 7 femmes au foyer, tous se sont mobilisés en vue d’autogérer leur futur habitat. Les partenaires du projet après avoir demander à l’équipe d’animation de l’atelier des futurs habitants, d’analyser les candidatures, la maître d’ouvrage social s’était chargé de se travail qui relevait de ses compétences. Toute cela avait pris du temps et le maître d’ouvrage commencer à écarter les quelques candidats qui ne répondaient pas aux critères de l’habitat social mais qui s’étaient déjà bien investis dans le travail de l’atelier. En créant une association loi 1901, les participants de l’atelier décident de se donner les moyens de jouer un rôle dans le déblocage de la situation. Ceci conduit à deux premières conclusions : Contrairement à ce que pourraient penser des élus et des administrations confrontées à des situations très incertaines, la présence des habitants n’ajoute pas à la confusion mais contribue à la clarification du projet, en apportant son appui aux stratégies qui servent l’intérêt public. Dans un projet participatif à caractère social, la participation ne retarde pas le projet contrairement à ce que prétendent les opérateurs qui s’opposent à l’intervention des habitants. L’expérience prouve le contraire.

Les habitants pressent les élus de veiller à la bonne fin d’un projet qui engage la collectivité. Ils maintiennent les opérateurs sous pression lorsque cela est nécessaire. Le déroulement de l’atelier d’Orsay montre également comment s’articulent le travail des habitants et celui des architectes. Ceux ci sont passés d’une attitude d’appréhension et de défiance au départ à une attitude coopérative sans réserve. Yves Delagausie m’a confié l’animation des ateliers dès qu’il a appris que l’ architecte, Olivier Dugas, et moi étions amis puis collègues depuis l’époque dite du Grand Palais ( En 1967 a lieu la première scission pédagogique d’avec l’enseignement académique de l’école des Beaux Arts) .

Au cours des séances d’atelier le travail des architectes s’articule sans difficulté avec celui des candidats au logement. Nous abordons la question du logement sous plusieurs angles de vue : fonctionnalité et organisation des espaces, mais aussi vie sociale et environnement.

Le 25 Septembre ouverture de l’atelier d’habitants à Orsay

Dès le 27 Septembre 1980 , les participants sont invités à construire des sortes d’abris, sur le site. Cette construction permet de sortir de la dictature de la parole et de provoquer d’emblée la formation de petits groupes. Nous disposions d’un sous-bois en pente à côté du local de réunion. Trois groupes construisent des cabanes à l’aide de planches, de plaques de polystyrène et de carton. Dans l’un des groupes un maçon se lance dans une leçon de maçonnerie et explique comment construire des fondations. Son discours paralyse le groupe qui le regarde faire un cube posé tant bien que mal dans la pente. Un deuxième groupe choisit un endroit ensoleillé et improvise une nef ronde avec un système de ficelles et de branchages. Le troisième groupe monte une maquette en fabriquant plusieurs façades d’immeuble en carton qu’ils couvrent de plantes et animent par de multiples balcons décalés a pour éviter les alignements verticaux. Par la suite le premier groupe a disparu pour être remplacé par un nouveau groupe tandis que les deux autres se sont agrandis à partir de leur noyau d’origine.

Plans programmes et portraits paysages 

L’ensemble des expressions est rassemblé en un « portrait-paysage » auquel correspond le « plan programme » de chaque logement proposé par l’équipe d’animation et corrigé par les intéressés. L’exemple de deux logements mitoyens indique comment dans un même groupe de travail et à partir de thèmes communs peuvent cohabiter des différences d’attitude et de plans. Ainsi dans un même groupe de travail, deux familles voisines souhaitant un logement bioclimatique veulent, chacune à sa manières, intégrer des plantes. L’une préfère placer une serre plantée au Sud du séjour tandis que l’autre prévoit de faire de l’ensemble de son séjour un espace capteur où vivre au milieu des plantes en pots qui devraient pouvoir se développer sur toute la hauteur d’un duplex. Les chambres des enfants des deux familles communiqueront à l’étage par une salle de jeux commune. C’est parfois à l’intérieur d’un même logement que deux principes spatiaux coexisteront. Madame Dupont dessine un village au bord de l’eau avec une dominante horizontale. Monsieur Dupont dessine un belvédère à dominante verticale. Leur logement se compose d’une part d’espaces d’activités lumineux et hauts sous plafond et d’autre part d’espaces de repos bas de plafond et peu éclairés ; Entre les deux, un espace de circulation de rencontre et de jeux. Mais comment introduire ces variations dans le cadre de prix « plafonds » ? Le moment le plus difficile est celui du passage de la programmation à de l’architecture constructible. Pour éviter qu’au cours des études opérationnelles ne soient laminés les espaces rêvés, les futurs habitants avec l’aide des animateurs de l’atelier de programmation sont invités à définir de la façon la plus claire le principe d’organisation de leur logement auquel ils tiennent en priorité.

Un plan masse contraint

S’agissant du plan masse les habitants formulent des critiques et des souhaits à partir des propositions des architectes. A Orsay les contraintes du site et la densité du programme ne laissent que peu de latitude. Les architectes tenaient à rester maîtres de la configuration architecturale de l’ensemble du projet. Par contre les décisions des habitants concernant la vie de voisinage ont contribué à différencier les espaces publics : ici une placette ronde, là un segment de rue dotée de nombreux locaux d’activités partagées en rez de chaussé, ailleurs un espace de transition entre la ville, le parking et le projet. Un mini-square planté fait la transition avec les jardins du quartier pavillonnaire environnant. Bien que ce projet urbain soit trois fois plus dense, ses immeubles ne sont pas visibles de l’extérieur à l’exception d’une façade d’entrée au bout d’un linéaire de parking extérieur. Le parking principal est au sous sol. A l’intérieur de l’opération le passage dit des portiques descend la pente du terrain par trois emmarchements successifs, d’une douzaine de marches chacun. Les immeubles de R+3 s’adaptent à la pente.

Au moment de localiser leur logement dans le plan d’ensemble, les habitants ne choisissent pas seulement leurs futurs voisins mais aussi un style d’urbanité allant de la participation active à la tranquillité distante. Il faut de tout pour composer un quartier. Le 3 mars 1984 une visite du projet rebaptisé « Orsay-Les-Sablons » est organisée par le MHGA sur le thème du rapport des groupes avec le mouvement.

Les locaux de voisinage

Les habitants réunis en ateliers ont étudié les plans de leur futur appartement, en réfléchissant à ce qu’ils aimeraient y trouver et à la façon dont ils aimeraient y vivre. Ils ont alors pris conscience que certaines de leurs activités pouvaient sortir du logement, soit parce qu’elles demandent trop de place et peuvent gêner les autres, soit parce qu’il serait plus agréable de les partager avec d’autres personnes. A l’échelle de 6 à 10 familles de nombreuses activités gagneraient à être faites à plusieurs dans un local commun de taille modeste. Ont été successivement évoquées un atelier de mécanique, un local vélos, une halte-garderie pour les plus petits enfants, des salles de jeux pour les plus grands, et pour les adultes des ateliers de menuiserie, de poterie, un labo photo. Pour que plusieurs activités puissent avoir lieu dans un même local, celui-ci doit être polyvalent. On peut très bien pratiquer le yoga dans une salle de réunion. La discussion consiste à départager les équipements qui relèvent de la municipalité et ceux qui concernent la vie de voisinage aux deux échelles de l’îlot et du groupe de logement. Il fallait éviter de créer un équipement qui fasse double usage avec les équipements existant ou à créer dans le quartier environnant ; il existait déjà un gymnase mais pas de terrain de basket. Celui-ci a finalement été aménagé sur le toit d’un parking à l’entrée de l’îlot. Pas question non plus de faire concurrence à la bibliothèque municipale : un simple réseau d’échanges et de mise en commun des livres que l’on garde chez soi après les avoir lus. Pour le labo photo, ce sont des habitants qui mettraient en commun leur matériel dans un local adapté. La création d’une ou deux chambres d’hôte à disposition des habitants qui reçoivent un ami ou de la famille a été envisagée, sans pour autant créer un véritable hôtel. Leur ont été finalement préférés l’entre aide et le prêt de chambre entre habitants.

L’implantation des locaux de voisinage dans le plan masse a suivi, à peu de différences près, celle des habitants qui s’étaient portés volontaires pour en assumer la responsabilité, tout au moins au stade de leur lancement. Les trois principaux groupes d’habitants constitués au fil des ateliers se distribuent les activités de voisinage. Le groupe Ouest habite le long de la ligne de RER .Y sont en principe prévus l’atelier de mécanique, une salle pour les adolescents dont les mobylettes longeraient la ligne de RER, un atelier peinture partiellement utilisé à titre personnel par un artiste peintre, un atelier de menuiserie et un local vélos (stationnement et atelier de réparation). Dans la partie Nord-Est du projet, autour de la place carrée, deux salles communes sont prévues, l’une pour les enfants d’une dizaine d’années, l’autre pour des réunions d’adultes. Une famille s’installe à l’entrée Nord de la place-rue centrale qui mène à la placette demi circulaire, au Sud . Elle souhaite animer l’atelier menuiserie. Le groupe de la partie Centre Sud du projet qui s’enroule autour de la placette en demi-cercle, demande un espace de rencontre divisible en deux parties permettant une fréquentation simultanée des jeunes enfants et de leurs parents. D’autres habitants souhaitent que l’architecte crée un lien entre les plots organisés en demi-cercle dont les habitants souhaitent partager une même buanderie ; Une passerelle sera intégrée au projet architectural. La réunion du 19 Novembre se conclue par une discussion à propos de ce que certains appellent une salle des fêtes ( surboums et mariages) et que d’autres imaginent être une grande salle de réunion ouverte au quartier. Cette dernière serait implantée à l’entrée Est de l’îlot face au parking extérieur. Une autre, plus bruyante, serait placée à l’extrêmité de l’immeuble limitrophe de la placette Sud en demi cercle. En réalité cette salle, l’un des deux seuls locaux réalisés en définitive, est aveugle sur trois côtés. Le quatrième côté est la plupart du temps fermé par un volet métallique. La liste des locaux demandés totalise 290 m2.

En définitive le maître d’ouvrage réalisera deux espaces de voisinage, l’un destiné aux réunions associatives et à certaines activités en salle, l’autre destiné aux activités mécaniques situé à proximité du parking, soit environ 120 m2 financés au titre de locaux collectifs résidentiels, à raison du double de la surface préconisée par la loi Chalandon ( 0,75 m2 x 80 logements x 2) : Un exploit …malgré une part équivalente de renoncements.

Le point de vue de l’architecte

L’architecte, Olivier Dugas, avait été choisi par la Municipalité dès les premières études de faisabilité du projet des Planches. Olivier Dugas avait été chargé d’évaluer les potentialités foncières du site et du cadastre. Yves Delagausie missionné par la municipalité pour ouvrir un atelier d’habitants avait cru bon de préconiser, auprès de la mairie, l’intervention d’un architecte rencontré au MHGA; Le dialogue entre Yves et Olivier étant devenu conflictuel d’entrée de jeu, Yves m’avait demandé de prendre l’atelier des habitants d’Orsay en main : Je connaissais Olivier Dugas qui avait l’expérience de plusieurs projets participatifs à Sèvres. Son diplôme d’architecte traitait du logement, ce qui en 1966 était perçu comme étant une provocation : Une personnalité académique, Maître Zavaroni, très influente à l’école nationale des beaux arts dans les années soixante, avait refusé de participer au jury de diplôme sur un sujet qu’il ne jugeait pas digne de l’enseignement de l’architecture. Olivier était l’un des deux premiers étudiants a vouloir aborder la question du logement, si incroyable que cela puisse paraître aujourd’hui. Le Directeur de l’école des beaux arts avait été appelé dans le jury pour témoigner, le cas échéant, du sérieux des études faites par Olivier. Le projet consistait à réaliser des grands plateaux équipés où un système de cloisons démontables permettait d’adapter les logements aux différentes demandes des habitants. Par la suite ce projet avait été exposé dans les écoles d’architecture de Zurich et de Delphes. Il faudra attendre les années quatre vingt pour constater que les systèmes constructifs flexibles, réalisés le plus souvent en acier et produits industriels étaient trop sophistiqués pour résister aux mauvais usage qu’en faisaient les habitants. « C’était donner une ferrari à un conducteur normal ; La belle mécanique se plante au premier virage ». Les immeubles résidentiels réalisés en high-tech par Marcel Lods ont connu de sévères disfonctionnements. L’architecte Lods a convaincu le jury d’attribuer le diplôme à Olivier qui, quelque temps plus tard, fit ses premières armes avec un sujet dont il était partie prenante : Il s’agissait de concevoir un groupe de quatorze logements à Ville d’Avray avec les habitants comme maîtres d’ouvrage. Il était l’un des candidats au logement.

Au début des années soixante dix, la municipalité de Sèvres lui demande d’élaborer un projet de relogement du fameux squat de la rue des caves , le plus grand squat de la région parisienne à l’époque avec quatre cents personnes occupant le site d’anciennes carrières taillées dans une colline dominant la ville. De 1975 à 1998, avec le Directeur de la société Emmaüs puis avec la société Logirep , Olivier réalise trois immeubles pour une population délibérément marginale composée en partie de jeunes musiciens, une population qui se réduira au fil des études architecturales et au fil des divorces à une quarantaine de personnes. Ne sont essentiellement restées que les femmes y élevant leurs enfants tout en militant dans des mouvements féministes. « Les premières exigences des squatters ne manquaient pas d’originalité ; Pour que les futurs habitants continuent à vivre ensemble, le groupe ne voulait qu’un bloc sanitaire pour tous, situé dans l’entrée de l’immeuble, une sorte de passage obligé. Une seule cuisine pour continuer à prendre les repas en collectif ».

A Orsay les délais de réalisation ont été plus courts qu’à Chambéry bien que l’atelier des habitants ait été ouvert avant même que la maîtrise foncière ne soit totalement assurée. Mais beaucoup d’imprévus institutionnels sont venus contrarier le processus participatif. Avant d’en tirer des conclusions il importe de prêter attention aux propos tenus par l’architecte, trente ans après l’époque de la conception architecturale:

« Quatre découpages majeurs ont orienté le projet de logements locatifs à loyers modérés d’Orsay. Comme tout projet d’envergure celui-ci prend sa source dans une restructuration urbanistique. Le conseil municipal a joué un rôle majeur tout au long du projet. Son rôle politique est essentiel dans le regroupement des parcelles, leur constructibilité et la définition des espaces publics. A Orsay une péréquation a été faite entre les terrains municipaux et les terrains privés acquis pour l’opération. La municipalité à élaborer un plan d’ensemble à partir des terrains limitrophes. Il s’agissait d’élaborer à partir de ce projet le germe d’une nouvelle centralité pour la ville d’Orsay Compte tenu du coût des terrains la densité a été celle d’un centre de ville moyenne. La municipalité a obligé l’Etat à assurer par le truchement de la DDE la garantie de bonne fin d’un projet destiné à loger la population locale travaillant à Orsay. Le second découpage a induit une pratique inhabituelle nécessitant :

– un maître d’ouvrage consentant,

– une étude sociologique poussée des candidats au logement et une analyse des fiches standard qui ont été révélatrices des difficultés rencontrées par une population à faible revenu.

– un groupe de pilotage

– une aide et un suivi du Plan Construction et Architecture

– Les disponibilités des candidats au logement appelés à se réunir après leurs journées de travail,

– des allers et retours permanents entre les dessins des architectes et les futurs habitants.

Le troisième découpage a consisté à définir de plus en plus précisément le projet au fur et à mesure de son avancement.
Le programme comportait les données suivantes :

– un coefficient d’occupation du sol de 1,2,

– un épannelage bas allant de R+2 à R+3.

– l’obligation de respecter un parcellaire qui a évolué en cours d’étude tout en assurant la cohérence du projet,

– des logements PLA dont le nombre a fluctué de 60 à 100 logements.

– un délai de six mois d’études.

Le travail des architectes en coopération avec les différents intervenants à produit les résultats suivant :

– un plan d’ensemble permettant de passer d’une organisation sur 7000 m2 ( Phase N°1) à une organisation sur plus de 15 000 m2 (phases ultérieures),

– un plan programme incluant 1500m2 de bureaux, 400 m2 d’équipements résidentiels pour les résidents des 83 logements à construire , des plans personnalisés avec trente familles ,

– 400 m2 d’équipements de proximité comprenant des ateliers d’artistes, une salle de réunion, des ateliers de menuiserie de réparation de vélos et de mobylettes, un club photos , une halte – garderie…

Le quatrième découpage concerne plus spécifiquement l’architecture. Le travail des architectes est issu d’une histoire et d’une formation. L’œuvre qu’ils réalisent s’inscrit dans une problématique artistique. Les habitants ont admis que le projet architectural se situerait dans une conception contemporaine dont les références sont liées à la quotidienneté et à un ordre plus monumental, concernant notamment les espaces publics, leurs articulations axiales et leurs effets de perspective. Sur la base d’une morphologie traditionnelle les architectes ont dessiné une suite d’espaces spécifiques permettant aux habitants de se situer dans un paysage urbain global. Ce projet contemporain associe des configurations classiques ( rue, place) avec des configurations modernes ( plans libres) . Autour de ces lieux et en fonction de leur usage dans la vie quotidienne ont été dessiné des groupes de logements puis des logements.

Notre typologie est à mi-chemin des bâtiments collectifs et des bâtiments individuels. La pente du terrain descendant vers le Sud permet un excellent ensoleillement malgré la densité des rues. Les menuiseries sont en bois pour apporter une note chaleureuse. Les murs relativement peu percés calme une composition d’ensemble basée sur une succession de grandes baies vitrées et de serres. En toiture alternent les surfaces de zinc et les terrasses. La modénature renvoie autant à l’architecture pavillonnaire d’Ile de France qu’à l’architecture scandinave contemporaine. L’architecture des espaces publics et plus ordonnancée avec des portiques, des arcs, des alignements de percements. La relation avec les habitants et avec la municipalité a donné à cette opération la complexité caractéristique de l’architecture urbaine. Le concept de façade épaisse a permis d’exprimer une variété de relations entre les espaces intérieurs et les espaces extérieurs. Sa double épaisseur a des vertus thermiques. Chaque logement a pu être analysé par leurs habitants tant du point de vue fonctionnel qu’esthétique ».

Qu’en pense Olivier Dugas interviewé en 2012, avec un recul de trente années ?

Il se remémore qu’une fois la mission de programmation achevée et l’atelier des habitants fermé, le projet a connu un rebondissement malencontreux. Le Préfet refusa d’ajouter son contingent de candidats à celui de la mairie . Seuls 13 logements sont en définitive attribués à la trentaine de familles qui ont participé aux travaux de programmation. L’interlocuteur du Plan Construction et Architecture qui a attribué une subvention à l’architecte se retourne contre l’équipe d’Habitat groupé Conseil pour lui reprocher d’avoir sélectionner des candidatures peu fiables. Or la question n’était pas là. C’est le nombre de logements participatifs qui a fondu sur ordre du préfet. Celui-ci avait une argumentation imparable : « J’ai des gens à loger d’urgence. Vos problèmes d’intellectuels ne me concernent pas. Je n’ai reçu aucune instruction du Ministère de l’Equipement et du Logement ».Effectivement le PUCA, bras expérimental du Ministère du logement, qui pourtant subventionnait le projet, n’était intervenu en faveur de l’insertion diffuse des locaux de voisinage ni en faveur d’une intégration des habitants ayant participé à la programmation au programme de logements. Chacun ses responsabilités.

O.Dugas estime qu’aujourd’hui pour mener à bien un projet d’habitat social participatif, « Il faudrait adapter et articuler trois modes de gouvernance : La gouvernance politique à savoir le pilotage municipal ; La gouvernance financière à savoir les dispositifs de crédits et d’aides ; La gouvernance sociale à savoir les modes d’attribution des logements .Il faudrait que le choix des candidats au logement se fasse en amont du projet architectural et pas à la fin du chantier. En attendant de mettre en place de telles procédures, la bonne fin d’un projet participatif nécessite un minimum de dérèglementation à titre expérimental ».

Calendrier 

Les 14 et 15 Octobre 1978 la municipalité d’Orsay accueille les journées nationales du Mouvement de l’Habitat Groupé Autogéré. Le journal Libération publie un article à cette occasion : « L’autogestion du civisme bien compris : Une quarantaine de groupes pour l’habitat autogéré se sont réunis à Orsay pour confronter leurs expériences d’aménagement de la vie en commun ».

Février -Mai 1980 : campagne d’information

21/2/80 : Matin , marché de la ZUP Chambéry le Haut 20h30 Centre social de la Clairière

22/2/80 20h30 : MJC de Montmélian

23/2 8-12h : Marché Central

28/2 Marché Ch. Le Haut 17h : Centre des Bruyères 20h30 Centre socio-Culturel Ch Le Haut.

20/2 17h : Syndicat des artisans 20h30 Mairie.

25/4/80 : 8-12h :Marché de la mairie

27/4 Marché Mondétour

29/4 : Centre d’animation de la Bouvèche

4/5 Marché Mondétour

8/5 : La Bouvèche

9/5 : Marché de la Mairie apm : Maison pour tous

5/5 Mairie d’Orsay.

6 juin : visite du terrain avec les candidats au logement.

13 Juin : rencontre avec les architectes Olivier DUGAS et Van BELLINGHEN

25 Septembre : ouverture de l’atelier des habitants Les ateliers

4 séances en Juin reprise le 16 Sept.

Déroulement de l’atelier des habitants à Orsay

Le 27/9/80 Construction d’abris sur le site.

2 Octobre : critique du logement actuel ; première discussion sur l’ouverture au quartier et l’usage de locaux de voisinage.

7 Octobre : formalisation des groupes de voisinage.

9 Octobre : Calcul des aides personnalisées au logement ; surfaces souhaitées par chaque famille candidate ; projection de diapositives concernant quelques réalisations récentes d’habitat groupé autogéré et quelques réalisations d’immeubles contemporains en ville nouvelle.

16 Octobre : étude des activités à l’intérieur d’un logement et de leurs interrelations ( schéma-bulle)

19 Octobre : Dessin du portrait-paysage individuel et réalisation collective d’abris sur le site ; premières esquisses de plan masse.

30 Octobre : Les locaux de voisinage,

6 Novembre : réunion en mairie pur la définition des locaux de voisinage .

L’atelier s’est déroulé en12 séances jusqu’à la fin Novembre, soit une par semaine ; Les maquettes du projet sont présentée par les architectes en Décembre .

23 Octobre :projection sur des ambiances intérieures au logement ; Le rapport du logement aux quatre éléments primordiaux : la terre, l’eau, l’air, le feu et la lumière ; préférences individuelles.

25 Octobre : visite de deux réalisations d’habitat groupé autogéré, à Saulx les Chartreux ,aux Jardies et à Meudon-le Val.

30 Octobre : Présentation d’une première maquette de plan masse par les architectes suivie d’un débat. Un petit groupe d’habitants esquisse un plan masse avec de la pâte à modeler. Des petits plots ponctuent les limites du terrain et créent des cours d’îlots. Premier débat sur les micro-équipements intégrés au projet.

6 Novembre : présentation collective des plans programmes et corrections individuelles ; Listing des locaux de voisinage et micro-équipements intégrés. Rédaction d’une lettre collective adressée à la Direction Départementale de l’Equipement.

13 Novembre : Présentation du plan masse modifié et discussion collective ; Définition des ambiances différentiées des espaces extérieurs .

19 Novembre : Chaque famille se positionne dans le plan masse ( échelle 1cm/mètre) et formation des groupes de voisinage ; Dimensionnement et implantation des locaux de voisinage.

26 Novembre 1980 : remise du compte rendu du travail de l’atelier aux architectes.

Septembre 1980 : La programmation du projet présentée dans le N°1 du journal des Planches. Avril

1981 :Présentation du projet dans le Journal des Planches N°2.

Chambéry, une autre attente d’habitat

 

Le premier projet d’immeuble locatif a été programmé par les habitants puis réalisé dans le faubourg Montmélian à Chambéry. La méthode de travail utilisée a consisté à transposer dans l’habitat social l’expérience des groupes d’accédants autogérés. Les candidats au logement ont été amenés à réfléchir interactivement à la conception du mode d’implantation des immeubles, à la définition de leur logement et du voisinage dans lequel il s’insère ainsi qu’un certain nombre de locaux communs. Quelques images rappellent les principaux aspects de cette approche nouvelle du logement social telle qu’elle est décrite de façon détaillée dans le livre : premières rencontres sur le terrain à l’occasion d’une première expression spontanée en maquette ; collage des plans individuels sur un support choisi à partir de plusieurs scénarios de plan masse ; dialogue avec les architectes ; puis réalisation ultérieure par le bailleur social, les architectes et les entreprises.

Extraits des premières séances d’atelier

Ce dialogue témoigne des préoccupations premières des participants à l’atelier de programmation participative.

« J’ai découvert comment je vivais en parlant de l’appartement. »

(M.Badak) L’espace vert manque à côté de chez nous ; Les gosses ne peuvent pas mettre le nez dehors . Sinon c’est un appartement bien conçu. Il y a du plancher partout. Je ne souhaite pas de lingerie collective : Le linge y est volé. Je ne veux pas la cuisine en face du séjour. L’évier doit être caché pour éviter qu’on voit la pile de vaisselle. Il n’y a pas assez de prises électriques dans la cuisine.

(M.Assas) Nous habitons place St Léger. La fontaine est sous la fenêtre. Dès 4 heures du matin elle coule et fait beaucoup de bruit. La présence de boutiques est source de bruit. L’appartement est très difficile à chauffer .La plomberie vibre. Nous habitons dans l’un des plus vieux immeubles de la ville. Il est mal isolé. La chaudière ne chauffe qu’une pièce. Il manque un balcon .Le loyer est trop cher.

( B.Porral ) Les voisins du dessus sont sans-gêne :Madame marche avec des talons aiguilles et les enfants jouent aux billes. C’est très agaçant. Nos WC sont trop petits .

(J.Wayr) J’habite Chambéry le Haut. La cuisine est trop petite. Nous y mangeons tous. Ma femme ne veut pas de télé à la maison. Une salle de télé collective serait un lieu de rencontre. On irait y voir un bon film. Nous voulons un logement pratique. J’aime trop les bêtes pour en avoir une à la maison. A l’extérieur les enfants et les bêtes fréquentent les mêmes lieux ; Le résultat est que les enfants rentrent couverts de crottes.

(J.C et M.F. Mongredien) Nous habitons dans la campagne au dessus d’Albertville, dans un bout de maison, sur plusieurs niveaux avec plusieurs orientations ; c’est très agréable. Nous attendons des enfants. Ce qui nous intéresse dans le projet : la possibilité de donner notre avis sur les plans et le caractère collectif du projet

(B.Penot)Ma cuisine et mon balcon sont trop petits. Je souhaite une salle de bain éclairée par la lumière du jour. Je ne veux pas manger dans le séjour, ce qui complique le nettoyage. J’aimerais un ascenseur pour monter les courses.

Nous mangeons dans une cuisine trop petite. Les pièces sont alignées le long d’un grand couloir.

( Ch.Ciles)Nous habitons dans un vieil immeuble. On est obligé de monter sur une chaise pour voir à l’extérieur ; Les fenêtres sont en hauteur comme dans une prison. De la cuisine on a besoin de voir les enfants lorsqu’ils appellent de dehors .L’environnement est très bien. Par contre nous avons beaucoup de placards , treize en tout. On y trouve de nombreux espaces verts, des boutiques ; Les enfants ont une grande variété d’occupations à la maison de l’enfance et au gymnase. M.Tererenoire : Le chauffage collectif est coupé en demie saison. Pas de réglage individuel .Le balcon donne une belle esthétique à l’extérieur mais il ne sert à rien avec ses 40cm de profondeur sur toute la longueur du séjour. Il faut enlever les rideaux pour ouvrir la porte fenêtre .Pas de volet dans les chambres. Les menuiseries en façades laissent passer l’air. On sent le froid au milieu du séjour.

Les chambres sont trop étroites : il est difficile de faire les lits. Les enfants n’ont pas la place d y jouer. J’habite une tour. La cage d’escalier n’a aucune vue ni sur le ciel ni sur le soleil ni sur la pluie. A chaque fois que quelqu’un appuie sur la minuterie en entrant, les 18 étages s’allument.

Caron : Ma chambre et ma cuisine donnent d’un côté sur une falaise et de l’autre sur la gare. Nous connaissons les horaires de train par cœur.

Les allèges des fenêtres sont très hautes (Cette particularité serait-elle caractéristique de l’architecture traditionnelle savoyarde?) . L’électricité est allumé toute la journée. L’installation électrique est déficiente. Nous habitons sous les toits : l’eau chaude ne remonte pas jusque dans nos radiateurs et le bâtiment est mal isolé. Les planchers creux font caisse de résonnance. La plomberie vibre à chaque fois qu’on ouvre un robinet.

M.C.Bardèche habite dans un immeuble ancien à la campagne : c’est le calme et le soleil toute la journée. Mais l’isolation phonique est mauvaise : on entend la radio des voisins. Il manque un balcon. Au dessus des voisins sans gêne marchent avec des hauts talons tandis qu’elle met ses pantoufles. Elle souhaite une machine à laver mise en commun.

Y.Viard : Je suis retraitée. Je n’aime pas les odeurs qui se répandent dans le séjour. Je veux une cuisine fermée. Je fleuris abondamment son balcon. J’étais couturière. Je lis et je sors beaucoup.

J.Rosaz : Je suis enseignant et je travaille dans le salon. Tout se passe dans le salon, la chaine audio, la bibliothèque et une table qui me sert de bureau et de table à manger lorsque nous recevons des amis. Nous vivons dans le salon parce que la cuisine est trop petite. Notre fille fait le va et vient entre sa chambre et le séjour. Nous avons une loggia mais qui ne sert pas car, pour y aller, il faut traverser la salle de bain.

Extraits d’une discussion sur le logement et la place des enfants dans le futur projet

M.Busca : J’ai deux enfants. Je suis également enseignant et je travaille dans ma chambre. ça n’empêche pas les gamins de venir y jouer quand j’y travaille. Ma femme travaille à mi-temps à la SNCF. Les enfants de 15 et 8 ans travaillent et jouent dans leurs chambres. Le plus grand, le garçon, écoute beaucoup de musique. Quant il occupe le salon pour sa musique, parfois jusqu’à minuit, les autres sont interdits de séjour. Ni ma femme ni moi n’avons de coin à nous. Si la chambre était plus grande elle pourrait être un lieu de travail pour ma femme. J’y travaille seul sauf lorsque ma fille vient lire. Si je suis dans la chambre, ma femme ne peut qu’être à la cuisine parce que le salon est pris par les enfants .Maintenant le plus grand aurait besoin d’un studio. La chambre est devenue trop petite.

La cuisine accueille des activités : les jeunes enfants y faisaient du coloriage ; on y joue encore aux cartes. Les enfants, une fois plus grand, y font leur devoirs.

M.Brassart : Habitant en rez de chaussée, mes enfants jouent souvent dehors à proximité : billes, bac à sable, vélo…Il y a un auvent sous lequel les enfants du voisinage jouent. Ils font aussi du patin sur la place du marché toute proche.

En face de chez nous il y a une famille de boulangers qui ne sont jamais là. Leurs enfants peu surveillés sont turbulents. Je m’en occupe l’hiver quand je ne suis pas au magasin. Dès qu’il fait beau ils sont dehors. Le tricycle va partout. Une salle commune pour ces gamins de douze ou treize ans, oui, mais qui surveillera les plus jeunes ? A quinze ans les jeunes invitent leurs copains dans leur piaule et organisent des surboums à la maison de quartier. Ils sont plus indépendants.

Y.Viard : Je passerai bien du temps avec les enfants, mais pas chez moi ; ils foueraient tout en l’air.

M.Busca : La salle commune pourrait servir aussi d’atelier de bricolage quand les enfants sont à l’école. C’est une pièce vide polyvalente. Il faut des règles : on nettoie , on range en partant. Pour le moment c’est l’ado qui nous impose son genre de vie : il considère que notre chaine audio est une casserole. Il voudrait la sienne. Mais de là à demander une pièce indépendante.. pas encore. Mais j’y pense , pas lui.

M.Brassart : Pour les plus jeunes un petit bosquet peut-être un terrain d’aventure. Je me souviens qu’au village les enfants jouaient dans la grange. Les gamins peuvent se cacher dans les arbres. Il faut prévoir de l’ombre pour les mères qui discutent pendant que les gosses jouent. C’est souvent en gardant les enfants que les femmes font connaissance…

Un participant tarde à s’intégrer à un groupe de voisinage :

« Pour poser leurs idées, qu’on le veuille ou non, les gens ont besoin d’un terrain et d’un plan masse. Le rapport du construit et du non-construit fera apparaître l’espace pour les enfants, pour les activités communes, l’ouverture sur le quartier et la place de l’Albane. Il faudrait que tous les groupements communiquent. »

Profitons des grandes vacances pour réfléchir au dimensionnement des pièces.

Les discussions internes à l’équipe d’animation

Dans le train je propose l’exercice du portait paysage pour la séance du lendemain. C’est la panique :Brigitte, Claude, Philippe ont la trouille que les participants jugent le portait-paysage totalement incompréhensible. « C’est parachuté , mille fois trop intellectuel. L’interprétation des dessins pose également problème. De quel droit faire son portait-paysage et si on le fait, à quoi cela sert ? On ne voit pas où ça mène. Faut-il réagir à la qualité de la photo ; à ce qu’elle représente ou à ce qu’elle suggère ? Comment introduire cet exercice. Il faut surtout éviter de l’intellectualiser. Comment présenter les incidences du portrait-paysage sur les décisions à prendre dans le projet d’habitat ou sur la conception architecturale ? » Certes il faut évoquer des incidences potentielles sans déflorer le sujet, sans trop en dire et compliquer les choses. J’insiste : On verra bien. En fin d’après midi les gens arrivent et parlent de leurs vacances. Je projette, à mon tour, quelques photos de vacances et je pose sur les tables une centaine de photos de paysages prises sur une vingtaine d’années. Super séduction de l’image appuyée d’un commentaire enlevé. Le tour est joué. Les gens s’emparent des photos, trois ou quatre par personnes hésitent à poser leur crayon sur le calque que je leur ai demandé de mettre sur l’image qu’ils ont choisie. « Je ne sais pas dessiner… Que doit-on faire exactement ? ». Je rassure : « C’est très simple : dessinez ce qui vous plaît dans le paysage de votre choix et imaginez le reste ». L’ambiance est bonne. Certains bossent à plusieurs avec rigolade collective. D’autres s’isolent et peaufinent leur dessin. Affichage des premiers dessins terminés tandis qu’un père de famille d’âge mûr s’amuse : L’atelier du Penney, c’est une nouvelle jeunesse. Brigitte me lance des fleurs : Tu réussiras à vendre des nouilles à des gens qui sortent de table ! Philippe abonde dans le même sens : Tu nous avais caché ta collection de diapos. Claude n’en reviens pas : Ton argumentation a marché. En quittant la séance, tous s’accordent sur une même conclusion : ça marche très bien mais les résultats sont décevants. Je crois que les recoupements avec les deux exercices à venir, celui de la maison d’enfance et celui de l’abri permettront d’y voir plus clair. Yves conclut : Tu as présenté tes diapos en disant moi-je. D’habitude l’animateur se cache derrière les potentialités qu’il suggère. Là, c’est plus clair. Chacun peut réagir et dire moi j’aime autre chose. Autre constat : Une inculture graphique extrême, ce qui n’est pas le cas dans les écoles d’art ou d’architecture. Pour la majorité des gens faire un trait est devenu difficile, alors que dans leur enfance quel est celui qui n’a pas dessiné ? 

Les groupes d’habitat autogérés

 

Trente ans de vie

Dans le livre et le journal du MHGA publiés au début des années quatre vingt, des descriptions sommaires mettent en avant la réussite de chaque projet. En 2009, à Montreuil, au moment de la refondation du mouvement , j’ai repris contact avec des groupes que j’avais rencontrés à l’occasion du tour de France du MHGA organisé en 1978,ou plus récemment. J’étais curieux de connaître l’évolution de leur groupe et ce qu’ils pensaient de leur habitat avec le recul du temps. Bon nombre des fondateurs sont partis. A ma connaissance aucun n’a participé à la création d’un autre groupe là où ils s’intallaient. Certains sont toujours là ; Ils ont nagé dans le bonheur du départ jusqu’à aujourd’hui: Le « kolkhose » à Saulx les Chartreux, le groupe Orange à Montreuil, le Buisson Saint Louis à Paris-Belleville… D’autres ont eu à surmonter des conflits en cours de réalisation. Ainsi à Chatenay Malabry , le groupe du Sarment des Bénards s’est scindé en deux, en cours de réalisation ; Toutefois les deux groupes ont réussi à cohabiter pacifiquement sur le même terrain. Des groupes homogènes d’une moyenne d’âge de 40 ans sont devenus des groupes multi-générationnels par le simple jeu des reventes aux nouveaux arrivants à la suite de départs à la retraite, de divorce ou de mutation professionnelle. Quelques jeunes couples chanceux cohabitent aujourd’hui avec les familles pionnières qui n’avaient pas de raison de quitter une habitation qui leur convenait si bien. A la Hayette, 30% des habitants d’origine vivent encore dans le groupe d’habitat créé trente ans plus tôt. A Sceaux les Chartreux les deux tiers des habitants originels n’ont pas quitté le Kolkhoze ; Les nouveaux venus proviennent du réseau d’amis que le groupe s’est constitué. Une partie des textes qui suivent trouvent leur origine dans un tour de France de l’Habitat groupé autogéré organisé en 1978. Une autre partie provient de rencontres ultérieures, de réunions et de conversations téléphoniques plus récentes, de 2009 à 2013. Je remercie les membres des groupes qui ont bien voulu contribuer à mon travail de documentation.

Les Jardies

A Meudon , en 1973 un groupe d’une quarantaine de personnes ,soit une dizaine de familles, issues pour une part du mouvement national des Groupes d’Action Municipale et pour une part du réseau Vie Nouvelle, un mouvement constitué de chrétiens de gauche , décident de concevoir un projet d’habitat dont elles seraient le maître d’ouvrage , puis le gestionnaire. Ayant trouvé un terrain sur le plateau de Meudon , desservi par une ruelle piétonne : le chemin des Jardies, le groupe travaille avec son architecte, Claude Guislain, également membre du groupe, sur la base d’un système constructif poteau-poutre permettant une appropriation à la carte. « Tous les plans de logement sont différents. Pour éviter le capharnaüm avec un projet trop diversifié, j’ai proposé à mes amis que le volume d’ensemble soit ponctué par des chapiteaux identiques et que les limites entre les propriétés de chacun disparaissent ». Les futurs habitants ont revendiqué une grand jardin commun et une salle polyvalente ouverte sur le chemin des Jardies et, au delà, sur le quartier. Le jeu de construction initialement conçu pour créer une « médina » entoure avec ses multiples décrochements et terrasses, sur trois côtés, un jardin où ont lieu les fêtes des adultes et les jeux des enfants. Un système de poteaux poutres coiffé d’un même modèle de chapiteau ponctue la volumétrie chahutée de l’ensemble desservi par de multiples coursives et escaliers extérieurs. La flexibilité du système constructif a permis des ventes de modules permettant à certains de réduire la surface de leur logement après le départ de leurs enfants et à d’autres d’augmenter la surface de leur logement pour accueillir un parent âgé ou un enfant devenu indépendant. La charte des Jardies stipulait le mode de fonctionnement des parties communes et interdisait leur privatisation à terme. Deux autres groupes d’habitat autogéré ont été réalisés à Meudon, dans les années qui suivirent.

Nantes Sainte Luce

Un premier entretien en 1982 a été réactualisé en 2013.

L’existence de ce groupe précède celle du MHGA. En 1976, une petite annonce est passée dans les journaux à l’initiative de Charlie Arguillères, professeur à l’école d’architecture de Nantes, en vue de rassembler quelques familles pour un projet d’habitat à concevoir avec une équipe d’étudiants architectes en fin d’études. Trois jeunes couples y répondent ; Ils habitent une cité nantaise où, en l’absence d’une cantine scolaire, ils se sont relayés pour assurer une cantine chez eux. La petite annonce les intéresse ; Ils commencent à rechercher un terrain. Trois autres familles le rejoignent. « Il nous a fallu six ans pour aboutir ; Un premier terrain a du être abandonné : La publicité faite autour du projet a provoqué un rejet. Dans les réunions publiques une rumeur circulait selon laquelle un groupe de gens allait vivre dans deux dortoirs, un pour les enfants, l’autre pour les adultes. Une anecdote : Nous recevions de bons amis qui se mettent à nous parler d’un groupe de farfelus qui cherche à s’installer dans la région. On les a laissé raconter. Stupéfaction finale : Ah, il s’agit de vous …Dès qu’on remet en cause le dogme de la maison individuelle en évoquant le caractère communautaire du projet, les imaginations s’échauffent. »

Lorsque le groupe trouve un second terrain, en 1979, il mène son projet dans la plus grande discrétion. Ce terrain de 6000 m2 accueille six habitations + une située sur une parcelle voisine. Dans un premier temps les étudiants auxquels Ch.Arguillères a confié le projet agitent la boite à idées avec comme intention première celle de faire rêver les gens. Après avoir joué le jeu pendant plusieurs mois le groupe s’impatiente et choisit l’architecte qui leur semble le plus fiable. Celui-ci en effet prend vite les choses en main : « Fini de rêver, maintenant il faut bosser ». Cet architecte, Le Fur, au nom de l’efficacité, prend une bonne partie des décisions sans consulter le groupe. Avec son professeur il définit quatre volumes avec lesquels il est possible de composer chacune des six habitations en projet. A partir de ces 4 modules par maison, l’architecte dessine un plan masse où deux groupes d’habitation se rangent de part et d’autre d’un espace collectif central de 2000 m2, plant et délimité par une allée circulaire au delà de laquelle commence les espaces privatifs non clos. A chaque maison sont adjoints des locaux de service, cellier, buanderie, garage qui, à la fois, séparent et solidarisent le groupement. Une maison se prolonge par un studio où la grand-mère a pu vivre de nombreuses années. Dans l’angle du groupement en L et en rez de haussée se trouve le local commun doté d’un préau. « Nous n’avons pas voulu nous substituer à la municipalité et réaliser un grand local polyvalent et froid, de type socio-culturel. Notre local reste à l’échelle d’une maison et de son séjour avec une cheminée qui lui donne une note d’intimité. Cette pièce sert aux réunions du groupe et aux repas pris en commun lors des journées mensuelles consacrées à l’entretien et l’aménagement des partis communes ; Elle est ponctuellement ouverte à la vie associative locale ». Au début du projet les familles consacraient un week-end sur deux à l’avancement du projet. Une fois les familles installées, un week-end par mois suffisait à la gestion et à l’entretien de la copropriété et de ses parties communes. «  Aujourd’hui ( en 2013) nous passons deux week-ends ensemble au Printemps, deux en automne et un en hiver. Nous entretenons le jardin et nous déjeunons ensemble ».

Rétrospectivement et lors du premier entretien, le groupe regrettait d’avoir subi deux situations extrêmes : celle du rêve sans réalisme, celle du réalisme sans discussion : « Nous n’avons peut-être pas fait beaucoup d’effort pour que l’architecte connaisse mieux les familles. Nous aurions pu l’inviter… » Au moment du chantier le groupe souhaitait être plus associé au travail de l’architecte qu’il ne l’a été : «  Pour les éléments modulaires, nous étions d’accord car ce système a permis de préfabriquer les huisseries en atelier et de baisser leurs coûts. Mais nous n’avons pas été associés au choix des matériaux. Nous étions capables de porter le dossier financier et administratif. Nous l’aurions été tout autant pour discuter des prestations des entreprises ». Lorsqu’il a constaté qu’il avait sous-estimé de 100 m2 les surfaces à couvrir, le plâtrier a arrêté le chantier. A ce moment là l’architecte a disparu. C’est le groupe qui a dû négocier pour régler le problème. Heureusement que nous avons toujours été solidaires et que parmi nous il y avait un comptable et un juriste ».

Le parcours du groupe n’a pas été simple : « Puisque nous n’étions pas des promoteurs, le crédit foncier nous refusait les prêts ; L’EDF nous refusait le branchement. Nous avions tellement mis d’énergie dans le projet que nous ne pouvions plus abandonner. C’eut été trop bête. La Direction de l’Equipement a commencé par refuser le permis de construire. La Mairie voulait nous faire payer la réfection d’une route contigüe. Ce sont le géomètre, la directrice d’une coopérative HLM locale et le notaire qui ont plaidé notre cause. Dès que le groupe s’est constitué en Société Civile Immobilière d’Attribution, le Ministère de l’équipement a déclenché les prêts à l’accession ».

Dans les années quatre vingt, le groupe de Nantes Sainte Luce regrettait d’entendre la presse nationale ne citer que toujours les mêmes groupes. «Cela donne une image faussée du mouvement ; Maintenant que nous habitons dans notre projet, nous avons envie de raconter et de conseiller d’autres groupes locaux en formation ». D’autres avis étaient plus réservés: « Nous avons consacré tout notre temps libre et toute notre énergie au projet durant plusieurs années. Il est temps de souffler et de vivre autre chose. Il n’y a pas que l’Habitat Groupé Autogéré dans la vie »

.Quarante ans après une seule famille d’origine habite toujours là. Les arrivées échelonnées des nouveaux habitants n’a pas mis en péril l’esprit du projet. L’arrivée d’un chien a donné lieu à un petit enclos en façade arrière, sans que soit compromise l’intégrité de l’espace libre central tant apprécié des enfants nouveaux venus : « Quand nous avons vu que nos enfants pouvait faire le tour du parc en vélo, nous avons signé… »

La Calaria , La Croix Falgarde ( Toulouse)

Le projet a été lancé au tout début des années soixante dix. Ce groupe précurseur s’est installé en fin 1972. Des représentants de ce groupe ont participé à la réunion fondatrice du MHGA de Novembre 1977. Au départ plus d’une dizaine de couples étaient intéressés par un projet d’habitat groupé. L’architecte Patrick Jonquez, enseignant à l’école d’architecture de Toulouse, a trouvé un terrain de 3500 m2 dans l’impasse Calaria à La Croix Falgarde sur lequel ont été construites six maisons. En 1972 le règlement d’urbanisme de la Croix Falgarde obligeait chacun des constructeurs de maisons individuelles à acquérir un terrain de 7000 m2. C’est l’architecte des bâtiments de France qui a convaincu la municipalité d’autoriser une densité plus forte. Il a fait prévaloir l’économie de voirie générée par un tel projet. Le groupe n’a acheté le terrain qu’après avoir obtenu le Permis de Construire. Chaque famille a acquis un terrain privatif de 450 m2 ; les 800 m2 restant sont communs. Voici l’interview de deux familles du groupe que j’avais réalisé à l’occasion du Tour de France du MHGA durant l’été 1978, soit six ans après leur installation.

«  L’architecte est un copain. Dès notre installation nous avons passé la plupart de notre temps libre à construire des annexes à chaque maison. C’est nous qui avons réalisé tous les appentis et toutes les terrasses ; Nous nous sommes donné un coup de main pour venir à bout de ce gros boulot dont nous aurions peut-être réduit l’importance s’il était à refaire aujourd’hui. A l’époque nous ne voulions pas dépasser 6 millions d’emprunt chacun (en ancien francs), soit 11 millions en tout par maison. Mais l’argent s’est si vite dévalué que nous aurions pu dépenser 4  à 5 millions de plus tout en ayant des remboursements encore très raisonnables. Nous avons aussi passé du temps à faire des plantations dans les espaces collectifs. Cette année nous avons beaucoup bossé ensemble. Les pentes engazonnées du terrain ne suffisaient pas à l’accès. Nous avons construit des murets, puis un escalier principal avec sa rampe.

L’an prochain nous nous attaquerons au local commun. Les terrassements sont réalisés, mais jusqu’à présent les travaux étaient bloqués par le refus d’une famille, celle dont la maison est la plus proche du projet. Mais la pression de nos ados pour organiser des boums s’accroît et je pense que l’an prochain nous nous y mettrons. Dans le groupe il y a quinze enfants dont l’âge s’échelonne de 7 à 15 ans. Ils prennent de plus en plus de poids dans la vie du groupe. Les décisions ont toujours été prises à l’unanimité. On y tient beaucoup pour qu’il y ait une bonne ambiance dans le groupe. Nous évoluons en ce moment : Nous nous rendons compte que cette unanimité n’est pas toujours nécessaire. Au départ nous avions de fortes motivations communes, tout au moins pour ceux qui se sont le plus battus pour que le projet aboutisse. A la longue nous nous rendons compte que derrière cette idéologie commune, il y avait des attentes différentes que nous ne pouvions pas deviner au départ. Certains d’entre nous se sont tournés vers le militantisme à l’extérieur et participent à l’action municipale. D’autres apprécient peut-être plus le fait d’avoir, à qualité égale, une maison moins chère que sur le marché . D’autres espèrent des relations communautaires plus resserrées. Très vite des mini-groupes se sont formés : nous nous fréquentons deux par deux. Dans les réunions, il y a souvent des blocages, par exemple sur le choix des arbres à planter. Les histoires de couple ont une incidence sur la vie du groupe. Deux couples se sont séparés et leurs histoires personnelles se sont parfois mélangées aux histoires du groupe. C’est le côté négatif. Le côté positif est que lorsqu’une famille a un pépin, tout le groupe se soude pour lui venir en aide.

Le fonctionnement du groupe évolue. Il y a eu une période de psychanalyse sauvage. Chacun y allait de son interprétation « Tiens elle a mis ses lunettes noires aujourd’hui ; Elle compense… ». Les initiatives étaient prises considérées comme autant de tentatives de prise de pouvoir. La groupe avait la hantise du chef ; Alors plus personne n’osait proposer quoi que ce soit. Au bout de quelques années, je crois que nous avons atteint une certaine maturité. Aujourd’hui nous acceptons de distribuer les responsabilités sans y voir une manœuvre dirigiste. Par exemple, je ne suis pas chargé de la coordination du chantier de l’escalier : tout le monde s’y est mis. Cela se passe très bien. Il reste des difficultés inévitables liées aux inégalités de salaire. Les écarts de revenus vont du simple au double. Un couple gagne 5000F mensuels alors qu’un individu gagne 10 000F à lui tout sel. Les situations changent ; Certaines restent stable d’autres montent. Evidemment quand un gosse du groupe a des bottes de 500F aux pieds, il y a quelques réflexions.

Au bout de quelques années, l’intégration dans le village s’est faite. La bande des gosses d’ici était mal vue quand elle débarquait dans le village : C’était la bande des gauchistes ou la bande des rouges. Maintenant les nouveaux arrivants sont les toulousains qui ont acheté dans le lotissement voisin en cours de construction. La plupart sont des intellectuels, des scientifiques. Nous avons de bonnes relations avec eux. Certaine d’entre eux trouvent que notre habitat est formidable, mais aucun ne pense en faire autant. Je me suis demandé pourquoi. Ils ont comme nous une certaine sécurité financière et une culture suffisante pour mener à bien un projet ; Ils ont des relations telles qu’il leur serait facile de se regrouper à plusieurs amis. Ce n’est pas non plus la générosité qui leur manque. Je connais une famille qui prête son bateau aux enfants du village. Ils sont souvent de tradition catholique. Je crois que ce qui les retient, c’est l’appréhension du collectif. Ils restent attachés au chez soi et à la propriété. Nous n’avons pas envie de faire du prosélytisme vis à vis d’eux.

Nous restons sur la position qui a été la nôtre lors de la réunion de Nantes. Faire un Mouvement de l’Habitat Groupé Autogéré nous paraissait typiquement français : Dès que quelque chose de chouette se fait, immédiatement on se croient obligé de mettre en place une structure pour le généraliser à la France toute entière. Notre groupe a eu une réaction anti-institutionnelle. Notre attitude n’est peut-être pas la bonne mais ici nous sommes déjà pris par le militantisme politique et l’action municipale

Ces temps-ci un voisin nous a invité à visiter sa maison où il vient de poser des cloisons pour individualiser les chambres des enfants. Le logement était conçu au départ de telle sorte que les espaces communiquent entre eux avec un minimum de portes et de cloisons. A l’usage nous avons différencié les espaces du séjour pour que chacun puisse recevoir ses amis sans perturber nécessairement les activités des autres. Par exemple nous avons monté le coin télé à l’étage sur le palier haut de l’escalier. Chacun peut suivre son émission sans s’accaparer tout le séjour ».

Après avoir pris quelques photos, je discute avec un autre voisin dont la maison était, dès l’origine, plus cloisonnée. Le palier de l’escalier est destiné à la couture et au bureau utilisé pour le travail scolaire des enfants .Marcel est agent technique dans une grosse boite de Toulouse. Conchita travaille à la maison. En partant je croise l’architecte qui, venu prendre son courrier à l’entrée du groupement, en limite du parking, discute avec un voisin. Scène d’amitié ou collaboration de classe ? L’humanité au quotidien. A la Calaria nous avons été bien reçu et nous regrettons de devoir partir si vite. En 2013 deux familles ont quitté le groupe, l’une à cause d’un divorce, l’autre à cause d’un décès. Le local commun de 45 m2 en projet lors de l’interview a été réalisé. Le groupe constitué en copropriété horizontale indivise se réunit deux ou trois fois par an pour le quitus et pour des fêtes de voisinage.

La Veuglotte à Quétigny

En 1977 une commission extra-municipale « urbanisme » réfléchit à l’aménagement d’un nouveau quartier et aux principes susceptibles de guider le développement de la commune : Pas de logements standard mais plutôt des logements individualisés au sein d’une petite collectivité. Des participants décident de participer à la définition de leur propre habitat.

Il a suffi de demander un terrain au Maire puisque la commune, une petite bourgade dans la périphérie de Dijon, avait la maîtrise foncière de cette bourgade située en périphérie de la ville de Dijon. Le groupe constitué en société coopérative immobilière a fait appel à un opérateur qui lui était recommandé par le Maire : le Crédit Immobilier populaire de la côte d’or. Le directeur de cet opérateur très intéressé par ce projet a rejoint le groupe en tant qu’habitant. Les douze familles candidates habitaient la commune de Quétigny dans un quartier récent et se sont rencontrées dans une vie associative intense. Le groupe se compose de 5 enseignants ( lycées, collège, institut rural, un cadre administratif, un médecin du travail, un Directeur de foyer de jeunes apprentis, un ingénieur thermicien, une secrétaire de la M.J.C., une employée de la sécurité sociale, une assistante sociale, un technicien CEA, un menuisier, une coiffeuse, un électro-mécanicien, un promoteur social. Chacun connaissait au préalable au moins une famille du groupe.

La typologie architecturale comporte 4 maisons en bande et six logements imbriquées dans un petit collectif de trois niveaux maximum. La moitié du terrain, soit 2000 m2 est affectée à une jardin commun. Le projet comporte deux groupements orientés Est-Ouest, l’un de six logements construits au Nord au dessus des garages , l’autre au Sud constitué de 4 maisons de ville sur deux niveaux. 180 m2 de locaux collectifs ont été prévus dans le projet : une salle de réunion dimensionnée pour accueillir un repas de 50 convives, un atelier de menuiserie qui a été dû être adapté quelques années plus tard aux nouveaux règlements de sécurité, une buanderie équipée de plusieurs machines à laver et une chambre d’hôte.

En Décembre 1978 le projet s’accélère : Au cours de ce même mois le groupe crée une Société Civile Immobilière, choisit un opérateur, le Crédit Immobilier Populaire de Côte d’or, un architecte, Jean Charles Jacques, et commence à élaborer son projet. Selon les périodes le groupe s’est réuni une fois par semaine ou seulement une fois par mois sur une durée d’un an et demi. Dans les réunions les points de vue qui revenaient le plus souvent étaient : La recherche d’un habitat adapté au mode de vie de chacun ; Le souhait de disposer d’espaces communs bâtis et non bâtis ; le projet d’un voisinage chaleureux. Se sont succédés un avant-projet, un premier puis un second projet, enfin le projet définitif. Les résultats de l’appel d’offre ayant dépassé de 15% les prix prévus, le local commun conçu de façon indépendante a été intégré au petit collectif. Il a fallu réduire les surfaces privées et collectives, notamment elles des circulations. Quatre familles ont alors quitté le groupe Quarante huit heures après leur départ quatre nouvelles familles étaient sélectionnées sur une liste d’attente dont celle du Directeur du Crédit Immobilier qui a voulu rejoindre le groupe. Deux autres familles ont quitté le groupe après quelques mois de vie dans le groupe. Le chantier commence en Juin 1981. Deux familles souhaitaient faire de l’autofinition mais le groupe leur a finalement demandé d’y renoncer : Le financement des Prêts à l’accession ( PAP) groupés serait devenu trop compliqué à gérer. En phase de construction, deux membres du groupe ont participé aux réunions hebdomadaires de chantier. Ils transmettaient les remarques des uns et des autres au promoteur qui était le seul à traiter avec les entreprises.

L’architecte, Jean Charles Jacques, avait été choisi par le groupe à partir de trois candidatures proposées par des familles ; Le groupe voulait un architecte qui les laisse s’exprimer. Il désirait une architecture différente, originale et bioclimatique. Le bâtiment en petit collectif est très fermé au Nord et s’ouvre au Sud avec un jeu de terrasses. Il est surélevé d’un niveau pour assurer des vues au Sud et loger en partie basse les locaux communs, les locaux techniques et les garages. La taille des logements va de 100 à 140 m2. A la Veuglotte, plusieurs familles ont abandonné la distinction classique entre partie nuit et partie jour. « Nous voulions isoler le domaine des enfants de celui des parents en plaçant les espaces de rencontre familiale entre les deux. Un autre principe a fait l’unanimité : tirer partir des jeux de demi-niveaux et laisser apparents les plafonds rampants suivant les pentes des toitures ». Les séjours sont fractionnés en plusieurs plateaux reliés entre eux par des emmarchements, ce qui est aujourd’hui proscrit par la réglementation liée aux handicaps.

Dans le premier plan masse, le local commun se situait à l’entrée de l’espace vert, à mi-chemin entre la bande de 4 pavillons et le petit collectif. Pour des raisons de prix, les locaux communs été intégrés au petit collectif : deux salles de réunion, un atelier, un préau, huit celliers et buanderies, une lingerie et une chambre d’ami.

Plus de trente ans après la livraison du projet, huit des adultes fondateurs du groupe à la fin des années soixante dix, vivent toujours à la Veuglotte, sur les 24 adultes présents aujourd’hui.

Les départs résultent de départs dans le Sud, de divorce ou de veuvage. On compte deux nouveaux couples dont les enfants ont l’âge de la maternelle et deux autres avec des adolescents. Chaque nouveau venu est accueilli par un repas. On lui remet la charte qui précise notamment que les locaux communs ne peuvent être utilisés pour des réunions politiques ou religieuses. Le groupe consacre deux week-ends aux travaux d’entretien des espaces collectifs : au printemps et en automne.

Plusieurs retraités sont venus de l’Oise pour s’installer à Quetigny et acheter les logements à vendre. Aucun des retraités n’a éprouvé le besoin de louer une partie de son grand logement : La plupart d’entre eux y reçoivent périodiquement leurs petits enfants . Ce texte a été rédigé en coopération avec Gislaine Chenu, du groupe de la Veuglotte, en Février 1982.

Calendrier

Novembre 1978 : 26 adultes se regroupent.

Novembre 1979 : Le groupe réunit 23 adultes.

Novembre 1980 : Après ouverture des plis, départ de 5 familles , remplacement rapide.

Novembre 1981- Juin 1982 : installation.

Meudon Le Val

Le groupe est né de la réunion de dix familles qui se connaissaient auparavant par le biais de la vie associative et des activités collectives auxquelles elles participaient à Meudon. Huit familles habitant à Meudon connaissaient l’expérience du groupe des Jardies. L’idée d’un projet analogue date de la fin 1977. En Avril 1978 le groupe fonde une S.C.I. La moyenne d’âge des adultes se situe alors entre 30 et 40 ans. Le groupe compte 17 adultes et 24 enfants. Les professions des adultes sont : 4 enseignants, 2 éducatrices, 4 ingénieurs, 2 employés de banque dont une femme. En Septembre 1978 le groupe trouve un terrain de 1300 m2 acheté à 646 F/m2, ce qui est déjà cher à l’époque. Le coefficient d’occupation du sol est de 1 . Le programme se compose de 3 appartements de 5 et 6 pièces ( de 160 m2 chacun), quatre appartements de 4 et 5 pièces (de 110 m2 chacun), quatre appartements de 3 et 4 pièces ( de 90 m2 chacun et d’un studio de 25 m2, soit un total de 1100 m2 auxquels s’ajoutent 235 m2 de locaux communs. Les surfaces excédent les ratios publics. Le terrain était occupé par un marchand de charbon.

Jacques Bon est choisi comme architecte à partir de 2 critères : ses réalisations antérieures et son aptitude au dialogue. Il veut ne rien avoir à proposer : Il assemblera les idées, les goûts de chacun en un ensemble homogène. Le projet favorisera une vie collective mais pas au détriment des logements individuels. Les deux premières demandes de permis de construire sont rejetées par le Direction Départementale de l’Equipement qui n’accepte pas le dépassement de la hauteur maximale autorisée. L’architecte doit finalement épaissir l’immeuble et obtenir une dérogation pour que le bâtiment soit collé à la rue du Val. Le permis est accordé en fin Novembre 1978.

L’étape la plus difficile a été celle de la définition des locaux communs. Le groupe souhaitait deux studios d’accueil (à l’origine pour des amis ou des parents) ; un atelier bruyant ( artisanat, jeux , coopérative d’achat) ; enfin une grande salle polyvalente de 60 m2. Malgré certains ragots courant sur une totale mésentente, les discussions ont plutôt resserré le groupe.

Les travaux sont confiés à une entreprise générale. Le chantier s’ouvre en Juillet 1979. Chaque semaine le groupe assiste à la réunion de chantier avec l’architecte. Les prêts cumulés se font avec un taux d’emprunt de 10% en moyenne qui a été réparti de façon égalitaire au sein du groupe. La première famille s’installe en Septembre 1980. La dernière s’installe en Décembre.

Le bâtiment est construit en ossature béton armé. Chacun a sa chaudière au gaz. Une chaudière commune correspond aux locaux communs. Le bâtiment équipé de double vitrage répond aux normes promotelec de l’époque. Quelques petites fuites dans les verrières hautes ont été vite réparées. Le coût du M2 privatif était de 5600 F/m2. En y intégrant le coût des locaux communs le coût passait à 6 285 F/m2 ( moins de 1000 euros valeur 2012). A l’époque le coût d’un appartement neuf était de 7500 F/m2. Le fait que le groupe ait pu être son propre promoteur a généré une économie de 25%, soit de 2 090 000F, c’est à dire supérieure au coût des locaux communs dont le montant était de 1 600 000 F.;

La réalisation répond aux quatre objectifs que s’était fixé le groupe à l’origine :

Les copropriétaires sont restés maîtres de l’opération et ont pris en charge tous les aspects de la fabrication de leur habitat. Les logements sont adaptés aux besoins et aux désirs des habitants. Certains logements communiquent entre eux. D’autres sont desservis par deux escaliers ce qui donne aux adolescents plus d’indépendance.

Le groupe participe à une vie sociale tant à l’intérieur qu’à l’extérieur grâce à la présence de locaux communs. Les statuts de l’association des co-propriétaires fixe les modalités de revente : Il ne doit pas y avoir de plus-value hormis le réajustement basé sur l’évolution de l ‘indice des prix de la construction sur la période considérée .Tout successeur doit être présenté au groupe et accepté par lui six mois avant son arrivée.

L’architecture du projet est remarquable à plus d’un titre : du côté de la rue du Val, les enduits minéraux d’une façade pauvre en percement s’intègrent aux maisons pré existantes datant du siècle passé, tandis que du côté jardin ( à l’Ouest) les façades résultent d’une assemblage bien proportionné de menuiseries en bois et de vitrages, rythmé par des coursives et des petites verrières en surplomb. Cette façade à la fois diversitaire et homogène ouvre les appartements sur l’aire de jeux des enfants aménagée à ses pieds et sur un environnement boisé et calme. A l’intérieur des appartements des espaces fluides lient les nombreux recoins d’un séjour protéiforme dont la cuisine à l’américaine constitue le plus important. Des plantes et de petits emmarchements scandent le parcours qui conduit à la partie Nuit des appartements dont, par contraste, les espaces individuels sont très fermés.

Le Buisson Saint Louis, Paris 19e, architecte Bernard Kohn (1979-1985)

A Paris, dans le quartier de Belleville, une demie douzaine de familles achètent, en 1979, un lavoir à l’abandon de 1400 m2, situé en fond de cour d’immeuble. L’architecte, Bernard Kohn, a scindé le volume charpenté d’un grand hangar préexistant, en deux volumes de grande hauteur dont chacun est divisible en deux niveaux. Le groupe s’élargit à une douzaine de familles : des enseignants, un psychiatre, un ingénieur de Dassault, des cadres administratifs. Un patio médian fait entrer la lumière dans les futurs appartements dont la forte proportion de baies vitrées a permis de distribuer une abondante lumière. L’étroite collaboration entre le groupe et l’architecte a généré une architecture exceptionnelle qui allie le bois, le verre et la brique. La nature de la construction existante a nécessité une adaptation permanente entre le travail sur plan et le travail des entreprises confrontées aux irrégularités du bâtiment préexistant. Pendant le chantier l’architecte a installé son bureau sur place durant toute l’année 1983. Conscient de cet effort exceptionnel le groupe exprime sa gratitude à son architecte ; mais aussi parce Bernard Kohn les a , très en amont, invités à réfléchir à ce que deviendraient leurs grands appartements lorsque leurs enfants les quitteraient. La plupart des appartements ont donc été conçus pour être divisibles en deux logements plus petits disposant chacun d’une entrée indépendante. Le résultat est qu’aucun propriétaire n’est parti, trente ans après leur installation, mais que de nouveaux locataires sont arrivés, faisant passer le nombre de foyers de 12 à 16. Le groupe a aménagé une grande salle commune dotée d’une cuisine, en rez-de-chaussée, pour se réunir et pour s’ouvrir à la vie de quartier. Des fêtes y sont organisées. Un cours d’alphabétisation a été assuré au fil des années par les copropriétaires à destination des immigrants arrivés depuis peu dans les rues voisines. Un habitat véritablement urbain, dans sa conception comme dans son usage. Bernard Kohn est pédagogue dans l’âme. Après avoir fondé une école en Inde, il a participé au lancement de l’antenne pédagogique de Cergy-Pontoise. Trente ans plus tard, après avoir réalisé le nouveau palais de justice de Montpellier il a ouvert un atelier public en vue de réhabiliter la Villeneuvette , à deux pas de Clermont l’Hérault. « Pour moi une architecture homogène exprime la spiritualité tandis qu’une architecture hétérogène exprime la chaleur, la gaité de ce qui est constitue un groupe. Je ne tiens pas à une conception d’ensemble mais à une notion de volumes imbriqués et diversifiés selon les usages et les individus. Les différences doivent être apparentes et soulignées. La référence aux bâtiments de la Mémé de Lucien Kroll est significative de ce que je voudrais voir se réaliser au Buisson Saint Louis ».

Le groupe « Couleur d’orange  » à Montreuil

D’autres exemples comme celui de « Couleur d’orange » sont significatifs du besoin concomitant d’isolement et de rencontre. En Décembre 1986, entre la Croix de Chavaux et le périphérique parisien, sur le territoire de la ville de Montreuil, quatorze familles achètent un vieil entrepôt pour y réaliser un ensemble d’appartements. Quelques travées de l’entrepôt sont démolies pour créer un jardin commun. Le reste est réhabilité sur deux niveaux et regroupe deux ateliers d’artistes et 12 appartements. Les habitants s’y sont installés en 1988. Le coût de la reconversion en logements coûte 1100 euros le m2 (charge foncière et construction) pour les appartements et 750 euros pour la rénovation des entrepôts en locaux professionnels. Une quinzaine d’années plus tard, deux ménages ont déménagé. Un départ est dû à une séparation, l’autre est dû à des raisons professionnelles. Le deuxième garde l’appartement qu’il loue. Le groupe a le souvenir des 16 musiciens cubains qui y logèrent quelque temps, remplacés par un groupe d’iraniens intégristes ! Le groupe a fréquenté le MHGA, mais s’est très vite organisé par lui-même et avec son architecte L.Barré. La salle commune dont s’est doté le groupe est surtout utilisée par des associations du quartier auxquelles participent activement l’un ou l’autre des 20 adultes qui composent aujourd’hui le groupe. La vie communautaire qui avait culminé au moment de la réalisation du projet se limite maintenant à quelques fêtes annuelles. Par contre cet engagement citoyen s ‘est développé dans les associations de parents d’élèves et dans les associations de quartier qui ont leur mot à dire sur l’évolution de la ville de Montreuil.

La Fonderie à Vanves

En 1981, une quinzaine de personnes regroupées autour d’anciens élèves du lycée Bergson dans le dix neuvième arrondissement de Paris décident de réaliser, ensemble, un projet d’habitat à Paris même, à l’intérieur du périphérique. Après plus d’une année de recherches vaines, certains commencent à regarder au-delà du périphérique. Un terrain, à Vanves, a capté l’attention d’un médecin très entreprenant. La moitié du groupe du groupe quitte le projet ; Vivre à Vanves ne leur convient pas ; c’est trop loin du 19e, ou tout simplement ils se sentent incapables maintenant d’investir. C’est là, en 1983, à Vanves, en première couronne, au Sud de Paris que commence l’histoire de la Fonderie. Le site était occupé par La Fonderie, une petite entreprise de bronze ( Le groupe a échappé de peu à l’appellation « Le bronze intégral » !). Marc indique au vendeur son intérêt pour le terrain, l’objet du projet et ses doutes sur le nombre de personnes qui vont suivre. Il faudrait de 8 à 10 familles pour optimiser ce terrain. Le vendeur lui donne le contact d’un groupe qui a un projet analogue. Ce sont des militants de « Vie nouvelle ». Les deux groupes fusionnent quelque temps, mais finalement seule une famille de ce groupe reste. Les autres créeront quelques temps plus tard un habitat groupé à Chaville. Simultanément contact est pris avec le MHGA où deux familles sont intéressées et disponibles pour le projet. On peut signer la promesse de vente. Un collègue d’une de ces familles rejoint le groupe. Pour compléter, une annonce est publiée dans Télérama et le journal Libération. Le groupe a reçu plus de quarante réponses parmi lesquelles il a retenu trois candidatures dont celle de Daniel Jaunas qui a, ainsi, été le dernier à rejoindre le groupe. La vente du terrain est signée à la mi-janvier 1984.

Entre les deux rendez-vous chez le notaire, le groupe s’était mis en quête d’un architecte et contacte Bernard Kohn encore trop marqué par l’expérience du Buisson Saint Louis pour s’embarquer dans une deuxième aventure aussi prenante. Il oriente le groupe vers Dominique Girard qui devient l’architecte du projet de la Fonderie. D.Girard a pour compagne une sociologue qui passe une journée avec chaque famille pour mieux cerner leur mode de vie. Les personnes du groupe qui ne lisent pas les plans insistent auprès de l’architecte pour obtenir une maquette en trois dimensions. Le projet architectural est jugé satisfaisant. Le chantier s’ouvre en 1985.

Le groupe est constituée de fortes personnalités dont le passé militant suscite des débats animés : Ce qui aurait été difficile dans les années soixante dix, faire cohabiter d’anciens trotskistes et d’anciens maoïstes était maintenant réalisable. Le parcours de Daniel est significatif de toute une génération de militants. Après le bac, il commence à travailler comme facteur, puis monte dans la hiérarchie après être passé par l’ENA. Il rejoint les verts à l’instar de ce qui se passé en Allemagne où le mouvement des verts est fondé par les maoistes. Il milite dans le réseau de l’économie sociale et solidaire. A partir de 2009 Daniel se rapproche du mouvement de l’Ecohabitat groupé dont il devient un des animateurs avec l’intention de dépasser les clivages locaux pour rassembler les groupes à l’échelle de la Région Ile de France. Dans le groupe de la Fonderie, on trouve aussi un industriel producteur d’éoliennes adaptées aux pays tropicaux ;Il voyage dans le monde entier et ne séjourne à la Fonderie que quelques jours, deux ou trois fois par an. Mais son épouse se partage entre Orléans et Vanves.

La passion du médecin pour l’architecture et le suivi du chantier étaient tels qu’ils ont généré un incident avec l’architecte qui lui reprocha violemment son implication, déclenchant, après deux ans sans heurts, une première crise. Après un mois de discussions, le groupe a admis qu’il fallait nécessairement passer par l’architecte pour que celui-ci puisse effectivement assumer ses responsabilités professionnelles. L’architecte est revenu mais ce conflit a laissé des traces : « L’architecte n’a même pas été invité à l’inauguration… je fais partie de ceux qui l’ont regretté. L’architecte était devenu un ami ».

Deux habitants travaillaient à l’agence française de la maîtrise de l’énergie située à Vanves. Cela a généré de nombreuses discussions sur les questions de chauffage. L’architecte nous proposant un procédé innovant, suédois, à énergie électrique. Les salariés de l’AFME préféraient le gaz. Le groupe a finalement laissé à chacun le choix de son système. Daniel a a choisi le système suédois qui chauffait sans laisser l’impression de chaleur. Finalement ce système rendis l’âme au bout de vingt ans.Au départ le groupe souhaitait un bâtiment en structure bois, mais il dû y renoncer, le marché n’étant pas encore organisé.

L’immeuble de la Fonderie est construit en arrière de la rue Jean Bleuzen. Il regroupe des duplex sur trois niveaux auxquels s’ajoutent quelques pièces en sous-toiture. L’orientation Est- Ouest fait que l’ensoleillement passe d’une façade à l’autre selon les heures de la journée. Au premier étage une coursive dessert les logements. Côté jardin les façades sont revêtues de bois. Le local commun a été placé au Rez de Chaussée, de plein pied avec un petit jardin collectif, là où personne ne voulait habiter. Avec la création de deux chambres d’ami, d’une cave et d’un atelier, le local commun et ses dépendances occupent l’équivalent d’un appartement d’ environ 90 m2. Dans les années quatre vingt dix la salle commune était très utilisée par les habitants et leur famille. Aujourd’hui elle sert de salle de réunion à la vie associative.

Le renouvellement du groupe est resté marginal. Certes les logements sont grands, de 100 à 140 m2 avec une moyenne de 120 m2 mais les habitants qui sont, presque tous, devenus retraités n’ont pas besoin d’en louer une partie. Sur huit familles propriétaires la seule évolution a été l’arrivée de deux nouveaux conjoints, suite à deux divorces Il n’y a qu’un cas de revente récent. Le vendeur pensait revendre 10% au delà du prix du marché, mais le marché en a décidé autrement. C’est au prix moyen du marché local que la transaction s’est faite. Après tout, ces appartements nous étaient revenus à 10% au dessous du prix du marché.

Ce qui motive Daniel, c’est le mode de décision par consensus qui est généralement pratiqué dans les groupes autogérés. En façade d’entrée l’architecte a construit une cage vide en prévision d’un ascenseur. Vingt cinq années plus tard, celui-ci n’est toujours pas installé. « Nous n’arrivons pas à obtenir un consensus sur les règles de répartition de la dépense ».

Le groupe n’a pas rédigé de charte comme le voulait le MHGA.

Les copropriétaires de la Fonderie se sont réunis au sein d’une Société coopérative civile de construction : SCCC. Le règlement est passe partout. Personne n’y prête attention. Avec le temps, une partie de l’esprit coopératif est resté, une partie des pratiques coopératives s’en est allé. Dans les faits, ce qui mine le projet, ce sont les départs de retraités en bord de mer ou au soleil pour la bonne saison, limitant nos assemblées à une fréquence trop faible pour maintenir correctement nos règles de vie. Un jeune couple s’est installé. Il amène un nouveau dynamisme. Un autre appartement est à vendre. Nous attendons de voir qui, l’appartement et l’habitat groupé en général va intéresser !

Le Sarment des Bénards à Chatenay Malabry

En 1986, Michel et trois autres familles de Bagneux des anciens du 14 ème arrondissement trouvent un terrain à Bagneux pour construire ensemble .Un « méchant promoteur » le leur souffle. La ville de Chatenay-Malabry décide de réaliser une ZAC de 1000 logements entre la Butte rouge et le parc de Sceaux avec un ratio de 50% de logements sociaux. Elle accepte de d’accueillir le groupe dans la ZAC des Hussières. L’occasion est trop belle d’élargir le groupe à 12 familles qui déposent leur Le permis de construire en 1989, et en Mai1990 ,achètent le terrain de 1320 m2, rue Lafforgue, en bordure du parc.. Le groupe achète le terrain en Mai 1990. L’architecte proposé par Michel est adopté par l’équipe a dessiné un projet en construction bois dont la construction s’avère plus chère que prévu. L’entreprise de menuiserie fait faillite et part avec les avances qui lui avaient été imprudemment consenties par l’architecte. Les relations entre le groupe et l’architecte se dégradent au point que celui-ci démissionne. Le groupe se scinde alors en deux groupes l’un de quatre et l’autre de sept familles. Chacun crée sa propre société coopérative immobilière. Le terrain est partagé en deux. De nouveaux architectes sont appelés :Claude Bouvier travaille pour le plus petit groupe tandis que Bruno Vialle est choisi par le second groupe, le plus important. B.Vialle réduit la présence du bois et simplifie un projet qui était trop compliqué. Par exemple un logement montait sur trois niveaux…La salle commune du rez-de-chaussée est transformée en un petit logement qui sera vendu à la fin du chantier pour réduire le coût de l’immeuble. Un divorce a entrainé la division d’un duplex en deux étages indépendants. Le processus de scission s’étendait…. Quelques années plus tard l’escalier qui reliait les deux niveaux a été reconstruit après que le couple se soit reformé. En 2012 le groupe des quatre fête ses 21 ans de vie. Les sept voisins n’ont pas répondu à l’invitation qui leur a été faite et pourtant les deux groupes viennent de signer la convention qui entérine l’usage commun du jardin situé entre les deux immeubles. Michel ne regrette pas les aléas du projet : « Malgré beaucoup d’échanges, nous n’avons pas évité la violence des réactions, le découragement ou la déprime. En pourtant, il se pourrait que le mot de «solidarité ait pris un sens autrement plus dense et profond que l’art de vivre évoqué aux premiers jours. Les enfant une fois partis, certains projettent d’aller vivre ailleurs…dans un nouvel habitat groupé ». Michel pense quitter son logement devenu trop grand. Mais il n’a plus l‘énergie de remonter un nouveau groupe autogéré ailleurs.

La Bosse à Saint Nazaire

Le désir d’une vie plus collective a conduit neuf familles et un architecte à créer ensemble, à la fin des années soixante dix, un immeuble collectif de conception bioclimatique passive. Certains vivaient en maison individuelle, d’autres, la plupart, en HLM. Aucune de ces deux solutions n’étaient jugées satisfaisantes parce qu’isolées ou mal conçues. Pour en avoir parlé autour d’eux, ils découvrirent qu’ils n’étaient pas les seuls à penser de la sorte. Ils décidèrent de se réunir en 1978. D’où naquit le noyau du groupe actuel. Au rythme d’une rencontre hebdomadaire le groupe et son architecte abordèrent la conception même de l’immeuble et les questions foncières, juridiques et financières. Les dix huit adultes créèrent une société civile, prirent contact avec la ville et les organismes de prêt et, en Janvier 1979, achetèrent un terrain de 4 100 m2 dans une ZAC urbaine.

Entre temps, le programme s’est précisé quant au type de logement, à leur mode de groupement et quant à la conception solaire passive de l’immeuble projeté. Chaque logement a été conçu sur mesure. Ont suivi de nombreuses esquisses, plans et maquettes puis l’obtention rapide du permis de construire. Sont venus ensuite les plans d’exécution et l’appel d’offres. Les travaux de terrassement ont commencé en Juin 1980. Tous les logements ont été livrés en fin Juin 1981 au prix convenu. Un léger dépassement du coût prévisionnel a conduit à un sérieux programme d’économies : suppression de garage et prise en charge par le groupe de petits travaux de finition. L’architecte, Christian Cochy a tenu bon « pour garder les coursives que certains voulaient supprimer . Le prix de revient d’un logement et de sa part d’espaces communs équivalait au coût de construction d’une maison individuelle traditionnelle de même surface dans un lotissement classique. Le surcoût solaire difficile à cerner puisque faisant partie intégrante de l’immeuble a pu être néanmoins estimé à 15% du prix total de la construction.

Les locaux communs représentent environ 30% de la surface totale : une salle commune de 56 m2) au centre de l’immeuble , une salle de télé (14m2), un garage à vélos, une laverie, un local poubelle, un séchoir ( 106 m2) au centre Est de l’immeuble, et en extrémité Ouest de l’immeuble un ensemble de locaux (75 m2) répartis entre une salle de jeux pour les enfants ( 32m2), un atelier bricolage (15m2), et un atelier photo en comble, une cave et un cellier ; Non compris les coursives qui relient chaque niveau de chaque logement forment un tampon thermique en façade rue au Nord. Elles ne sont pas chauffées en hiver. Trente ans après leur installation les enfants sont partis et plus personne ne développe ses photos à domicile. Les deux locaux correspondants ont été privatisés.

La situation, la forme et la composition de chaque logement individuel ont été déterminées en tenant compte des exigences de chaque famille. Les logements sont en général construits sur deux niveaux et se composent d’un ensemble cuisine/repas/séjour décloisonné et ouvert au Sud, les chambres étant généralement à l’étage. Chaque logement dispose d’environ 30 m2 de vitrage exposé au Sud, munis de stores extérieurs en toile. Chaque logement s’inscrit dans une trame de 7 mètres et ses sous-multiples.

L’isolation par l’extérieur est constituée soit d’un bardage ardoise sur isolation en laine de verre soit d’un enduit sur polystyrène. Les questions d’inertie thermique et d’isolation phonique ont conduit à construire des murs en béton de 21 cm entre logements et de 15cm à l’intérieur d’un même logement. Les planchers sont également en béton avec dalle flottante sur un total de 30 cm d’épaisseur. Par un mouvement de terrain, l’immeuble se trouve partiellement enterré du côté des vents dominants venant d’Ouest. D’importantes toitures au Nord et aux extrémités de l’immeuble constituent un bouclier qui limite les déperditions dues aux vents du Nord. L’utilisation de diagrammes solaires a permis d’ajuster la conception des toitures pour respecter le droit au soleil des riverains. Les grandes baies des séjours sont orientées au Sud, avec un léger angle de 15° vers l’Est. Une économie de chauffage de 50% est escomptée. Le chauffage est assuré par des chaudières à gaz individuelles (radiateurs et production d’eau chaude). Chaque logement dispose d’auvents sur lesquels pourront être ultérieurement installés des capteurs solaires pour l’eau chaude solaire.

Un des neuf logements a éclaté en deux petits logements en raison d’un divorce advenu au cours du projet. Trente deux ans après leur installation cinq logements sont toujours occupés par les habitants d’origine. Sur les cinq familles qui sont parties, quatre ont divorcé dans les années qui ont suivie leur emménagement et une famille est paris à Rennes pour des raisons professionnelles. En 2012, à la demande du groupe, l’architecte a fait installer un monte-personne (ascenseur lent) qui dessert les quatre niveaux dont ceux des coursives. Le suivi des consommations en énergie gaz fait de 2001 à 2008 indique que le chauffage et l’eau chaude consomment 65,5 Kwh/m2/an ce qui correspond au BBC d’aujourd’hui auxquels viennent s’ajouter les consommations d’électricité.

Le Kolkhoze, le groupe de Sceaux les Chartreux, est présenté dans les pages 87-90 du livre.

Les Vignes Blanches, un des deux groupes de Cergy-Pontoise est présenté dans les pages 82-86 du livre.

Je remercie Michel Broutin , Daniel Jaunas, Brigitte Bouvier et Michèle Drevet ainsi que les interlocuteurs qui ont bien voulu répondre à mes questions depuis le tour de France du MHGA de 1978 jusqu’à aujourd’hui.

Le MHGA

 

La création du Mouvement de l’Habitat Groupé Autogéré

Les premières journées nationales de l’Habitat Groupé Autogéré sont organisées à Nantes ( Nantes Sainte Luce) les 12 et 13 Novembre 1977 à l’initiative de Charles Henri Arguillère et J.P.Husson. Charlie Arguillère enseigne l’architecture à l’Ecole d’Architecture de Nantes ; Il est architecte du groupe d’Alençon et a suivi la mise en place du projet de Nantes Sainte Luce. Ont participé à l’organisation des deux journées trois groupes qui ont été les maîtres d’ouvrage de leur habitat et dont les projets viennent d’être achevés (La Calaria à Toulouse, les Jardies à Meudon, le Hamel à Alençon). Avec Jacqueline Lorthiois je représente le groupe de la Hayette de Cergy-Pontoise. Un représentant du groupe en cours de réalisation à Louvain La Neuve, A.Constant, participe également aux journées. Deux architectes, Borderioux et Humbert Di Legge, présentent une opération participative menée avec le soutien de la Mairie de Brice les Courcelles ( Reims). Les rencontres ont eu lieu en partie à l’hôtel de ville de Nantes (Me Arguillère est adjointe à l’urbanisme) et en partie autour d’une grillade de sardines dans le jardin du groupe de Sainte Luce. L’objectif des participants, une centaine environ, est de donner une visibilité à des initiatives dispersées sur tout le territoire français et de partager une expérience qui pourrait être utile aux groupes en formation. Chaque groupe de coordination applique les règles de fonctionnement qui ont été énoncées ci-dessus pour les groupes d’habitants : distribution et rotation des tâches et des responsabilités, équilibre des décisions de groupe et des initiatives individuelles.

A cette occasion, une charte du mouvement était rédigée à partir de la charte des Jardies, le premier groupe de Meudon (Par la suite, deux autres projets d’habitat groupé autogéré seront réalisés à Meudon). La première condition d’appartenance d’un groupe au Mouvement de l’habitat groupé autogéré était que celui-ci soit le promoteur de son habitat. La deuxième condition était que le projet prévoit l’intégration de locaux d’activités partagées, sur environ 15% de la totalité de la surface privative. Afin d’éviter une quelconque main mise des professionnels du bâtiment sur le Mouvement, le nombre des architectes ou autres « spécialistes » ne devait pas dépasser un tiers du Conseil d’Administration du Mouvement. « Les groupes d’habitat autogéré se signalent avant tout par la primauté du groupe au cours du processus de construction et d’habitation. Cette primauté constitue à elle seule un renversement des pouvoirs habituels et justifie le terme d’autogestion. Ce sont les habitants qui se co-optent, se constituent en association, qui définissent le programme puis le projet en collaboration avec l’architecte, et qui prennent en charge les opérations administratives, juridiques et financières, et enfin qui gèrent l’habitat qu’ils occupent. » Philippe Bonnin.

18/19 Février 1978 : Première rencontre régionale de Cergy-Pontoise à la maison de quartier des Touleuses

Une rencontre en Ile-de-France est organisée à l’initiative et dans les locaux des Ateliers Communautaires de Cergy-Pontoise. 120 personnes participent à cette rencontre. Deux groupes avaient, alors, le projet de s’installer en Ville Nouvelle : « Habitat Prémédité » à Jouy le Moutier et « Cergy-Puiseux » qui, faute d’obtenir un permis de construire sur les coteaux de Cergy décrétés inconstructibles par L’Etablissement Public, a finalement construit aux Vignes Blanches, également à Jouy le Moutier, à l’extrémité Est du boulevard du Vast alors que le groupe de la Hayette s’installait à l’extrémité Ouest de ce même boulevard. Compte rendu dans le N°16 de la revue des habitants de la ville nouvelle : « A propos ».

Eté 1978 : L’année du tour de France du MHGA

En 1978. Durant l’été de cette même année, et faute de retours substantiels en provenance des groupes Yves Delagausie organise un tour de France de l’habitat Groupé Autogéré qui passe par Alençon, Autry, Nantes, Saint Nazaire ( La bosse), Saint Malo, Betton à Rennes, Angers, La Rochelle, Poitiers (La Soléane) Bordeaux, Agen, Toulouse ( La Calaria ), Tarbes, Simiane, Cannes,Corbères, Nyons, Grenoble (Meylan), Lyon, Dijon, Besançon, Strasbourg, Metz, L’Ile d’Abeau, Marcoussis, Reims… La taille des groupes varie en moyenne de 6 à 10 familles, à l’exception du groupe de Palaiseau qui associe trois groupes sur un même site. De nombreux groupes se sont constitués sans éprouver le besoin de signaler leur existence au Mouvement. Dix sept groupes étaient en projet ou en cours de réalisation en Région parisienne. On estime à une centaine le nombre de groupes réalisés entre la fin des années soixante dix et le milieu des années quatre vingt, en France.

14-15 octobre1978 : Deuxième journées nationales d’Orsay

En début d’après midi les groupes se présentent : Le groupe de Meudon, les Jardies, qui totalise 10 logements ; Le groupe de sainte Luce en recherche d’un terrain ; Deux groupes à Poitiers : l’une de cinq familles en quête de terrain proche de la ZUP où elles habitant en appartements, l’autre d’une dizaine d’adultes souhaitent construire une grande maison solaire où vivre ensemble. Le groupe de la Calaria dans la banlieue de Toulouse, à la Croix Falgarde; un groupe de 13 familles à Louvain la Neuve ; La société d’HLM l’Effort Rémois lance un appel à une soixantaine de candidats à l’accession pour réaliser un projet dans le cadre de la ZAC de Brice les Courcelles. Trois groupes en formation cherchent des terrains à Puteaux, Cergy et Vauciennes. J.Lorthiois se propose de transcrire les12 heures d’enregistrement des journées d’Orsay.

21/12/78 : Yves Delagausie projette d’ouvrir un atelier d’habitants en coopération avec l’architecte Jacques Bon.

16 /01/79 : Réunion du Conseil d’administration à Puteaux

Discussion à propos d’une note de huit points sur l’organisation du MHGA notamment sur deux points essentiels :

– Le dédoublement de la direction du mouvement en créant une coordination nationale jouant un rôle de noyau actif alors que le Conseil d’administration prends les grandes décisions stratégiques. D’un coté le Conseil d’administration qui ne se réunit qu’une ou deux fois par an favorise la participation de groupes dispersés dans toute la France. De l’autre le noyau actif assure les taches matérielles indispensables à l’existence du groupe.

– La création d’une Société coopérative comme instrument technique pour les missions d’assistance. La discussion fait apparaître la crainte que le groupe des permanents se professionnalise et prenne la tête du Mouvement.

Lors de cette réunion, un garde fou est entériné lors d’une réunion du C.A, à Puteaux : le nombre des professionnels dans le C.A. n’excédera pas un tiers des membres.

15 Février 1979 : Yves Delagausie fait le bilan de son mandat de Président couvrant la période du Mai 78 à Mars 79, sur les trois objectifs du Mouvement

Février 1979 : Discussion sur la brochure juridique proposée par André Kespern. Son édition est retardée parce que jugée trop technique. Elle plaide en faveur de la société civile d’habitat qui semble irréaliste, notamment par le groupe de Saint Nazaire.

La réunion des personnes, les conseils aux groupes en formation, les actions pour un nouvel habitat social . Sur ce dernier point Delagausie préconise des nouvelles unités d’habitation de 30 à 60 logements conçues comme des fédérations de plusieurs groupes de base….un mot sur nos relations aux associations du cadre de vie, aux syndicats de travailleurs, aux partis politiques : «  …Nous sommes un mouvement de proposition et d’action. Le problème des « fissures » n’est pas au premier plan de nos préoccupations. D’autres s’en occupent et c’est très bien….Nous sommes au delà de la contestation. Nous sommes au delà de la contestation…Nous prenons parti sur un problème fondamentalement politique…et nous nous disons clairement autogestionnaires. Notre rôle de proposition se limite à l’habitat. Il ne nous appartient pas de proposer un projet global de société, ni de porter un jugement sur ceux qui sont proposés par les partis politiques dont c’est le rôle….Notre position entraine la présence au sein du mouvement d’une pluralité d’opinions. Etre membre du Mouvement signifie reprendre à son compte les quelques points très précis qui sont consignés dans notre charte. Ni plus , ni moins…Nous poursuivons les débats à Chatenay-Malabry ».

31 Mars/ 1er Avril 1979 : 3èmes journées nationales à Chatenay Malabry

Le thème : L’individuel/le collectif. Certains s’inquiètent : Comment mettre des choses en commun avec des gens qui n’ont pas de liens affectifs à l’origine ? Un témoignage va à l’inverse « On s’est cassé la figure parce qu’il y avait trop de relations affectives entre nous ; Le groupe s’est relancé en s’ouvrant sur l’extérieur ». Présentation de nouveaux groupes à Cannes Montpellier, Tarbes,L’isle d’Abeau. Cinq résolutions sont adoptées dont  :

-Proposer l’assistance du MHGA aux collectivités locales, aux sociétés d’HLM et aux associations.

-Entreprendre des activités de conseil aux groupes qui soient rémunérées

-Rechercher des subventions et embaucher du personnel pour promouvoir un nouvel habitat social.

-Les deux autres traitent de l’élection du prochain C.A. et du montant de la cotisation.

6 Avril 1979 Conseil d’administration aux Jardies

André Kespern fait le compte rendu des débats entre les onze personnes présentes au sujet du prochain plan d’action.

Fabrication et diffusion du N°1 de la revue « Habitants ».

Compte rendu des journées d’Orsay .J.Lorthiois passe en revue les préoccupations et les questions formulées dans le mouvement. Y.Delagausie propose une ouverture vers les municipalités et les offices d’HLM.

De Lagausie propose une répartition des tâches en trois secteurs : La réunion des personnes (revue « Habitants »expos… ; L’appui technique des groupes ( foncier, financier, juridique,technique, relationnel…) ; Le transfert de la démarche participative dans l’habitat social ( Relations avec les municipalités et avec les Offices d’HLM ) . Le noyau actif du MHGA se compose d’une vingtaine de personnes : C.Bigourdain,Ph.Bonin,B.Bouvier, F.R.Cristiani,J.Dassonval ( le Président du MHGA), B.Drevet,G.Dufournet, M.Y.Gaillard, A.Kespern,P.Lefèvre,M et Cl Leu,J.Lorthiois,C.Meunier, J.Odier, Cl.Prinz, J.J.Samuel, B.Simpere, M.Strandberg, E.Samyn, D.Barge.

Préparation des journées européennes de Saint Nectaire du 25/26 Mai consacrées à l’habitat autogéré. Thèmes de travail proposés par A.Kespern. Listing d’une vingtaine de membres du noyau actif.

16/17 Juin 1979 CA aux Jardies

Ordre du jour : Désignation du Président, du Délégué permanent et du secrétaire permanent. Discussion d’une proposition d’A.Kespern concernant les services de conseil pouvant être assurés par le Mouvement. Le MHGA totalise 15 groupes adhérents, 125 membres cotisant dont 77 parisiens,44 provinciaux, 31 architectes dont 17 parisiens et 9 provinciaux. A.Kespern est chargé de la coordination des actions de conseil aux groupes en formation. Il travaille à l’élaboration d’une plaquette juridique ( qui ne sera diffusée qu’en Mars 1982).Lancement de la préparation du stage de Simiane en été 79 avec six stagiaires et deux animateurs.

Eté 1979 : stage de Simiane animé par Y.Delagausie et P.Lefèvre. Six personnes ont participé. Elles constituent un groupe qui devrait réaliser un projet à Forcalquier.

29 Septembre 1979 : C.A à Saulx les chartreux

Y.Delagausie a-t-il été confirmé dans le rôle de délégué général du mouvement ou délégué général chargé des relations avec les municipalités et les offices d’HLM ? Tout en exprimant ses craintes que la professionnalisation n’occulte la vie des groupes, le Conseil d’Administration confirme la nomination d’ Yves Delagausie comme Délégué du Mouvement de l’habitat groupé autogéré. Celui-ci est donc mandaté pour prendre des contacts institutionnels et de créer une Scop en capacité d’intervenir dans des projets institutionnels. Yves De Lagausie écrit au Parti Socialiste. Aucune réponse. Il écrit au Parti Socialiste Unifié qui l’invite à l’une de ses journées pour y présenter des réalisations du Mouvement . Yves De Lagausie se fait sifflé : « Comment ça : Le Mouvement de l’habitat groupé autogéré ne fait rien pour les homosexuel(le)s ni pour les sans domicile fixe ? La sentence tombe comme un couperet : Le M.H.G.A est un mouvement petit-bourgeois ! »  A la fin de la journée le Maire de Chambéry, Francis Hampe, prend néanmoins contact et se déclare très intéressé…

Septembre 1979 : Réunion du C.A. à Saulx les Chartreux

Le Ministère examine la question de savoir si les statuts de la société civile d’habitat sont les plus adaptés au projet d’habitat autogéré . Certaines personnes confondent le MHGA avec la promotion immobilière ordinaire : Un certain nombre de personnes ont tendance à consommer les services du Mouvement sans fournir de retour. On croise des groupes qui après avoir utilisé le Mouvement sont les premiers à dire que le mouvement n’a pas d’intérêt. Comment éviter que les militants ne ronronnent dans le dos des professionnels. Le rapport entre militants du mouvement et les professionnels d’habitat conseil fait toujours débat. Chacun doit garder une autonomie propre. Pour certains militants « La scop de travailleurs spécialisés risque de dévitaliser le Mouvement…L’équipe de la Scop est parisienne ce qui pose le problème du noyautage du mouvement par des professionnels parisiens ».

La fédération des Coopératives d’HLM envisage un redéploiement de la formule coopérative. Le principe de la Scop est de « tendre vers l’autogestion ». Encore faut-il que les projets respectent une taille compatible avec la participation. Des contacts sont pris avec des municipalités en vue de monter des projets d’une quarantaine de logements locatifs.

En Octobre 1979, un dossier d’appel à candidature est adressé à tous les groupes autogérés en vue de réunir des membres expérimentés disponibles pour intervenir dans la Scop et approfondir les contacts pris à Orsay et à Chambéry. En Novembre 1979 une équipe professionnelle est constituée. Une convention est établie entre le Mouvement et la Scop baptisée « Habitat Groupé Conseil ».

12 janvier 1980, présentation d’un projet de convention qui précise les relations entre le MHGA et la scop « Habitat Groupé Conseil ». Rencontres régionales ile de France, aux Jardies : Deux nouveaux groupes réalisent leur projet, l’un rue Duméril et l’autre à Fontenay sous bois. Delagausie est convoqué par la municipalité d’Orsay. Du 21 au 23 il fait une tournée dans les côtes du Nord : Lannion, St Brieuc, Paimpol. Aux Béalières la décision de réaliser ou non la ZAC des Béalières n’est pas encore prise par la municipalité. Sortie du N°2 de la revue « Habitants ».

26 Janvier : rencontre /information/Région parisienne, aux Jardies : chacun pourra ainsi s’informer et rencontrer des personnes ou des groupes souhaitant réaliser des projets. Une réunion similaire est programmée pour le 20 Octobre.

28 Janvier 1980: lancement de la campagne d’information à Chambéry.

Le 2 Mai 1980 : diffusion du N°2 de la revue « Habitants »: projet d’habitat locatif à Villeneuve d’Asq. Compte rendu de visite du groupe de Saulx les Chartreux. Articles de Roland Tourreau : « Qu’est-ce qui fait vivre en communauté ? »

Le 6 Mai, André Kespern quitte la commission juridique : « J’ai mis au point, à la demande des groupes, de nombreux statuts de société civile d’étude, de société en participation, de société d’attribution, de société coopérative d’habitat, de convention d’indivision, de syndicat coopératif de copropriété. Tout ce travail a été fait avec foi et dévouement. Je ne le regrette pas…Je regrette simplement qu’il n’ai jamais fait l’objet d’un débat sérieux ».

14-15 Juin 1980 : quatrièmes rencontres nationales

La location d’une salle à Paris vide la caisse du MHGA.

Constat : Les gens se rapprochent du Mouvement pour rencontrer d’autres candidats et bénéficier d’une assistance technique, mais dès qu’ils sont installés dans leur réalisation, ils disparaissent. Pour aller au delà de la constitution des groupes il faut affirmer avec force que le Mvt définit un projet politique plus global auquel chacun peut adhérer. La réflexion doit être poursuivie concernant l’impact de l’habitat groupé autogéré sur les relations sociales, sur la relation à la propriété, sur le décloisonnement de l’architecture, sur la responsabilité collective…

Le groupe de Villeneuve d’Ascq, celui de Lyon et celui de Marseille souhaitent mettre en place des « coordinations régionales ». « Dans ces coordinations régionales les groupes confronteront leurs expériences et partageront le travail sur la région, l’adapteront à la réalité régionale et locale pour vivre le mouvement ».

La coordination marseillaise prend le taureau par les cornes : « Vous rêvez de votre pavillon de style provençal authentique, construit avec des matériaux traditionnels, par une entreprise de maisons préfabriquées… Vous ne voulez pas connaître vos voisins, vous ne voulez pas laisser vos enfants jouer avec les enfants des autres, vous ne voulez pas partager une machine à laver, un labo-photo, une salle de musique, un toboggan…ALORS NE VENEZ PAS !

Vous avez dans l’idée d’habiter autrement, avec des copains ou de nouvelles têtes que vous aurez choisies, de décider vous-même de la forme de l’espace que vous habiterez…mais aussi de partager peut-être une salle des fêtes, quelques planches pour bricoler, un jardin potager, quelques lits pour vos belles-mères ou des copains de passage…ALORS ,ON VOUS ATTEND ! »

Toujours en Juin 1980, le groupe lillois rédige une « Contribution au débat sur l’avenir du MHGA : «  Il nous faut redéfinir des objectifs clairs et distincts de la SCOT qui prend désormais le relai en ce qui concerne l’assistance technique aux groupes…Nous voulons affirmer l’originalité du mouvement dans sa dimension politique…Si on souhaite que les groupes existants ne fassent figure d’expériences isolées, si on souhaite que ces mêmes groupes n’en viennent plus à se désintéresser du mouvement une fois leur projet réalisé , il faut affirmer avec force que la priorité du MHGA va, au delà de la constitution de groupes d’habitants, à la définition d’un projet politique plus global auquel chacun peut adhérer….le projet politique passe par une prise de conscience, qui n’est peut-être pas encore très claire, de l’impact de l’Habitat Groupé Autogéré sur les relations sociales aux différents niveaux entre les personnes , dans la cellule familiale, dans le quartier et la cité. Nous proposons d’aborder l’étude de cet impact sous trois angles particuliers : relation à la propriété, le cadre architectural et la question de l’autogestion…Nous voulions échapper à l’isolement et à l’individualisme. Aussi posons-nous, sans y répondre de suite, les questions suivantes :

– Propriétaire ou non ?

– Quelle forme de propriété ?

– Comment échapper à certaines contraintes de la propriété ?

Par une volonté de gestion collective nous voulons rompre avec un habitat qui par sa conception et sa dimension induit l’anonymat et l’appauvrissement de la vie sociale. »

Juillet-Octobre 1980 : Des bulletins de liaison s’ajoutent à la revue et annonçent les créations de groupes aux quatre coins de la France.

8 Septembre 1980 :

Habitat Groupé Conseil prépare l’ouverture de l’atelier des habitants de Chambéry. Une convention entre la ville d’Orsay et Habitat Groupé Conseil vient d’être signée. L’équipe d’Habitat Groupé Conseil s’installe au quai de la râpée. Message envoyé du local en bord de Seine : 13 septembre : Qui balaye, Qui fait la vaisselle ?

La commission juridique diffuse un tableau de synthèse des données collectées auprès de sept groupes : « Il est fait état essentiellement de deux modalités d’organisation juridique : la copropriété en indivision et la société d’attribution. Cinq groupes sur sept ont précisé que les contraintes de financement les avaient amenés au choix juridique ( garanties, taux,etc.). Il est donc nécessaire d’inclure une réflexion sur le financement en rapport avec le juridique ».

Fin Octobre 1980 : Rencontres régionales de Lyon

Le journal du mouvement ( une feuille qui s’ajoute à la revue) crée en fin1980 début 1981, intitulé Habitants, fait état de deux cents cinquante adhérents au MHGA dont une quarantaine de groupes répartis dans toute la France.

Février 1981 : Publication d’Habitants N°3 ; Les communautés rurales : R.Tourreau. La carte de France des groupes et des correspondants du MHGA. Le N° s’achève sur un article du CAUE de Dordogne.

1er Mars 1981.

Habitat-Groupé-Conseil a licencié ses trois salariés pour raison économique.

« Pour le futur, il paraît tout à fait improbable d’avoir un équilibre économique fondé sur les seules activités d’animation et de programmation. La seule solution pour poursuivre ce type de démarche nous semble être d’ajouter ces prestations à des contrats d’ingénierie ou de maîtrise d’œuvre classique en obtenant une majoration de la note de complexité pour payer les heures d’animation des ateliers…il nous semble important de tisser des relations entre les différentes équipes de concepteurs travaillant les problèmes de participation avec les habitants…D’après le GRECOH le surcoût du à la participation serait de 2 à 3% ( ce qui correspond à un passage de la note de complexité de 5 à 7) ».

Mai 1981 Publication d’Habitants N°4

Rédaction Michèle Fékir, Pierre lefèvre : L’atelier d’Orsay .Les illustrations proviennent du concours des maisons de ville à Jouy le Moutier.Un dernier article de R.Tourreau sur « Les fondements de la vie communautaire ».

6-7 Juin 1981 : Journées nationales de Lille

Présentation des groupes de la région Nord-Pas-de-Calais. La participation à Alma-Gare et la démolition des courées insalubres qui ne sont plus habitées que par des célibataires plus ou moins marginalisés. Comment va le MHGA auquel adhèrent maintenant 230 personnes dont une cinquantaine de groupes. « Il ne faut pas tout attendre d’un seul individu sous prétexte de sa disponibilité ; Faisons tourner les tâches ».Autre réaction : « Bravo pour la rencontre de Lille…les problèmes posés contrastaient avec les réunions demi-mondaines auxquelles on avait l’habitude d’assister…Plusieurs questions de fond ont été posées, questions que le noyau parisien ne se posaient pas. Ne pourrait-on pas domicilier le Mvt dans plusieurs groupes successivement…Le délégué général cumule tous les mandats ; D’autres personnes doivent l’accompagner dans ses contacts extérieurs. Le travail de secrétariat pourrait être assuré par roulement dans les groupes ».

17 Octobre 1981 : CA au quai de la râpée, siège de la SCOT « Habitat Groupé Conseil » est en cours de transformation en «  Urba-Conseil », un bureau d’études dont Yves Delagausie est à la fois le patron et l’employé, une structure qui n’a pas de lien institué avec le MHGA. Débat de fond sur le fonctionnement du mvt. Quatre régions s’organisent : Lille, Grenoble, Lyon, Marseille. Les éditions SYROS proposent la publication d’un livre consacré au MHGA. Philippe Bonnin est chargé de la coordination des articles rédigés par les uns et les autres. La Confédération Syndicale du Cadre de Vie met à disposition du MHGA un local 29 rue A.Bertillon , à Paris 15ème.Contacté par Y .Delagausie, le Plan Construction ( Ministère du logement) accepte le principe d’une subvention pour une exposition itinérante sur le MHGA. Le nouveau CA se compose de 21 membres.

Novembre 1981 ; Le N°5 de la revue Habitants est consacré aux journées de Lille. Responsable de la rédaction : Michèle Fékir. Il est question de l’autofinition dans le groupe de Saulx les Chartreux.Un article tente de répondre à la question « Quel cadre juridique choisir ? » Roland Tourreau est le nouveau Président du MHGA ; Il rédige un article sur les communautés taisibles.

28/29 Novembre 1981 Journées de Dhuizon ( à proximité de Blois)

Y.Delagausie et C.Mickmacker organisent une rencontre entre professionnels de l’habitat groupé autogéré. « L’arrivée de la gauche au pouvoir se traduit par un changement du contexte dans lequel les urbanistes et les architectes interviennent. Le projet d’associer des habitants à la conception et à la gestion de leur cadre de vie, qui était jusqu’ici marginale et marginalisée, vient au premier plan. La commission architecturale que le MHGA a cherché, en vain, à mettre sur pied depuis deux ans a quelques chances de se réunir pour la premières fois ». Les architectes font part de leur expérience : Arguillère à Alençon, Alasseur à Poitiers, Cochy à St Nazaire, Kohn au Buisson St Louis et à l’école Decroly de saint Mandé, Jacques Bon à Meudon le Val, Baumer à Maule, Coopérim à Chambéry, Guislain aux Jardies, en Belgique l’atelier 50 à Roselière et Constant à Louvranges ( Belgique) , Mickmacker aux Baléares pour un habitat troglodyte.

Le Ministre Quillot annonce la création d’un secteur pilote de la qualité de l’habitat. La circulaire du 7 Mai 1981 signée du Directeur de la Construction, Georges Mercadal, plaide en faveur de la participation : « La parole est aux habitants ».

A Dhuizon, Charlie Arguillère s’enflamme : «  Les architectes rament pour les société HLM qui pendant 25 ans ont été gérées par la droite, notamment par des militaires à la retraite ;A chaque projet l’architecte risque la crise cardiaque pour un salaire de misère. Les architectes sont impuissants à remédier au divorce entre les habitants et les sociétés HLM. Ne comptons pas sur les sociologues pour débloquer les choses : Engagés dans des équipes dites d’accompagnement, ils ont paralysé deux opérations sur trois. Ils créent les problèmes en les désignant. Les sociologues français ont du mal à considérer les gens comme autre chose qu’un bouillon de culture au fond de l’éprouvette. Le scientifique tel un hibou à grand chapeau se contente d’observer comment une opération capote. Supprimons les médiateurs et animateurs en tout genre qui font écran entre les habitants et les techniciens ».L’architecte des Jardies abonde dans le même sens : «  L’architecte, contrairement au scientifique a l’obligation de résultat. Il s’engage. Tel composant est soit là soit ailleurs. Il ne peut être à deux endroits différents en même temps. Je suis partisan d’une société qui assume ses conflits. Le meilleur programme est celui qui est adopté à 51% ». Lors des deux journées sont abordés tour à tour la question du surcroît de temps passé (un temps que tous les architectes présents estiment

à deux à trois fois supérieur) et des honoraires variant selon les opérations de 7 à 12 % du coût de construction. Est également évoquée la dialectique architecturale entre deux affirmations : celle des différences entre les membres d’un groupe et celle de l’appartenance au groupe. A Meudon le Val, J.Bon a privilégié le travail avec chaque famille plutôt qu’avec le groupe. L’essentiel pour Ch.Arguillère est de renforcer les relations entre les habitants et les techniciens de l’habitat.

Fin 1981 : Envoi au Premier Ministre, Pierre MAUROY, d’une demande de subvention pour une exposition itinérante.

Février 1982 : Rencontre régionales ile de France : « Habiter sans posséder ». La location autogérée.

23 Mars 1982 : Roland Tourreau dresse un compte rendu des réunions de la Coordination Nationale du 10 et 17 Mars. La commission organisation a toute liberté de proposition, mais c’est au C.A. et à l’A.G de trancher. Qui va prendre les décisions courantes ? Le bureau ? Si le rôle du MHGA est de promouvoir l’habitat groupé autogéré dans l’habitat social, quelle est la commission qui s’en charge ? La relation entre le militantisme et le professionnalisme devrait être resituée par rapport à cette question.

27 Mars 1982 : CAà Paris

Débat au sujet des profils haut et bas du mouvement : L’un centré sur la vie des groupes, l’autre sur les actions à mener auprès des institutions. Il est convenu que les professionnels membres du mouvement ne devrons plus être élu Président ni Délégué du MHGA.

Mai 1982 : publication d’Habitant N°6

Le groupe de la Hayette décrit son expérience de l’autoconstruction.

Roland Tourreau esquisse une histoire des communautés du 10ème au 20ème siècle. Le programme de la rencontre nationale du MHGA à Lyon figure dans le N°6 ainsi que deux articles, l’un sur le renouveau de l’habitat coopératif, l’autre sur le locatif autogéré rendant compte d’une conférence-débat organisée par la Confédération générale du logement.

29/30 Mai /82: sixièmes rencontres nationales de Lyon

Deux cents personnes participent au débat sur l’orientation du MHGA toujours écartelé entre l’entraide inter-groupe et le volontarisme institutionnel. Nouvelle formulation de la Charte. E.Samyn conclut son mandat de Président par un rapport d’orientation : « Il y a deux types de sensibilités dans le mouvement :

-Celle qui met l’accent sur la vie de groupe et uniquement sur eux.

-celle qui mène une action de type volontariste. Un noyau actif intervient au niveau des institutions, des pouvoirs et des administrations.

On ne peut pas séparer ces deux types d’actions. La seule issue possible est de vivre dans la tension de ces deux sensibilités ».

Roland Tourreau est le nouveau Président du C.A. Rappel des règles d’organisation et de fonctionnement coordination nationale, coordinations régionales, commissions… « Les professionnels adhérents au Mouvement qui sont contactés au sujet de l’Habitat Groupé Autogéré devront informer le C.A de leur démarche ». Le poste de délégué général du MHGA est supprimé. Le principe des coordinations régionales est entériné par 36 voix pour et 3 abstentions. 5 délégués régionaux sont élus, à Aix en Provence, à Lyon, à Grenoble, dans le Nord et à Paris. Mise en place d’une gestion tournante du MHGA dans les groupes.

27 Juin 1982 :Marie Sibilot animatrice de la coordination grenobloise écrit au MHGA : « J’ai été très déçue de l’A.G. de Lyon. Il me semble qu’à trop vouloir se protéger contre d’éventuels abus ou déviations de tel ou tel, à exiger qu’on ne puisse rien faire sans l’autorisation ou l’avis d’une instance démocratiquement élus, à vouloir que l’on soit toujours en binôme dès que l’on bouge le petit doigt, on risque de châtrer beaucoup d’initiatives et de freiner la dynamique naissante du mouvement…La confiance…une dimension inévitable d’une saine autogestion alors que la bureaucratie…est le contraire ».

3 juillet 1982 CA à Paris

Les participants notent la faible participation des groupes de province. Il y a une contradiction de base entre la structuration nationale du mouvement et le local : Il n’y a pas d’objet plus local que l’habitat.

Comment organiser un mouvement basé sur le bénévolat sans que sa structure ne soit trop lourde ?

La subvention annoncée par le cabinet du premier Ministre est bloquée par la direction de la construction au Ministère de l’Equipement. Le MHGA s’inquiète : il est rejeté soit à cause de sa marginalité soit à cause de son image d’appartenance aux classes aisées. Seules les sociétés HLM comptent aux yeux de la gauche: elles symbolisent le logement de masse. Le MHGA tente alors une démarche auprès du Ministère de la famille ; Sans résultat.

Novembre 1982 : La revue N°7 dresse un compte rendu des journées de Lyon, et se conclut par un article de R.Tourreau sur « les communautés taisibles ».

19 Mars 1983 : C.A à Paris 

Les coordinations régionales manquent d’un financement propre, ce qui les empêche de se déplacer là où elles sont appelées. Quel mode de diffusion du livre au sein du mouvement ? Des contacts ont été pris avec la CFDT, la CSCV et la Confédération générale du logement. Une rencontre inter-association est envisagée sur le thème : Participation des usagers à la création et à l’amélioration du cadre de vie ». Le C.C.I. du Centre Pompidou organise un colloque-exposition et invite le MHGA à une réunion préparatoire.

Mai 1983 : Un numéro spécial de la revue Habitant consacré à la « Régionalisation » présente les quatre régions : Rhône-Alpes, Provence, Lyon et Nord.

Novembre 1983 : Revue Habitants N° 9 : Un numéro spécial Réhabilitation concernant l’habitat ancien, intègre un tableau des réalisations lyonnaises.

Préparation de l’A.G Nationale du 4 Juin 1983.

En Avril-Juin 1983 le MHGA publie un livre intitulé « HABITATS AUTOGÉRÉS, aux éditions Syros. Ce livre passe en revue 28 réalisations dont 13 en Région parisienne et 15 en régions Nantes, Lille, Toulouse, Rennes, Alençon, St Nazaire, Grasse…. Philippe Bonnin qui a orchestré la publication insiste sur la recherche d’un équilibre entre indépendance familiale et vie de groupe.

21 Octobre 1985 : Le mouvement MHGA vit un peu au ralenti depuis plusieurs mois.

« De votre côté, vous avez peut-être des idées, des informations, des projets… C’est pourquoi nous organisons une rencontre, le 16 Novembre prochain ».

Les années passent pendant lesquelles que le Mouvement tombe en sommeil.

1ER Mai 1993 : A la demande d’Yves Delagausie, le Président du MHGA, Michel Broutin, organise une rencontre à Chatenay-Malabry sur le thème « 20 ans du MHGA » destinée à réactiver le Mouvement et lui donner un second souffle. Sans guère de succès. Mais il faudra attendre juin 2008 pour que des anciens du MHGA se réunissent au Buisson Saint Louis, à Belleville, afin de refonder véritablement le Mouvement sous le signe du développement durable.

Le 8 Mars 2009, le MHGA est rebaptisé : L’Eco Habitat Groupé.

L’EHG se fonde sur trois principes : L’accès économique à l’habitat / Relever les défis écologiques / Développer des formes de vie en commun. Une nouvelle charte est rédigée et les statuts du MHGA sont réactualisés sous le signe du développement durable. Une brochure expose seize réalisations dont une seule nouvelle, datant de Juin 2008, située à Montreuil. En Novembre 2009 la ville de Montreuil accueille le 9ème forum national de l’habitat groupé sur le thème : « De l’habitat groupé à l’écoquartier ».