L’habitat évolutif en ville nouvelle

 

Au Printemps 1976 l’Établissement Public d’Aménagement de CERGY-PONTOISE met en concours 2500 maisons de ville sur le plateau de Jouy le Moutier. L’établissement public demande aux équipes d’architectes et à leurs maîtres d’ouvrage associés de proposer une architecture urbaine organisée autour de rues, d’allées piétonnes, de places s’inspirant de la morphologie des maisons et des fermes des villages du Vexin français (une morphologie caractérisée par des toits en pente entre 35 et 45 degrés et des jardins entourés de hauts murs). Les parcelles encloses varient de 100 à 400 m2 chacune. Pour éviter l’aspect anonyme des grands ensembles, Bertrand Warnier , l’urbaniste de l’EPA qui a rédigé le programme du concours, demande aux concepteurs de prévoir que chaque maison puisse être agrandie de la moitié de sa surface de départ, et ceci, à l’initiative des propriétaires, dans le cadre des préconisations architecturales définies dans le P.A.Z. Une quinzaine d’équipes de concepteurs ont été retenues pour la réalisation du quartier, ce qui génère une diversité architecturale de base à laquelle viendra s’ajouter la diversité des extensions dues aux habitants. Les habitants arrivent à partir de 1979 dans les premières opérations achevées. La majorité de cette population de propriétaires bénéficie de prêts sociaux ( HLM. PAP) et se compose de couples de 30 à 35 ans, avec, en moyenne, deux enfants par ménage. Un architecte -animateur, Roger Biriotti, est chargé d’accompagner les premiers habitants qui souhaitent réaliser des extensions. Sa mission s’étend sur une durée de quatre années. La première intervention consiste à informer les habitants de la possibilité inédite qui leur est donnée par l’aménageur, celle d’augmenter la surface habitable de leur logement de la moitié de la surface habitable dont ils sont propriétaires.

En Avril 1980 R.Biriotti édite le premier numéro d’une revue appelée «  Habiter l’Hautil », un numéro format journal, constitué de deux double pages recto-verso .Quatre opérations participatives réalisées dans le nouveau quartier y sont présentées L’information éditée dans un journal des habitants commence par une présentation des principales caractéristiques du nouveau quartier et de son architecture conçus pour renouer avec la tradition des villages du Vexin. Dans les villages de l’arrière pays les maisons en pierre et les bâtiments de ferme s’alignent en continu le long de la grand rue et en limite des places de la Mairie et de l’église. Le charme de ces villages attire les parisiens qui y ont acheté leur résidence secondaire. La revue « Habiter l’Hautil » fournit un plan d’ensemble du quartier avec les noms des îlots qui le composent. Dans ce numéro, le maire de Jouy le Moutier, Daniel Laisné, issu d’une famille de cultivateur et cultivateur lui-même écrit : «Souhaitons à Roger Biriotti de retenir l’attention de tous pour que, par ses conseils, ses suggestions et ses exemples, il puisse éviter que ce quartier de Jouy le Haut ne prenne d’ici une vingtaine d’années, l’aspect d’une banlieue parisienne de la plus mauvaise époque où l’anarchie cède la place au disparate du plus mauvais goût ». L’EPA énumère les avantages d’une action concertée : « Déjà le problème des extensions s’est posé : un habitant désire construire une extension du séjour s’est adressé à nous. Un autre a déjà construit une extension à son garage sans demande préalable de permis de construire ( pourtant obligatoire). Il doit maintenant la refaire pour respecter les servitudes du cahier des charges qui lui a été remis par le maître d’ouvrage. Il ne faut pas non plus que les jardins deviennent des lieux de stockage : un autre habitant y a rangé sa caravane et son bateau, ce qui provoque des nuisances visuelles pour ses voisins. Aux Vaux labours le séjour a une hauteur de 5 mètres sous plafond ce qui permet de réaliser une mezzanine. Aux Bourseaux, une cave spacieuse, à demi enterrée, peut être cloisonnée en plusieurs pièces. Dans un projet de dix ateliers d’artisans, l’architecte a prévu d’aménager une mezzanine ou un logement dans l’atelier…Une des premières actions engagées par l’habitant est la construction d’une clôture qui règle la question de la mitoyenneté…Ces clôtures participent de l’environnement et doivent tenir compte du paysage général de l’îlot…Les pépiniéristes de la région vendent des produits chers et fragiles parce qu’inadaptés à la nature des sols. Il importe de leur conseiller des essences locales plus vivants : bouleaux, érables, marronniers ou autre feuillus… ». L’EPA a établi un plan des couleurs qu’ont respecté les architectes. Il s’agit de convaincre les habitants d’en faire de même.

Au delà des déclarations d’intention, l’architecte-animateur, Roger Biriotti, prend vite acte des particularités du terrain. Il constate que, dans certaines opérations, les maîtres d’ouvrage n’ont intégré des possibilités d’extension que dans une partie de leur programme. La première tranche de travaux se devait de respecter le cahier des charges et les plans remis au stade du concours. Au nom de l’économie, les tranches suivantes ne furent pas aussi respectueuses. C’est notamment le cas des extensions dans les combles : Les possibilités d’extension nécessitent des charpentes plus onéreuses que les fermettes industrielles qui leur succédèrent et qui présentent le désavantage d’occuper tout le volume des sous-toitures, empêchant ainsi toute appropriation ultérieure : Selon R.Biriotti « Beaucoup d’espaces aménageables ont disparu lors des négociations entre promoteurs et entreprises. Un architecte qui avait prévu des extensions dans les combles m’a rapporté le fait que son promoteur a supprimé les combles aménageables pour construire deux maisons supplémentaires et rentabiliser son opération».

Roger Biriotti se heurte à un autre obstacle inattendu : « Les vendeurs n’ont pas tiré parti des potentialités d’extension de sorte que les acheteurs les ignorent et ne savent pas que l’aspect de leur environnement immédiat peut changer. Les associations syndicales de co-propriétaires ont tendance à figer l’image de leur quartier et à s’opposer à toute modification du patrimoine. Paradoxalement, elles n’encouragent pas leurs adhérents à entreprendre des extensions ».

Et pourtant… une directive datant d’Avril 1976 émanant du Ministère de la Construction et envoyée à tous les préfets stipule que : « Les contraintes règlementaires telles que les règlements de copropriété s’opposent à une réelle liberté d’usage de l’espace privé. Elles devraient être réduites le plus possibles…Le droit de l’usager à transformer son habitat devrait porter sur des éléments très divers : traitements de façades, percement de nouvelles baies, construction des auvents, marquise, sas d’entrée, vérandas vitrées, modification de la toiture par aménagement des combes. Les transformations sont rendues impossibles dans de très nombreuses opérations par des règlements trop contraignants… ». Roger Biriotti a rencontré tous les architectes qui ont conçu le quartier pour les interroger sur les différentes formes d’extension qu’ils avaient proposées. La philosophie des uns et des autres varie du tout au tout. Certains estiment avoir fait un effort esthétique suffisant pour refuser d’être victimes des interventions sauvages de certains habitants. Cela les choquerait de passer dans le quartier dans quelques années pour y déplorer « un sabotage architectural dû à la prolifération des lucarnes en chien assis, des cabanons ou des clôtures hétéroclites ». D’autres, à l’inverse, se refusent à contrôler en quoique ce soit les interventions ultérieures des habitants. Les habitants doivent être informés de l’attitude de l’architecte qui a conçu sa maison.

En Janvier 1981 sous le même intitulé « Habiter l’Hautil » Roger Biriotti édite et diffuse une brochure de 51 pages est diffusée auprès des habitants de Jouy le Haut. Bertrand Warnier, urbaniste du quartier au sein de l’EPA y développe ses intentions concernant Jouy le Haut : « A vous de choisir si vous voulez persévérer dans l’isolement (de la maison individuelle) et renforcer l’opacité des limites par de nouvelles clôtures, des pergolas, des arbustes et des buissons…ou si vous voulez élargir votre horizon en faisant partie commune avec vos voisins de manière à disposer, en groupe, d’un plus grand espace et d’une vue plus dégagée ».

Des décennies plus tard, la réponse est décevante autant qu’évidente : La quasi totalité des pavillons qui bordent les espaces verts intégrés au quartier ont planté des haies de grande hauteur qui les coupent de toute vue et de toute communication entre l’espace privé et l’espace public. Le sentiment de propriété s’avère indissociable d’une quête de l’insularité. Concernent les extensions, la brochure enfonce le clou : « Sur le plateau de l’Hautil chaque habitant a la possibilité d’agrandir sa maison jusqu’à 50% de la surface de la maison. Dans l’esprit de l’Etablissement Public d’Aménagement de la ville nouvelle, initiateur de cette idée, cette possibilité originale offerte aux habitants devrait leur permettre de personnaliser leur quartier, en agrandissant leur maison, en modifiant leur clôture, en créant leur jardin. Toutefois, un plan d’aménagement de la Zone ( P.A.Z.) et le cahier des charges de chaque îlot réglementent les conditions de copropriété ».

La démarche pédagogique se poursuit par « Le processus de fabrication d’une maison », le talutage et les plantations du jardin, l’amélioration des sols pour la culture potagère, un listing des arbustes caducs et persistants, des plantes tapissantes et grimpantes, enfin du paysagement du jardin, le dépôt d’un permis de construire en vue d’une extension, un panorama des matériaux de gros-œuvre, en maçonnerie et en ossature bois. La brochure donne quelques exemples d’extension réalisés aux Jouannes, l’une des premières opérations du quartier. La brochure éditée à 3000 exemplaires, se conclut par une présentation de l’ Association, L’AME ( Association Maisons Espaces) par les habitants de l’Hautil, créée en Novembre 1980à l’initiative de Roger Biriotti «  Notre architecte animateur ». Deux habitants du quartier, un architecte et un fils d’architecte en assurent la présidence.

En Septembre 1981 une brochure de 67 pages intitulée « Energies renouvelables à Cergy-Pontoise », est produite par le groupe ESPACE-LIBRE qui regroupe plusieurs créateurs locaux et européens. Co-financée par l’EPA et le Secrétariat central des Villes Nouvelles, cette brochure, éditée à 5000 exemplaires s’inscrit dans l’action menée par Roger Biriotti à Jouy le Haut, mais elle s’adresse à tous les habitants de Cergy-Pontoise. L’objectif recherché est l’amélioration des qualités écologiques de l’habitat, notamment par le recours au chauffage solaire, au recyclage de l’eau, des ordures ménagères et des matériaux. On trouve dans cette brochure la rose des vents de Cergy-Pontoise, les notions de base de l’isolation des bâtiments, les types de capteurs solaires, le principe de la géothermie, l’utilisation de la biomasse. Les premières réalisations écologiques de la ville Nouvelle sont présentées : La maison Franjus, les maisons bioclimatiques des Cochevis, Les Chemins du Soleil à Cergy Saint Christophe, l’opération Cascade à Eragny et le Jardin Ecologique mis en place à Cergy-Sud par Dominique Juglar, le paysagiste de l’EPA.

En Janvier 1982 une autre brochure de 63 pages éditées par l’association A.M.E., traite de l’art des clôtures. Cette brochure très abondamment illustrée comporte de nombreux témoignages d’habitants. On passe du manuel de type « Comment construire des haies » à l’art topiaire et aux incrustations de mosaïques et de coquillages dans les murs en maçonnerie. Des exemples de claustras, de clôtures ajourées en béton, de grilles métalliques, de clôtures en bois « scandinaves » déploient un nombre incroyable de possibilités.

En Octobre 1984, grâce à une petite subvention du Plan Construction et Architecture (Ministère de l’Equipement), Roger Biriotti fait un bilan de l’action menée à Jouy le Moutier. Les premiers travaux entrepris par les habitants concernent la sécurité : clôtures, volets. L’amélioration des espaces intérieurs existants (installation d’une cheminée) vient en second ainsi que les plantations dans le jardin.

On a déjà vu que parmi les principaux freins à l’appropriation des combles figurent les charpentes en fermes industrielles. S’y ajoute la contradiction entre les pentes de toit fixées à 45°dans le PAZ et les toits moins pentus des vérandas préfabriquées, à monter soi-même.

La plupart des maisons de ville sont achetées à crédit par une majorité de jeunes couples . Au tout début des années quatre vingt il est encore trop tôt pour que les habitants investissent dans des extensions. Pourtant, de 1981 à 1984, ont déjà été réalisées à Jouy le Haut :

12 extensions accolées (extension du séjour ou chambre supplémentaire) ;

23 vérandas ; 41 combles aménagés ; 10 agrandissements du garage ; 12 abris de jardin, celliers ou appentis ; Pas d’agrandissements dus à une activité professionnelle intégrée à l’habitat. Par contre les garages sont transformés en atelier ou en chambre supplémentaire. La voiture couche dans la rue. Une tendance qui n’a fait que s ‘amplifier par la suite.

Une extension intrigante : le creusement sous le garage .. .

Ce qui frappe dans les extensions externes, c’est le recours à la maçonnerie plutôt qu’a l’ossature bois. Aujourd’hui le choix du matériau de gros œuvre pencherait sans doute plus en faveur du bois…

Autre obstacle à la construction d’extensions : les procès de voisinage dus aux contradictions entre les directives de l’EPA et les cahiers des charges particuliers à chaque opération.

Les associations syndicales de copropriété étaient trop préoccupées par les urgences auxquelles chacun est confronté au moment de son emménagement: Comment remédier aux défauts éventuels de construction ? Quelles sont les charges de chauffage, de voirie, d’éclairage ? …Au delà d’une approbation de principe, les associations syndicales n’étaient pas vraiment disponibles pour aborder la question des extensions. Les nombreuses réunions qu’avait organisé l’architecte animateur avec elles n’ont donné aucun résultat tangible. Au niveau individuel l’habitant n’avait pas non plus la disponibilité pour se confronter à un partenariat complexe avec les associations syndicales, l’EPA, et la commune. La plupart des propriétaires hésitaient à entreprendre des travaux relativement coûteux, seulement trois ans après l’achat de leur maison. Force est de constater que le pavillon n’est pas seulement un logement ; Il se réfère à toute une culture de l’individualisme : Ma maison, mon chien, mon jardin, ma clôture, mes droits…

Trente ans après l’intervention de l’architecte – animateur, Il est difficile d’identifier les extensions réalisées dans le quartier des maisons de ville du quartier de Jouy le Haut. Comment expliquer un tel manque de visibilité ? L’un des administrateurs de l’Association AME répondait déja en partie à cette question : « Il est intéressant de constater que les améliorations, les extensions, les aménagements qu’apportent les habitants des Bourseaux à leurs maisons, se font à l’intérieur de ces dernières, ce qui prouve au moins qu’il y a de la place. Une autre raison majeure est la suivante : Je les crois trop sensibles à la sauvegarde de leur environnement pour s’enhardir à en modifier les aspects extérieurs. Quand on a un environnement propre, soigné, agréable à voir de ses fenêtres, on réfléchit plus longuement avant de le modifier… Mais il faut aussi se dire qu’une extension extérieure bien concertée, bien conçue, bien réalisée peut être un apport pour le paysage existant. Si l’intégration est réussie personne ne s’en offusquera ». R.Biriotti regrette qu’aujourd’hui le quartier de Jouy le Haut ait perdu ses couleurs. Le nuancier du cahier des charges de l’E.P.A. préconisait une gamme de couleurs gaies et variées qui avait été respectée par les architectes. Trente ans après, les peintures et les ravalements réalisés par les habitants sont uniformément blancs. La guerre des portes menées dans le premier quartier de la préfecture en 1973 n’a pas encore été déclarée à Jouy le Haut.

En 1987, soit cinq années après l’action menée à Jouy le Haut, l’EPA était sollicité par les habitants de la résidence des clairières située à Cergy et habitée par des cadres. Plusieurs projets d’extension sont en cause : Il convient de mettre en œuvre une procédure de négociation pour désamorcer de fortes tensions au niveau du voisinage et de l’association syndicale. L’EPA fait appel à Roger Biriotti pour une mission de médiation. L’association syndicale des Clairières se prête au jeu. Elle réunit les co-propriétaires, le représentant de la SEDAF, le promoteur et Jean Pierre Watel un architecte réputé du Nord et auteur de la résidence. A l’issue de la négociation, R.Biriotti élabore un plan des zones susceptibles d’accueillir des extensions en évitant au maximum les ombres portées, les vues ou les promiscuités inopportunes. Lorsqu’il parcourt à nouveau le quartier , plus de trente ans après, il cherche en vain des extensions convaincantes. La végétation a envahi l’espace résidentiel. On y devine à peine quelques rares vérandas. Quelques petits appentis servant de débarras sont adossés ici ou là. Il est par contre frappé par un phénomène inattendu : de très nombreuses cheminées ont été accolées aux séjours. L’architecte avait installé des ventilations mécaniques dont le bon fonctionnement n’était en principe pas compatible avec celui les cheminées à foyer ouvert qu’il avait donc bannies de son architecture. De nombreux habitants prirent l’initiative de réaliser un coin cheminée dans leur salon. La présence du feu , la chaleur de l’âtre donnent une âme au foyer, n’en déplaise aux techniciens du bâtiment. Une énigme subsiste : pourquoi l’association des habitants avait-elle ressenti le besoin de statuer sur les extensions ? Deux hypothèses contradictoires viennent à l’esprit (Chacun sait que le désir ne peut être qu’attisé par la contradiction) : La préoccupation première de l’association était plus de se protéger des extensions sauvages que de favoriser leur développement. Au risque de dévaluation que celles-ci pouvaient constituer, l’Association envisageait, a contrario, un concept d’extension pouvant apporter une plus value à la résidence, avant même que toute extension ne soit réalisée .

En 1984, Nicolas Fiszer et Wittold Zandfos, deux des lauréats du concours d’architecture organisé en 1978 par l’Etablissement Public d’Aménagement préalablement à la construction du quartier Saint Christophe sur le thème des immeubles de ville, appellent à leur tour Roger Biriotti. Dans une opération de 200 logements conduite par CNH2000 , un des plus importants promoteurs privés de logements locatifs ( notamment du 1% patronal) les architectes ont intégré le concept d’ extension. 50% des logements sont locatifs, 50% sont en accession aidée. A partir de l’observation des espaces utiles rajoutés au fil du temps dans la maison individuelle populaire, les architectes ont voulu étendre ce concept à l’habitat collectif. Pour cela ils ont ménagé dans le prolongement du balcon de chaque logement, un volume vide d’environ dix mètres carrés au sol que les habitants pourront s’approprier librement en chambre, en salle de jeu, en bureau ou en lingerie. La possibilité de fermer ce « volume capable » est intégrée au règlement intérieur. Il est prévu que les locataires qui investiraient dans l’extension seraient indemnisés à leur départ, après évaluation des travaux exécutés. Roger Biriotti est chargé d’accompagner la mise en place des premières extensions. Pour cela il prend deux initiatives : installer une permanence dans un logement dont il occupe l’extension de façon démonstrative ; Contacter les travailleurs sociaux du quartier pour les sensibiliser à la problématique des extensions et leur demander de passer le message aux habitants au fur et à mesure de leur arrivée.

En 2000 l’opération est venue à un bailleur social qui réhabilite les immeubles à sa manière. Les espaces d’extension sont systématiquement fermés à l’identique et sans concertation. Peu à peu, les propriétaires vendent et la population change. Les extensions servent aujourd’hui de débarras ou de cellier.

Le principal enseignement de l’action menée en faveur des extensions à Cergy – Pontoise porte sur la gestion du temps. Dès la conception de la maison de ville l’architecte doit prévoir leur emplacement. Les vendeurs doivent intégrer les potentialités d’extension dans leur discours. La sensibilisation au caractère évolutif de l’habitat doit être intégré à l’action culturelle dans les quartiers. Un terrain favorable est ainsi préparé. Il serait préférable de patienter cinq à dix années avant de créer une mission de service public d’aide à l’extension peut déclencher et soutenir la dynamique attendue. Cette aide gagnerait à être intense mais de durée limitée quitte à être répétée quelques années plus tard . Son caractère événementiel permettrait qu’elle soit renouvelée après une dizaine d’année et éventuellement réitérée sous des formes différentes adaptées à l’évolution de la société. Aujourd’hui la question de la transition énergétique pourrait être combinée avec l’adjonction d’espaces tampons complémentaires.

Une autre thématique est en train de poindre, celle du Bimby : Build in my back-yard. L’heure est à la construction de la ville sur elle-même. Pour ralentir l’étalement urbain au détriment des campagnes péri-urbaines cultivées, les urbanistes doivent densifier la ville sur son territoire existant et se demandent comment densifier le tissu pavillonnaire autrement qu’en le détruisant. Pas question de conduire cette densification sans le consentement ni la coopération des propriétaires. Ce chantier attend la prochaine génération des professionnels de l’habitat. En 2014, après être sorti d’un groupe d’habitat autogéré en gestation laborieuse dans la région montpelliéraine, j’ai eu l’opportunité d’acheter une maison dont le parc avait été divisé en plusieurs parcelles à construire. Au moment d’emménager j’ai ainsi la chance de connaître mes futurs voisins avant même qu’ils ne construisent leur maison .

La Hayette n°2

 

Le groupe « Des murs un toit »

Le projet du premier groupe de la Hayette baptisé «  Habitat Prémédité  est présenté dans le livre. Une fois le premier groupe de neufs maison en bonne voie, un nouvel appel à la population a été lancé afin de réunir un deuxième groupe équivalent au premier et occuper ainsi l’autre moitié du terrain réservé par l’E.P.A. Le projet d’un deuxième groupe baptisé « Des murs, un toit » est présenté dans cette annexe. En Juin 1981, un deuxième groupe de candidats à l’accession à la propriété en maison de ville se constitue donc autour de quelques amis du premier groupe auxquels s’ajoutent de nouveaux candidats au logement. De petites annonces, des articles de presse, un panneau sur le terrain, enfin un stand à la foire Saint Martin, une fête locale très fréquentée, permettent de réunir une trentaine de familles intéressées dont une vingtaine ont abandonné le projet en cours d’étude pour les raisons suivantes : 4 départs à cause de la situation du terrain ( éloignement habitat-travail) ; 5 départs à cause des délais trop longs d’attente ( opportunité financière de brève durée ou logement actuel trop inconfortable) ; 3 départs à cause de difficultés d’emprunts ; 4 départs en raison de désaccord familial ; 2 départs à cause d’un changement de situation professionnelle ( mutation ou chômage temporaire) ; 2 départs à cause du caractère jugé insuffisamment communautaire du projet ( préférence pour un autre groupe en formation aux Vignes Blanches et prévoyant l’insertion de locaux communs dans leur projet fort plus proche d’un immeuble intermédiaire que d’un programme de maisons de ville) ). Ces deux phases d’information puis de confirmation des candidatures sont assez significatives de tout processus participatif. La formation puis l’itinéraire du groupe s’est avéré plus laborieux. Cette expérience a montré qu’un projet de responsabilisation collective d’un groupe d’habitants peut intéresser des accédants « ordinaires » mais entraine une grande proportion d’abandons. Face aux difficultés financières et institutionnelles rencontrées, la démarche collective reste une aventure d’autant plus grande que les familles ne disposent que de moyens modestes ; A l’époque le coût d’une maison individuelle était, en moyenne, de 450 000 francs (70 000 €) dont 300 000 ( 50 000€) pour la construction de la maison et 150 000 francs ( 25 000€) pour l’achat du terrain, sa viabilisation et les études techniques.

Fort de l’expérience acquise et de ma présence sur le site, j’avais endossé le rôle d’architecte coordinateur chargé d’accompagner le groupe depuis sa formation jusqu’à la conception générale du plan masse. Quatre habitants m’ont confié la conception architecturale de leur maison. Trois autres architectes participèrent au projet. Les deux dernières parcelles situées le long du boulevard du Vast sont restées un long moment sans acquéreur. L’une d’elles a finalement été attribuée à une société coopérative HLM locale choisie par l’E.P.A. Un dernier candidat au logement a acheté la dernière parcelle « participative » restante, à l’entrée du terrain, alors que le groupe avait déjà obtenu son permis de construire. La société HLM et le dernier arrivant ont mené leur propre chantier indépendamment du groupe.

Le groupe, au moment de se constituer en association, en 1981, se définissait ainsi : « Le groupe Des murs, un toit  recherche une nouvelle définition de son habitat, basée sur la participation très active des familles dans la conception du plan masse et dans la création de relations de voisinage beaucoup plus favorables à une vie de quartier plus intense. Chaque famille conçoit avec son architecte l’organisation intérieure de sa maison tandis que le travail en équipe avec les architectes et les constructeurs permettra une meilleure intégration des maisons les unes par rapport aux autres tout en conservant leur propre identité ». Que de belles intentions pour une réalisation au cours de laquelle l’individualisme eu trop souvent gain de cause.

L’histoire du plan masse

Mai 1981

Quatre plans masses ont été tour à tour proposés par les architectes soucieux de véritablement construire un plan d’ensemble structuré. Chaque tentative a été neutralisée soit par l’EPA soit par le groupe. L’urbaniste de la ville nouvelle a refusé le regroupement des parkings à l’angle Sud-Est du terrain. Les habitants ont refusé de rapprocher les maisons pour en faire véritablement des maisons de ville. En retrouvant ces plans dans mes archives je regrette encore de n’avoir pas su avec mes collègues imposer ni au groupe d’habitants ni à l’Etablissement public, un plan masse plus conforme à l’esprit de convivialité villageoise du nouveau quartier. Les six projets débattus successivement sont des variations sur trois principes communs :

1/ Une mise en relation du premier groupement construit et du deuxième groupe en projet. Un parcours piétonnier part de la placette du local commun pour aboutir à une seconde placette plus au Sud autour de laquelle le second groupe, de prime abord, souhaitait s’implanter.

2/ Les parkings sont regroupés à l’angle Sud-Est du terrain pour éviter la présence de l’automobile au cœur du groupement de maisons.

3/ Les maisons sont, en majorité, attenantes deux par deux. Les deux tiers des maisons participent à la définition d’espaces communs. Les plans n°3 et N°4 permettent de créer un grand espace vert prolongeant la bande boisée qui borde le terrain sur son coté Ouest.

En Septembre 1981, dans le plan N°4, trois familles acceptent de se placer le long de l’avenue du Vast, avec une façade plein Sud, assez en retrait pour se ménager un jardin privatif substantiel. Un débat s’ouvre entre les partisans de maisons hautes sur deux étages désignées comme étant les maisons-pâtés et les partisans de maison basses appelées maisons-nouilles . Il est convenu que les maisons horizontales seraient placées parallèlement à la bande boisée plantée le long du boulevard de l’Oise, à l’Ouest, et que les maisons hautes viendraient en second rang avec une façade sur la placette. Le plan N°4 proposé par les architectes organise les maisons de ville autour de la placette. Le long du boulevard de l’Oise un espace collectif de 40×20 mètres parallèle à l’écran boisé planté par l’E.P.A est destiné aux jeux des enfants.

En Décembre 1981, la valse hésitation de quelques familles est entretenue par des désistements périodiques. Autant d’imprévus qui allongent les délais et découragent les architectes. Face à cette hémorragie, les architectes finissent par se résigner au laisser faire d’un lotissement ordinaire. Dans le plan définitif, la plupart des maisons évitent de se toucher autrement qu’en angle et seulement pour trois d’entre elles. Une voie en impasse remplace la placette prévue initialement. Elle répond à la demande des familles les plus modestes d’intégrer une place de parking dans leur maison et une place de stationnement au plus prés de chez eux. La logique sécuritaire s’est ajoutée au souhait de l’EPA de desservir la Hayette N°2 par une impasse parallèle au Boulevard du Vast .Trois maisons se succèdent sur le côté Est du terrain, en limite du parking du groupe Nord. Quatre autres emplacements sont alignés le long du boulevard du Vast Tandis que les espaces collectifs piétonniers se sont rétrécis à un chemin reliant la Hayette N°2 à la Hayette N°1, les parcelles privatives augmentent jusqu’à 350 et 400 m2 soit le double de la taille de celles du premier groupe. La Hayette N°2 manque d’autant plus d’espace commun que chaque parcelle a eu tôt fait d’être clôturée une fois les habitants installés. Certains habitants de ce deuxième groupe sont aller jusqu’à enclore des segments de la bande boisée dont la communauté urbaine est propriétaire. Cette bande ne sera mise en vente par la ville aux riverains qu’en 2014. Bref l’individualisme est revenu en force, et cela malgré la résistance d’une partie des habitants plus engagée dans le projet collectif. Le plan masse définitif peut choquer par son manque d’urbanité.

Le groupe de la Hayette N°2 a voulu disposer de sa propre placette tout en acceptant de participer au financement du local commun et de sa placette , tous deux aménagés par le premier groupe. Dans le plan définitif la placette située au centre du deuxième groupe sera réduite à un simple élargissement d’un chemin piétonnier Nord-Sud reliant les deux groupes. Cet élargissement devait permettre de réaliser un four à pain qui ne verra jamais le jour.

Le travail collectif a fait émerger une somme d’intérêts contradictoires qui ont fini par fissurer l’unité du groupe. Les cinq maisons de la partie Nord du terrain se rapprochent du groupe du Nord et de son local commun tandis que quatre autres maisons de la partie Sud du terrain s’alignent le long du boulevard du Vast. L’architecture du premier sous-groupe est soignée voir recherchée comme en témoigne la maison construite par Dominique Zimbacca : une adaptation économique et néanmoins créative d’une maison de F.L.Wright. Par contre les accédants propriétaires des parcelles alignées le long de l’avenue du Vast ne voient pas l’intérêt de concevoir leur maison avec un architecte et s’en sépareront dès le permis de construire obtenu, n’hésitant pas, pour l’un d’entre eux, à modifier sa maison sur les conseils des constructeurs peu scrupuleux auxquels il s’adressera après avoir mis fin à la mission de son architecte.

Un collectif mouvementé

Fort heureusement la vie de voisinage a adouci le fossé culturel existant entre les familles du Sud venus dans le projet par pur opportunisme financier et les familles du Nord porteuses d’un projet groupé autogéré. Implantée au centre de la Hayette N°2, la famille du Directeur de foyer des jeunes travailleurs de Pontoise, engagé dans la vie associative locale, a joué un très grand rôle dans les échanges de service entre habitants. Elle a, entre autre, facilité l’intégration d’une famille de maliens locataires de la société HLM. Elle a rendu de nombreux services à un ingénieur du voisinage atteint d’une maladie célibataire handicapante. Lucien et Jacqueline jouèrent un rôle essentiel dans la vie de voisinage au sein du groupe « Des murs, un toit ». Par contre la relation en externe avec la Hayette N°1 échoua malgré quelques tentatives. Une invitation à un repas commun lancée par le groupe de la Hayette N°2 ne fut suivie d’aucune invitation en retour de la part du groupe de la Hayette N°1. Les deux maisons qui se faisaient face au Nord et à l’Ouest de la placette du local commun étaient habitées par des familles qui ne s’entendaient pas. Le chef de famille habitant en limite sud du premier groupe ( à proximité du local commun) bondissait hors de chez lui, furieux, à chaque fois que sa voisine du coté Ouest garait sa voiture sur la placette pour décharger ses provisions. La placette au lieu d’être un espace de convivialité entre les deux groupes était devenu un espace de tension. Le courant passait décidemment mal entre les habitants du Nord et ceux du Sud. Je ne l’ai appris, plusieurs décennies plus tard, une fois que la famille sourcilleuse eut quitté Cergy-Pontoise.

Aux différents qui ont très vite scindé le groupe de la Hayette N°2 en deux sous-groupes, correspond une polémique qui opposait les architectes entre eux. J’avais pris l’initiative d’inviter un architecte qui n’était pas membre de Mars 76 mais dont j’appréciais l’architecture « wrightienne » ( Frank Loyd Wright est fondateur du courant organique de l’architecture américaine au début du 20ème siècle). Il devait travailler pour deux familles qui l’avaient choisi. Son intransigeance et la haute idée qu’il avait de sa mission lui ont fait perdre un de ses deux clients : « Argument : «  – Je sais ce qu’il vous faut ; Réponse : – Je sais que c’est moi qui vous paie et que vous ne m’ écoutez pas ». Un autre habitant avait souhaité choisir son architecte, Jacquelin, un ami qui n’avait rien à voir avec le Mouvements Mars 76. Nous étions donc quatre architectes pour concevoir neuf maisons. Dès le début du printemps 1980, le président de l’association « des toits un mur » s’inquiète des retards dus au manque de coopération entre les architectes. La plupart des familles demandent un Prêt à l’Accession à la Propriété groupé qui excède notablement le PAP diffus. Mais pour bénéficier du PAP groupé il fallait confier la gestion du projet à une société coopérative. Le Président de l’association avait donc contacté un maître d’ouvrage, la Coopérative de Persan-Beaumont, en vue de lui confier la maîtrise d’ouvrage de l’ensemble du groupement. Son architecte abondait d’autant plus dans ce sens qu’il se portait candidat à la fonction de coordinateur du projet.

Dans une lettre adressée au Président du groupe, un des architectes, Dominique Renaud, dresse un bilan désastreux : « …Après un an de rencontres la cohésion du groupe ne s’est pas réalisée…tant sur le plan de la conception du projet que sur le plan de l’organisation matérielle…Le habitants font fi de la vie commune…sont-ils intéressés uniquement par le projet individuel ?…Et les architectes ? Ils ont appris à se connaître …mais là où il devait y avoir complémentarité entre les différentes personnalités au bénéfice du projet, il y a eu opposition des convictions au détriment du projet…et apparition de deux groupes d’architectes qui vont jusqu’à s’opposer face aux habitants… Pour l’avenir du projet il devient vital de faire un choix définitif de l’un ou de l’autre des deux groupes d’architectes pour mener l’ensemble du projet de l’esquisse au chantier… ».

A mon tour j’alerte le groupe par écrit :

« Il est intéressant de voir comment un processus participatif allié à un gestion coopérative permettra d’aboutir à une réalisation originale d’où la personnalisation architecturale n’est pas systématiquement gommée. L’assistance financière et administrative est aussi légitime que l’assistance architecturale. Mais les contacts pris à ce jour indiquent un décalage entre les propos tenus dans un premier entretien et ceux d’une deuxième rencontre avec le Directeur de la coopérative. Ce décalage montre qu’il est de la plus haute importance de préciser ensemble quel est le rôle et le pouvoir de chaque partenaire. Le groupe doit rester le maître d’ouvrage. Or sur ce point vous donnez l’impression d’être les demandeurs inconditionnels vis à vis de la coopérative et d’être, a priori, soupçonneux vis à vis des architectes. D’un côté vous semblez prêts à épouser voir à durcir les positions dirigistes de la coopérative et d’un autre coté vous mettez systématiquement en doute les estimations des architectes…Ceux qui vous ont consacré le plus de temps sont ceux que vous soupçonnez le plus de vous fournir de fausses informations. Votre rôle est de promouvoir votre projet, de créer une association et de rencontrer les interlocuteurs de la Direction de l’Equipement ( DDE), de la ville nouvelle (EPA) le notaire, la banque etc.. Or à ce jour, rien de tout cela n’est fait. Vous n’êtes pas un syndicat de défense des copropriétaires. Vous semblez fuir vos responsabilités en cherchant à reporter la charge globale du projet sur un organisme de promotion alors qu’au départ, vous ne recherchiez qu’une mission d’assistance technique et financière. Le moment est venu d’entreprendre avec tous les membres du groupe, des démarches qui permettront au groupe de se consolider. Au lieu de cela je vois se développer un climat d’inquiétude qui gagne les nouveaux venus et décourage les initiatives….C’est pour rompre votre isolement que j’ai pris l’initiative d’organiser une rencontre entre les deux groupes de la Hayette 1 et 2. J’ai regretté que vous n’ayez pas ressenti le besoin de cette rencontre. Vous agissez comme si le premier groupe n’existait pa . Lors de la réunion vous n’avez posé aucune question, ce qui explique en partie la perplexité du groupe qui a l’expérience d’un projet mené à bon terme ».

A vrai dire je prenais conscience que pratiquement tout le boulot devait être fait pour que la coopérative daigne s’approprier le dossier. Or Dominique Zimbacca tardait à contacter des entreprises capables de réaliser son petit chef d’œuvre. Ayant pris sa suite auprès d’un de ses clients mécontents je dois, le plus vite possible, dessiner un nouveau projet. Mais par ailleurs, au printemps 1980, en tant que membre de l’équipe du paysagiste Bernard Lassus, je suis occupé de dessiner un projet dans le cadre du concours pour le parc de la Villette. Le temps me manque. Le groupe de la Hayette s’impatiente : les entreprises locales tardent à répondre à l’appel d’offre lancé en juillet. A la rentrée de Septembre il faut les relancer pour calculer le coût exact des maisons. La société Coopérative de Persan Beaumont réclame un dossier incluant un chiffrage détaillé alors que je ne disposais pas encore des devis d’entreprises, ainsi que des documents relevant de sa propre mission de maître d’ouvrage ( assurances, sondages de sol etc). Ne les ayant pas obtenus, en Août, le Directeur de la coopérative menace de ne pas donner suite, et se désengage en Septembre. Le 5 Septembre j’écris au groupe pour lui annoncer ma démission du rôle de coordinateur. Chaque famille traitera séparément aves les entreprises de son choix et assurera son suivi de chantier. Chaque famille gérera son dossier de demande de prêts. La part d’utopie présente dans le premier groupe s’est réduite au profit d’un retour du lotissement traditionnel dans lequel une moitié des accédants a eu tendance à se retrancher dans son chez-soi.

Calendrier 

Printemps 1981 : Formation du groupe

Avril 1982 : promesse de vente du terrain.

Du 15 Avril au 15 Mai dessin des plans d’exécution.

Juillet 1982 : Lancement des appels d’offre aux entreprises locales.

Septembre – Octobre : réception et analyse des propositions des entreprises

L’obtention des permis de construire est attendue en Juin, acquise en Septembre 1982.

La durée du chantier est d’une année, de Septembre 1982 à Septembre 1983.

Le portrait-paysage

 

La maison Lefèvre, dans le groupe de la Hayette N°1

Dès 1976 je réfléchissais à ma future maison familiale, ne serait-ce que pour vérifier la fiabilité du passage du portrait paysage à la conception architecturale. Etait-il simplement possible de passer de quelques images emblématiques à un mode de vie ? En quoi tirer parti d’une poétique personnelle pour définir une architecture ? Avec les étudiants de l’Unité Pédagogique N°6 je commençais à faire des exercices d’expression des rapports à l’espace. Un des exercices consistait à dessiner un paysage à partir d’une photographie de paysage au choix. Certains dessins privilégiaient le rapport au ciel ou au sol, à l’eau ou au désert, à une végétation mouvante ou à un tracé minéral etc. J’étais parti des deux portraits-paysages de mon couple pour mes premières esquisses de maison ; Le tout mâtiné d’architecture bioclimatique…J’étais alors assistant de Bernard Lassus et du couple progressiste, Georges et Jeanne-Marie Alexandrov, porte drapeau de l’architecture bioclimatique dans l’enseignement de l’architecture.

L’esquisse de 1976

Ce premier projet s’inscrit dans un terrain minimaliste de 170 m2, de 14 m de profondeur sur 12m de largeur. Le projet occupe la moitié du terrain avec sa cour carrelée de 30 m2 et son volume bâti d’une assise de 7 mètres par sept et d’une hauteur de équivalente. Une sculpture habitable en forme de rocaille occupe le quart Nord-Ouest du terrain laissant le quatrième quart libre pour un jardin de poche d’une cinquantaine de m2. Le rez-de-chaussée de la partie Est de la maison est constituée d’une salle de 36 m2 ( 6m x 6m) et de grande hauteur dont les coins repas et cuisines sont logés dans une bande d’un mètre vingt adjointe en façade sur rue ( Est). Un appentis servant de cellier est construit sur le côté Est de la cour et couvre l’entrée. La moitié Est du projet est agrandie au Sud par une serre dont la menuiserie reprend le dessin d’une façade flamande inspirée de l’architecture urbaine vue à Gand ou à Furnes, des villes proches du pays natal de Francine. Francine a passé sa jeunesse dans le Nord de la France et ses vacances à Bray-Dunes, dans les dunes. Pierre, moi, son mari, est fasciné par les falaises tourmentées des gorges taillées dans les causses du Sud du massif central où j’ai passé la plupart de ses vacances d’été. La partie Ouest de la maison s’inspire des rochers des gorges de la Dourbie. Elle reprend le thème de la sculpture habitable développée, au même moment, par André Bloch et Etienne Martin. La chambre des parents se situe à l’étage dans la partie Nord-Ouest du projet. Elle est portée par des pilotis en forme de colonnes creuses dont certaines pourraient stocker l’eau de pluie captée en toiture. Elle déploie deux espaces sur sa face Sud : un bureau pour Francine et un petit balcon. A l’étage de la partie flamande je prévoyais une grande chambre pour les deux filles, séparable par un volume de rangement pouvant ultérieurement faire écran entre deux chambres indépendantes. Un petit bureau à l’étage communique par une simple échelle avec la sous toiture où stocker livres et dossiers. La salle de bain est ouverte sur la serre, au Sud. L’escalier est placé entre la partie Nordiste et la partie sudiste de la maison.

La grande salle constitue l’espace de vie familial et de rencontre avec des invités. Elle s’inspire d’une grande salle peinte par Bruegel où festoient de nombreux convives ; A une échelle bien plus modeste…Aucun meuble n’encombre ce simple et relativement haut volume. La cuisine, en débord, est proche de l’entrée et du cellier qui sont dans son prolongement. Elle regarde la rue et son animation. La façade sur rue et la pente de la toiture à 45° sont conformes aux directives de l’Etablissement Public d’Aménagement : Elles respectent la simplicité de l’architecture rurale du Vexin, tout proche de Cergy-Pontoise. Au Sud la grande serre forme un écran végétal qui prolonge le jardin verticalement. Les filles et leurs copines et copains peuvent aller et venir dans le jardin et dans le voisinage sans avoir à traverser la salle de séjour. Les deux espaces de la partie nordiste l’un en rez-de-chaussée, l’autre à l’étage, devaient permettre d’accueillir la vie familiale en attendant la réalisation de la partie sudiste en béton projeté.

L’esquisse de Mars 1978

La grande salle du rez de chaussée gagne en espace : 5,6 mètres de côté et 4 mètres sous plafond. Sa grande hauteur permet de créer des niches latérales pouvant accueillir des portraits paysages que j’imaginais comme autant de maquettes en trois dimensions. Le plafond pouvait s’ouvrir la nuit sous la salle de bain de l’étage conçue comme un grand luminaire translucide. L’escalier, les équipements de la cuisine ainsi qu’un petit coin repas sont contenus dans une double peau dont les percements intérieurs animent la paroi Nord de la grande salle. Cette grande salle donne une respiration intérieure et a la capacité d’accueillir la famille et des voisins de passage. C’est l’espace du lien social.

La sculpture habitable est intégrée au volume global de l’habitation. Elle constitue une sorte d’éponge centrale utilisée en salle d’eau, construite en polyesters et posée au milieu de l’étage globalement affecté à l’intimité et au repos du corps. Elle capte la luminosité d’une serre placée cette fois-ci en toiture. Les deux versants de cette serre située au sommet de l’habitation sont orientés, l’un à l’Est et l’autre à l’Ouest. Elle peut être séparée des espaces à l’étage par un écran horizontal coulissant dont l’ouverture serait réglable. Une variante prévoit une serre en escalier descendant du toit pour couvrir les deux tiers de la façade Sud. Dans un dessin de coupe, le bureau donne lieu à une sorte de petite tourelle placée en façade Nord, à l’extrémité de la serre. Dans une autre coupe un cube partiellement en porte à faux est accolé à l’escalier ; Un doute subsiste sur son affectation en bureau ou en chambre parentale. Les chambres des filles sont réparties autour de la salle d’eau ; Dans le dessin du plan elles occupent un espace linéaire de 8 mètres sur une largeur de 2 mètres ce qui aurait dû être ,bien entendu, agrandi , notamment en mordant sur la serre verticale d’une largeur de 2 mètres . La sculpture en polyester placée au centre de l’étage était réduite à l’espace du bain et de la douche. Les toilettes et le lavabo sont rejetés en périphérie. Tout cela aurait mérité une sévère mise au point pour assurer aux deux chambres des enfants une indépendance et un agrandissement à terme.

Le pont

Dans les croquis la maison est mise en morceaux. Voulant les regrouper j’obtiens un collage inextricable. Difficile de tout faire rentrer dans un volume de 6,5 x 6,5 mètres de côté et de 6,6 mètres de haut (hors faîtage et tourelle). Pour relier des fragments entre eux rien de tel qu’un pont. Le projet perd sa forme cubique pour s’étirer d’Est en Ouest, et franchir une premier niveau enterré qui s’élargit en son centre de façon à créer un espace central bien isolé faisant face à un jardin taluté descendant vers le Nord ; Le gros dos aux vents froids. L’étage de plein pied avec le sol existant est consacré à un espace de vie délimité à l’Est par un escalier et à l’Ouest par des toilettes et une salle d’eau taillée dans un rocher en plâtre projeté. Je m’inspire cette fois-ci de l’architecture d’Alvar Aalto qui explose ponctuellement hors du cadre très strict et très contraint dans lequel l’architecte installe les quatre cinquième du programme fonctionnel. Le site universitaire d’Otaniémi est d’une architecture implacable tandis que le grand amphithéâtre s’ouvre en éventail demi-cylindrique au centre de la composition. Alvar Aalto n’hésite pas à rompre la géométrie de ses immeubles par une forme libre qui brusquement s’en échappe. Le projet de pont inscrit les activités familiales dans une forme allongée qui explosera à l’Ouest avec la forme libre d’un rocher creux. Au troisième niveau on trouve l’espace des deux filles prolongé à l’Ouest par une salle de bain en relation directe avec la chambre parentale du dessous grâce à un petit escalier taillé dans la forme libre. Ce projet s’inscrit dans le gabarit du projet voisin avec son jardin également à contre-pente descendant vers un espace à demi enterré. L’aboutissement de ce projet consiste à traiter les deux maisons mitoyennes de façon harmonieuse avec une toiture dans le prolongement l’une de l’autre et portée par une même double façade Sud.

En Mai 1979, la maison se compose d’un premier niveau en maçonnerie, d’un noyau de deux niveaux réalisés en poutrelles et hourdis. Une enveloppe en charpente coiffe le volume global qui regroupe un atelier à demi-enterré et un niveau en sous toiture. Cette enveloppe crée une double peau au Nord. La forme libre prévue à l’Ouest est simplifiée jusqu’à prendre une forme ovoïde. En Juillet 1980 la maison devient un support sur lequel se greffent des éléments de mobilier qui viennent le personnaliser tout en réglant la relation entre les espaces intérieurs et l’extérieur. Dans un des croquis datés de Juillet 1980, l’idée d’un jardin vertical vient s’appliquer en façade Sud, comme référence à certaines réalisations des habitants paysagistes collectionnés et analysés par Bernard Lassus. Le jardin vertical ménage un escalier donnant accès direct au jardin Sud depuis le premier étage. Entre le rocher et la façade de type Vexin, un vie subsiste : je ne sais pas comment relier ces deux éléments ensemble. En première phase de construction se vide sera fermé par un matelas gonflable inspiré des travaux de Hans Müller construction qui, très vite claquera au vent plusieurs années de suite .Par la suite il sera comblé par une extension.

Le permis de construire

Dans le texte de présentation du projet de maison à la Hayette je dresse un rapide récapitulatif : Commencée à l’occasion du concours » maisons de ville » organisé par l’EPA en 1976 la maison Lefèvre différencie ses espaces composants selon la démarche dite du « portrait-paysage ». Francine, institutrice, aime les volumes simples, de petite dimension et pratiques à gérer. Elle préfère la chaleur d’une maison de poupée à la froideur des grands espaces modernes. Nos voisins avaient pris le parti, contraire au mien, de construire une grande boite quitte à n’en occuper qu’une petite partie les dix premières années. Le mari a pu au fil des ans multiplier les chambres. Pour leurs deux filles comme pour la plupart des enfants la maison est une suite verticale d’espaces de jeux et d’escaliers. La maison dispose de trois entrées et de trois balcons. Des capteurs solaires en toiture sont sensés fournir l’eau chaude d’un stockage qui deviendra vite un stockage de briques absorbant les calories fournies par des capteurs à air à l’instar de ceux qui ont déjà été posés en ville nouvelle par Michel Franjus. Une double paroi enveloppe la partie Nord de la maison. Un atelier de 6 mètres de rayon est aménagé en rez-de-chaussée et s’inscrit entre la limite Nord du terrain et le corps principal du bâtiment. Celui-ci est implanté d’Est en Ouest de façon à ce que sa façade principale soit orientée plein Sud avec une pente de 60°partant du faîtage pour descendre jusqu’au sol. Deux chambres et une salle de bain sont disposées sous cette pente, au rez-de-chaussée. L’atelier constitue un espace de travail éclairé au Nord par une grande verrière.

Trente ans plus tard …

Le rocher en béton projeté prévu au stade du permis de construire n’a jamais été construit : trop compliqué, trop long et probablement trop cher à réaliser… La frustration reste : pourquoi en France la maison de la famille des barbapapa a connu à la fois un tel succès audiovisuel et un tel échec architectural ? Si l’architecte Antilovag a pu réaliser son palais des bulles au pied de l’Esterel, c’était grâce à la commande de Pierre Cardin… Seuls les milliardaires semblent pouvoir s’offrir de telles fantaisies… A la Hayette, c’est dans le vide prévu en façade Ouest que devait s’encastrer « le rocher », remplacé , quinze ans plus tard par un projet plus raisonnable d’extension de l’espace de vie du premier étage . A l’étage, c’est l’espace de vie où la famille prend ses repas, et où ma femme, a pu, grâce à une extension, installer son bureau et son ordinateur. Nos petits enfants de passage en week-end jouent dans les escaliers et ne cessent de passer d’un niveau à l’autre. Tous profitent de la proximité d’un escalier récemment installé au Nord-Ouest de l’étage de vie pour descendre dans l’atelier du Rez-de-chaussée et le rendre à la vie familiale. Je m’étais annexé l’atelier du bas comme espace de travail .L’espace linéaire disposé sous la toiture a lui aussi changé d’affectation. Il constitue, trente ans après sa construction, une grande suite parentale qui flotte au dessus des feuillages grâce à ses deux balcons, alors que durant une bonne dizaine d’années il avait servi de chambre à nos deux filles alors que nous dormions dans une niche de la dimension de l’escalier qui y sera implanté ultérieurement. Chose incroyable aujourd’hui où chaque enfant doit avoir sa chambre indépendante dès le plus jeune âge. S’agissait-il d’un retour honteux à l’« état sauvage » qui est encore celui d’une grande partie de l’humanité ou d’une conception marine des « couchettes ».

Mais où est donc passé le portrait paysage ?

A trente ans lorsqu’on à la conviction de formuler une démarche nouvelle, on pense refaire le monde de l’architecture à l’aide de quelques notes en bas de croquis. Parmi les premières intentions idéologiques : « Je centre l’espace sur ses habitants, ce qui évite de se complaire dans une phraséologie d’architecte sur l’espace, les matériaux et la société. La nature humaine doit prévaloir sur celle des matériaux ( F.L.Wright) ou des structures ( A.Kahn). Le culte de la forme pour elle-même tourne autour de valeurs abstraites. Si l’architecture n’exprime pas nos multiples visages, elle nous fait entrer dans la logique du prêt à porter… L’habit conforme occulte nos portraits paysages. Refusant la banalisation fonctionnelle je cherche à concevoir une architecture plus proche du mobilier que du monument ; une habitation qui s’ouvre, se ferme et respire avec le climat. La mobilité porte sur les enveloppes plutôt que sur les cloisons ; Le cloisonnement découpe l’espace en tranche tandis que l’enveloppe crée des transitions entre l’intérieur et l’extérieur. Je réfléchis à des éléments susceptibles de caractériser l’espace et qui correspondent à la personnalité des occupants ». En 1979, j’avais fait un collage de quelques références personnelles. Au premier étage, le sas d’entrée s’ouvrant au Sud sur le balcon et l’escalier qui mène au jardin devait s’inspirer de l’architecture renaissance symbole de nos deux filles. Cet ouvrage menuisé d’environ quatre mètres de haut se serait détacher d’un toit à 60% sombre parce que couvert de capteurs. Un escalier extérieur en bois, lui a été construit, porte un rosier grimpant et un bac de stockage des eaux pluviales composant, comme prévu, un jardin vertical. Au niveau du rez-de-chaussée, des extensions caractéristiques d’une courée du Nord, côté jardin, laissent supposer l’existence d’une suite de petites pièces vitrées en rez-de-chaussée. En partie Ouest de la maison devait être construit sur son socle un rocher troué comme une éponge, abritant la chambre des parents. Une salle de bain devait faire tampon entre cette chambre et la cuisine accolée à l’Est. De 1980 à 2010, le réalisme a dissipé les projets imaginaires. L’architecture en garde quelque trace.

La Hayette n°1

 

Le plan masse

Le livre raconte comment, en 1976, un groupe d’habitants des ateliers communautaires et un groupe d’architectes se sont associés pour présenter un projet de maisons de ville dans le cadre du concours des maisons de ville lancé par l’Etablissement Public d’Aménagement de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise. En fin 1977, l’établissement public leur propose un terrain pour y construire 20 maisons de ville sur une parcelle située en limite Sud-Ouest du futur quartier de Jouy le Moutier. L’association des Ateliers communautaires eut ainsi l’opportunité de réunir un premier groupe de 12 puis finalement 9 familles pour concevoir leur habitat à Jouy le Moutier, là où un nouveau quartier de maisons de ville est en construction à partir de la fin 1977. Un premier groupe des familles intéressées s’est formé au printemps 1978.Il commence à se réunir au début de l’été 1978. Il est demandé à chacun de réfléchir au plan masse, de son côté, pendant les grandes vacances d’été. Les propositions collectées à la fin du mois d’Octobre serviront de base de discussion à la rentrée. Sept plans masses sont affichés et discutés. Le terrain descend très légèrement vers le Sud jusqu’au boulevard du Vast qui le dessert. Le groupe souhaite mener un premier projet sans attendre que soient réunies vingt familles. Il décide de s’implanter en haut du terrain, le plus loin possible du boulevard du Vast.

Le parking est placé en limite Sud de la première partie du terrain investie par le groupe. Tous les participants sont d’accord pour limiter l’emprise au sol de la voirie et accepter, en conséquence, l’éloignement plus ou moins grand entre la voiture et la maison. La sécurité des enfants vaut bien cela. Sept propositions individuelles alimentent la première réunion consacrée au plan masse.

La proposition N°1 est la mienne. Elle reprend délibérément le principe des maisons de ville en esquissant un cheminement Nord-Sud bordé de trois maisons sur chaque côté et d’un local commun. « La maison à l’écart dans l’angle nord-ouest… qui va habiter là ? » Les vis à vis des six maisons de ville inquiètent : « Le chemin central sera sombre…la rangée à l’Est devra être plus haute que la rangée Ouest qui bénéficiera d’un meilleur ensoleillement ». C’est le concept même de la maison de ville qui est d’emblée écarté par la majorité des participants. Dans le plan N°1 les maisons ne seront mitoyennes que sur un côté.

L’auteur du plan N°2 a recherché « un plan créant une continuité avec la deuxième tranche au Sud de la première, où serait implanté le local commun et le verger au Nord-Est ; La plupart des maisons ont une orientation sud ». Certains imaginent un espace central minéral, une placette, d’autres souhaitent plutôt un jardin. Quant à la relation avec la seconde tranche qui devra être construite ultérieurement : « Si celle-ci décide de fermer, la relation perd son sens ; On ne peut ni présumer de leur décision ni hypothéquer la nôtre ». Le parking est situé à l’entrée du terrain, au Sud-Est. « Qui veut être à côté des voitures ? ».

Le plan N°3 suscite une réaction de rejet : Avec ses deux alignements parallèles il est jugé trop strict ; l’espace central n’est ni une rue ni un jardin. Le plan N°4 est plus largement apprécié, notamment en raison de l’implantation centrale du local commun. Mais… «Qui va habiter la maison qui fait face au parking et qui verra passer du monde à l’Est comme à l’Ouest ? » Dans le plan N°5 c’est le local commun qui est à l’interface du parking et des habitations, dans une zone de rencontre. Chacun commence à s’interroger sur la place que pourrait occuper sa maison.

Dans le plan N°6 le local commun est implanté au Nord-Est , à l’entrée du verger. « – C’est pas mal…- Non, c’est trop mastoc : il n’y a plus de petits coins ». Le verger servira d’espace de jeux pour les enfants. Le plan N°7 ne plaît pas du tout : « On a trop envie de mettre le monument aux morts au centre du carrefour ». Pourtant il fera partie, avec le N°4 et le N°5 des trois plans-masses retenus en fin de réunion.

Le plan N°8 fait l’objet d’un débat contradictoire : «Il y a une bande construite au Nord et trois groupes isolés au Sud ». L’auteur se défend : »- J’ai placé le local commun et l’espace collectif au centre, dans un espace de rassemblement à l’écart du parking – Il n’y aura plus de place pour les jardins privatifs ».Un participant rappelle qu’au Nord du terrain se joue l’accès au collège et au petit centre commercial situé à 10 mm à pied, au Nord. Pourquoi toujours privilégier la relation au Boulevard du Vast, au Sud ? Le plan N°9 conclut la réunion par une tentative de synthèse. Ces premiers plans ont permis de prendre la mesure du terrain et sa capacité à accueillir à la fois une douzaine de maisons et un espace libre commun.

Dans les réunions suivantes qui eurent lieu de Janvier à Mai 1979, ce sont quelques les maquettes des maisons qui sont disposées sur le plan du terrain pour mieux évaluer les avantages et inconvénients de chaque configuration envisagée. Les maquettes de maison qui avaient été produites au moment du concours ont été progressivement remplacées par les maquettes des maisons en projet à la Hayette. De la mi-Novembre 1978 au mois de Mai 1979, des pas de deux ou de trois vont se succéder avec des rondes plus ou moins conviviales tout au long d’une danse des maisons qui va durer 4 mois + un mois de finalisation. Le dernier plan masse s’est figé lorsque le jeu des empathies, des orientations et des vues a abouti à un équilibre consensuel. Des implantations qu’un observateur extérieur pourrait considérer comme désordonnées en réalité ont été ajustées au mieux par les futurs habitants. L’expérience de cette négociation entre une recherche d’indépendance et une recherche de convivialité à la quelle s’ajoute le jeu des affinités est probablement un moyen d’accéder à un urbanisme plus organique d’organisé, plus humain que planifié.

L’approche paysagère

En Mars 1979 Bernard Lassus introduit la discussion par une analyse de la méthode participative suivie par le groupe et de ses incidences sur l’approche paysagère :

«  La maison peut-être envisagée de deux manières : soit comme un wagon posé sur le sol et qui peut être changé de place ; soit comme un champignon, une fleur ou un arbre sortant du sol. La volonté de séparer la maison du sol s’explique par la peur des insectes et de l’humidité. La volonté inverse consistant à inscrire la maison dans son site est particulièrement évidente dans le cas d’une pente accentuée. Le jeu des terrasses et des niveaux accroche la maison au flanc d’un coteau. La deuxième attitude est d’autant plus évidente que la pente du sol est importante. Le sol acquiert une présence initiale dont la maison paraît émerger. Je l’appelle le substrat paysager. Dans la banlieue pavillonnaire habituelle il est impossible de savoir si c’est le sol ou l’ensemble des maisons qui constitue le substrat. Le rapport de masse entre les maisons et le paysage est ambigu. La tradition chinoise dit qu’il faut sept arbres pour contrebalancer le poids d’une maison. Comme on a tendance à accorder plus de poids à la maison il importe d’accentuer la présence des arbres pour établir une équivalence. Les faux puits qui abondent dans les jardins de banlieue sont révélateurs du besoin d’ancrer la maison au paysage. En faisant le plan masse vous vous êtes demandé comment accrocher les maisons ensemble. il faut maintenant se demander comment les accrocher au paysage. Dans les grandes opérations d’aménagement, le sol est détruit, le paysage oublié au profit de la technique et de la construction. J’ai participé au projet de la Hayette depuis l’origine .Si j’ai attendu aujourd’hui pour venir vous parler du paysage c’est bien parce qu’il est normal que vous ayez d’abord voulu résoudre vos problèmes de maison.

Je veux aussi vous parler de l’hétérogénéité de vos maisons. Si officiellement il est de bon ton de parler de la différence, c’est parce qu’on en a , en réalité, très peur. Le mot de différence est utilisé pour rejeter la différence. Quelqu’un qui est intégré est une personne dont on a refusé la différence. Toute la culture traditionnelle est basée sur la ressemblance. Il faut faire soi-même attention pour ne pas donner à l’unité un sens mythique. D’abord les choses doivent exister c’est à dire avoir une présence. Comment discuter avec quelqu’un s’il n’est pas lui-même ? Avant de savoir à qui on ressemble, la première chose est de ressentir soi-même les choses de façon juste. Voulez-vous une maison lumière qui contraste avec le paysage ou une maison rocher qui fait corps avec un sol minéral ? Chacun doit préciser ce qu’il préfère. Une maison qui change d’aspect selon la distance à laquelle on la regarde, ou au contraire une maison qui reste identique à elle-même quelque soit la distance de l’observateur ? Il y a des maisons qui produisent un effet choc, comme la lecture de France-Soir, mais cela ne dure pas : le journal est jeté le lendemain. Or si vous voulez vivre avec votre maison plusieurs années, elle sera une sorte de livre de chevet que vous relisez de temps en temps pour y découvrir toujours de nouvelles choses.

Qu’est-ce qu’une maison qui ne s’use pas au premier regard ? La maison est un objet qui se transforme : Vous avez à vous demander comment elle change avec la lumière, celle du soir, celle du matin. Il vous faut réfléchir aux choix que vous ferez. La question n’est pas de savoir si votre maison est belle ou pas. Elle est de savoir si votre maison a une richesse et une existence propre. Vous pouvez jouer avec son épiderme. Que voulez-vous voir au sol, au plafond, à la fenêtre ? Comment allez-vous faire pour que telle ou telle pièce ait tel ou tel aspect ? La maison peut être sonore, ou feutrée, brillante ou mat. La manière d’y accéder compte beaucoup. Des gens mettent du gravier au sol pour entendre les gens arriver.

Un espace n’a pas de réalité en soi. Il n’a d’existence qu’en relation avec ce qui l’environne. Il y a une façon d’organiser des plans différents qui donne de la profondeur à l’espace. C’est tout l’art des jardins qu’on redécouvre actuellement. Voulez-vous de grands ou de petits espaces fractionnés ? Il y a un substrat paysager à constituer. Sur les chantiers de l’Hautil il y a certainement des excédents de terre que vous pourriez utiliser pour créer du relief. Vous-mêmes aurez des terres à évacuer. La meilleure des réussites serait qu’on ait l’impression, un jour, que le paysage préexistait avant la construction des maisons.

Le paysage est aussi un problème de voisinage : C’est le groupe qui valorisera les propositions individuelles. Le choix de tel ou tel matériau valorisera le choix qu’a fait le voisin. La publicité nous égare quant au rôle d’un matériau. Elle confond le sens d’un matériau avec sa valeur économique. Si c’est cher, c’est beau. Or il n’y a ni matériau riche ni matériau pauvre. C’est l’organisation des matériaux entre eux qui rendt chaque matériau riche ou pauvre. On a l’habitude de penser que la pierre ou le marbre sont beaux parce qu’ils sont chers. Nous oublions que les romains peignaient les colonnes en pierre et que les cathédrales étaient peintes de couleurs vives.

– Comment a-tu essayé de donner une qualité sensible au plan masse alors que tu n’est intervenu qu’une fois celui-ci défini par le groupe?

– J’étais physiquement là depuis le début de la démarche, mais je ne pouvais pas être entendu, pas plus que je ne l’avait été lors du concours avec les architectes.

Tout le monde a commencé à se polariser sur le coût de la maison, ce qui est tout à fait compréhensible. Tant pour l’habitant que pour l’architecte c’est la logique économique qui prime. C’est un constat et une réalité. Dans cette expérience de la Hayette, j’ai noté une autre contradiction intéressante. Pour l’habitant l’existant c’est d’abord sa maison. Le paysagiste plante des arbres sur un sol tandis que l’habitant plante des arbres autour se sa maison ; L’habitant part du plus proche pour aller vers ce qui est le plus lointain. En construisant sa maison l’habitant constitue le sol de son propre paysage. Il ne peut penser aux arbres et aux fleurs qu’après avoir conçu sa maison. De même que le végétal pousse sur le rocher.

– Quelque soit l’individu ou le groupe, les habitants réagiront toujours ainsi à l’exception d’un groupe de paysagiste ce qui ne peut être qu’exceptionnel.

– La question n’est pas d’opposer l’architecture et le paysage. Ce n’est pas une question de connaissance spécifique. Les personnes peuvent avoir un état d’esprit indépendamment de leur formation professionnelle. Le concept de paysage est culturel, pas professionnel. Globalement et pendant toute la durée de l’étude, le sol de la Hayette a été considéré comme donné. Bien que nous ayons fait une maquette en volume, à aucun moment il n’a été tenu compte de la pente du sol comme étant un élément fondamental.

Le problème du paysage n’a été abordé qu’une fois les habitants libérés des angoisses financières et architecturales. Si les architectes s’étaient promenés dans la forêt avec les habitants, s’ils avaient arpenté la pente du terrain pour en sentir le mouvement, le groupe aurait réagi différemment. Je pense que si des positions plus paysagères avaient été affirmées dès le départ, nous n’aurions pas eu affaire aux mêmes habitants. Le paysage étant exclu de l’image dominante du projet il n’y a eu qu’un processus d’élaboration d’objet. Il n’y a pas eu d’étude de l’opération prise comme fragment d’un ensemble plus vaste. Il y a eu tissage d’un paysage résultant mais pas émergence d’un paysage.

– Au moment du choix des traitements de surfaces des murs et des revêtements des considérations paysagères seront possibles.

– Il ne faut pas confondre l’acte de broder sur un espace concret donné avec l’étude des fondements d’un paysage à élaborer. Il ne faut pas non plus confondre les domaines manuels et sensibles. Les habitants paysagistes ont longtemps été récusés par les intellectuels progressistes qui jugeaient leurs travaux mal réalisés. Le rapport au sensible ne passe pas nécessairement par un rapport au travail bien fait. Inversement un travail bien fait n’est pas forcément artistique. D’ailleurs les artistes n’aiment généralement pas les artisans.

L’urbanisation de l’Hautil

 

La ville nouvelle de Cergy-Pontoise se développe en fer à cheval autour d’une boucle de l’Oise. Le quartier de la Préfecture en constitue la première branche. L’urbanisation du plateau de l’Hautil en constitue la deuxième branche. Le futur quartier du Puiseux reliera ultérieurement ces deux branches. Pour lancer au plus vite la construction du quartier de l’Hautil, l’Etablissement Public d’Aménagement doit obtenir, en Octobre 1976, l’accord des élus réunis en Syndicat Communautaire d’Aménagement. Par rapport aux premiers objectifs fixés dans le contexte expansionniste des années soixante, des révisions s’imposent  déjà : la population prévue dans l’ensemble de la ville nouvelle est divisée par deux et passe de 400 000 à 200 000. Le 6 Octobre 1975, les élus du SCA refusent à une très large majorité toute urbanisation sur l’Hautil. Cette décision spectaculaire, qualifiée alors d’historique, manifeste la volonté des élus de prendre les rennes de l’urbanisation et leur refus d’être placés devant le fait accompli par les aménageurs de l’Etablissement Public. A contrario, le Maire-adjoint d’Eragny plaide en faveur de l’urbanisation immédiate du Puiseux. « Un grand propriétaire du Puiseux, Maire et propriétaire de ce que les géographes appellent un village industrie, qui a cédé 600 hectares de terre à la ville nouvelle, continue d’exploiter celles-ci dont il est devenu locataire à un prix très bas, tandis qu’une cinquantaine de petits maraîchers et arboriculteurs de l’Hautil n’ont été ou ne seront indemnisés que de la perte de leur outil de travail, sans que leur terre ne soient achetées. Si nous n’y prenons garde, nous serons les principaux responsables de la mise au chômage de ces travailleurs de la terre ».Le préfet intervient ; les élections cantonales approchent : Un adversaire de l’urbanisation de l’hautil devient adversaire des adversaires de l’urbanisation de l’Hautil , peu de temps avant de prendre la présidence du SCA… Le 2 Février 1976 le SCA fait marche arrière et accepte le démarrage simultané des quartiers du Puiseux et de l’Hautil. L’EPA peut alors lancer un concours auprès des promoteurs et de leurs architectes.