L’âge d’or de l’habitat participatif

 

LA MAISON DES BABAYAGAS (MONTREUIL)

Avec l’explosion de l’autopromotion, un thème nouveau est apparu, celui de la présence des personnes âgées dans des groupes qui se veulent multigénérationnels. La plupart des groupes autogérés des années quatre vingt sont devenus multigénérationnels sans le vouloir mais du seul fait qu’un certain nombre de familles ont dû quitter leur groupe pour des raisons diverses, changement de lieu de travail, départs à la retraite ou divorces. Elles ont été remplacées par des familles de la génération suivante tandis que les fondateurs du groupe sont devenus grands parents et retraités. Les enfants des nouveaux couples arrivés dans le groupe ont l’âge de leurs petits enfants.

L’expérience des babayagas installées à Montreuil en Février 2013 vient contredire elle aussi ce slogan de la mixité multigénérationnelle. Depuis 1995, Thérèse Clerc, 86 ans en 2013, mère de quatre enfants, séparée de son mari, porte le projet de regrouper dans un même immeuble des femmes âgées vivant seules après la disparition de leur conjoint. Ce projet n’intéressait personne jusqu’en 2003, date de la canicule dont 15 000 personnes âgées ont été victimes ( Décés de18 880 personnes âgées en France  ; 700 000 en Europe) . A la suite de cet été fatal un journaliste du monde a publié un article d’un tiers de page sur le sujet. Thérèse se rappelle d’un changement brusque d’attitude : « Les politiques ont alors appris à réfléchir avant de nous tenir des propos désagréables. Moi j’ai appris à détecter les propos d’enfumage. Du jour au lendemain, les portes se sont ouvertes ».

Le message de Thérèse Clerc n’a pas varié : « Pour les gens vieillir c’est tomber malade et coûter cher à la société. Pour moi la vieillesse est le plus bel âge de la vie ; Il faut faire de ses dernières années le moment de la plus grande liberté de penser et d’action ».

A son arrivée à la mairie de Montreuil Dominique Voynet a proposé aux Babayagas un terrain en cœur d’îlot, rue de la convention, à deux pas de la place Jean Jaurès et de la Mairie, pour y construire une vingtaine de logements destinés aux femmes de plus de soixante ans. Chacune d’entre elles occupera un studio de 25 à 45 m2 selon ses moyens. Le loyer moyen est de 300 € + 120€ de charges, soit de 420€ en tout. Pour le moment il ne s’agit que de provisions, fait remarquer le bailleur. Il laisse entendre que les loyers réels seront probablement revus à la baisse. Quatre studios accueilleront des étudiants. Il avait été envisagé de loger une infirmière qui exerce dans le quartier mais habite dans une lointaine banlieue. Cela n’a pas été possible.

Les résidents disposeront de deux salles à usage collectif, soit un total de 100 m2 en rez-de-chaussée de l’immeuble. Pour Thérèse et les babayagas le plus important est d’initier des activités collectives ouvertes aux habitants du quartier. Elles veulent y fonder une université du savoir-vieillir ouverte à tous les créatifs de la ville de Montreuil dont la population dépasse les 100 000 habitants et qui abrite 1 500 associations et 6 000 artistes. En 2011 elle avait trouvé des crédits pour installer un centre de bien être en sous sol. Une Caisse d’Epargne lui offrait l’installation de 30 spas. « Le grand âge est celui du rêve. Nous allons cultiver le bonheur. Nous voulons augmenter le produit intérieur brut de bonheur. Je ne crois pas que la vieillesse soit un naufrage. Nous voulons participer à la vie sociale de la ville. Nous allons travailler au changement de l’image que les citadins ont des vieux ».

Les femmes qui s’étaient battues pour vivre dans un même immeuble, n’ont pas accepté cette nouvelle idée de partager leur intimité avec des femmes du quartier. De vingt personnes, le groupe s’est réduit à quatre. En début 2013 il a fallu former un nouveau groupe de candidats au logement. Thérèse Clerc, la mort dans l’âme, a abandonné l’idée des bains collectifs. Le sous-sol qui devait les accueillir a été gommé des plans. Dominique Voynet souligne le fait qu’une discussion programmatique qui dure dix ans ne peut être exempte de frictions. Le groupe se construit autour des questions qu’il se pose et du projet qu’il définit.

Le concept d’un habitat réservé aux femmes de plus de 60 ans a suscité des débats agités, d’abord dans le Conseil Municipal, ensuite dans l’administration du logement social. Ce projet va à l’encontre du principe de mixité qui fait loi aujourd’hui. Thérèse s’explique : « Nous ne voulions pas continuer, au moment de la retraite, à porter les hommes, laver leur linge, préparer les repas, ni à être à leur disposition. Notre projet est un appel à l’autonomie des hommes autant que des femmes. Nous ne sommes pas des nones ; Nous avons le droit de recevoir nos copains…et aussi nos copines. Les hommes seront bienvenus dans notre université populaire ». Dominique Voynet poursuit : «  Les statistiques montrent que la population des femmes célibataires constitue un pourcentage très important de la population des retraités. Or rien n’est fait pour elles hors des équipements classiques qui ne laissent guère d’autonomie à leurs résidentes, pas plus qu’à leurs résidents. Le projet des babayagas a pris l’option femmes ; D’autres groupes prendront d’autres options ; Le débat doit rester ouvert ».

J.P.Bléry pointe les difficultés administratives qu’il a rencontrées. A la demande de la mairie, Jean Paul Bléry, le Directeur de la société d’HLM travaille sur le projet depuis 2008. Il s’est donné pour objectif de passer du rêve à la réalité. Ce projet innovant ne correspondait à aucune des catégories de financement instituées. Il ne s’agit ni d’une maison de retraite, ni d’un foyer. Pour financer le projet, l’Office d’HLM de Montreuil a mobilisé neuf partenaires : L’Etat, la Caisse des Dépôts et Consignations, la ville, la Région d’Ile de France, le Conseil Général, l’Ademe, Le 1% Logeco, la Caisse de retraite Reunico et l’Office d’HLM.

Autre difficulté : choisir un groupe de résidents en dehors des règles d’attribution du logement social. Chaque candidate a été invitée à constituer deux dossiers : l’un concerne les revenus qui doivent être compatibles avec la location à caractère social ; l’autre témoigne d’un engagement militant dans la vie associative ou dans l’action sociale bénévole. A Montreuil, la ville a une liste de 6000 demandes de logement social. Certains montreuillois ont accusé les promoteurs du projet de voler le logement aux candidats inscrits sur la liste. Ces disputes sont déplorables. Il faut souhaiter que la prochaine loi cadre en préparation attribue un pourcentage de logements neufs, si faible soit-il, à l’habitat participatif pour mettre fin aux polémiques qui opposent les gens au lieu de les réunir. Le Directeur de l’Office d’HLM conclut son intervention du 28 Février 2013 par une profession de foi : « Innover ce n’est pas créer une situation d’exception. L’innovation ne doit pas rester unique. Elle consiste à ouvrir de nouvelles voies que d’autres auront envie d’emprunter à leur tour ». Du seul point de vue de l’habitat participatif on peut regretter une personnalisation des studios limitées à deux paramètres : celle d’interposer ou non une cloison entre l’espace du séjour et celui du lit et celle de faire varier la surface de chaque logement en fonction des moyens financiers de sa résidente. Les résidents n’ont pas eu le droit de choisir leurs voisins, ce qui, à mes yeux constitue un retour en arrière par rapport aux expériences d’habitat participatif des années quatre vingt. L’Office d’HLM a refusé aux résidentes habitant de plain pied avec un toit vert la possibilité d’y accéder. Il a été choisi de supprimer tous les balcons plutôt que d’en réaliser quelques uns pour les personnes qui y tenaient. Personne n’a eu le choix de l’implantation de son appartement dans l’immeuble et donc de son voisinage. On peut objecter que le fait que tous les séjours aient pu être orientés au Sud est en soi un bel exploit dans un contexte urbain contraint. Pire : Le maître d’ouvrage a loué les locaux communs à environ 2000 € par mois aux résidentes qui sont tous des gens modestes ayant droit au logement locatif social. La municipalité a dû allée au secours des locataires en leur attribuant une subvention couvrant la location des espaces collectifs résidentiels. Elle se réserve un droit d’usage ponctuel.

Selon Thérèse Clerc« Il est bien de vivre vieux, il est mieux de vivre bien ». L’installation des locataires et l’inauguration ont eu lieu le 28 Février 2013. Dans son discours en mairie, Dominique Voynet désigne Thérèse du doigt et prend la salle à témoin : «  Comme toute sorcière elle sait séduire, entrainer, convaincre, comme une sorcière elle est épuisante, inquiétante, exaspérante. Cette femme hors du commun a consacré sa vie à la défense du droit des femmes. Sans elle ce projet n’aurait pas existé : Ce projet est tout à la fois une initiative écologique, autogestionnaire, citoyenne, féministe, laïque et solidaire ».

Le regroupement multigénérationnel

Au nom du modèle du groupe multigénérationnel , faudrait-il blâmer le groupe des babayagas  composé uniquement de femmes âgées ? Que l’on veuille laisser une place à des personnes âgées au même titre qu’à des mères célibataires ou à de jeunes travailleurs, est tout à fait louable à condition que la taille du groupe d’autopromotion s’y prête. Dans un petit groupe l’intégration des âges est souhaitable, à condition toutefois, c’est du moins mon avis, de ne pas sacrifier la convivialité à la recherche d’un ratio pré-établi. J’ai personnellement vécu les limites de l’exercice dans un groupe de très petite taille. L‘objectif de se regrouper à deux sous-groupes de trois familles chacun, l’un réunissant de jeunes couples, l’autre des retraités, ne se décrète pas sans risque : Entre un jeune ménage d’infirmier de trente cinq ans en primo-accession et un couple d’enseignants retraités de 65 ans finançant la construction de son nouveau logement avec la revente de l’ancien, le dialogue est difficile. Tout diffère : Le mode de financement tout autant que l’expérience professionnelle et familiale. Si les membres du groupe en formation ne se connaissent pas au départ, l’échange convenu dérape vite : Au moment de financer le projet, un des jeunes couples sollicite un couple d’anciens pour un dépannage financier. C’est trop vite oublier que des grands parents sont amenés à aider en priorité leurs enfants et petits enfants. Un autre suggère que le local commun soit payé par les anciens et auto-construit par les plus jeunes. Avec cet état d’esprit, l’’échange de service sensé favoriser un lien de voisinage risque vite de se transformer en lien de dépendance. Un contrat programmé d’échange de services pourra être instrumentalisé en obligations qui ne sont pas nécessairement amicales. Ainsi les plus âgés seront tenus de garder les enfants des plus jeunes, étant entendu que les plus jeunes, un jour ou l’autre, aideront les plus âgés à vieillir à domicile. De l’autogestion on verse dans le volontariat, voir dans l’œuvre charitable tacitement contractuelle. Du seul point de vue idéologique le deal peut séduire. il attirera plus particulièrement les personnes âgées et les parents célibataires pour qui la lutte contre la solitude prime ; Le Ministère de la santé peut voir dans ce projet d’échange de service un moyen économique de gérer le grand âge. L’argumentation politiquement correcte n’est pas nécessairement gérable. Les anciens ont eux aussi des enfants et des petits enfants. Les plus jeunes ont également des parents. Lorsqu’il s’agit-il de pallier à l’absence des uns ou des autres, des uns et des autres, le regroupement multi-générationnel se justifie. Systématisé il tombe dans l’obligation morale. Plus la taille de l’habitat participatif est importante et plus les relations entre les âges redeviennent naturelles  parce que proches de la démographie environnante ; Ce devrait être le cas du projet Regain, à Angers, où les retraités ne constitueraient qu’un tiers des habitants d’un immeubles accueillant plus de vingt foyers. La cohabitation de groupes sociaux différents par l’âge ou les revenus est d’autant plus sereine que chacun des sous groupes informel garde la liberté de son propre mode de fonctionnement tout en partageant la gestion collective d’un même groupe de logements. C’est le cas du Village Vertical où les groupes d’accédants et de locataires ont, chacun, leur indépendance et ne coopérerons que ponctuellement selon la nature de l’activité envisagée. Par ailleurs les groupes d’habitat autogéré créés dans les années quatre vingt sont devenus des groupes intergénérationnels de fait. De jeunes couples sont venus remplacer les départs d’un certain nombre d’anciens. Une nouvelle formule de promotion immobilière se développe qui consiste à construire côte à côte des immeubles pour les séniors et des logements pour de jeunes couples. « …Les grands-parents habitent la résidence sénior et les enfants ou petits enfants logent à proximité. Proches tout en restant indépendants ».

Le bon voisinage à l’épreuve de la durée

Au moment de leur formation les groupes de candidats à l’habitat participatif ont tendance à se croire éternels. Lors des rencontres de Grenoble de 2012, la gestion dans le temps est abordée sur le seul plan des modalités de revente du logement hors du marché et de la spéculation. Si la charte adoptée à l’origine du groupe peut contribuer à réguler le choix des remplaçants en cas de départ d’une famille, elle n’avait jusqu’à présent, aune valeur juridique. Le groupe n’a aucun moyen opposable au tiers, à toute intrusion qui lui paraîtrait menacer le bon esprit de voisinage. Les nouveaux venus peuvent séduire un jour et rapidement décevoir. La signature d’une charte est la seule garantie possible. Elle ne peut avoir une valeur juridique qu’à partir du moment où la loi lui donnera une valeur contractuelle. L’expérience de la durée est vécue différemment d’un groupe à l’autre. Au Penney le repas pris en commun pour célébrer le dixième anniversaire de l’îlot du Penney a marqué la fin d’une période de vie de voisinage particulièrement appréciée et partagée. Par la suite les relations de voisinage se sont distendues au fur et à mesure des départs de locataires. L’Office d’HLM a occupé certains locaux résidentiels pour y installer des équipements ou y entreposer du matériel. La grande salle polyvalente a été attribuée à une association familiale confessionnelle. La population du Faubourg Montmélian est devenue plus cosmopolite. Un habitat réservé aux anciens repris de justice a été construit à proximité du projet. Des lycéens qui profitent du jardin du Penney pour piqueniquer y abandonnent leurs cannettes de bière et leurs papiers gras. Les habitants de l’îlot du Penney ne se sentent plus chez eux. L’anonymat a pris le dessus. A l’inverse, dans le groupe des naïfs, aux Béalières la salle polyvalente et la salle de jeux pour les enfants sont toujours en usage. La taille du groupe, son implantation dans un contexte privilégié, l’existence d’un règlement explicite signé par tout nouveau locataire, la compacité de l’immeuble et son implantation individualisée dans un cadre idyllique ont permis à ses habitants de perpétuer la vie de voisinage recherchée à l’origine. Bien d’autres paramètres sont imprévisibles et difficilement contrôlables. « Avec le temps, tout s’en va » et tout renaît. Je me souviens de la remarque d’une étudiante qui s’était impliquée un moment dans la vie du MHGA : « A partir du moment où j’ai compris que, dans un groupe, mieux valait s’engager à ne pas divorcer, j’ai laissé tomber ». L’expérience prouve que sur une durée de trente ans, approximativement 15% à 20% des couples d’origine ont divorcé sans pour autant que les deux conjoints aient été amenés à quitter leur groupe. Plus de trente ans après sa construction l’opération de la Hayette est encore habitée par quatre familles sur les 9 familles de départ. Une première vague d’arrivants a relancer la vie de voisinage et rajeuni le groupe. Plus récemment Il a suffi d’un nouvel arrivant pour qu’une première clôture apparaisse avec les premiers conflits frontaliers : En 1980, nous avions négligé de commander un relevé de géomètre des parcelles privatives. Le groupe d’origine était trop optimiste pour anticiper le retour de la normalité.

  LA MAISON DE RETRAITE D’OLONNES SUR MER0

En Juin 1991 la ville d’Olonne sur mer lance un concours pour la réalisation d’une maison retraite de 80 lits. Le terme de « lits » donne froid dans le dos mais l’auteur du programme recommande d’éviter les volumes architecturaux massifs et préconise un cadre de vie inséré dans son environnement villageois. Seulement une vingtaine de « lits » sont médicalisés. Le cabinet médical intégré reste relativement modeste avec160 m2 de surface alors que l’hébergement totalise 3400m2. Soixante chambres d’une surface de 30 m2 sont véritablement assimilables à un studio doté d’un espace séjour-cuisine, d’un coin lit et d’une salle de bain. Les vingt chambres médicalisées n’ont que 20 m2 chacune. Je persuade Lucien Kroll de faire le concours. Il avait dû renoncer à un projet Sépia à Valenciennes où le terrain proposé par la ville s’était avéré inconstructible. Je sortais de l’étude de la MRM de Cusset et je pensais reprendre des croquis d’esquisse qui n’avaient pas été retenus par mes collègues. Avec Lucien nous partagions l’objectif de concevoir un ensemble villageois plutôt qu’un édifice institutionnel. Dès juillet 1991nous échangeons nos esquisses. Mes trois esquisses découlent directement du travail fait à Cusset. Lucien préfère prendre un parti plus radical. Il neutralise les surfaces des équipements tels que l’administration, la restauration et le cabinet médical. Il disperse des services dans des volumes regroupant de six à huit chambres. Là où j’avais imaginé un réseau de passages, il ne garde qu’un seul axe de circulation très vitré, perpendiculaire aux linéaires de bâtiments qu’il traverse parallèlement à la rue de la Fontaine limitrophe au Nord du terrain. Ces linéaires partent vers le sud pour aller vers les jardins. Dans l’esprit de Lucien pas de parking, mais une bande de stationnement le long de la rue existante prolongée par une voie faisant le tour de l’opération. Dans mes esquisses le parking était traité en mail planté formant belvédère en bout de rue. J’avais tourné l’administration et le hall d’accueil vers le village à l’Est. Lucien prévoit de densifier les bâtiments résidentiels au plus près de la rue qui dessert les différentes composantes du programme. Le projet commence au Sud par une architecture de béguinage où chaque retraité seul ou en couple peut recevoir en toute indépendance ; Puis il se médicalise progressivement vers le nord là où sont disposés les principaux équipements tels que la restauration, la grande salle polyvalente, l’accueil… face à la rue de la Fontaine. Simone Kroll excelle dans l’art des jardins. Je me sens vite de trop. Je travaille à Paris, loin de Bruxelles. Une fois le projet retenu par le jury, en octobre 1999, le chef de l’agence belge me demande de quitter le projet qui ne pouvait être mené dans deux endroits aussi éloignés l’un de l’autre. A la déception du moment succède, quelques années après, mon admiration lorsque je retourne quelques années après sur le site. Dans le hall d’entrée, je bavarde avec une retraitée résidente depuis l’ouverture de la maison: « J’ai travaillé toute ma vie dans les marais salants ; Aujourd’hui je suis choyée comme une petite reine. Je n’ai plus rien à faire excepté contempler mes marais salants et discuter avec les autres résidents ». Elle était ravie de n’avoir plus à participer à quoique ce soit d’autre qu’à d’aimables conversations.

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Mieux vivre au quotidien

En milieu d’année 1992 le Ministre délégué au logement et au cadre de vie, Marie-Noëlle Lienemann, lance un appel à projets destiné à aider les actions de revalorisation du cadre de vie et de convivialité dans les cités (Hors Développement social des quartiers) et les quartiers. Il s’agit d’améliorer la qualité de vie quotidienne, notamment par l’amélioration des espaces publics et l’organisation de services de proximité. Les projets doivent engager les organismes gestionnaires du cadre de vie et les prestataires de services urbains. « La qualité de la vie quotidienne offerte par la ville, un quartier, une cité, repose sur la qualité du cadre de vie matériel qui s’y rapporte, les services qui y sont rattachés, et la vie sociale qui met en relation les habitants. L’efficacité des réponses qui peuvent être apportées suppose la mobilisation de tous les acteurs intéressés et, en particulier, la participation des habitants aux choix qui les concernent. Se sentir chez soi, c’est pouvoir intervenir dans l’organisation de son cadre de vie et prendre part à la gestion de sa vie quotidienne ».

Je saute sur l’occasion, avec l’accord du SIVU et de la Mairie, pour déposer un dossier avant le 5 Juillet, date butoir. La ville avait commandé une étude sur « La résorption de l’habitat insalubre, au faubourg Marcel » Un document provisoire est disponible à la mairie, au moment de l’appel à projet du Ministère délégué au logement et au cadre de vie. L’îlot devant faire l’objet d’une Réhabilitation de l’Habitat Insalubre englobe la place des Serves. L’îlot est délimité par la rivière de la Bienne et la rue du faubourg Marcel. Il couvre un demi hectare. L’opération RHI a deux objectifs : stopper le processus de paupérisation du faubourg Marcel (les activités et la fonction résidentielle se sont peu à peu repliées dans la ville haute ) et y implanter une unité de vie « à caractère social permettant aux personnes âgées en perte d’autonomie de vieillir et de mourir en conservant leurs racines dans un milieu familier, amical et sécurisant ». Le dossier de candidature de la ville de Saint Claude s’achève sur la présentation du projet que je viens de dessiner. Victoire: Le dossier est subventionné par le Ministère.

C’était sans compter la visite technique de l’inspecteur de la DDAS qui souligne la dangerosité des crues et la vétusté des immeubles. Le conseil Départemental d’Hygiène déclare, le 2 Juillet 1992 l’insalubrité irrémédiable des immeubles, prescrit l’interdiction d’y habiter et leur démolition dans un délai de 2 ans. Le Préfet par décision du 28 Janvier 1993 confirme par arrêté « l’insalubrité irrémédiable » du secteur anciennement RHI. Certes il fallait tout démolir. Mais s’agissant de construire des bâtiments neufs, j’avais placé le niveau du rez de chaussée à 50 cm au dessus de la crue maximale connue à ce jour. La démolition du secteur RHI ne faisait aucunement obstacle à l’édification du nouveau projet ; Au contraire elle dégageait le terrain avant sa construction. Je retrouve un courrier de la Direction Départementale de l’Equipement datant de Septembre 1994 et tenant lieu de compte rendu de la réunion du décembre 1993 au cours de la quelle le SIVU et la DDE demandaient qu’avant sa construction, le projet fasse l’objet d’ultimes et légères modifications du projet. En Septembre 1993 la presse locale relate la visite du Président de Région au cours de laquelle la construction de trois unités de vie à Saint Claude, est officialisée. A la fin de l’année 1993 le chantier peut commencer. Alors pourquoi, par qui et quand a-t-il été abandonné ? Quinze ans plus tard je suis bien incapable de répondre à cette question. Je me souviens vaguement d’une contestation diffuse en provenance des médecins du centre hospitalier à l’autre bout du faubourg Marcel. Si l’on en croit la rumeur, certaines personnes de la DDAS voyaient d’un mauvais œil l’arrivée d’une petite structure susceptible de faire concurrence au centre hospitalier voisin, tant au niveau fonctionnel qu’au niveau financier. Richard Quetel quitte le SIVU sans laisser d’adresse ni de message. Au moment de mettre en chantier la septième et dernière unité de vie, le groupe de pilotage du projet se serait-il aperçu que la caisse était vide ? Allez savoir : Les mauvaises nouvelles ne laissent généralement aucune trace écrite.

Le schéma directeur d’aménagement du faubourg St Marcel

La ville continuait à afficher son intention de revaloriser le Faubourg. Au printemps 1996, il m’est donc demandé d’élaborer un Schéma Directeur d’Aménagement des espaces publics. En Juin je préconise sept espaces d’intervention. La place des Serves ainsi que l’espace libre dégagé par la démolition des anciens immeubles, sont déjà envahis par les voitures. La Mairie attend de moi la rationalisation du stationnement automobile. Les rares commerçants survivant dans le faubourg réclament plus de parkings. La grande rue de la ville haute est embouteillée matin et soir. Ne pourrait-on pas inciter les gens à déposer leur véhicule dans le faubourg d’en bas, d’où ils pourraient monter, à pied, dans le centre ville ? Dès que cela est possible j’insère trois,six voir douze places de stationnements de façon à éviter des ensembles massifs. Je préconise huit espaces d’intervention. La Ville donnera la priorité aux quatre premiers. Mais de là à passer à l’acte…

Espace N°1 : La passerelle

Depuis déjà plusieurs années, la Mairie souhaite réaliser une passerelle au dessus de la Bienne, à une centaine de mètres après le confluent avec le Tacon. L’objectif est de désenclaver la cité des miroirs, une petite cité de 300 habitants construite dans les années soixante sur la rive droite de la Bienne, sur un versant peu accessible. La passerelle permettra aux habitants des miroirs d’accéder facilement au Faubourg Marcel, à ses commerces et à la place des Serves, de l’autre coté de la rivière. Cette passerelle partirait d’une placette aménagée sur la rive droite de la Bienne pour aboutir aux abords d’un bief qui traverse le faubourg avant de se jeter dans la Bienne.

Le 5 Mai 1997 je remets une première esquisse de projet de passerelle. En Juin plusieurs réunions se suivent en mairie. Depuis l’abandon de l’unité de vie, le centre de gravité du faubourg Marcel s’est déplacé plus au Nord, autour de la placette qui, partant de la rue du faubourg Marcel devrait mener à la passerelle en direction de la cité des Miroirs, de l’autre côté de la Bienne. La question se pose donc de savoir quels sont les bâtiments de « L’emboutissage jurassien »,une entreprise fermée depuis des années qu’il importe de sauvegarder et quel pourrait être leur usage. La place du bief pourrait devenir grâce à la création d’une passerelle le carrefour piétonnier où se croiseront les promeneurs des berges et les habitants du haut comme du bas de Saint Claude. Elle tiendrait lieu de parvis à un équipement municipal (halle de marché ou salle des fêtes) installé dans une partie de la friche « Emboutissage jurassien ». On évoque également un projet de logements qui ferait l’articulation entre la placette de la passerelle ou place du bief et la place des Serves. Mais le Foyer Jurassien qui devait être le maître d’ouvrage de l’unité de vie des personnes âgées, échaudé par l’abandon de celle-ci, ne participe plus aux réunions.

Quoiqu’il en soit, la construction d’une passerelle est la première étape de la requalification du faubourg. Le Directeur des services techniques fait référence à un ancien projet de passerelle en béton préfabriqué. J’argumente l’emploi du bois que j’estime plus adapté à une région de forêts. Je ne voulais pas non plus d’une passerelle « dématérialisée » selon la mode High-Tech internationale d’alors, avec ses câbles et ses effets de muscles d’acier tendus vers la prouesse technique que, de toute façon, la ville ne pouvait pas se payer. Je dessine une passerelle toute simple dont les rambardes servent de structure porteuse. Je m’associe à Robert Lourdin, un collègue qui enseigne dans l’école d’architecture de Nanterre et dirige un bureau d’étude réputé être le meilleur spécialiste du bois en France. Il dimensionne le projet et l’évalue au plus économique. Il connaît une entreprise locale capable de réaliser un tel ouvrage à un prix raisonnable. Je prévois un petit belvédère à mi distance des deux rives et j’étudie l’articulation des deux assises en béton avec la passerelle en bois lamellé-collé. Pour éviter que les poutres ne soient d’une hauteur excessive, la passerelle est décomposée en deux segments, respectivement de 18 et 22 mètres, posés sur un pilier central formant plateforme et recevant un troisième segment conduisant à la place des Serves : une sorte de coursive en balcon sur la Bienne. La passerelle devient l’endroit le plus attractif d’un parcours piétonnier, avec vue sur la rivière, la ville et la montagne. Le Directeur des Services techniques lève les bras au ciel à la vue de ce troisième élément dont il redoute le coût et ne voit pas l’intérêt. L’abandon du parcours piétonnier longeant la rivière obligerait à rabattre les promeneurs sur les trottoirs trop étroits de la rue du Faubourg, une rue dont le trafic routier est très intense. Je passe les détails qui permettaient de chiffrer précisément les aménagements envisagés, le projet une fois amputé de son troisième segment, à la demande de la Mairie. Le coût de la passerelle est estimé à 550 000 FTTC  .A titre comparatif, la rénovation des trottoirs de la rue principale du haut de Saint Claude a couté 500 000 F si l’on en croit le compte rendu des dépenses de la ville à cette période. Le coût de la place du Bief conduisant à la passerelle est estimé à 450 000 FTTC. Le montant de la subvention accordée par l’état en vue d’améliorer les conditions de vie dans le faubourg Marcel est de 200 000F.

En fin 1997, à l’approche des élections municipales la ville décide de reporter sine die la construction de la passerelle pour engager des travaux de réfection … de la voirie du faubourg. A Saint Claude on garde les pieds sur le bitume.

Espace N°2 : la promenade des Serves

La ville pour refermer la « blessure » urbaine provoquée par la démolition de l’ex secteur RHI, envisage de construire huit à douze logements entre la place des Serves et l’arrivée de la passerelle. Ce nouveau projet intégrera le café du quartier. J’hésitais entre deux partis : un immeuble en pointe permettait d’étirer la place des Serves jusqu’à la terrasse du café, ou accompagner le parcours piétonnier de la digue provenant de la place des Serves en direction de la passerelle.

Espace N°3 : A l’ouest de la place des Serves la mairie a racheté un ancien hangar industriel qu’elle envisage de réhabiliter en gymnase. Sur les pentes qui délimitent le faubourg à l’Ouest au pied du Mont Chabot, il serait possible de créer une dizaine de jardins familiaux de 150 m2 chacun ainsi que dix sept places de stationnement. Un chemin de randonnée partirait de ces jardins vers le Nord pour rejoindre le chemin dit « des petites étapes » qui monte vers un quartier situé au dessus du faubourg.

Espace N°4 : Le Directeur des services techniques me presse de multiplier les places de stationnement automobile. Au centre Ouest du faubourg, toujours au pied du Mont Chabot, une fabrique de pipes pourrait être réhabilitée à terme, ce qui permettrait la création d’un parking de 23 places sur deux paliers remblayés. Le bâtiment en pierre, exposé au Sud, anciennement affecté à des logements mérite d’être gardé car il délimite une ruelle typique qui participe de l’image du faubourg.

Espace N°5 : Un parcours piétonnier en balcon sur la Bienne devait permettre aux touristes comme aux habitants du Faubourg de passer de la place des Serves à la place du Bief d’où partira la passerelle, puis d ‘aller jusqu’au pont reliant le faubourg à la ville haute et, ultérieurement, au delà, vers l’hôpital situé à l’extrémité Nord du Faubourg. A mon avis ce parcours en balcon sur la rivière, avec des vues à la fois sur la ville haute et sur le mont Bayard, aurait apporté une plus value au Faubourg ; Il serait le principal fil conducteur de la restructuration des anciennes friches industrielles qui bordent la Bienne. Le Directeur des Services techniques ne partageait manifestement pas ce point de vue. Le parcours sur berges ne figurait donc pas au programme.

Espace N°6 : Une parcelle le long de la rue du Faubourg Marcel se libère; Elle est immédiatement réquisitionnée par la mairie pour en faire un parking de vingt places .Je propose la construction d’un petit bâtiment faisant porche pour assurer la continuité bâtie de la rue du Faubourg, ce qui s’avère « irréaliste »: Qui construira là ? La dent creuse dédiée à l’automobile paraît inéluctable… Sous couvert de revaloriser le faubourg ne cherche-t-on pas avant tout à en récupérer les friches au bénéfice du stationnement automobile. L’objectif de la mairie n’était-il pas principalement de diminuer la pression automobile du centre de la ville haute ? Mon pressentiment se confirme : le Faubourg ne servirait que de cour de service à la ville haute.

Espace N°7 : la Mairie envisage la démolition de la principale friche industrielle ayant façade sur la rivière, « la société de l’emboutissage jurassien ». Du bâtiment principal situé le long de la Bienne, on ne garderait que la dalle de rez-de-chaussée portée par des piliers partant des berges, à 2,5 mètres en dessous. Je propose de sauvegarder l’enveloppe élégamment vitrée de ce bâtiment principal, d’en casser les dalles d’étage de façon à dégager la grande halle métallique capable d’ abriter un marché. Ce marché ouvrirait sur la placette du bief, là où arrivera la passerelle.

Espace N°8: Vers le pont du faubourg Marcel la démolition de quelques bâtiments délabrés en bordure de rivière permettrait de dégager la vue des immeubles implantés le long de la rue du faubourg. Moyennant un léger remembrement des parcelles, une trentaine de places de stationnement pourraient être créées. En balcon au dessus de la rivière le parcours piétonnier venu de la place des Serves pourrait se poursuivre jusqu’au confluent avec le Tacon.

Le stationnement automobile était et reste une préoccupation majeure des petites villes situées en milieu rural. A Saint Claude la configuration montagneuse du site rend le problème encore plus aigüe. Etant donné la dispersion des extensions péri-urbaines à flanc de montagne, l’usage de la voiture individuelle semble inévitable pour le moindre déplacement au quotidien. Tout projet de revalorisation des espaces publics d’un quartier butte sur cette nécessité de concéder une place sans cesse accrue à la voiture individuelle. Le faubourg Marcel allait-il survivre à l’automobile ?

Des hauts et des bas

En 1999 je suis convoqué à une réunion de travail sur le terrain avec des représentants de la nouvelle municipalité et de la société de « l’emboutissage jurassien ». L’intention de la Mairie est d ‘aménager dans une partie de l’immeuble, côté rue, des chambres pour étudiants. Les élus présents me demandent de faire un relevé des lieux et d’évaluer leur capacité à accueillir un certain nombre de chambres d’étudiants à définir. L’industriel lui, se soucie de vendre ses locaux à la ville mais reste évasif sur les délais et le montant de la vente. Les jours passent ; Je ne reçois aucune lettre de commande de la municipalité concernée par le Faubourg du bas. Deux ou trois mois après cette municipalité cède la place à une nouvelle municipalité qui représente le haut.

En Mai 2000 je reçois une lettre du Directeur des Services Techniques : « …La municipalité a évoqué la nécessité d’entreprendre des travaux de voirie au Faubourg Marcel en 2001…. L’assemblée municipale s’est interrogée sur le devenir de la friche industrielle dite de « L’emboutissage Jurassien » (située dans le faubourg Marcel, sur la rive gauche de la Bienne). Aujourd’hui son propriétaire cherche une issue ; Une évaluation a été demandée au service des Domaines, à toutes fins utiles. Quelques éléments de programmes sont avancés au sujet de cet îlot. Ils correspondent à des besoins recensés : une résidence pour personnes âgées, quatre cents mètres carrés de locaux tertiaires et quelques petits logements pour des jeunes en mal d’insertion ou étudiants. En appui des travaux routiers la Municipalité souhaite disposer d’un document programme pour la restructuration de cet immeuble qui tienne également compte du projet de passerelle. Si vous souhaitez apporter votre concours … »

De guerre lasse

A l’aube du nouveau millénaire je n’avais plus aucune envie de repartir pour une nouvelle série de hauts et de bas…Depuis 1995 je me concentrais sur la formation continue que j’avais mise en place à l’école d’architecture de Paris la Villette. Mes « Voyages dans l’Europe des villes durables » que j’organisais alors, me motivaient plus que les aléas de la voirie de St Claude.

Au fil des voyages jurassiens, je m’étais pourtant attaché à cette petite ville de montagne au passé industrieux, dotée d’un demi millier de petites industries de la pipe en bruyère. Elle contrastait avec la plaine d’Oyonnax transformée en zone industrielle extensive nimbée d’émanations chimiques. Comparée à l’anonymat de la capitale des matières plastiques qui se développait au rythme assourdissant des transports routiers, la carte à jouer pour Saint Claude était, à l’évidence celle du tourisme. Il lui fallait restaurer son patrimoine historique et industriel savamment accroché aux pentes des Monts Chabot et Bayard. Il lui fallait requalifier ses couloirs bio-diversitaires le long ses deux rivières et en développer d’autres afin de multiplier les relations entre les quartiers hauts et bas de la ville par des parcours piétonniers ponctués de vue sur ce site à la fois montagneux et urbain. Le faubourg une fois réhabilité pourrait être une composante importante de l’attractivité touristique de Saint Claude. Des parcours tissant des liens entre les deux rives de la Bienne devraient permettre à la ville du haut de trouver ses espaces de détente et de vie nocturne dans le faubourg du bas. Les saint claudiens allaient-ils continuer à utiliser le faubourg comme exutoire, sorte de basse fosse où s’accumulent parkings, activités polluantes et entrepôts ? Qu’attendait la ville de Saint Claude connue par la vitalité de ses milieux associatifs et son dynamisme coopératif caractéristique du Haut Jura, pour transférer son savoir faire industrieux et artisanal dans le secteur du tourisme en montagne et des nouvelles technologies ? Ce n’était évidemment pas à moi de répondre à cette question.

Calendrier d’un projet virtuel

1991 : Création du SIVU , syndicat intercommunal

premières réunions de travail avec Richard Quetel et le Docteur Fleuriel.

1992 Etude de l’Avant Projet Sommaire de l’unité de vie du Faubourg

Juillet1992 : remise du dossier «  Mieux vivre au quotidien »

Octobre 1992 : Remise du dossier de permis de construire au Foyer Jurassien

1994 Accord du Comité Régional de l’Organisation sanitaire et sociale pour la réalisation de quatre premières unités de vie en montagne

1996 : étude du schéma directeur d’aménagement du faubourg Marcel

Janvier 1997 : remise d’une proposition de 8 espaces d’intervention urbaine.

1997 Formation des maîtresses de maison et lancement de trois unités de vie à Septmoncel, Saint Claude et Molinges

Juillet 1999 : Réunion sur le site de « L’emboutissage Jurassien ».

L’unité de vie du Faubourg Marcel

 

Le projet du SIVU

En 1991, Richard Quetel est chargé par le CCAS de Saint Claude de mettre en place des petites unités de vie permettant aux personnes âgées devenues dépendantes de finir leurs jours sans avoir à quitter leur environnement familier. Dans le cadre du SIVU (syndicat d’Action, de Prévention et de Développement du Haut Jura) R.Quetel assure la mise en place d’une demi douzaine d’unités de vie. Son intervention vise à pallier au déficit en capacité d’accueil sur le bassin d’hébergement de Saint Claude : le ratio est de 25 lits pour mille personnes âgées alors qu’il est de 68 lits au plan national. Le concept de MARPA développée par la Mutuelle Sociale Agricole depuis 1986 est celui qui se rapproche le plus du concept souhaité par les élus: la personne âgée devenue dépendante est accueillie dans une unité de vie de type familial (15 logements) dont la médicalisation relève des médecins locaux en exercice libéral, le résident pouvant prolonger son suivi médical avec son médecin personnel. A l’origine du projet en 1990, le Docteur Fleuriel, Adjoint aux affaires sociales de la ville de Saint Claude, refuse de créer une ou plusieurs maisons de retraite traditionnelles. Il veut en priorité aider les personnes à rester chez elles le plus longtemps possible. Il s’agit de prendre en charge les personnes âgées, de l’aide à domicile jusqu’à l’hospitalisation, de la retraite jusqu’à la fin de vie. Pour cela, le SIVU doit mettre en place un partenariat entre les différentes administrations concernées : La Direction de l’action sociale, le Conseil Général, l’hôpital , la municipalité de Saint Claude chef lieu de canton, les associations familiales et les futurs directeurs d’établissement dès qu’ils sont connus. Il s’agit de développer à la fois les soins à domicile et la création de petites unités de vie insérées dans leur milieu de façon à pouvoir accueillir les personnes âgées sont lorsqu’elles ne peuvent plus vivre chez elles, sans qu’elles soient pour autant obligées de quitter ni leur village ni leur quartier. Dans chaque commune d’un des trois cantons concernés est constitué un groupe « amitié » chargé d’organiser des activités et d’aider les P.A au maintien à domicile.

Le groupe de pilotage du projet adopte une formule de maison d’accueil du type cantou destinée aux personnes en perte d’autonomie. Lorsqu’au printemps 1991, à la suite d’un débat sur le concept de cantou, à Rueil Malmaison, Richard Quetel me contacte. Je suis enthousiasmé par le projet. J’espère alors que ce qui ne pouvait se faire à Cusset allait pouvoir se faire dans trois cantons du Jura-Sud.

Une étude pré-opérationnelle

Mon interlocuteur est très intéressé par « la programmation générative » qui permet une conception conjointe du projet de vie et du projet d’architecture. Je lui suggère d’associer à cette forme participative de programmation générative , les architectes qui seront retenus pour construire les sept petites unités de vie, et cela le plus tôt possible, en amont de l’élaboration des dossiers de permis de construire. Bref nous réfléchissons à la « procédure la plus appropriée à une démarche expérimentale …privilégiant les facultés d’écoute et de dialogue au détriment des capacités à convaincre et à séduire ». Je rédige une note d’intention portant sur une étude pré-opérationnelle en trois parties : une analyse critique des sites potentiels, un diagnostic sur l’habitat existant , la mise en place de groupes locaux de concertation et la rédaction d’un pré-cahier des charges . Tous les partenaires du projet global devraient pouvoir coopérer à la rédaction d’un même cahier des charges décrivant les tâches à accomplir, de façon à éviter une autonomisation des projets et un effritement des exigences en termes de projet de vie. Ce cahier des charges donnerait au SIVU les moyens d’une coordination permanente entre les cinq puis les sept petites unités de vies programmées.

Un rendez-vous est pris avec un représentant du Ministère de l’Equipement qui donne son accord de principe à la seule condition que la Municipalité de Saint Claude participe au co-financement de l’étude, ce qui est acquis. Mais cela était sans compter avec le représentant de la Direction Départementale de l’Equipement qui s’interpose entre le représentant du Ministère et le SIVU : La DDE est à la fois prestataire de service et gestionnaire des subventions publiques. Ma proposition d’étude lui fait directement concurrence. Or les projets du SIVU sont tous tributaires de la subvention départementale … Le projet d’étude pré-opérationnelle est donc abandonné. La négociation avec la Direction de la Construction dans le cadre du SÉPIA tourne court. J’apprendrai plus tard que le SIVU s’était alors adressé aux instances européennes dont il recevra une subvention, plus tard, trop tard.

Un mémento reprenant les sept thèmes de transaction de la programmation générative est diffusé aux équipes d’architectes par le SIVU. Aucune trace écrite ne laisse supposer l’existence d’éventuels groupes de transaction locaux dont je m ‘étais fait l’avocat. La DDE produit un programme classique énumérant les surfaces à construire pour une unité de vie standard, suivi des « spécifications techniques détaillées » copiées-collées comme à l’habitude. Le SIVU me demande, en urgence, un avis sur les cinq premiers sites et projets en cours de conception. L’étude pré-opérationnelle n’ayant pas abouti, il sera fait appel au CAUE ( Conseil d’architecture d’urbanisme et d’environnement ) pour vérifier la pertinence des sites retenus. Mes quelques remarques sont entérinées, concernant les quatre premiers sites, notamment à Saint Claude, où je préconise d’abandonner l’un des sites au bénéfice de celui de la place Saint Christin. En Avril 1992. La Direction Départementale de l’Equipement, le SIVU et son groupe de pilotage organisent la consultation des équipes d’architectes locaux en vue de réaliser cinq unités dont quatre dispersées en milieu rural et une à Saint Claude: Les sites des Bouchoux, de Molinges, de Septmoncel, de longchaumois et place Saint Christin à Saint Claude. En Mai-Juin, la Municipalité de Saint Claude et le SIVU décident de construire deux autres unités de vie à Saint Claude. Un architecte de Saint Claude est chargé de réaliser une unité de vie dans une friche industrielle située en partie haute de la ville dans les locaux des anciens établissements Jeantet David fabricants de pipes. Ce site surplombe la vallée de la Bienne. Richard Quetel me suggère de candidater pour l’étude d’une septième petite unité de vie du Faubourg Marcel, en partie basse de Saint Claude.

L’insertion d’une unité de vie dans le faubourg Marcel

Ma candidature à la maîtrise d’œuvre de la septième unité de vie projetée à Saint Claude est retenue par le jury du SIVU. La construction de cette petite unité de vie devait participer de la réhabilitation d’un habitat insalubre, au faubourg Marcel. Le site constitue l’entrée Ouest du faubourg. Il longe la Bienne, une rivière tranquille en période estivale qui se transforme en torrent en demi saison. Je prends alors conscience que la ville de Saint Claude est scindée, géographiquement et socialement, en deux parties : La ville du haut rassemble autour de l’abbatiale les équipements administratifs, dont la Mairie, la rue commerçante et ses principales enseignes ; la ville du bas, sur les rives du Tacon et de la Bienne, constitue la partie ouvrière de la ville avec ses sites industriels (en partie abandonnés) en bord de rivière. Je plaide en faveur d’une réhabilitation rapide du faubourg qui pourrait devenir un lieu attractif où les touristes devraient trouver des restaurants et une animation nocturne inexistante dans le haut de St Claude.

A partir de l’été 1992 sont organisées les premières réunions d’information dans une salle du quartier Saint Marcel. Des contacts personnels sont pris avec les habitants du site : un imprimeur, un cafetier, quelques habitants proches. La visite de l’unité de vie de Simard ( proche de Louhans) provoque la formation d’un groupe de transaction et le lancement d’une programmation générative allégée. Une liste des dispositions techniques est établie. Une première étude de la distribution intérieure d’un logement individuel de type T1bis d’environ 30 m2 est faite. Les premiers croquis d’intention circulent. Le Directeur des services techniques de la ville de St Claude et R.Quetel m’orientent sur le Foyer Jurassien une société anonyme d’HLM dont le siège est à Champagnolle. Je réunis une équipe d’ingénierie composée de bureaux d’étude locaux. En Octobre 1992 je remets le dossier de permis de construire au Foyer Jurassien. Les pratiques locales veulent que les « Spécifications techniques détaillées » figurent dans le dossier. Le listing des surfaces et des évaluations économiques sont bouclées.

Le projet architectural

Le terrain sur lequel est projeté la réalisation d’une petite unité de vie, a de nombreux atouts : il jouxte la place des Serves qui constitue l’entrée Sud de la ville ; il longe la rivière de la Bienne sur sa rive gauche et offre des vues sur la montagne et la ville haute de Saint Claude. A l’opposé de la rivière et parallèlement à elle le terrain est délimité par la rue principale qui traverse et dessert le faubourg. La place des serves est un lieu de rencontres informelles. Les enfants y jouent au ballon et les adultes y jouent à la pétanque à l’ombre de deux alignements d’arbres taillés. Des bornes empêchent les voitures de s’emparer de la place.

Le programme est mixte comme doit l’être tout projet véritablement urbain, et à taille humaine. L’unité de vie est dimensionnée à l’échelle du cantou. Implantée en légèrement au dessus du niveau de la rue du Faubourg, cette unité de vie occupe la totalité d’un rez-de-chaussée qui a été surélevé de 50 cm au dessus de la côte maximale d’inondabilité. L’unité de vie se compose de 4 chambres de 15 m2 chacune, mais aussi et surtout d’une majorité de petits logements de 13 logements de 30m2 chacun, comprenant un séjour, un coin lit avec une salle d’eau adjointe, une cuisine et un coin repas. De plus le programme de l’unité de vie prévoit trois logements de 46m2 chacun auxquels s’ajoute un logement de fonction pour la maîtresse de maison. Au rez-de-chaussée, les parties communes, le séjour et la salle à manger collectifs, couvrent un total de 268 m2 avec une cuisine, une salle d’activités de 47 m2 et un bureau pour la maîtresse de maison. L’imprimerie existant dans les immeubles anciens est relogée dans un espace de 86 m2 ouvert sur la rue du faubourg Marcel. Le café lui aussi existant est relogé dans un espace de 70m2, en façade Sud, qui s’ouvre sur la place des Serves. Un atelier des arts plastiques relevant de la vie associative, trouve place dans des combles de 50m2 habitables. Les activités occupent un total de 221 m2. Les deux étages accueillent une trentaine de logements sociaux permettant de reloger ,entre autres, des familles installées dans certains immeubles vétustes du Faubourg destinés à être démolis. Leur taille va du T4 ( 80m2) au T1 Bis ( 36 m2). A un moment donné la mairie envisage la présence de quelques studios destinés à des apprentis en stage ( IUT de plasturgie ) à Saint Claude. Le Foyer Jurassien abandonne rapidement cette dernière idée qu’il juge irréaliste sur le plan financier.

Sous la terrasse portée par des piliers, un parking de 40 places est aménageable au niveau des berges de la Bienne. Il est admis que ce parking sera vidé de ses voitures lors des quelques jours par an où une inondation est à craindre. Le projet s’inspire de la volumétrie pré-existante dont le caractère pittoresque me semble s’intégrer au mieux à la configuration du Faubourg. Les logements sont disposés le long de la rue du Faubourg Marcel et le long de la Bienne. Entre les deux bâtiments qui en résultent, je place la salle à manger que j’oriente au Sud. Dans son prolongement je dessine une terrasse utilisable en période estivale. Celle-ci s’ouvre en balcon sur la rivière à un niveau supérieur d’un demi mètre à celui des pires inondations de la Bienne. J’éclaire par une verrière zénithale la salle à manger qui accueille une trentaine de résidents. La salle d’activités est elle aussi en balcon sur la Bienne. Puisque la place des Serves est inondable, je propose de la protéger des crues par une digue aménagée en promenade surélevée au dessus de la rivière. Cette digue se prolonge par un escalier qui permet d’accéder aux ateliers d’arts qui devaient être aménagés au dessus des logements pour personnes âgées. Cet espace d’activité animé par une association accueillerait des expositions d’art.

Une entaille dans cet îlot urbain devait tenir lieu de parvis légèrement pentu, permettant aux personnes venant du Faubourg (au Nord) et du Pont du Faubourg d’accéder à l’équipement. La desserte du parking se fait par la place des Serves, sous la terrasse du café. L’escalier desservant les logements sociaux s’éclaire largement sur la rue du faubourg Marcel. La mise au point du projet s’échelonne sur toute l’année 1992. Le dossier de permis de construire énonce des spécifications techniques qui permettent de procéder à une évaluation économique fiable.

Un premier bilan de la programmation générative

 

Le directeur de l’équipe de sciences humaines du Centre Scientifique et technique du bâtiment, Michel Conan, a initié et dirigé, dans les années soixante dix, la recherche dans les domaines de l’architecture et de l’urbanisme (DGRST). Michel Conan avait préalablement étudié la relation de l’architecte avec son client dans l’œuvre de Franck Lloyd Wright. Il publie en 1987 un rapport de recherche intitulé « Vers une conception pragmatique de l’architecture ». Celui-ci fait la promotion de la programmation générative dont l’objet est d’enrichir le projet architectural par la consultation de ses futurs usagers. Il est en relation avec un enseignant chercheur américain John Zeisel qui a publié, au début des années quatre vingt « Inquiry by Design » puis « Building diagnostic ». Dans ces deux ouvrages J.Zeisel développe la thèse selon laquelle l’énoncé complet d’un problème auquel le projet architectural doit répondre, se découvre en analysant plusieurs propositions spatiales. Des enseignants chercheurs de l’école d’architecture de Minéapolis, J.Robinson et St.Weeks ont observé que, très souvent, après avoir choisi un projet d’architecture, le client modifie ses objectifs et son programme d’origine. Tous ont constaté qu’une architecture reconnue comme étant satisfaisante par le jury ou le client qui l’a choisi, ne l’est pas forcément du point de vue de son usage. La procédure de concours accroît d’autant plus cette discordance entre l’image et l’usage que les architectes du projet n’ont pas été associés au travail de programmation. La quasi totalité des jurys fait passer l’insertion urbaine et les qualités médiatiques du projet avant le strict respect du programme et des usages qui s’y rapportent. Par ailleurs les programmateurs professionnels travaillent avec les commanditaires et les décideurs qui considèrent leur vision du projet comme étant représentative de l’ensemble des usagers qu’ils n’ont généralement ni le temps ni les moyens, ni toujours l’envie de consulter. Lorsqu’il s’agit d’inventer un équipement innovant le seul énoncé des intentions institutionnelles complété par les listings de locaux et de surfaces, est encore plus qu’insuffisant. La concertation avec les différents types d’usagers est la seule façon de diminuer les risques de disfonctionnement ou de non appropriation d’espaces conçus en dehors d’eux.

Michel Conan avait observé que le système des concours figeait le projet d’architecture au stade de l’esquisse ou de l’avant-projet. Or, à ce stade, le projet architectural propose un part pris général plus qu’il n’entre pas dans le détail de son fonctionnement. Les futurs utilisateurs sont de fait exclus de la phase de mise au point qui sépare la phase d’esquisse de la phase d’avant projet détaillé. M.Conan propose que cette phase de mise au point et de recadrage soit mise à profit pour améliorer le projet du point de vue de son futur fonctionnement et de son appropriation par ses futurs utilisateurs. La programmation générative consiste à organiser des rencontres entre les concepteurs du projet architectural et ses différentes catégories d’utilisateurs, qu’il s’agisse de ses gestionnaires, de ses personnels, mais aussi du public auquel l’équipement est destiné. Les architectes ont ainsi la possibilité d’adapter à leurs différents usages et par le détail, les aménagements intérieurs et des espaces de proximité du bâtiment. Les futurs utilisateurs sont invités à réfléchir à la façon dont ils vont vivre dans l’édifice futur ; Y habiter pour certains, y travailler pour d‘autres : l’utiliser pour tous. La programmation générative associe les populations concernées à la conception concomitante d’un projet architectural et d’un projet de vie. Cette approche met fin au préjugé selon lequel c’est aux utilisateurs à s’adapter aux bâtiments qu’on leur construit, et pas l’inverse.

Michel Conan estimait que « Pour favoriser l’adéquation entre l’espace construit et les conditions de la vie courante, il fallait recourir à une méthode interactive alliant gestionnaire, utilisateurs et maître d’ouvrage… le maître d’ouvrage organise la mise en commun des préoccupations de professionnels et d’acteurs locaux concernés afin d’intégrer des préoccupations concrètes et réalistes au plan local ».

La méthode ne se limite pas à une simple technique d’optimisation fonctionnelle. « La prise en compte de fonctions générales d’un bâtiment est certes nécessaire mais elle n’est pas suffisante ». M.Conan reproche aux méthodes habituelles de programmation de se cantonner à la seule approche fonctionnaliste. Dans la programmation générative, on entend par conditions d’habitation, à la fois les conditions matérielles

( l’espace et les aménagements techniques) les conditions sociales et culturelles ( les rapports entre les personnels et les habitants) et les conditions symboliques ( les significations attachées aux lieux de vie). Le recours à la programmation générative est d’autant plus justifié que le projet et son programme portent sur un thème nouveau. S’agissant de concevoir des lieux d’accueil des personnes âgées, il s’agissait, à la fin des années quatre vingt, de substituer au modèle médical traditionnel, celui de l’habitat. Avec le programme Sépia, la personne âgée devait désormais être considérée non plus comme un patient mais comme un habitant.

En Décembre 1989 Michel CONAN, publie « la méthode de programmation générative pour l’habitat des personnes âgées » dans la collection « expérimentations » éditée par le PLAN CONSTRUCTION ET ARCHITECTURE. Après avoir mentionné ses sources françaises et américaines, M. Conan formule ses objectifs : « La recherche d’une amélioration de la conception d’une résidence de personnes âgées adaptée à des circonstances particulières passe par la mise au point d’une méthode de travail et par l’observation des résultats qu’elle engendre afin de l’améliorer ». Le programme interministériel SÉPIA soutenu par le Ministère de la santé et le Ministère de l’équipement et du logement constitue la première occasion de tester la Programmation Générative. Dans ce programme d’expérimentation l’architecte est chargé de la mise en œuvre de la programmation générative, « parce qu’il acquiert ainsi une expérience complémentaire d’analyse des implications spatiales relatifs aux conditions de vie des personnes âgée ; Mais aussi parce que le maître d’œuvre est le mieux placé professionnellement pour ajuster les intentions d’usage aux possibilités ».

Les groupes de transaction

Michel CONAN a défini un protocole de mise en œuvre de la programmation générative : « On commencera par décomposer les espaces sur lesquels portent la programmation, en caractérisant chacun d’entre eux par les genres d’activités qui s’y produisent et par les acteurs qui y participent, c’est à dire par la nature des transactions qui s’y produisent…Nous proposons de distinguer sept types d’espaces de transaction qui peuvent chacun être pertinents lorsqu’on envisage la construction d’une résidence de personnes âgées sous forme d’un ou de plusieurs bâtiments comportant des étages ». Dans chacun de ces GT (groupes de transaction) doivent être incorporés les problèmes pertinents du point de vue de la situation locale. Un mémento de base est remis aux équipes de maîtrise d’ouvrage et de maîtrise d’œuvre. « Il ne constitue pas un guide dictant les problèmes et les intentions à suivre en tous lieux et toutes circonstances… il permet à l’équipe sépia de se fabriquer son propre énoncé intentionnel accompagné d’une présentation graphique, cette dualité d’expression renvoyant évidemment à l’articulation de la pensée discursive et de la pensée figurale qui est au cœur du travail des architectes ». Le mémento de base développe une problématique générale structurée en sept thèmes ou GT

GT1 : L’espace urbain

Le premier groupe de transaction se consacre à la fréquentation des espaces et services urbains par les personnes âgées, ce qui suppose une implantation en ville, si possible en centre ville. Dans ce groupe sont abordés les questions de proximité des services urbains , notamment des transports en commun, des commerces, des services publics , ainsi que des problèmes d’accessibilité garantissant l’autonomie des personnes âgées dans la ville. Des espaces urbains proches de la résidence des personnes âgées doivent favoriser le spectacle de la vie urbaine sans placer la personne âgée dans une situation de risque. Par exemple le parcours de l’habitat jusqu’à l’intérieur du jardin public le plus proche est à étudier dans le détail des pentes au sol et du mobilier urbain.

GT2 : L’espace public intérieur

Le deuxième groupe de transaction porte sur les lieux d’interférences entre les personnes âgées et les travailleurs du quartier amenés à fréquenter la résidence et ses abords. Une attention particulière est donnée à l’image de la collectivité résidentielle dans son contexte urbain (notamment grâce au traitement des entrées) évocateur d’un habitat urbain familier et rappelant des jardins de pavillons lorsque la résidence est située en périphérie urbaine. Sont abordées les questions du contact aussi bien avec la nature qu’avec les allers et venues des citadins ; aménagement de traversées piétonnes ; arrivée abritée par taxi, avec rampes et autres dispositions d’accessibilité .Les résidents sont invités à s’approprier les espaces de circulations par groupe de voisinage. Un croquis ‘d’intention suggère d’installer un coin salon sur le pallier de l’ascenseur et de l’escalier.

GT3 : L’espace de circulation intérieure

« Les espaces de passage intérieur collectif » est l’intitulé savant des espaces de circulation horizontale et verticale à l’intérieur de la résidence. Leur conception doit les rendre propices aux rencontres aléatoires. A l’entrée du logement les espaces de circulation doivent favoriser l’information sur la vie de voisinage et la programmation des activités. Un salon dans le hall d’entrée de la résidence doit permettre d’observer ce qui se passe à l’interface de l’extérieur et de l’intérieur, et d’attendre, par exemple, l’arrivée du courrier tout en conversant. « Faire de cette salle ouverte sur le hall une antichambre de la salle de restaurant ou de réunion… tout en évitant que cette salle d’attente ne soit perçue comme lieu d’une surveillance intempestive. La présence d’une cafétéria attenante est suggérée .Les espaces de circulation sont également l’objet d’une approche sécuritaire très circonspecte : sécuriser ne doit pas se solder par la multiplication d’obstacles sur le parcours de l’entrée de la résidence à l’espace privé. Par contre la question de l’orientation est déterminante : Certaines personnes âgées se perdent facilement si le parcours se fait en ligne brisée, ou en l’absence d’espaces nettement différenciés les aidant à se repérer. Chaque étage doit être identifiable. Les résidents doivent pouvoir circuler dans la résidence tout en se sentant chez eux. Il importe de ménager des possibilités d’évitement des personnes que l’on ne souhaite pas forcément croiser lorsque l’on se dirige vers telle ou telle activité.

GT4 : Espaces de vie collective résidentielle

Il s’agit des espaces de coopération entre les résidents et les personnels de la résidence, mais aussi et surtout, de coopération entre de petits groupes de personnes âgées qui partagent une activité spécifique. Il faut éviter les situations de « convivialité forcée ». Un certain nombre de pièces peuvent être affectées à des activités bien définies (gymnastique, jeux de société, clubs divers.. .). Plusieurs dispositions sont formulées : Concevoir une grande salle (spectacles, fêtes) pouvant être subdivisée en plusieurs espaces autonomes. Donner la possibilité d’observer les activités en passant à proximité sans déranger les groupes. Créer des ouvertures tout en les occultant ( moucharabieh, jardinières, voilages…) pour permettre aux passants de voir discrètement l’activité sans manifester leur présence. Les P.A. recherchent la présence des enfants et des adolescents tout en craignant d’être bousculés par eux. Des espaces de jeux réservés aux enfants sont à prévoir. Il est recommandé d’aider les résidents dont la famille est éloignée, à créer une association destinée à venir en aide aux personnes trop isolées ou malades. Prévoir un local associatif.

GT5 : Les espaces de service

Ils sont destinés aux personnels qui assurent la totalité des services aux résidents. Ils sont largement déterminés par des logiques de fonctionnement qui sont l’expression de logiques sectorielles. Il y a un équilibre toujours difficile à trouver, entre l’encouragement à l’autonomie individuelle et la prise en charge plus ou moins importante. Le personnel doit pouvoir disposer de temps de détente et de lieux où se retrouver. Vis à vis des résidents la coordination entre membres du personnel est nécessaire. Une salle de réunion prévue à cet effet servira aussi de lieu de formation continue et d’échanges avec des organismes extérieurs. Les P.A. aiment pouvoir faire leur propre cuisine car c’est une façon de conserver une réelle indépendance. Il est donc conseillé de « faire de la cuisine et de la salle à manger un centre d’activités communes aux résidents et aux personnels ». Prévoir un équipement de cuisson sécurisé et des rangements personnalisés ; Donner aux P.A. la possibilité d’entretenir leurs capacités physiques et intellectuelles. Une salle de gymnastique, une médiathèque, une petite piscine seront bienvenues dans la résidence. Les P.A. souhaitent en majorité intégrer un service santé dans l’habitat. Un cabinet médical devrait, de préférence, être ouvert à l’ensemble du quartier et rester peu visible dans la résidence. De même l’intégration de succursales commerciales ouvertes quelques heures par jour peuvent inciter à se déplacer à l’intérieur ou à proximité de la résidence. L’attente de la mort suscite chez des personnes âgées un regain d’attention pour la méditation et la pratique religieuse. Certains résidents trouveront un soutien moral dans un espace de spiritualité proche et accessible. L’existence d’une chapelle permet d’organiser avec les familles des funérailles  dont le déroulement s’effectue en toute discrétion.

GT6 : L’espace de service semi-privé

Il s’agit des espaces de service destinés à l’usage commun d’un petit groupe de résidents. Cette thématique commence par la question du repérage dans l’espace déjà abordée dans la thématique des espaces de circulation : couloirs paliers d’ascenseur. Une appropriation par groupes de voisinage, la création de vues différenciées sur l’extérieur, ou encore l’existence de jardins d’hiver généreusement plantés et éclairés permettront de casser l’image répressive et bureaucratique des espaces institutionnels. Il est conseillé de favoriser des activités collectives initiées par les voisins d’un même couloir.

GT7 : L’espace privé du logement

L’espace privé est abordé sous l’angle de l’image donné à soi-même et à autrui : Le résident s’approprie son espace privé en exposant des tableaux, des objets qui évoquent sa vie et des souvenirs. Le résident doit pouvoir installer les meubles auxquels il tient le plus et qui se réfère à son modèle culturel. Des murs lisses sont à prévoir pour disposer un buffet ou un vaisselier. Il est fait référence à un espace de logement correspondant à un studio de trente m2 environ. Michel Conan préconise une personnalisation dans la distribution même du studio, une pratique développée en Hollande et dans les pays scandinaves. L’analyse des différentes activités renvoie implicitement à l’existence de quatre espaces différentiés. L’entrée doit si possible être marquée par un retrait du côté couloir, une niche bien éclairée dotée d’une étagère pour poser un sac avant d’ouvrir la porte fermée à clef. Du côté intérieur de l’entrée, une petite fenêtre permettra de voir toute personne frappant à la porte, mais aussi d’éventuels allers et venues aux abords de chez soi. Selon les circonstances, le résident prendra son repas sur le pouce à côté des équipements de cuisine, avec un tiers sur une petite table dans la cuisine, ou plus exceptionnellement dans le séjour où il peut recevoir jusqu’à six à huit personnes. Un espace libre sur un rayon de 3,5 mètres hors circulation est à prévoir à cet effet. Les questions d’entretien, d’accessibilité et de sécurité sont traitées dans la thématique des soins du corps …élargie au lavage et au séchage du linge. Autre espace intime : la chambre s’ouvrant sur la salle d’eau. Il faut favoriser les activités de la personne qui de son lit doit pouvoir téléphoner ou lire. Dans le séjour, le résident doit pouvoir écrire sur une table, regarder la rue de son balcon , en position assise grâce à une rambarde rehaussée à 1,25 mètre . La télévision doit être positionnée à l’abri des reflets. Sur le balcon, près de la jardinière il est à prévoir une arrivée d’eau .Partie de la question de l’image donné par le résident à travers l’aménagement de son logement, la problématique se conclue sur des dispositions sécuritaires d’accessibilité qui relèvent de la mission habituelle du Centre scientifique et technique du bâtiment ( CSTB) .

Le mode d’emploi de la P.G

Le maître d’ouvrage définit un petit groupe de pilotage qui suit l’expérimentation de la programmation générative jusqu’à la conception du projet. Au stade de la programmation sept groupes de consultation sont sensés se réunir pour approfondir, chacun, un des sept thèmes de transaction .Trois cercles de consultation s ‘échelonnent sur une période d’une année :

– Le premier cercle permet de passer du mémento type élaboré par l’équipe des Sciences Humaines du CSTB et diffusé dans le cadre du SÉPIA, au mémento local ou pré-programme à partir duquel est formulé le mémento N°1. Dans ce mémento figurent les premiers croquis d’intention des architectes qui répondent aux premières réflexions des participants.

– Le deuxième cercle de consultation est destiné à mettre en évidence les principaux choix locaux touchant au fonctionnement et à l’aménagement spatial. Il se conclu dans le mémentoN°2 qui fixe les premiers arbitrages et les améliorations possibles du programme.

– Le troisième cercle de consultation a pour objet l’exploration analytique et raisonnée de l’avant projet sommaire (APS) présenté par les architectes. C’est une phase de mise au point à partir de laquelle les architectes dessineront l’avant projet détaillé ( APD).

Chaque groupe de participants est animé par un auditeur-conseil chargé de faire les comptes rendus de l’ensemble des réunions des groupes de transaction puis d’en tirer une synthèse ( Juin 1991) . L’auditeur conseil est également chargé de veiller à la prise en compte des intentions formulées lors des cercles de consultation dans le projet architectural. Michel Conan insiste sur la nécessité de communiquer entre participants à partir des  « croquis d’intention » dessinés par l’architecte. Ces croquis illustrent la façon dont les attentes des participants peuvent se concrétiser dans le projet architectural. L’auditeur conseil joue un rôle de médiation essentiel entre les groupes de travail et les architectes.

Le deuxième tome fait état du travail des groupes de transaction qui ont participé à la programmation générative de la Maison de Retraite Médicalisée de Cusset. Le groupe de pilotage a été associé au choix du plan masse définitif à partir de trois principaux scénarios. La procédure participative a été appliquée aux différents acteurs et usagers du projet. En raison de leur grand âge les résidents ne se sont pas réellement impliquées dans le processus de concertation qui a concerné essentiellement les personnels soignants, les médecins, les personnels administratifs, l’association des familles ayant un ou deux parents résidents, des représentants institutionnels et municipaux réunis dans le groupe de pilotage.

La Maison de retraite médicalisée de Cusset

Le programme interministériel SÉPIA a été l’occasion d’expérimenter, pour la première fois, la programmation générative. J’ai participé à cette expérimentation comme architecte associé à l’ équipe Zimmerli-Imholz qui après avoir gagné le concours organisé pour la rénovation de la MRM de Cusset a accepté de repartir à zéro et d’élaborer un nouveau projet mettant en œuvre la programmation générative. Cette expérimentation est décrite dans le livre. Un simple rappel par images introduit le texte suivant qui rend compte du rapport critique de Mars 1992 complété par mes propres observations . La réflexion a tout d’abord porté sur la conception d’un habitat qui ne se réduise pas à une simple chambre d’hôpital. Chaque unité de vie est intégrée à un grand appartement s’inspirant du modèle du cantou. Le programme de la MRM a été fragmenté en quatre puis trois « maisons » accueillant chacune trois appartements. Le site delà MRM a été ouvert sur la ville environnante. Un axe piétonnier relie la MRM à un mail périphérique , au lavoir et au centre ville proches.Un des anciens bâtiments a été réhabilité en logements. Les bureaux de l’administration de la MRM lui ont été accollés. Les maisons ouvertes sur la ville n’ont pu être diversifiées à l’instar des maisons riveraines. Malgré le refus du groupe de pilotage de vouloir passer du concept de chambre à celui de studio, entre le premier projet et le projet Sépia, un grand pas a été franchi en matière d’ouverture de la MRM sur la ville.

Le rapport SÉPIA de Mars 1992

Ce rapport rédigé par Patrice Séchet, Eric Daniel-Lacombe et J.D.Laforgue reprend les principaux arguments de la Programmation générative qui se sont avérés globalement positifs :

– Un travail collectif des acteurs du milieu local,

– Une analyse de l’habitat en espaces partiels de transaction permettant une problématisation spatiale, 

– Une interaction entre programme et projet permettant à l’architecte d’explorer avec les groupes d’usagers les différents scénarios d’organisation des espaces personnels et collectifs

  – Le dessin emblématique est un moyen d’expression qui facilite la traduction des intentions des usagers en dispositions spatiales.

Le rapport met en lumière la répartition des rôles entre les trois instances qui portent la programmation générative :

– La présence d’un auditeur-conseil chargé de l’animation des groupes de travail et de la mémoire du processus de programmation-conception ;

– Un groupe de pilotage qui détient le pouvoir d’orientation et de décision,

– Une instance de légitimation : la maîtrise d’usage qui définit la demande,

– Le groupe opérationnel qui est chargée de la mise au point du projet architectural et qui assure la médiation entre les acteurs et assure les arbitrages techniques nécessaires.

Le rapport fait également état des principales difficultés rencontrées sur le terrain au moment de passer des principes à la pratique. Le rapport détaillé et perspicace de Mars 1992 pose trois questions qui me paraissent fondamentales quelque soit le domaine d’activités abordé. Elles sont communes à l’ensemble des pratiques participatives. Tout intervenant dans un processus participatif doit y réfléchir, d’abord pour engager le dialogue dans de bonnes conditions avec ses différents partenaires, ensuite pour faire ses propres choix méthodologiques et techniques à bon escient, enfin pour élaborer une indispensable stratégie de résistance au détournement et à l’appauvrissement des objectifs sociétaux fixés au départ.

– La première question porte sur la résistance au changement. Les dirigeants, notamment lorsqu’il s’agit d’un projet urbain d’une certaine ampleur, se décident à mettre en place des procédures participatives dès lors qu’ils recherchent l’adhésion de la population à un projet suffisamment novateur pour risquer de faire polémique. Or l’expérience du SÉPIA prouve que l’approche participative peut aussi bien déclencher un rejet du changement qu’une volonté partagée d’innovation. Il faut donc veiller à écouter les objections émises dans les groupes de travail et adopter une attitude de compréhension. Pourquoi ne pas envisager d’inscrire une variante dans le projet architectural retenu ? La place donnée au doute fait partie de l’expérimentation. La mise à plat des réactions conservatrices évitera le refoulement vindicatif qui resurgira un jour ou l’autre. Dans les procédures participatives d’aujourd’hui la préférence est donnée aux prises de décision consensuelles. Oui bien sûr…à condition d’éviter l’enrégimentement.

– La deuxième question porte sur la politique institutionnelle et ses débats internes. La coordination et l’obtention de consensus aux niveaux local et central ne sont jamais évidents. Le rapport de Mars 1992 pointe l’absence de projets d’établissement explicite. Or la méthodologie de la programmation générative ne s’applique pas de la même manière selon l’âge des résidents et la taille de l’institution qui les accueille. La plupart des administrations ont considéré que leur seule adhésion au programme SÉPIA suffirait à la mutation de leurs établissements. Et pourtant il faut savoir, les architectes le savent, qu’un projet architectural ne remplacera jamais un projet de vie. Au lieu d’inciter les partenaires du Sépia à s’engager dans un projet de vie, le Sépia a fragmenté l’analyse tout en la centrant sur des dispositions matérielles. Les groupes de transactions ne devaient jamais se rencontrer et les architectes avaient pour consigne de ne jamais présenter le projet architectural dans sa totalité.

– La troisième question porte sur le passage des intentions programmatiques à la conception architecturale. Dans la pratique de la consultation des futurs usagers, il faut sans cesse dissiper les malentendus qui s’interposent entre les usagers et les concepteurs. Les difficultés de communication entre la perception analytique des uns et le devoir de synthèse des autres, sont source de malentendus. Le concept de dessin emblématique devait faciliter le passage des intentions du projet de vie aux réalités du cadre de vie. Or de mon point de vue d’architecte impliqué à la fois dans la conception du projet et dans l’animation des groupes de transaction, j’ai trouvé que le caractère fragmentaire des dessins d’intention n’a pas vraiment permis d’équilibrer la voix prépondérante du personnel soignant par celles des autres partenaires, notamment avec celle des résidents et de leur famille. De plus de nombreux architectes estimaient qu’une grande partie des dessins d’intentions relevaient plus de la décoration intérieure que de la conception architecturale, ce en quoi ils avaient tort.

La résistance d’une partie des personnels soignant

J’ai pu constater, en tant qu’architecte Sépia, que l’acteur le plus engagé dans les groupes de transaction est le personnel soignant. L’état de dépendance d’une majorité de résidents explique l’influence prépondérante des personnels soignant dans les groupes de transaction. Le personnel se sent chez lui dans la MRM alors que les résidents « ne font que passer ». Les uns travaillent depuis 15 ans dans l’établissement alors que la plupart des résidents disparaissent au bout de quelques mois « Pourquoi devrais-je participer : c’est trop tard pour moi ; faites au mieux pour les futurs résidents… » . A l’intention d’aménager la ville les personnels soignant répondent : « Les vieux ne sortent pas. Ceux qui le font sont fugueurs ; Il serait dangereux de les laisser se perdre hors de l’hospice. En conséquence les portes sont verrouillées ». A l’intention de créer des séjours collectifs au cœur de l’appartement, ils objectent que « Les résidents se détestent entre eux. Ils n’ont qu’un désir : vivre à côté des aides soignantes et se faire dorloter par elles ». A l’intention de prévoir un rangement personnel dans la chambre, est opposée une mise en garde « Attention au stockage de denrées incontrôlées qui se dégradent dangereusement  ». A Cusset, dès les premières réunions de travail consacrées à la Programmation Générative, les membres du groupe local de réflexion ont estimé que la P.G. correspondait mieux aux logements foyers qu’à une maison de retraite médicalisée.  Le rapport de Mars 1992 prend acte de cette tendance des personnels soignant à valider leurs pratiques traditionnelles.

Pour sortir des références hospitalières, j’avais organisé à l’intention des personnels une visite du cantou Emilie De Rodat à Rueil Malmaison suivie d’une rencontre avec Georges Caussanel , l’initiateur du concept. A la fin des années quatre vingt, la Fondation de France soutenait la création d’une douzaine de cantous au plan national. Le premier cantou ouvert à Rueil G.Caussanel réunissait l’accueil de jour, l’accueil temporaire et l’accueil permanent ( six lits sur 12 résidents) . Le principe du cantou est d’entretenir à la fois l’autonomie personnelle et la vie collective grâce aux activités domestiques et ménagères placées sous la responsabilité d’une maîtresse de maison et assumées avec l’aide des familles qui sont invitées à participer à la vie du cantou, dans la mesure de leurs disponibilités. G.Caussanel envisageait alors trois pistes de développement: la transformation de la maison de retraite par sa ré-organisation en plusieurs cantous ; La création de cantous externes dispersés dans la vile ; l’éclatement de la maison de retraite en 6 ou 7 cantous indépendants dispersés dans le milieu urbain ou rural et mettant en commun un centre de services de soins et de gestion administrative.

Les personnels venus de Cusset pour prendre connaissance de ces nouvelles pratiques repartent avec le sentiment désagréable que la vie des résidents est abusivement centrée sur la préparation des repas. En arrière plan, on devine leur perplexité devant le rôle central de la maîtresse de maison dans la vie quotidienne des résidents. Leur formation est hospitalière ; ils ne sont pas préparés à devenir des animateurs de vie communautaire du type familial.

Les contradictions institutionnelles

Le programme SÉPIA portait aussi bien sur l’humanisation des hospices qui intéressait au plus haut point le Ministère de la Santé représenté par son architecte-conseil S.Roger, que sur la définition d’un nouveau type d’habitat qui intéressait prioritairement la Direction de la Construction du Ministère de l’Equipement. Pour la Direction du Logement le SÉPIA devait permettre de trouver des modes de regroupements innovant de logements adaptés avec des équipements de soins dispersés en ville ou en milieu rural, au plus près des populations locales .Du point de vue du Ministère de la Santé il s’agissait de démédicaliser les résidences de personnes âgées sans pour autant les faire éclater en « cantous » ou « maisons » dispersées aux quatre coins de la ville. Le troisième partenaire du programme Sépia était l’équipe des sciences humaines du CSTB. Michel Conan voulait expérimenter la programmation générative. Aussi braquait-il le projecteur sur la façon d’associer au projet l’ensemble des populations concernées : les résidents et leur famille ainsi que les différentes catégories de personnel.

N’étant pas un familier de l’habitat des personnes âgées, les propos souvent contradictoires captés au cours des séminaires et des réunions des groupes de transaction me plongeaient dans la plus grande perplexité. J’en venais à m’interroger sur la nature des véritables enjeux institutionnels. S’agissait-il de maintenir les personnes valides à domicile le plus longtemps possible et de n’accueillir en résidence que les personnes dépendantes ou grabataires ? Ou, au contraire, s’agissait-il d’accueillir le plus tôt possible des personnes relativement peu âgées dans un habitat innovant, adapté et spacieux, où elles pourraient vieillir sans avoir à le quitter, grâce à la présence proche d’une unité de soins ?

Une offre diversifiée

Ce n’est qu’au terme de la programmation générative que j’ai compris, notamment grâce au rapport de Mars 1992, qu’un des objectifs du programme SÉPIA était de diversifier les offres de logement pour les personnes âgées, notamment en rassemblant sur un même site un habitat adapté, une unité de soins à domicile, une résidence pour personnes dépendantes et un ou deux cantous pour personnes désorientées . Il me faudra attendre le rapport de Mars 1992 pour comprendre que plusieurs types de résidence étaient déjà en place sur le territoire français, chacune étant financée et gérée de façon spécifique. Il eut été préférable de le savoir dès le départ de l’expérimentation. Puisque les autorités locales refusaient de réduire d’un tiers la capacité de la M.R.M peut-être aurions nous plaidé en faveur de l’installation sur ce même site d’autres formules d’accueil de manière à attirer une population plus jeune et plus dynamique capable de profiter de l’animation du centre ville.

La surenchère novatrice de certaines équipes du programme SÉPIA allait jusqu’à une volonté affirmée de casser les maisons de retraite médicalisées en petites unités. Une des têtes de file de cette contestation institutionnelle, l’architecte P.Mottini, affichait une volonté de faire éclater l’hospice en plusieurs foyers logements pour ensuite réaménager un réseau de parcours urbains reliant ces petites unités entre elles et avec des équipements spécifiques. Ce faisant il voulait adapter le centre ville à l’ensemble des personnes âgées qui l’habitaient. Mais en quoi la question de savoir si  oui ou non, il y avait intérêt à rassembler ou à disperser les différents produits d’accueil, relevait-elle des équipes d’architecte, voire des groupes de transaction ?  Or aucun des partenaires institutionnels du programme Sépia n’a abordé cette question de fond. Chaque équipe Sépia locale restait prisonnière de la structure administrative dans laquelle elle avait été appelée à intervenir.

La dénégation du vieillissement

Le rapport de mars 1992 note qu’: « On idéalise une situation où les personnes âgées seraient soit jeunes, bien portantes et dynamiques, soit totalement dépendantes et grabataires ». Certains membres de l’équipe nationale de suivi avaient tendance à considérer que les handicaps du grand âge résultaient des pratiques des personnels soignants; De leur point de vue il suffisait donc de remplacer les anciens hospices par de petits groupes de logements dispersés dans la ville pour que soient exorcisés les démons de la dépendance. Une contradiction subsistait: Puisque la plupart des « spécialistes » s’accordent au moins sur un point, à savoir le bien-fondé d’une politique des soins à domicile, pourquoi en nier la conséquence directe qui amène les personnes âgées à n’entrer en institution que le plus tardivement possible, c’est à dire au moment où leurs handicaps les empêchent de continuer à vivre chez eux, et où leur famille n’a plus ni la disponibilité ni la compétence pour les accompagner dans leur vie quotidienne. Les maisons de retraite médicalisée se justifieront aussi longtemps que la période de dépendance sera traitée en soi indépendamment de la période qui la précède.

Les discontinuités dans la politique de réforme

Au moment où la Directrice de la Maison de Retraite Médicalisée de Cusset qui avait initié le processus d’humanisation SÉPIA, a obtenu sa mutation et fut remplacée par une Directrice en fin de Carrière, les deux ou trois infirmières qui s’étaient le plus engagées dans une dynamique d’innovation se sont trouvées fragilisées. Le chef d’établissement réformiste n’a pas pensé utile de formaliser les nouvelles pratiques dans une charte. Au moment de déposer une candidature de REX ce chef d’établissement avait formulé des intentions réformatrices, mais qui ne constituaient ni un véritable projet d’établissement, ni un engagement institutionnel pouvant servir de cadre de référence pour une transformation progressive des pratiques des personnels. Parmi ces intentions : « Il faut aller au delà de la simple prise en charge des besoins organiques primaires et des besoins sécuritaires pour créer un véritable lieu de vie dans lequel chaque personne trouve toutes facilités pour recevoir des réponses adaptées à ses besoins et sa situation, pour pratiquer les activités et les échanges utiles au maintien de son équilibre… poursuivre un plan de formation de l’ensemble du personnel pour la mise en place d’une nouvelle politique de prise en charge et de bonne gestion de la structure… rechercher des qualifications adaptées pour remplacer le système hospitalier en vigueur … ». Ni la demande de REX, ni la formalisation d’un projet d’établissement ni le programme de formation des personnels n’ont pu se concrétiser à Cusset. Dans sa demande de REX, l’équipe intervenant à Cusset espérait un suivi du projet au delà de la programmation générative .A partir de ce suivi devait être entrepris un véritable projet d’établissement. L’expérience confirme, une fois de plus, que le temps de l’expérimentation est généralement trop court pour enclencher un véritable changement des pratiques.

Le rapport de Mars 1992 regrette « un certain flou quant au choix et aux modalités de fonctionnement qui réguleront les rapports entre les personnels et les résidents…Un projet d’établissement devrait prendre la mesure des transformations requises, déterminer les étapes de la transformation, les plans de formation nécessaires aux personnels et les méthodes d’évaluation de l’adaptation de l’établissement au projet de vie ».

Si le nombre des personnes âgées maintenues à leur domicile augmente, l’âge et l’état de dépendance des personnes accueillies en institutions augmenteront inéluctablement. La M.R.M. de CUSSET anticipe en quelque sorte sur le sort de la plupart des établissements spécialisés dans la prise en charge des personnes âgées ; De l’avis des professionnels des soins croisés à Cusset, à l’exception des logements-foyers, pratiquement toutes les structures d’accueil, y compris les petites unités de soins du type cantou sont condamnées, à terme, à ne plus accueillir qu’une majorité de personnes dépendantes incapables de continuer à vivre chez elles. Valérie CLERC, l’auditeur conseil de Cusset, signale ce problème dans son document de synthèse diffusé en Juin 1991 : « La moyenne d’âge ne cesse d’augmenter à l’entrée de la M.R.M. de Cusset, se situant aujourd’hui à 84 ans. Cet accroissement à tendance à se poursuivre dans la mesure où la Maison de Retraite a récemment mis en place une structure de soins à domicile et, en parallèle, est en train de favoriser l’accueil temporaire en hiver ou pendant les vacances. De plus, bon nombre d’hôtels de Vichy se reconvertissent en foyer pour personnes âgées. Or ils ne sont pas habilités à donner des soins à des personnes dépendantes qui, le moment venu, entreront en maison médicalisée. Enfin, depuis un certain temps, mais peut-être est-ce uniquement dû à l’ancienne réputation de mouroir de l’établissement, il y a des lits destinés à des personnes valides qui ne trouvent pas preneurs, tandis que la liste d’attente s’allonge pour les places destinées aux personnes très dépendantes ». L’objectif du SÉPIA qui était de favoriser l’autonomie individuelle des habitants âgés dans leur ville, a ses limites qui sont celles du vieillissement. Tout le monde n’a pas la chance de garder toutes ses facultés mentales et physiques jusqu’à sa fin de vie.

Le dessin emblématique : outil d’enquête ou de projet ?

Au cours de la programmation générative l’architecte est invité à dialoguer avec les groupes de transaction par le truchement des dessins emblématiques. L’objectif du dessin emblématique est de favoriser le passage de l’expression discursive, l’intention, à l’expression spatiale au travers de croquis qui induisent un approfondissement de la demande et provoquent un débat au sein de chaque groupe de transaction. Le dessin emblématique fait la navette entre le projet de vie et le projet d’architecture. Il constitue un outil de communication entre l’architecte et l’usager. Pour les usagers il est un moyen d’approfondir l’enquête sur leurs différentes attentes. Pour les architectes il constitue un moyen de traduire les attentes des résidents et des personnels en termes d’espaces. Dans les deux cas de figure, le dessin emblématique rend compte d’une disposition spatiale destinée à être intégrée au projet d’architecture. L’architecte est en quelque sorte invité à se transformer en dessinateur de bande dessinée. Du point de vue des architectes, une collection d’intentions ne fait pas un projet. Notre équipe d’architectes, à Cusset, n’a pas été la seule à renâcler : «Tous ces petits crobards ne sont pas de l’architecture ». Nombre de nos collègues craignaient l’émergence d’ « une architecture résultant d’un collage de dessins de détails ». L’étude du plan masse ayant eu lieu en même temps que le deuxième cercle de consultation, notre équipe d’architectes a introduit dans les dessins emblématiques des plans de chambre ou d’appartement extraits du projet en devenir. L’injonction à accorder la même attention, au même moment, à une implantation urbaine et à la pose d’une étagère à l’entrée d’une chambre ne va pas de soi. Le télescopage des différentes phases de la programmation et de l’étude d’un projet SÉPIA a compliqué la tâche des architectes. A Cusset le plan masse de synthèse à été conçu à partir de trois scénarios, avant que la programmation générative ne soit achevée. D’une façon générale, il est toujours difficile d’ajuster au mieux le déroulement du processus participatif à celui du processus opérationnel de production d’un projet. Il y a là toute une gymnastique à acquérir avec l’expérience… à condition toutefois que l’expérimentation ait des opportunités de se poursuivre, ce qui ne fut pas le cas.

Une approche fractionnée

Les concepteurs de la Programmation Générative proprement dite ont focalisé l’attention des participants sur des détails matériels qui touchent autant au mobilier qu’à l’architecture et qui sont étroitement liés aux gestes de la vie quotidienne. Au dessin emblématique analytique et partiel, s’ajoutait la fragmentation des débats en sept groupes de transaction, voire plus comme c’était le cas à Cusset. Cette approche fragmentaire a tendance à évacuer des questions de fond telles que la prise en compte du changement des comportements selon l’âge des résidents, ou le nombre souhaitable de résidents réunis dans une même unité d’habitat et de soins. Lorsqu’il s’agit de regrouper sur un même site un nombre important de résidents comme c’était le cas de la MRM de Cusset, les architectes éprouvent une difficulté à articuler la conception du plan masse à celle des unités de vie. La programmation générative privilégie la petite échelle, ce qui n’a rien de surprenant puisque la petite échelle correspondait bien à l’intention implicite du Sépia de vouloir casser les regroupements résidentiels traditionnels jugés trop importants. La conception du plan masse pose la question du mode d’insertion urbaine des différents types de structures d’accueil.

Au moment du deuxième cercle de consultation, les espaces composant le projet sont toujours présentés séparément selon le champs de transaction affecté à chaque groupes. « On évitera autant que possible de montrer la totalité de l’esquisse ( plan masse) ,ou même le plan de l’espace de transaction tout entier ». Les auteurs du rapport de Mars 1992 s’interrogent, eux aussi, sur ce fractionnement de la question de l’habitat des personnes âgées en approches « spécialisées ». N’aurait-il pas fallu y remédier en organisant une assemblée générale qui permette, à la fin de chacun des trois cercles de consultation, de repérer les divergences de fond méritant d’être explicitées en vue , si possible, de dégager un consensus qui fasse référence au moment de la mise en pratique du projet de vie de l’établissement considéré ?

Dans le cas de la MRM de Cusset Il suffit de comparer le premier projet lauréat d’un concours en 1989 au projet réalisé sous le signe du Sépia, pour constater une évolution positive certaine, quelques aient été les difficultés rencontrées et les renoncements consentis. (215-216) Le premier projet avait déjà le mérite de prolonger l’espace public des cours dans le site de la Maison de retraite. Mais il perpétuait l’échelle imposante d’une institution dont il devenait urgent de transformer l’image et les pratiques. Le projet réalisé dans le cadre du SÉPIA s’ouvre sur la ville et propose, certes encore trop timidement, un habitat mieux adapté à des résidents d’âges et de niveaux de dépendance différentes.

D’une moyenne d’âge de 82 ans les résidents n’ont guère participé à la programmation du nouvel établissement qui devait être construit. Par contre les familles ont pu largement s’exprimer dans les groupes de travail. Michel Conan dans une étude antérieure avait analysé la richesse du dialogue existant entre F.L.Wright, le célébrissime et premier architecte moderne des Etats Unis et ses clients, des chefs d’industrie entreprenants et le plus souvent novateurs. Le dialogue entre les architectes et les résidents de la MRM de Cusset a coupé court. Par contre les architectes ont été frappés par le dynamisme des infirmières et des personnels soignant qui font marcher la MRM. Frappés aussi par leur excès de taylorisme qui s’explique en grande partie par le surcroît de résidents dont, au fil des réformes, elles doivent s’occuper. Autre temps, autres gens, autre discours… L’institution, notamment la première directrice de la MRM, n’a pas assuré, autant qu’elle aurait dû le faire, la continuité nécessaire à l’instauration d’un nouveau projet de vie. Par ailleurs l’ouverture architecturale de la Maison de retraite médicalisée sur le centre ville environnant ne pouvait pas pallier aux handicaps du vieillissement qui empêchent les personnes âgées de reprendre une part active à la vie citadine. L’augmentation du nombre des résidents et la tendance à la réduction du nombre des personnels soignant n’ont pas permis une optimisation de toutes les potentialités du nouveau bâtiment. Vingt années ont passé. Lors d’un entretien, Eric Daniel Lacombe , qui a participé au suivi du programme SÉPIA me confie « Aujourd’hui je ne réponds plus aux appels à concours . Je réponds aux seules consultations des villes aux prises avec un problème d’urbanisme. Plutôt que de proposer d’emblée un projet je propose une phase de programmation multipartenariale. Je fais le tour des acteurs du territoire en question pour les associer à la programmation générative d’un projet urbain. Les élus découvrent avec leurs partenaires et avec moi la nature des études à mener et des projets à mettre en place ». C’est sans doute la meilleure leçon à tirer de l’expérience SEPIA.

Calendrier

Mars 1889 : Appel à candidatures dans le cadre du programme SÉPIA ;

Juin 1989 : Livraison d’une résidence de 116 lits à Arnet Arloing , Cusset ;

Projet Imholz/Zimmerli lauréat du concours pour la modernisation de l’hôtel Dieu, Cusset ;

Juin 1989 : 1er séminaire SÉPIA à Paris : présentation de la programmation générative aux équipes retenues dans le cadre du SÉPIA ;

Septembre 1989 : diffusion du Mémento zéro au plan national ;

Octobre 1989 : rédaction du Mémento local N°1 ;

Janvier 1990 : Début du 2ème cercle de consultation ;

Avril 1990 : Mémento local N°2

Mai 1990 : Présentation de trois scénarios et choix d’un plan masse ;

Juin 1990 : Listing récapitulatif des intentions à intégrer à Cusset ;

Juillet : début des études opérationnelles : APS et APD ;

Été 1990 : La SEAU, le maître d’ouvrage délégué, lance l’étude de 30 logements dans l’ancien hospice réhabilité ;

Été 1990 : Élaboration du dossier de candidature pour le REX ;

Automne 1990 Départ de la Directrice Me Dussaulx remplacée par Me Pétament. ;

Décembre 1990 : Remise de l’Avant Projet Sommaire (APS) ;

Février 1991 : Présentation de l’Avant Projet Détaillé ( APD) ;Dépôt du permis de construire ;

Juin 1991 : Rapport local de synthèse rédigé par l’auditeur-conseil, V.Clerc ;

Octobre 1991 : Obtention du permis de construire ;

Mai 1992 : Rapport national de synthèse, P.Séchet/E.Daniel-Lacombe/J.D. Laforgue ;

Mars 1995 : Achèvement des travaux d’une première tranche de « 50 lits ».